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II. Langues novo-latines

C'était au commencement de ce siècle une croyance fort répandue (et bien des personnes la conservent aujourd'hui encore) que le français provenait d'une langue romane, qui, vers la fin de l'empire et dans les premiers siècles du moyen âge, aurait succédé au latin, son ancêtre direct. Les écrits de l'illustre philologue Raynouard ne contribuèrent pas peu à propager cette théorie. On l'accepta volontiers ; on écrivit sur la langue romane, on commenta ses textes, et pour beaucoup de personnes le provençal actuel est encore cette langue romane. Raynouard s'était trompé et sa théorie devait disparaître peu après lui.

C'est qu'en effet il n'a point existé de langue romane : ce n'est pas à une langue romane que le latin a donné naissance, c'est à plusieurs langues romanes, ;"i plusieurs langues novo-latines.

Il faudrait bien se garder, d'ailleurs, de ne voir dans res nouveaux idiomes que du latin corrompu : il n'en est

pas ainsi. Les langues novo-latines représentent tout autant de formes subséquentes du latin populaire parlé en Portugal, en Espagne, en France, chez les Grisons, en Italie et sur le bas Danube. A côté du latin littéraire, en effet, il existait une langue latine couramment parlée que les légionnaires et les colons apportèrent en Ibérie, dans les Gaules, en Dacie. C'est cette langue populaire qui se transforma et devint ici l'espagnol, ici le français, ici le roumain, de même qu'en Italie elle était devenue l'italien. Le latin littéraire, cependant, était de moins en moins intelligible pour le vulgaire - et passait à la condition de langue ancienne, de langue e.assique, de langue morte.

« Quand le latin, écrit Littré, eut définitivement effacé les idiomes indigènes de l'Italie, de l'Espagne et de la Gaule, la langue littéraire devint une pour ces trois grands pays, mais le parler vulgaire, (j'entends le parler latin, puisqu'il n'en reste guère d'autre) y fut respectivement différent. Du moins c'est ce que témoignent les langues romanes par leur seule existence ; si le latin n'avait pas été parlé dans chaque pays d'une façon particulière, les idiomes sortis de ce parler latin que j'appellerai ici régional, n'auraient pas de caractères distinctifs, et ils se confondraient. Mais ces Italiens, ces Espagnols et ces Gaulois, conduits par le concours des circonstances à parler tous le latin, le parlaient chacun avec un mode d'articulation et d'euphonie qui leur était propre... Ces grandes localités qu'on nomme Italie, Espagne, Provence et France, mirent leur empreinte sur la langue, comme la mirent les localités plus petites qu'on nomme provinces. Et la diversité eut sa règle qui ne lui permit pas les écarts. Cette règle est dans la situation géographique, qui implique des différences essentielles et caractéristiques entre les populations. Le français, le plus éloigné du centre latin, fut celui qui l'altéra le

T.\ T.TNT.riSTIQUE.

plus ; je parle uniquement de la forme, car le fond latin est aussi pur dans le français que dans les autres idiomes. Le provençal, que la haute barrière des Alpes place dans le régime gaulois du ciel et de la terre, mais qui les longe, est intermédiaire, plus près de la forme latine que le français, un peu moins près que l'espagnol. Celui-ci, qui borde la Méditerranée et que son ciel et sa terre rapprochent tant de l'Italie, s'en rapproche aussi par la langue. Enfin, l'italien, placé au centre même de la latinité, la reproduit avec le moins d'altération. Il y a dans cette théorie de la formation romane une contre-épreuve qui, comme toutes les autres épreuves, est décisive. En effet, si telle n'était la loi qui préside à la répartition géographique des langues romanes, on remarquerait çà et là des interruptions du type propre à chaque région, par exemple, des apparitions du type propre à une autre. Ainsi, dans le domaine français, au fond de la Neustrie ou de la Picardie, on rencontrerait des formations ou provençales, ou italiennes, ou espagnoles ; au fond de l'Espagne, on rencontrerait des formations françaises, provençales ou italiennes ; au fond de l'Italie, on rencontrerait des formations espagnoles, provençales ou françaises. Il n'en est rien ; le type régional, une fois commencé, ne subit plus aucune déviation, aucun retour vers les types d'une autre région ; tout s'y suit régulièrement selon les influences locales qu'on nommera diminutives en les comparant aux influences de région (1). »

Comme l'a fort exactement dit Ars. Darmesteter, le latin classique était une langue en quelque sorte artistique : le latin populaire c'est le latin vivant, le latin parlé, qu'est loin de représenter la latinité chrétienne. Quant au bas latin, c'est une langue nouvelle, c'est la langue populaire dans laquelle sont introduits des élé-

(1) Dictionnaire de la langue française, t. I, p. xlvii. Paris,

ments de la langue savante ; c'est la langue du moyen âge, la langue de saint Thomas : elle créera la langue française savante.

Cette origine latine des langues romanes est un fait acquis, démontré, éclatant que l'on ne saurait mettre aujourd'hui en question. La grammaire de Frédéric Diez, dont la première édition remonte à une cinquantaine d'années, a ruiné à jamais les théories ibériennes, celtiques ou autres qui se produisent encore de temps en temps.

Ce n'est pas à dire qu'il n'existe dans les langues novolatines un fonds assez important de mots étrangers. Le français, par exemple, possède un certain nombre de mots d'origine celtique, tels que arpent, lieue, dune, alouette ; mais cette collection est loin d'être aussi considérable qu'on le peut supposer, et il est bon d'ajouter que tous ces mots, pour devenir français, ont dû auparavant se latiniser, et en somme c'est au latin que le français les emprunta. L'invasion des barbares apporta quelque chose comme quatre cents mots d'origine germanique, las relations avec l'Orient fournirent aussi leur contingent, mais la grammaire demeura essentiellement latine.

On cite comme langues novo-latines : le portugais, l'espagnol, le français, le provençal, l'italien, le ladin, le roumain.

Avant de parler de l'extension géographique de chacun de ces idiomes, et de dire quelques mots de leur physionomie particulière, nous devons tourner notre attention sur deux faits capitaux qui dominent toute cette étude. L'un de ces faits est le rôle de l'accent tonique dans la formation des mots novo-latins, l'autre est le passage de la déclinaison latine à l'état analytique des langues romanes.

On peut dire d'une façon générale, pour toutes les lam

oZZ LA LINGUISTIQUE.

gues romanes, que la formation même de leurs mots est fondée sur la persistance de l'accent tonique (1) : là où était l'accent latin, là se trouvent l'accent italien, l'accent français.

Tel est le principe.

Des lois accessoires se sont jointes à ce principe, mais ne l'ont pas fait fléchir. Prenons pour exemple ce qui se passe dans la langue française.

