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I. Anciennes langues italiques

Le latin est le grand représentant de cette branche. A côté de lui, Vosque et Y ombrien jouent un rôle peu considérable, mais on ne saurait les négliger entièrement. Il se parlait d'ailleurs en Italie un certain nombre d'autres langues appartenant à cette même famille. Nous les passerons sous silence, parce que l'on n'en sait que fort peu de chose.

Nous ne parlerons de l'étrusque qu'après avoir terminé notre examen des différents rameaux de l'indo-européen.

Les formes du vieux latin, que l'on rencontre jusqu'au milieu du troisième siècle avant notre ère, c'est-à-dire avant l'époque de la première guerre contre les Carthaginois, et qui nous sont connues par un certain nombre d'inscriptions, ne diffèrent pas essentiellement des formes latines dites classiques. Les différences qui se rencontrent dans la langue des deux périodes concernent surtout la phonétique et en particulier les voyelles.

On peut dire que le latin classique se distingue tout d'abord du vieux latin par un besoin très marqué de réduire en voyelles simples les anciennes diphthongues ; c'est plus qu'une tendance, c'est un caractère très prononcé. La diphthongue au est la seule qui se soit à peu près maintenue, les autres se sont presque toujours condensées en une voyelle longue. Tandis, par exemple, que le vieux latin disait loumen, jous, oinus, oitile, ploeres, ceivis, leiber, veicus, le latin classique disait lumen, jus, unus, utile, plures, civis, liber, meus. L'ancienne diphthongue ai est définitivement devenue ae au temps des Gracques, cent trente ans avant notre ère, et cet ae se change à son tour en e long, d'abord dans la langue populaire, avant notre ère déjà, puis dans la langue cultivée, trois ou quatre cents ans plus tard (1).

Certains changements de voyelles simples qui s'effectuent dans le passage de l'ancienne période latine à la période classique, sont d'une importance moindre, mais il faut encore les regarder comme caractéristiques. C'est ainsi, par exemple, que la voyelle o devient parfois e : les anciennes formes vorto, voster, deviennent verto, rester ; u devient i : optumus, decumus, maneiipium se changent en optimus, decimus, maneipium : i devient e : navim se change en navem.

Ces différentes mutations, ainsi qu'un assez grand nombre de variations analogues, ne sont point régies, sans doute, par des lois spéciales, elles ne sont pas aussi régulières que l'est la en Sensation des anciennes diphthongues en une voyelle simple ; mais elles affectent cependant une certaine allure bien caractérisée à laquelle ne peuvent se tromper ceux qui sont quelque peu familiarisés avec les formes classiques ordinaires.

ri) Corsseh. Veber Aiissprnrhe. Volialismus und /Worwnrj Spracfce. Deuxième édit., l. I. p. B95. Leipzig,

Les principes d'euphonie particuliers aux voyelles latines sont peu nombreux.

Au demeurant, le tableau est des plus simples, et il se rapproche beaucoup du système des voyelles grecques qui n'a fait simplement que mieux conserver les anciennes diphtongues.

A l'égard des consonnes, le latin est bien plus fidèle que le grec au système primitif. Le lithuanien seul, de tous les idiomes indo-européens, garde plus fidèlement que le latin l'unique sifflante s de l'indo-européen commun. Le latin, en effet, la change parfois en r entre deux voyelles, comme dans generis, génitif de genus (dont le thème est « gènes » comme l'indiquent le sanskrit et le grec), ou encore à la fin des mots, comme dans arbor, dont la plus ancienne forme est arbos. Mais cette seule et unique variation est bien moins importante que ne le sont toutes ces créations de sifflantes nouvelles particulières au grec, aux langues slaves, aux langues éraniennes, au sanskrit.

Tandis que le gi^c changeait en aspirées fortes « ph, th, kh », («p, 0,/), les aspirées faibles de la langue commune indo-européenne « bh, dh, gh », le latin, au milieu des mots surtout, les rendait, en principe, par l'explosive correspondante non aspirée b, d, g. Il dit, par exemple, nubes ,lingo, tandis que le grec dit véçoç. Xeîxw- Cependant il traita encore ces aspirées primitives de deux autres façons, surtout au commencement des mots : il les changea soit en h, soit en /. C'est ainsi que fero n je porte » correspond au grec pépw, au sanskrit « bharâmi ». Parfois les deux formes coexistent : hordeum et fordeum u orge » horda et forda « vache pleine ». On a expliqué de différentes façons ce changement des aspirées primitives en h et en /, mais la question n'est pas encore élucidée et nous devons nous contenter de mentionner le fait pur et simple.

