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III. Arménien

Il semble que l'arménien se soit distingué de très bonne heure du reste des langues éraniennes ; il occupe en tout cas une place assez indépendante dans la famille des langues éraniennes.

Certains auteurs vont même jusqu'à lui reconnaître une position à part. Hubschmann le regarde comme un idiome indo-européen indépendant de ses congénères (Zeitschrift de Kuhn, tome XXIII, p. 407), pourvu de nombreux mots empruntés au persan. Frédéric Mûller, dans son plus récent groupement des langues indoeuropéennes, classe définitivement l'hindou et l'éranien d'une part, l'européen et l'arménien d'autre part, sous

(1) Oppert, Sur In formation de l'alphnbei perse. Journal tique, 1874, p. 238. Paris.

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un certain rapport. C'est ce que nous verrons un peu plus loin.

De l'ancienne période de l'arménien nous ne savons que fort peu de chose, particulièrement ce que les auteurs classiques nous en ont transmis. Cette première période prit fin au commencement du cinquième siècle de notre ère. La période de l'arménien classique commence à cette époque. Mesrob crée alors l'alphabet arménien, qui procéderait avec l'alphabet géorgien, comme le dit F. Mi'iller (1), d'une forme sémitique, notamment de l'écriture araméenne. L'âge d'or de l'arménien dura sept cents ans environ et ne prit fin qu'au commencement du douzième siècle. Sa littérature fut féconde, ses dialectes assez nombreux, et l'un d'eux, celui de la province d'Ararat s'éleva bientôt à l'état de langue littéraire. Aujourd'hui encore, les dialectes arméniens sont nombreux, et ce serait une erreur que de les regarder comme des patois de la langue littéraire. Celle-ci, tout au contraire, a paru se fixer et les dialectes actuels ne sont que des formes plus modernes des anciens dialectes. Dès le onzième siècle, on les employait déjà dans la langue écrite, aux dépens de l'idiome littéraire. Ces dialectes semblent se diviser aujourd'hui en deux groupes assez distincts, le groupe oriental comprenant les dialectes d'Arménie, de Géorgie, de la Russie du sud-est, de la Perse, de l'Inde, et le groupe occidental comprenant ceux de Hongrie, de Pologne et de Crimée.

Une des grandes caractéristiques de l'arménien moderne, au moins de l'arménien occidental, est le changement des anciennes explosives fortes en explosives faibles et des anciennes explosives faibles en explosives fortes : les k, t, p anciens deviennent g, d, b et les g, d, b deviennent k, t, p. Le système des consonnes et des voyelles est assez développé. Outre les explosives que

(1) Ueber den Ursprung dcr armenisehén Schrift. Vienne, 1865.

nous venons de citer, il comprend un assez grand nombre de sifflantes et deux sortes de r.

Par sa déclinaison l'arménien l'emporte de beaucoup sur le persan, dont nous aurons à nous occuper tout à l'heure, et il possède encore, en partie, les anciens éléments indicateurs du cas. Il l'emporte de même, et de beaucoup, dans la conjugaison ; il a conservé, en effet, les anciens temps moins le parfait et s'est créé trois temps nouveaux (un parfait, un plus-que-parfait et un futur) en employant des formes principales. Au demeurant, donc, parmi tous les idiomes néo-éraniens actuellement parlés, l'arménien est celui qui, par la conservation relative de ses formes, se rapproche le plus du type commun de toute la famille. Quant à son lexique, il contient, comme celui de toutes les langues éraniennes modernes, un nombre' assez notable de mots étrangers. Les uns ont été tirés du grec au moyen âge ; les autres, plus nombreux, ont été empruntés jadis à l'araméen.

L'arménien a été écrit jadis, sinon d'une façon constante, au moins dans certains documents, en caractères cunéiformes. On a trouvé des inscriptions de cette espèce dans les ruines d'Armavir notamment, non loin du mont Ararat. L'écriture cunéiforme arménienne n'est pas alphabétique comme celle du perse, elle est syllabique ; chaque signe représente, non pas une consonne, ou une voyelle, mais bien une syllabe.

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