A côté de la persistance de l'accent latin, le français nous montre deux principes accessoires : l'un est la suppression des voyelles brèves non accentuées qui précèdent la syllabe sur laquelle se trouve l'accent tonique ; l'autre est la chute de certaines consonnes médianes (2). L'accent, par exemple, est sur la voyelle « a » dans les mots bonitatem, liber are, sanitatem ; il reste sur la voyelle correspondante dans bonté, livrer, santé, et nous voyons que dans ces trois exemples, la voyelle inaccentuée « i » ou « e » a disparu. Dans lier, douer, la consonne médiane de ligare, dotare a également disparu.

Remarquons-le aussi, le français sacrifie aussi tout ce qui suit la syllabe accentuée ; les terminaisons masculines « essaim, peuplé, hôtel » portent toutes l'accent, et dans ses terminaisons dites féminines, « meuble, esclandre », il faut encore reconnaître que l'accent tonique est sur la dernière syllabe (dans le cas présent sur « eu, an »), car la voyelle terminale « e » n'est point prononcée et n'existe dans la poésie que d'une façon artificielle. En réalité, « esclandre, semaine » sont des mots de deux syllabes portant l'accent tonique sur la dernière de ces syllabes, sur « an » et sur « ai ».

(1) Littré. Histoire de la lanque française. 6* édit., t. I, p. 242. Paris, 1873. — G. Paris. Etude sur le rôle de Paccent latin dans la langue française. Paris, 1862.

(2) Bbachet. Grammaire historique de la lancine française, Introduction, scct. II. Paris. — Scheler, Exposé des lois qui régissent la transformation française des mots latins. Bruxelles,

Mais il arriva un jour dans l'histoire de la langue française où le lexique tiré directement de la langue latine parut ne plus suffire, et l'on jugea bon d'accroître ce même lexique en empruntant au latin tels de ses mots qui n'avaient pas toujours leurs correspondants en français. On se contenta alors de calquer sur les mots latins les nouveaux mots demandés ; mais l'on ne pensa pas à observer cette loi fondamentale de la persistance de l'accent tonique, non plus qu'à faire tomber telle ou telle consonne médiane, telle ou telle voyelle inaccentuée. A ces nouveaux termes on a donné, ce qui pourrait sembler une sorte de dérision, le nom de « mots savants » ; aux mots d'origine vraiment naturelle, aux vrais mots français, aux mots corrects et bien formés, on a donné le nom de « mots populaires ». On ne s'en est pas tenu dans la fabrication des mots savants à calquer sur le latin des expressions dont le besoin se faisait sentir, on a reproduit également une foule de mots qui avaient donné déjà une forme populaire, une forme correcte, une vraie forme française. L'accent, par exemple, est sur la première syllabe dans les mots latins debitum, cancer, et, en français, ces deux mots étaient changés très régulièrement en dette, chancre : la formation dite savante les reprit, et, négligeant l'accent tonique, elle fabriqua les formes vraiment barbares de débit, cancer. Les mots opérer, cumuler, séparer, et une foule d'autres mots ont bien l'accent tonique sur la même syllabe que leurs modèles latins operare, cumulare, separare ; mais ce ne sont encore que des formes savantes, des formes secondaires, en face de sevrer, combler, ouvrer, qui ont négligé, comme il le fallait, la voyelle atone de la syllabe située avant la voyelle accentuée. De même encore les mots lier, douer représentent exactement le latin ligare, dotare, dont les mots savants liguer, doter, qui ont conservé la consonne médiane, ne sont qu'une

imitation arbitraire. On donne le nom de doublet* aux

termes d'origine savante et à ceux d'origine populaire qui proviennent d'un seul et même mot. Parfois même la forme populaire a disparu et la forme savante a seul? persisté ; tel est le cas pour facile, débile, qui ne respectent point l'accentuation latine.

Arrivons au second fait capital, et non moins intéressant, qui domine, lui aussi, l'étude des langues romanes. C'est, avons-nous dit, le passage de l'état synthétique du latin qui possède une déclinaison de plusieurs cas, à l'état analytique des langues novo-latines qui ont perdu toute trace de déclinaison.

Dans les plus anciens monuments de l'italien et de l'espagnol, nous ne trouvons qu'une langue analytique, complètement analytique. Il n'en est pas de même de l'ancienne langue française ni de l'ancienne langue provençale ; à une certaine époque le français et le provençal se présentent, non pas avec des traces de cas, mais avec des cas véritables, avec deux cas, un cas sujet et un cas régime.

«< Au moment, dit E. Littré, où une langue moderne se préparait dans les Gaules, le latin qu'on y parlait se présentait, quant à sa riche déclinaison, dans un état singulier : il employait assez bien le nominatif ; mais il confondait les autres cas et usait indistinctement de l'un pour l'autre ; c'est du moins ce qu'on trouve dans les monuments de l'époque, tout hérissés de ces solécismes. La langue nouvelle qui était en germe, ayant son instinct, porta la régularité dans ce chaos ; elle garda le nominatif, et des autres cas fit un seul cas, qui fut le régime. Aussi le français, dans sa constitution primitive n'est point une langue analytique comme le français moderne ou comme le sont l'espagnol et l'italien dans leurs plus vieux textes ; il a un caractère synthétique par conséquent plus ancien, exprimant les rap-

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ports des noms entre eux et avec les verbes, non par des prépositions, mais par des cas (je me sers de ces termes synthétiques et analytiques pour dire que le latin exprime par des désinences significatives plus de rapports que ne le fait le français, qui, lui aussi, à bien des égards, demeure synthétique). C'est, comme on le voit, une syntaxe de demi-latinité, syntaxe qu'il a en commun avec le provençal. De sorte que les deux langues des Gaules, c'est-à-dire le français et le provençal, étant l'une et l'autre des langues à deux cas, se ressemblent plus entre elles qu'elles ne ressemblent à l'italien et à l'espagnol, qui, n'ayant point de cas, se ressemblent plus qu'ils ne ressemblent à la langue d'oïl et à la langue d'oc.

<( Etre ainsi une langue à deux cas et retenir comme héritage du latin une syntaxe demi-synthétique ne fut pas dans le français une condition fugitive, qui n'ait laissé de trace que pour la curiosité de l'érudition. L'emploi en dura trois siècles. On ne parla et on n'écrivit que d'après cette syntaxe dans les onzième, douzième et treizième siècles. Le latin, qui est pour nous langue classique, reçoit beaucoup de louanges à cause de la manière dont sa déclinaison fait procéder la pensée. Je n'examine point la supériorité des langues à cas ou des langues sans cas : mais une part de ces louanges doit rejaillir sur l'ancien français, dont la déclinaison est amoindrie, mais réelle, et qui, à ce titre, est du latin au petit pied. Si le latin est, comme on le nomme souvent, une langue savante, l'ancien français réclame une part dans cette qualification ; et ceux qui ont traité de jargon notre vieille langue parlaient sans avoir aucune idée de ce qu'elle était. » (Op. cit., ibid.)