Une autre particularité de lu phonétique latine est le changement en l d'un ancien d : Lacrïma « larme », levir « beau-frère », Liaguu « langue », olere « sentir » ont tous remplacé par 1 un d plus ancien. Cest ainsi que s'expliquent un certain nombre de formes doubles : impelimenta et impedimenta, delicare et dedicare, olere à côté de odor.

Les consonnes latines se prêtent d'une façon assez délicate aux lois de l'assimilation, au moins d'une assimilation élémentaire. Souvent l'assimilation n'est que partielle : actus, par exemple, a un c pour un <j comme l'indique ago, mais parfois elle est complète ; c'est ainsi que dans summus le groupe « mm » est pour h pm »> comme 1 indiquent super, supremus. Un mot vient-il à commencer par un groupe de deux consonnes, la première de ces consonnes disparaît souvent : nolus, nom en étaient autrefois précédés d'un « g » comme en témoignent les composés « cognosco, cognomen, ignotus ». Au commencement des mots, également, le groupe dv peut se changer en b : bis et bonus sont pour des formes plus anciennes dxis et dvonus ; bellum et dvellum coexistent.

Nous dirons ici quelques mots de la prononciation latine. C'est une question que bien des personnes ont essayé de résoudre, mais sans succès, faute de méthode. Aujourd'hui, l'on peut dire d'une façon générale qu'elle est tranchée ; l'ouvrage de Corssen, que nous citions un peu plus haut, a rassemblé tous les résultats acquis à ce jour et que l'on peut, sans témérité, regarder comme concluants. On s'accorde sa.ns peine pour la prononciation d'une bonne partie des consonnes latines « p, b, f, d, m, n, r, 1 », etc., de celles-ci nous ne parlerons pas. C'est seulement sur les points qui peuvent encore paraître douteux que nous allons porter notre attention.

On reconnaît généralement que devant les voyelks « a, o, u », et devant les consonnes, le c latin avait la

même valeur que le « k » ; mais devant un e, devant un i comment était-il prononcé ? Avait-il en cette occurence le son de « tch » que lui donnent les Italiens, celui de « ts » que lui donnent les Allemands, celui de « ç » que lui donnent les Français ? Disait-on « Tchitchero, Tsitsero, Çiçero » ? Nous avons plus de renseignements qu'il n'en est besoin pour répondre à cette question, et la transcription en latin des mots étrangers, aussi bien que celle des mots latins en langue étrangère, doit lever tous les doutes. Les Goths, par exemple, empruntant aux Latins les mots lucerna, carcer, acelum, en on fait lukarn, karkara, aikeits ; les Grecs citaient sous la forme -■x-.y.xouç. xTivwn>p,xevTupialea mots latins patricius, censor, etc. Par contre, en tous les temps les Latins ont rendu par leur c le x de la langue grecque (comme dans les mots ceraaus, L'imon, Cecrops), et Corssen conclut avec juste raison que jusqu'au sixième et même au septième siècle de notre ère, le c latin avait la valeur de « k » devant toutes les voyelles. Les grammairiens latins ne disent point, d'ailleurs, que la prononciation de cette consonne ait jamais été différente selon qu'elle se trouvait suivie de telle ou telle voyelle, et l'on peut assurer que si le c latin fut changé en sifflante devant les « e » et les « i » avant le septième siècle de notre ère, cela n'eut lieu que dans la langue populaire, dans les patois provinciaux.

Devant la voyelle « i », suivie elle-même d'une autre voyelle (justifia, servitium), t ne fut également sifflé que très tard, en latin du moins. En osque et en ombrien ce phénomène fut plus précoce, mais ce n'est qu'au cinquième siècle qu'il fut régulièrement reçu dans la bonne prononciation latine, bien qu'on en ait trouvé des traces remontant au troisième siècle de notre ère.