La déclinaison du vieux français est fort simple. S'agit-il d'une forme répondant à. la déclinaison latine en us, comme « dominus », le ras sujot du singulier prend

une s, qui n'est autre que l'ancien signe latin de ce même nominatif ; le cas régime du pluriel se suffixe également s, en souvenir du cas latin correspondant, « dominos ». Quant aux deux autres formes, le nominatif du pluriel et l'accusatif du singulier, elles restent telles quelles. C'est ce que montre, d'ailleurs, le tableau suivant :

Singulier. Nominatif : li chevals.

Accusatif : le cheval.

Pluriel. Nominatif : li cheval.

Accusatif : les chevals.

Nous sortirions de notre cadre en nous étendant sur ce sujet ; nous n'avons pas à faire ici l'histoire de la déclinaison de la langue d'oïl et de celle de la langue d'oc. Il nous suffit de constater qu'il y eut dans ces deux langues une période de véritable déclinaison qu» l'on ne peut retrouver dans les plus anciens textes des autres langues romanes. Ainsi que le dit E. Littré, il ne peut donc être question d'une vieille langue espagnole, d'une vieille langue italienne, au même sens qu'il peut être question d'une vieille langue française, d'une vieille langue provençale.

Cela dit, nous pouvons jeter un rapide coup d'ceil sur chacun des sept rameaux qui forment la famille linguistique novo-latine.

1. La langue française. — Dès le premier siècle de notre ère les idiomes celtiques étaient supplantés en Gaule par le latin vulgaire ; il y eut à cela des causes nombreuses, des causes irrésistibles : au premier rang l'intérêt puissant qu'avaient les Gaulois à s'assimiler à leurs vainqueurs. La langue littéraire s'introduisit rapidement, elle aussi, et les écoles gauloises, formées sous la culture latine, eurent leur célébrité bien acquise. Cependant le latin vulgaire contribuait seul au développement de la langue populaire : c'était seulement au

latin vulgaire qu'elle allait devoir son origine. La langue classique disait, par exemple, « urbs, iter, osculari, os, hebdomas », mais le français prenait ses mots de ville, voyage, baiser, bouche, semaine aux formes populaires « villa, viaticum, basiare, bucca, septima ». Le nom de la langue française, de la langue d'oïl, était alors celui de « langue romaine rustique », et au huitième siècle les gens d'église prêchaient le peuple en langue rustique, en français. Une glose récemment découverte à Reichenau, et qui remonte à cette époque, est le plus ancien texte français que l'on connaisse. Les onzième, douzième et treizième siècles sont l'âge d'or de la langue d'oïl. « Alors se développent, dit A. Brachet, une littérature poétique pleinement originale, une poésie lyrique gracieuse ou brillante, une poésie épique grandiose, et dont la chanson de Roland reste l'expression la plus parfaite. L'Allemagne, l'Italie, l'Espagne s'approprient nos poètes et nos romans, les traduisent ou les imitent... Le douzième siècle, au moyen âge, le dix-huitième siècle dans les temps modernes, seront les principaux et les meilleurs représentants de notre génie national. » (Op. cit., ibid.)

Nous avons parlé ci-dessus de la déclinaison à deux cas de la langue d'oïl : au quatorzième siècle elle disparaît, et le français du siècle suivant est décidément une langue moderne, une langue tout analytique, comme l'italien, comme l'espagnol.

Dès les premiers temps où nous puissions l'observer, la conjugaison française nous apparaît entièrement analytique. A côté des temps empruntés au latin, comme le présent pointe, il s'en forme de nouveaux par le procédé moderne : j'ai aimé, j'avais aimé. Telle est l'origine du futur : aimerai est pour aimer ai ; les vieilles formes provençales et espagnoles ne laissent subsister aucun doute sur ce fait .Le latin, d'ailleurs, le latin classique

même, connaissait cette formation analytique d'un futur, et l'on trouve dans de bons auteurs « dicere habeo ». Quant au conditionnel, j'aimerais, ce n'est qu'une forme factice, calquée, en quelque sorte, sur le nouveau futur.

La langue française du moyen âge comptait un certain nombre de dialectes, indépendants les uns des autres et possédant leur littérature propre. Il n'en pouvait être autrement sous le régime de la féodalité. Les différences dialectiques n'étaient, pour la plus grande partie, que des différences d'ordre phonétique. Le bourguignon, le picard, le normand, durent céder toutefois devant le dialecte de l'Ile-de-France lorsque la famille des Capets fixa définitivement à Paris le centre du pays. Les dialectes descendirent alors, peu à peu, à la condition du patois : « C'est ainsi que le dialecte picard, le normand et le bourguignon furent en moins de trois siècles supplantés par le dialecte de l'Ile-de-France et tombèrent à l'état de patois, dans lesquels une étude attentive reconnaît encore aujourd'hui les caractères qui nous offrent les anciens dialectes avant les œuvres littéraires du moyen âge. Les patois ne sont donc pas, •comme on le croit communément, du français littéraire corrompu dans la bouche des paysans ; ce sont les débris des anciens dialectes provinciaux, que les événements politiques ont fait déchoir du rang de langues officielles littéraires à celui de langues purement parlées. » (Brachet, op. cit., p. 47.)

Le dialecte wallon conserva plus longtemps son individualité. Il comprenait deux variétés, le wallon liégeois et le wallon namurois (1) ; on l'a rattaché, mais à tort, au dialecte picard, dont il est bien distinct. Aujourd'hui, d'ailleurs, il n'est plus qu'un patois comme les autres dialectes du moyen âge, et le français littéraire l'a définitivement supplanté en tant que langue cultivée.

ri) Chavée. Français el Wallon. Paris, 18".'

Nous avons eu l'occasion de parler incidemment, à plusieurs reprises déjà, des limites actuelles de la langue française. Au nord elle côtoie le flamand, un peu au-dessus de Calais, Saint-Omer, Annentières, Tourcoing, Ath, Liège, Verviers ; à l'est elle confine à l'allemand, en comprenant Verviers, Longwy, Metz, Dieuze, Saint-Dié, Belfort, Delémont, Fribourg, Sion ; plus au sud, à l'italien. Au midi de la France, enfin, elle s'étend sur le territoire tout entier des dialectes provençaux, dont nous allons nous occuper.

En Suisse, près de six cent mille individus ont le français pour langue maternelle (cantons de Neufchâtel, de Genève, de Vaud, majeure partie de Fribourg et du Valais, un cinquième de Berne) ; en Belgique, plus de deux millions, toute la partie sud-orientale de ce pays ; en Allemagne, plus de deux cent mille (Malmédy, Metz, Château-Salins). On parle également français dans les colonies anglaises de Maurice et du Canada.

2. Le provençal. — Faut-il admettre avec quelques auteurs que le français, ou langue d'oïl, et le provençal, ou langue d'oc, ne proviennent du latin vulgaire qu'indirectement et par l'intermédiaire d'une forme commune qui leur aurait donné naissance à l'un et à l'autre ? Cette opinion aurait besoin d'être justifiée ; jusqu'à ce jour elle ne repose que sur des assertions pures et simples. Disons qu'elle nous semble peu vraisemblable. Le latin populaire n'a pas dû se modifier uniformément par toute la Gaule ; qu'il n'ait pris, même, sur ce vaste territoire que deux sortes de physionomies distinctes, qu'il ne se soit transformé qu'en langue d'oïl et en langue d'oc, c'est ce qui peut à bon droit nous surprendre. Jusqu'à preuve contraire, il est sage, nous semble-t-il, de douter qu'un idiome commun franco-provençal ait jamais été parlé. La langue d'oïl et la langue d'oc se ressemblent snns doute d'autan! plus que leurs textes

sont plus anciens, mais cela doit tenir uniquement au fait que plus elles sont anciennes, plus elles se rapprochent de leur origine commune.

Le provençal, ainsi que nous l'avons dit, eut connut: la langue d'oïl une période semi-analytique durant laquelle il posséda une déclinaison à deux cas, un cas sujet, un cas régime. Nous avons dit tout à l'heure ce qu'il fallait entendre par là et nous pensons qu'il n'est pas utile d'y revenir. Quant à la conjugaison, elle est tout analytique comme dans la langue d'oïl ; c'est chez elle que l'on trouve cette ancienne forme du futur dit vos ai, « je vous dirai », qui montre bien clairement le mécanisme de la conjugaison nouvelle.

C'est un mot dont le sens est bien étendu que celui de provençal ; on prend ici une partie pour le tout. L'idiome de la Provence n'était et n'est encore, en effet, qu'un des dialectes de la langue d'oc* : il faut ranger à côté de lui le languedocien proprement dit, le limousin, l'auvergnat, le dialecte du Dauphiné, le gascon.

On s'est demandé souvent si le catalan, qui occupe aujourd'hui en France une partie du département des Pyrénées-Orientales (la ligne frontière passe, en France, au nord de Perillos, Tautavel, Estagel, Montner, Neffiach, Ille, Rodés, Vinça, Marcevols, Arboussols, Molitg, Mosset, Puig Valador, Ruytor, Porté ; en Espagne, la Catalogne, Valence, les îles Baléares et qui s'étendait jadis sur le territoire aragonais), est un dialecte de la langue d'oc ou doit être considéré comme une branche distincte dans le système des langues novo-latines. Diez se prononce pour la première opinion ; mais la seconde peut être parfaitement défendue, et il ne serait pas étonnant qu'elle prévalût.

Les douzième et treizième siècle furent l'âge d'or de la littérature provençale, mais ses plus anciens monuments remontent a une époque antérieure : la défaite des Albi-

geois lui porta un coup funeste : le français envahit peu à peu jusqu'aux Pyrénées toute la région où Ton ne parlait auparavant que la langue d'oc, et les dialectes de la France du Sud en sont arrivés à la condition du patois.

La limite actuelle des patois provençaux et fiançais n'est pas très exactement fixée. On donne comme frontière extrême de la langue d'oïl Royan, Chalais, Rufïec, Montmorillon, Sainte-Sévère, Moulins, Charolles, Dôle, Vesoul, Belfort ; au sud de cette région commencerait la langue d'oc, dont les localités importantes situées le plus au iki td seraient Bordeaux, Libourne, Confolens, Bellac, Boussac, La Palisse, Villefranche, Mâcon, Lons-le- Saunier, Poligny, Besançon, Montbéliard, Neuchâtel.

3. La langue italienne. — Telle que nous la connaissons, et dès ses plus anciens monuments, la langue italienne est incontestablement (et la raison en est naturelle) la mieux conservée des langues novo-latines, tant par son lexique que par ses formes elles-mêmes. Diez pense quil n'y a pas la dixième partie de son vocabulaire que l'on puisse faire remonter à une origine autre que la langue latine. Ce serait là un fait très remarquable. En tout cas, l'italien contient, sans nul doute, bien moins de mots allemands que n'en contient le français.

Au dixième siècle, on parlait déjà l'italien. Le latin vulgaire s'était assez transformé à cette époque pour que l'on pût, en Italie, lui donner le nom d'italien ; mais les monuments écrits de ce nouvel idiome ne remontent pas plus haut que le douzième siècle. C'est seulement au siècle suivant que naquit en Toscane la langue de la littérature italienne, langue purement littéraire, qui ne fut jamais parlée.

Quoi qu'il en soit, l'italien de cette époque avait la même physionomie que l'italien actuel, et il n'y eut

point une vieille langue italienne, comme il y a une vieille langue française, une vieille langue provençale. Lïtalien compte un très grand nombre de dialectes, ce qui s'explique bien par la conformation même du pays où il est parlé. Ces dialectes sont fort nettement caractérisés. Dante, dans son traité « De vulgari eloquio », en énumérait quatorze : il les divisait en dialectes orientaux et dialectes occidentaux, ou, si Ton préfère, cisapennins et transapennins. Cette division a été remplacée avantageusement par celle de dialectes de la haute Italie, dialectes de l'Italie centrale, dialectes de la basse Italie. Dans cette dernière classe on range le napolitain, le calabrais, le sicilien, le sarde ; dans la seconde, le toscan, le romain, le corse ; dans la classe des dialectes du nord, le génois, le piémontais, les dialectes lombards et ceux de l'Emilie, et le vénitien. Chacun de ces dialectes possède une riche littérature ; un grand nombre d'entre eux ont des monuments qui remontent à l'époque de la Renaissance ; il y en a de plus anciens encore, par exemple le napolitain et le sarde.

La langue italienne actuelle franchit au nord les limites politiques de l'Italie.

En Suisse, cent trente mille individus parlent italien dans le canton du Tessin et la partie sud-ouest des Grisons.

En Autriche, une partie du Tyrol méridional parle italien, ainsi qu'une petite bande de la côte occidentale de l'Istrie.

4. La langue ladine. — On lui a donné les noms de langue des Grisons, rétho-roman, roumonche, roumanche. Il semble préférable de l'appeler langue ladine avec I. Ascoli, qui lui a consacré un très important travail (1).

• (1) Archivio ylollologico italiano, vol. I. Saggi ladini. Rome, I ïinn, Florence, 1873.