On peut sans crainte, également, prononcer le g placé devant les voyelles « i, e » comme on le prononce lorsqu'il est suivi des voyelles « a, o, u ». En aucun cas il ne

faut lui donner la valeur du « j » français. A un moment donné il se changea souvent en i, mais ce ne fut que sur le tard et dans la langue populaire

L'aspirée h se fit peut-être entendre à une certaine époque avec quelque force, mais elle perdit peu à peu de sa propre valeur, et nombre de mots latins l'ont tout à fait laissée tomber, anser, par exemple, dont la racine est la même que celle du grec yrf» « oie ».

La prononciation de j (« jus, jugum ») n'est point douteuse ; elle n'a jamais été celle du « j » français de « jeu, jour », mais bien celle du « y » de « yeux, yeuse ». Le témoignage de Priscien, qui vivait au sixième siècle, ne laisse aucun doute sur ce fait.

La réforme de la prononciation latine serait, somme toute, une chose fort possible ; ajoutons qu'elle serait désirable. Mais se réalisera-t-elle jamais, nous ne pouvons l'espérer. Il est bon, au moins, que l'on connaisse ce quêtait la prononciation aux temps classiques du latin et surtout que l'on ne cherche pas à faire prévaloir aux dépens des autres systèmes l'une des trois prononciations acceptées en France, en Italie, en Allemagne, ou quelque autre système encore ; ils sont tous défectueux au même titre.

D'ailleurs, cette réforme devait être accompagnée de l'observation des lois d'accentuation. Le latin a connu successivement deux procédés d'accentuation. Le premier ne doit point nous arrêter. Le second est celui de FépO: que classique. Fondé sur la quantité même des syllabes, on peut dire qu'il est d'une grande simplicité. Son principe est celui-ci : l'avant-dernière syllabe est-elle longue, comme dans canarfius, c'est sur cette avant-dernière syllabe que tombe l'accent ; cette même syllabe est-elle brève, comme dans ducerc, l'accent tombe sur la syllabe qui précède l'avant-dernière, c'est-à-dire sur l'antépénultième. Nous supposons ici que le mot a trois syllabes ou

plus de trois syllabes ; s'il n'en a que deux, l'accent tombe sur l'avant-dernière, qu'elle soit longue, comme dans fecit, nobis, ou brève, comme dans deus, tener.

L'accent peut donc varier de place dans la déclinaison et dans la conjugaison, selon le nombre de syllabes : dans amabimur « nous serons aimés », il tombe sur l'antépénultième, qui est longue ; dans amabimini « vous serez aimés » il tombe sur l'antépénultième, qui est brève. Dans ces deux exemples, en effet, l'avant-dernière est brève ; or c'est la quantité de cette syllabe qui décide, avons-nous dit, de la place de l'accent, sans qu'il y ait à s'inquiéter de la quantité des autres syllabes. Cette loi est très importante, car nous verrons que l'accent latin joue un rôle capital dans la formation des langues romanes, notamment de la langue française ; la facture même des mots français est en rapport avec la position de l'accent latin.

Revenons à la grammaire latine que nous avons quelque peu abandonnée pour parler de la prononciation et de l'accentuation.

Des trois nombres, le latin a perdu le duel ; le grec l'a conservé, en partie du moins, et sous ce rapport il est supérieur au latin. En ce qui concerne les cas, le grec et le latin sont tantôt supérieurs, tantôt inférieurs l'un à l'autre. Nous avons dit que le grec avait perdu l'ancien ablatif du singulier : le latin l'a conservé. La désinence organique de ce cas était « t » pour les thèmes qui se terminaient par une voyelle ; en latin ce « t » final se change en d. De là les anciennes formes sententiad, -preivatod, magistradud, marid. Au surplus, ce (^disparut de bonne heure. La forme organique du datif singulier était « ai » que le sanskrit réduit en « ê » ; de là les anciennes ■ formes populoi, romanoi, devenues par la suite « populo, romano ». L'ancien locatif avait pour forme organique « i » : le latin ne l'a pas toujours perdu. Il est vrai

qu'il en fait un î long, mais cet allongement n'est dû qua une cause secondaire dont nous n'avons pas à nous occuper ici. En somme domi, Itumi, belli sont de véritables locatifs (domi agere œtatem, procumbit humi, belli domique), et la grammaire classique les traite sans raison de génitifs. Au pluriel nous avons à remarquer la disparition totale du locatif, qui, ainsi que nous l'avons vu, persiste encore en grec.