Lfl Langue ladine comprend, d'après cet auteur, trois groupes distincts : à Test le frioulan, parlé par plus de quatre cent cinquante mille individus, en Italie sur les i ives du Tagliamento et en Autriche jusqu'à Goritz. Au centre le ladin est parlé dans deux îlots du Tyrol autrichien, à quelque distance des deux rives de l'Adige, par plus de quatre-vingt-dix mille individus. A l'ouest, sous le nom de roumanche, il s'étend en sens transverse sur la plus grande partie du canton suisse des Grisons, où U est parlé par près de quarante mille personnes, ce qui fait en tout près de cinq cent quatre-vingt mille individus.

Ce nombre relativement peu considérable n'enlève point au ladin son caractère de véritable langue. C'est à tort que l'on a rattaché son groupe central et son rameau de l'est, le frioulan, à la langue italienne. Ils en sont parfaitement distincts par le matériel et les lois de leur phonétique et se relient intimement entre eux par ces mêmes éléments.

La littérature de la branche occidentale, celle de la langue des Grisons, est peu développée ; son plus ancien monument est une version du Testament chrétien rei Montant au seizième siècle. Les plus anciens documents d'u frioulan remontent au douzième siècle ; ce sont des Inscriptions, assez courtes, il est vrai, mais qui suffisent pour caractériser la langue de cette époque.

5. L'espagnol. — C'est dans sa phonétique et son matériel lexique, où l'on rencontre entre autres éléments un assez grand nombre de mots arabes, que l'espagnol s'éloigne le plus du latin ; s'agit-il de la formation même des mots, il a conservé une remarquable fidélité. Ses textes les plus anciens remontent au milieu du douzième siècle ; peu abondants encore à cette époque, ils deviennent au siècle suivant de plus en plus riches. Il existe toutefois des traces plus antiques de la langue

espagnole ; ce sont, notamment, des mots cités par Isidore de Séville, qui vivait au septième siècle.

Les limites actuelles de l'espagnol sont tracées à l'ouest par le portugais, dont nous parlerons tout à 1 heure ; au nord par le basque, dont nous avons indiqué ci-dessus la frontière, p. 149 ; à l'est il ne s'étend qu'en tant que langue littéraire sur la Catalogne et Valence, où la langue populaire est le catalan, dont nous avons parlé en traitant du provençal. L'espagnol, d'ailleurs, a conquis l'Aragon, où se parlait aussi autrefois le dialecte catalan. Il fait reculer également la limite méridionale de la langue basque : on ne parle qu'espagnol à Vitoria, Estella, Pampelune, Navascues ; Bilbao, Aoiz se trouvent déjà dans une zone mixte. Le basque cède ainsi bien plus rapidement au sud des Pyrénées qu'il ne cède au nord : c'est qu'en Espagne, ainsi que nous l'avons dit plus haut, il se trouve directement aux prises avec une langue officielle, tandis qu'en France, avant d'avoir affaire au français lui-même, il est en contact direct avec un dialecte de la langue d'oc, le gascon, dont la vitalité propre est déjà fortement menacée. S'il confinait immédiatement à la langue française, il céderait devant elle aussi rapidement qu'il le fait au sud des Pyrénées devant l'espagnol.

6. Le portugais. — Il est fort rapproché de l'espagnol niais on ne peut le considérer comme un dialecte de cette dernière langue. Le portugais et le galicien, parlé au nord-ouest de l'Espagne, forment à eux deux un rameau roman bien indépendant. Leurs plus anciens monuments sont moins vieux que ceux de la langue espagnole et ne dateraient que des dernières années du douzième siècle. Le fonds de mots arabes que l'on rencontre en espagnol est à peu près le même que celui que l'on rencontre en portugais, mais cette dernière langue possède un certain nombre de mots d'origine française

étrangers à l'espagnol. Ils sont dus, pense-t-on, à la fin du onzième siècle, au temps de la domination de Henri de Bourgogne.

Le portugais, en dehors de son territoire européen, est parlé dans certaines contrées de l'Afrique et de l'Amérique, notamment au Brésil.

7. Le roumain. — Le roumain a pour origine le latin introduit en Dacie par les soldats de Trajan aux premières années du second siècle de notre ère : « Les soldats romains libérés du service, dit M. Picot, obtenaient, en même temps que l'honesta missio, le jus connubii et le jus commercii, c'est-à-dire le droit de faire commerce avec les barbares et d'épouser des femmes de leur race. Séparés à tout jamais du sol natal, cantonnés depuis vingt-cinq ans dans la même garnison, les légionnaires s'attachaient au pays où ils avaient vécu et combattu, et profitaient des facilités que la loi leur offrait pour s'y établir définitivement, C'est ainsi que se formèrent, sur les rives du Danube, les premiers groupes de population romaine, et à ces anciens militaires se joignirent bientôt des colons venus des diverses provinces de l'empire, et surtout des barbares attirés par l'appât du commerce. Les colonies militaires étaient fort nombreuses en Dacie à l'époque où les Romains furent obligés de se retirer. Il est à croire que la population purement romaine suivit les légions sur la rive droite du Danube, tandis que les individus issus du mélange des vétérans avec les barbares restèrent dans le pays où ils étaient nés, conservant la langue des vainqueurs, qu'ils avaient adoptée, et que ce sont eux qui ont donné naissance aux Romains. »

Nous aurons à parler plus loin de l'ancienne langue dace, dont la position dans la famille des langues indoeuropéennes est loin d'être fixée. Il est vraisemblable que le roumain conserve dans son vocabulaire des restes

de cette ancienne langue ; mais ces Festes, quels sonl

ils ? On ne peut le déterminer. Il faudrait, avant tout, connaître de l'ancien dace plus que nous n'en connaissons, plus que nous n'en connaîtrons jamais peut-être. On a pu, d'ailleurs, dresser la liste des emprunts faits par le roumain aux langues slaves dans les temps historiques ; elle n'est pas sans importance. On peut compter également un certain nombre de mots d'origine grecque ou d'autre source encore.

Longtemps on a supposé que le roumain était une longue slave. Cette erreur était due non seulement au fait que le roumain possède, ainsi que nous venons de le dire, une certaine quantité de mots empruntés aux langues slaves, mais aussi à ce qu'il a été écrit jusqu'en ces derniers temps eu caractères cyrilliens, c'est-à-dire avec l'alphabet employé par le russe, le serbe, le bulgare. En certains cas, cet alphabet offrait des ressources assez précieuses, mais, par contre, il présentait parfois de grands désavantages. On l'a enfin abandonné et l'alphabet latin est définitivement accepté. Plusieurs systèmes de transcription se sont trouvés en présence lorsqu'il a dû être question d'adopter les signes diacritiques nécessaires pour compléter l'alphabet latin ; l'accord n'a pu s'établir complètement, mais un jour ou l'autre on arrivera, sans aucun doute, à ce résultat très désirable (1).