Quelques mots sur la conjugaison. En général les désinences qui indiquent la personne sont assez bien conservées en latin. Toutefois de l'ancienne terminaison mi « je » du temps présent, il ne reste plus le trace que dans la forme de l'indicatif sum « je suis ». Des temps primitifs le latin a conservé le présent, parfois le parfait redoublé (cecinimus « nous avons chanté »), peut-être quelques traces de l'aoriste simple. En somme, cela était fort peu, et il lui a fallu recourir à de nouvelles formations. Le parfait en si (luxi, dixi), le parfait en ui ou en vi (monui, ainavi), appartiennent à ces nouvelles formes composées ; il en est de même de l'imparfait en bain, du futur en bo (amabam, amabo) et d'un certain nombre d'autres formes analogues. C'est là un sujet que nous ne faisons qu'indiquer, en ajoutant que parmi les anciennes langues indo-européennes, le latin est une de celles qui ont donné naissance au plus grand nombre de ces formations nouvelles, dont quelques-unes, sans doute, peuvent paraître superflues.

Il est pourtant une de ces formations, celle du médiopassif, que nous ne pouvons passer sous silence. Dans les langues italiques, comme dans les langue celtiques, on fabriqua une voix moyenne, qui plus tard prit le sens passif, en adjoignant au verbe le pronom réfléchi : amor est pour une forme plus ancienne « amos » qui, ellemême, est pour « amo-se ». Le lithuanien, lui aussi, s'est créé un moyen par le même procédé.

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De toutes les langues italiques, sœurs du latin, qui devaient dans le cours des temps disparaître peu à peu devant lui, l'osque et l'ombrien sont les plus importantes. L'ombrien était parlé au nord-est de la Péninsule, et on admet généralement que le dialecte volsque s'en rapprochait.

L'osque était parlé au sud et avait plutôt pour allié le dialecte sabellique. L'ombrien, l'osque, le latin sortaient tous d'une souche commune, et aucun d'eux n'avait précédé les deux autres ; mais la comparaison de leurs formes, de leur phonétique, montre que de ces trois langues l'osque se rapprochait plus particulièrement du type commun .qui leur avait donné naissance et que l'ombrien s'en écartait encore plus que le latin.

L'osque était parlé dans le Samnium, en Campanie ainsi que dans les pays a voisinants, et il nous est connu par quelques inscriptions assez importantes, les tables de bronze d'Agnone et de Bantia, la pierre d'Abella. L'osque se distingue particulièrement du latin et de l'ombrien par son soin à garder les anciennes diphthongues, et là où le latin remplace par un i un « a » plus ancien il conserve cet « a » : il dit, par exemple, anter, tandis que le latin dit inter. Ces deux caractères d'antiquité ne sont pas les seuls que présente son système vocalique, mais nous pouvons les citer comme très frappants. En ce qui concerne le consonnes, il est parfois inférieur au latin, uaais souvent aussi il lui est supérieur. Il se montre inférieur, notamment, en remplaçant par des p des « k » primitifs ; il dit, par exemple, para quand le latin dit « quam ». Devant un « t » il remplace les « k » par un h : il dit, par exemple, Oh taris tandis que le latin dit « Octavius ». Mais il montre une spériorité aéelîe en bien des cas. En principe, par exemple, il ne change point les 5 111 /• comme noue l'avons vu faire au latin ; il évite, de même, un certain nombre d'assimilations : il dit kciisiur,

par exemple, là où le latin dit « censor » pour « censtor ». Une particularité phonétique qui le distingue du latin consiste en ce fait que dans le corps des mots il change souvent les aspirées organiques en f, ce que le latin ne fait guère qu'au" commencement des mots ; il dit, par exemple, sifei, tandis que le latin dit « sibi ».