Les voyelles latines, en passant par la bouche des populations de la Dacie, ont subi, comme Fa montré Mussafia (2), deux variations capitales. D'une part les voyelles e, o portant l'accent tonique se sont changées, en certains cas, en en, on, c'est-à-dire en diphthongues ; d'autre part beaucoup de voyelles ont pris un son très

(1) Picot. La Société littéraire de Bucarest et l'orllmaraplir de la Innaue roumaine. P.iris.

u>i /.m- rumœai&ehen vocalisation, Vienne, 18G8.

sourd cl presque nasal. Ce double phénomène est une des caractéïisthrues les plus importantes de la langue i-miiiii.i ine.

Le roumain possède un article ; mais, comme le bulgare, comme l'albanais, au lieu de le placer devant le substantif, il le lui suffixe : omul u l'homme ». Cette concordance de trois idiomes différents, mais parlés dans une même aire géographique, est des plus étranges. Doit-on y voir la trace d'une langue plus ancienne, telle par exemple que l'ancien dace, qui aurait laissé cet héritage aux idiomes divers par lesquels elle fut remplacée dans ce régime ? Si le fait est possible, il n'est point prouvé, et 1<' champ des hypothèses demeure toujours ouvert.

La langue roumaine est très homogène, plus homogène qu'aucune autre langue novo-latine. L'acception donnée à tel ou tel mot peut bien varier de contrée à contrée, mais cela ne constitue pas des divisions dialectiques. On ne peut guère citer comme dialecte véritable que le roumain de la Macédoine, de la Thessalie, de l'Epire, le macédo-roumain.

En dehors de cet îlot détaché, le roumain est remarquablement compact. Il forme une sorte de cercle irrégulier de plus de cent lieues de hauteur (du Dniester au Danube) sur plus de cent lieues de largeur (d'Arad aux bouches du Danube). Outre la Valachie et la Moldavie, c'est-à-dire la Roumanie proprement dite, il comprend la partie nord-est de la principauté serbe, le banat de Temesvar, une grande partie de la Hongrie de l'Est, la plus grande part de la Transylvanie, la Bukovine du Sud, la Bessarabie, le territoire des bouches du Danube. Plus de huit millions et demi d'individus parlent aujourd'hui le roumain, près de neuf millions peut-être, dont la moitié environ dans la Roumanie proprement dite. Leur véritable nom n'est point celui de Valaques ; ce

nom leur a été donné par les Allemands. Ils le repoussent avec raison, se donnent à eux-mêmes le nom de « Roumains » et appellent leur langue la « langue roumaine », soucieux, avant tout, de perpétuer le souvenir de leur origine.

Les plus anciens textes connus de la langue roumaine ne remontent qu'à la fin du seizième siècle.

§ 5. Branche celtique.

Peu de mots ont prêté autant que ceux de « celte » et de a celtique » à toute une suite de malentendus anthropologiques, ethnographiques et archéologiques. Dans cette confusion la théorie fallacieuse des langues et des races a trouvé son compte plus que partout ailleurs. Enfin la question semble élucidée.

César avait raison, lorsqu'au début de son livre il divisait la Gaule en trois régions : l'Aquitaine au sud, la Celtique au centre, la Belgique au nord. Parlant de cette classification, — qu'appuient d'ailleurs un grand nombre d'autres textes, — l'anthropologie a établi que les Auvergnats et les Bas-Bretons actuels étaient les principaux représentants français de l'ancienne race celtique petite et brune, race qui n'avait et n'a rien de commun avec la race voisine du nord-est, grande, blonde, aux yeux bleus, à la carnation molle, et qui peut recevoir les noms de galate, galle, wallonne, belge, kimrique. Cette dernière race a été appelée souvent race celtique, mais à tort, et, ainsi que l'a démontré pertinemment P. Broca dans un excellent écrit, elle n'eut jamais droit à ce nom (1).

d) La race celtique ancienne et moderne. Aroemes et Armoricain*. Auvergnats et Bas-Bretons, Revue d'Anlropologie. t. Il, p. 577. Du même auteur : Nouvelles recherches sur l'anthropologie de la France en général et de la Basse-Bretagne en particulier Mrmoirrc do la Société d^inthropologic de P;in.<=. I. I1F, p. 147.

La confusion qui a trop longtemps obscurci ce sujet était duc pour une bonne part au nom même de « langues celtiques » donné d'une façon par trop générale aux idiomes que parlaient et les Celtes et les Galates du nord-est. De ce que ces derniers employaient une langue dite « celtique », on en a fait des « Celtes » ; c'était toujours la confusion des langues et des races. Il y aurait eu tout autant de raison à donner aux langues celtiques le nom de « galates », et si on ne l'a point fait, cela tient, sans nul doute, à ce que les Celtes (petite race brune brnchycéphale) avaient pénétré sur le territoire qui plus tnrd reçut le nom de Gaule, bien avant que les Galates, leurs alliés par la langue, mais non par la race, y arrivassent à leur tour.

Il faut bien admettre, pour expliquer ce fait avéré de deux races très dissemblables parlant des idiomes très rapprochés d'une même langue, que les deux races en question aient vécu, à un moment donné, en grande connoxitf'1. C'est là un fait qui se reproduit partout de nos jours : il n'y a point, par exemple, de race française, mais bien plusieurs races parlant le français ; point de race italienne, mais bien plusieurs races parlant l'italien ; point de race allemande, mais bien plusieurs races parlant l'allemand. L'on ne saurait dire d'une façon précisp quelle fut la région où Galates et Celtes parlèrent, [ue en communauté, les langues qui reçurent plus tard le nom de « celtiques », mais les raisons anthropologiques portent toutes à croire que les Celtes étaient venus du sud-est de l'Europe ; nous avons émis ailleurs l'opinion hypothétique que ce pourrait bien avoir été de la région du Dnieper et du bas Danube (1).

Nous n'insisterons pas sur ce côté de la question dite « celtique » ; sans même rechercher s'il est permis d'at-

(1) Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, 1874.

tribuer exclusivement soit aux Galates, soi! aux Celtes

telle ou telle des deux branches des langues celtiques, nous aborderons immédiatement la question purement linguistique, qui seule nous intéresse ici d'une façon directe.

Les langues celtiques se divisent en deux groupes distincts et parfaitement caractérisés. A l*un de ces groupes on a donné les noms d'HiBERMEN, de gadhélique, gaélique, à l'autre les noms de breton, de kimrique. Nous nous arrêterons, pour suivre la coutume habituelle et éviter toute espèce de malentendu, aux noms de gaélique et de breton. Au surplus, nous ne sommes pas en mesure de prétendre qu'il n'y eut pas dans l'antiquité d'autres branches de la famille linguistique celtique que les branches gaélique et bretonne. Le fait même est vraisemblable, si nous admettons, ainsi que de raison, que les idiomes de cette famille se sont étendus très anciennement sur de vastes contrées. Il ne paraît pas impossible que l'on découvre un jour dans l'Europe centrale, peutêtre dans la région du Danube, des documents capables de confirmer cette supposition (1) ; mais aujourd'hui ces documents font encore défaut et nous n'avons à parler que des deux groupes ci-dessus nommés.