L'ombrien nous est connu par un monument fort important, les tables de bronze dites « tables eugubines » du lieu de leur découverte, Gubbio, l'ancien Eugubium. Trouvées au milieu du quinzième siècle, les tables eugubines ont longtemps exercé la sagacité et la divination des anciens philologues : il était réservé à Th. Aufrecht et Kirchhoff d'amener leur déchiffrement à un résultat vraiment satisfaisant, d'exposer leur grammaire d'une façon scientifique et de publier enfin sur la langue ombrienne un ouvrage dont tous les écrits plus modernes demeurent tributaires (1). Le système des voyelles ombriennes est plus rapproché du système latin que ne l'est celui de l'osque. L'ombrien est porté, plus encore que le latin, à réduire les anciennes diphthongues en une seule voyelle, et, chose plus grave encore, il laisse tomber volontiers bien des voyelles : il dit, par exemple, nom ne tandis que le latin dit « nomini ». Parfois, comme l'os que, il change les « k » primitifs en p ; il dit, par exemple, pis quand le latin dit « quis » ; tout comme l'osque il rend par f des aspirées primitives que le latin rend par l'explosive simple : le latin dit « tibi, ibi », l'ombrien dit tefe, ife. Comme l'osque, également, il change le groupe « kt » en ht : rehte correspond au latin « recte ». En certaines circonstances le « d » primitif se change en un r dont la valeur semble particulière et que l'on figure habituellement par un point placé en dessous de ce ca-

(1) Die ambrUehen Sprachdenkmaler. Berlin, 1849-51. André Lefèvoe. Les dialectes italiques : l'ombrien. Paris, 1S74. — M. Bhéal. Les tables eugubines. Paris, 1875.

ractère : arveilu, vexe, xunum, correspondent au latin « advehito, dédit, donum ».

Nous nous contenterons de ces courtes indications sur les deux idiomes italiques frères du latin. En réalité ils ne diffèrent essentiellement de ce dernier, pas plus sans doute que ne diffèrent les dialectes grecs les uns des autres, mais beaucoup moins que les langues novo-latines ou les dialectes celtiques ne diffèrent entre eux.

Terminons par quelques mots sur les vieux alphabets italiques.

D'après Corssen (op. cit., t. I. p. 1), ils descendraient de deux alphabets grecs. L'un de ceux-ci, le vieil alphabet dorien, ou quelque alphabet identique, aurait donné naissance à l'alphabet sabellique, à trois systèmes étrusques, à l'alphabet ombrien des tables eugubines, à l'alphabet osque que l'on trouve sur le cippe d'Abella. Ces différents systèmes possèdent tous, sauf le dernier, un double signe pour exprimer « s » : c'est le sigma grec, le sigma capital, figuré tel quel ou bien renversé à droite par un quart d'évolution de façon à figurer une sorte de m. Un alphabet dorien plus récent aurait donné naissance à l'alphabet falisque et à l'alphabet latin ; les plus anciens documents de ce dernier remontent à la fin du troisième siècle de notre ère. L'ancien k n'y était plus conservé que dans certains mots ;le c avait longtemps figuré le son g aussi bien que le son k et avait fini par être remplacé, pour le premier de ces offices, par un nouveau caractère, le G, procédant lui-même du c grâce à une minime modification. Du milieu du second siècle avant notre ère jusque vers le milieu du premier, c'est-à-dire pendant un espace d'environ cent ans, la règle parut s'introduire d'exprimer une voyelle longue en redoublant son caractère : on écrivit aara, ree, Muucius. Vers la même époque, un siècle environ avant notre ère, on figurait la voyelle longue i en lui donnant une forme plus haute

que celle des autres caractères du même mot : « dlvo, virus » ; parfois on se servit du signe i pour figurer la demi-voyelle « j » (notre » y »), comme dans « ius, maior ». L'empereur Claude, au milieu du premier siècle de notre ère, prétendit doter l'alphabet latin rie trois nouveaux signes. Pour distinguer la consonne ?■ de la voyelle u, il proposa de représenter la première par le digamma grec renversé ; pour figurer les groupes ps, bs il proposa un c retourné, et enfin le signe f- pour le son il, notre « u » français, qui s'était introduit dans certains mots ; mais ces innovations n'eurent point un heureux succt à et l'alphabet latin demeura ce qu'il était auparavant.

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