Le groupe gaélique ou gadhélique, ou hibernien, comprend trois idiomes : l'irlandais, Verse, le mannois, tous trois fort rapprochés les uns des autres.

L'importance de l'irlandais, dans l'étude des langues celtiques est considérable, non-seulement sous le rapport de la plus grande conservation de l'idiome, mais aussi sons relui de la richesse littéraire. A la vérité ce n'est qu'une richesse relative, mais la littérature des autres langues celtiques est si peu développée ! Les plus

(1) I.a question celtique. Bulletins de la Société d'anthropo loffic de Paris, 1*74. p. 705

anciens documents irlandais consistent spécialement en des gloses plus ou moins étendues insérées dans des manuscrits latins, soit à la marge, soit entre les lignes, et remontant au huitième siècle.

On rapporte au cinquième siècle au moins — époque à laquelle l'écriture latine pénétra chez les Hiberniens et les Bretons — les vieilles inscriptions irlandaises en caractères appelés « ogham ». L'origine de ces signes est loin d'être éclaircie, et nous devons nous borner à en faire cette simple mention. Au moyen âge la littérature irlandaise atteignit son apogée ; il reste de cette époque nombre de chroniques et de récits, sans parler de traductions d'oeuvres étrangères.

Au temps de la Renaissance, l'irlandais entra définitivement dans sa période d'extinction : à l'heure actuelle, d'après Ravenstein (Journ, of the Statist. Soc. t, XXIII. partie III), on compte près de 8.20.000 individus parlant irlandais en Irlande, soit 15 sur 100, et environ 50.000 en Angleterre. L'anglais occupe là partie orientale de l'île, plus de la moitié.

Sa situation géographique a mieux conservé le celtique écossais — l'erse — des empiétements de la langue anglaise. En Ecosse, 300.000 individus parlent l'erse, soit 9 pour 100 de la population ; 8.000 le parlent en Angleterre. Le gaélique d'Ecosse occupe toute la région septentrionale du pays, sauf un petit territoire à l'extrême nord-est, et la partie centre et ouest : soit, approximativement, les contrées de Caithness du Sud, Sutherland, Inverness, Argyle, Perth occidental ; il s'étend également sur les îles avoisinantes et sur celles qui se rapprochent de l'Irlande ; mais, au nord, dans les Orcades et Shetland il est inconnu.

Si la littérature du gaélique d'Ecosse est moins ancienne que la littérature irlandaise, elle possède toutefois le grand avantagé d'avoir plus fidèlement gardé la

mémoire des traditions anciennes. Les poèmes apocryphes d'Ossian, qui soulevèrent, il y a cent ans, tant de controverses, avaient sans aucun doute un fond de vérité, et, à cette heure encore, les montagnards écossais sont loin d'avoir oublié tous les récits de leurs ancêtres.

Le dialecte de l'île de Man n'offre qu'un intérêt secondaire. D'après quelques auteurs, il serait parlé par un tiers des habitants du pays ; il ne le serait, d'après d'autres personnes, que par un quart ou un cinquième de la population (Transactions of the Philological Society, 1875, p. 172).

Le groupe breton, ou kimrique, comprend le gallois, le comique, le breton, le gaulois ; deux de ces idiomes sont éteints, les deux autres vivent encore.

C'est au gallois qu'appartient la plus vivace des littératures celtiques actuelles. Dès le huitième siècle on trouve quelques gloses en gallois, aussi anciennes, par conséquent, que les gloses irlandaises dont nous avons parlé ; il est vrai qu'elles sont beaucoup moins importantes sous tous les rapports. D'ailleurs, c'est au moyen âge que se place la belle époque de la littérature galloise, notamment aux onzième, douzième, treizième siècles, qui ont vu paraître nombre de chroniques et de poésies. Aux approches de la Renaissance, le gallois sembla fort en danger ; il a repris cependant une certaine vitalité et c'est encore une langue écrite.

On compte, dans le pays de Galles, 934.500 individus parlant gallois ; on en compte, en Angleterre, 62.000.

Quant au cornouaillais, ou comique, il s'est éteint au siècle dernier. Le plus ancien monument de sa littérature — un glossaire qui porte le titre de Vocabula britannica — date du treizième ou peut-être du douzième siècle.

On peut attribuer à l'époque de la Renaissance quelques autres écrits en langue comique, notamment une

sorte de mystère chrétien sur la Passion ; nombre de mots anglais y ont déjà pénétré.

Le breton, ou armoricain, n'offre pas de très anciens documents, et ceux que l'on attribue à une époque plus reculée que le quatorzième siècle ne remontent sans doute pas à cet âge. Le plus connu est la vie de sainte Nonne et de son fils. L'on ne peut dire d'ailleurs que la littérature bretonne soit absolument éteinte aujourd'hui; on récolte, au moins, tout ce qui reste des vieilles traditions des poésies anciennes et la publication de quelques pièces plus ou moins apocryphes ne doit point laisser mettre en doute l'authenticité d'un très grand nombre d'autres morceaux.

Le breton est parlé dans le département du Finistère et dans la partie occidentale des Côtes-du-Nord et du Morbihan ; il se divise en quatre dialectes, parmi lesquels celui de Léon est le mieux étudié. Le véritable domaine breton comprendrait 1.200.000 individus ; la zone mixte en comprendrait 47.000. (Sur la limite du breton et du français, voir Revue celtique, t. V, p. 278 ; Revue d'ethnographie, t. V, p. 1.) D'après Paul Sébillot se trouvent en pays de langue celtique : Plouha, Pléguien, Tressignaux, Kérouzern, Kergourio, Lanrodec, Saint-Fiacre, Vieux-Bourg, Saint-Mayeux, Saint-Connec, Naizin, Saint- Jean Brévelay, Sulniac, Ambon ; se trouvent en pays de langue française : Tréveneuc, Tréguidel,Plouagat, Saint- Laurent, Saint-Gildas, Saint-Gilles, Gueltas, Radenac, Trédion, Elven, Muzillac.

Les deux douzaines d'inscriptions que l'on possède de l'ancien gaulois ont été découvertes, pour la plupart, dans la région de la Saône moyenne : il y en a pourtant qui proviennent du Rhône méridional, de la Normandie orientale et encore d'autres contrées. Ecrites en caractères latins, parfois en caractères grecs — par exemple celle de Nîmes — les inscriptions gauloises n'ont pas

encore été expliquées, bien qu'elles aient donné lieu à des travaux d'une véritable valeur, ceux, par exemple, de Pichet (1). Mais il reste également des noms de lieux, des noms propres cités par les auteurs classiques, et tout cela est plus que suffisant pour permettre de classer l'ancien gaulois dans la branche celtique bretonne ; nous reviendrons tout à l'heure sur ce sujet.

On connaît l'expédition historique des Galates en Asie Mineure, où ils s'établirent. Leur langue, qui, d'après des témoignages anciens, était la même que celle des habitants de Trêves, disparut dès les premiers siècles de notre ère, au plus tard vers le quatrième. D'après G: Perrot, elle serait tombée en désuétude dans le courant du premier siècle (2).

Les langues celtiques ne possèdent pas, sans doute, comme les langues germaniques, une caractéristique de premier ordre, telle que l'est, chez ces dernières, la substitution des consonnes. Mais, tout en se liant très étroitement, tout aussi bien aux langues germaniques, d'un côté, qu'aux langues italiques, d'un autre côté, elles n'en présentent p;is moins un caractère particulier très frappant.

On ne saurait, à la vérité, définir ce caractère d'une façon un peu précise, mais il résulte d'un ensemble parfaitement tranché. On peut dire, en principe, que toutes les langues celtiques, lorsqu'il s'est agi de la formation des mots, ont montré une forte tendance à la contraction.

Si nous jetons un coup d'oeil sur l'ensemble des voyelles du vieil irlandais, nous constatons sans peine qu'il est fort rapproché de l'ensemble du vocalisme latin, et

(\) Revue archéologique, 1867, i>. 272. Fbîcl. Alfred Mwhy. 1866, p. s. Wnnrr.v Stokes. Gallische Jnschriften, I3eitr.-pgc zur vrerleichenden Sprachforschurii.', i. II. p. 100.

De la disparition d<- la langue yauloise en Galalie. Revue celtique, t. I, p. 179. Paris !•

ce que nous disons de l'ancien irlandais est applicable, d'ailleurs, non seulement aux autres idiomes gaéliques, mais encore aux idiomes du groupe breton.

En ce qui touche les consonnes, il existe aussi une bien grande ressemblance entre les deux branches de la famille celtique ; l'un et l'autre, par exemple, aspirent en certains cas les consonnes k, t, p de l'indo-européen commun. Mais ce fait est moins général en breton qu'en gaélique ; ainsi l"armoricain et le gallois disent dec, « dix », tandis que l'ancien irlandais disait deich (prononcez « deikh »). L'irlandais moderne, devenant de moins en moins correct, change ces ch en g ; ici, par exemple, il dit déag.

Il est d'ailleurs un fait très général et très caractéristique qui distingue en principe, sur ce terrain de la phonétique, le système gallique du système breton : c'est ce fait que les « k » de l'indo-européen commun persistent dans le groupe gaélique — sauf, parfois, leur changement en aspirée, ainsi que nous venons de le voir — ■ tandis que dans le groupe breton, pour l'ordinaire, ils se changent en p.

Ce fait est très important, et nous devons en donner au moins un ou deux exemples : gallois peduur, pcdwar, « quatre », armoricain peuar, pewar : le « k » primitif s'est changé en p. Il persiste dans la branche gaélique : irlandais cetliir ; comparez le latin « quatuor », le lithuanien « keturi » ; gallois pimp, pump, k cinq » armoricain pemp, le « k » persiste en gaélique : irlandais ancien côic, irlandais moderne cuig. Comparez le latin « quinque ».

Ce changement de « k » en p se présente très clairement dans l'ancien gaulois, et c'est là une des raisons qui font rattacher cet idiome au groupe breton. Nous savons, fiai- exemple, que le quinquefolium latin, la « quintefeuille », portail en gaulois le nom de pempe-

dula ; comparez le gallois pump, « cinq », l'armoricain pemp. Et ce fait n'est pas isolé.

La déclinaison de l'irlandais a beaucoup souffert, en ce sens que les désinences qui avaient originairement la mission d'indiquer les différents cas, ont été presque toujours mutilées d'une façon grave ; parfois même elles sont tout à fait tombées, et l'on ne peut plus savoir à première vue si tel ou tel nom est à tel ou tel cas, plutôt qu'à tel ou tel autre. D'anciennes formes pronominales, se changeant en vrais articles ou prépositions, sont venues remédier à ce fâcheux état : ainsi la forme athir « père » ne dit rien par elle-même du cas où elle se trouve, mais intathir signifie le nominatif « pater » et sinnathir l'accusatif « patrem ».

L'on peut dire que la déclinaison est encore plus maltraitée dans le groupe breton ; c'est à peine s'il y reste trace des désinences indicatrices des cas, et l'article luimême a perdu sa diversité. Ainsi, en armoricain, roen, « roi », signifie tout à la fois « rex, regem, régis », etc., et l'article an le précède toujours tel quel : an roen, « rex » ; an roen, « régis ». C'est uniquement aux prépositions, dont on usera selon les différents cas, qu'il appartiendra de déterminer la fonction du substantif ; nous ne suivons pas, en français, un autre procédé lorsque nous disons « à la femme, de la femme, pour la femme », etc. Tel est le dernier degré de l'analytisme.

La conjugaison gaélique et celle du groupe breton suivent essentiellement le même système, et l'on peut dire que ce système n'est pas sans offrir de grandes difficultés ; c'est là que réside la véritable peine de l'étude des langues celtiques. Ici encore, comme l'on pouvait - > attendre, le groupe breton se montre bien moins conservé que le groupe gaélique.

Ce serait une entreprise à peu près interminable que celle de relever tout ce qui a été dit d'énormités sur les

langues celtiques. Il n'est pas rare, aujourd'hui encore, d'entendre expliquer le phénicien et l'étrusque par les racines celtiques ; il est moins rare encore d'entendre expliquer le basque par des mots bretons ou irlandais. Mais ce qui est bien plus fréquent, ce sont des théories quasi périodiques qui, en dépit de tout ce qui a été dit, écrit et mille fois prouvé relativement à l'origine des langues romanes, font encore dériver ces dernières langues des langues celtiques. Cette persistance de la celtomanie tient uniquement à ce que ceux qui en font profession ignorent trois choses capitales : les langues celtiques, le latin, les langues novo-latines. Il n'est pas un celtomane qui ne soit étymologiste ; l'étymologie est la condition vitale de la celtomanie.

Ce n'est pas à dire que les langues celtiques n'aient point fourni aux idiomes novo-latins un certain nombre de mots de leur vocabulaire, mais ce nombre est 'peu considérable. Ce sont des noms géographiques qui en forment le meilleur contingent ; tels les noms du Danube, des Alpes, des Ardennes. Les mots lieue, dune, alouette ont également une origine celtique ; mais cette origine n'est qu'indirecte, et pour passer du celtique au français, ces mots, comme nous l'avons dit en parlant des langues romanes, ont dû avant tout se latiniser.

§ 6. Branche germanique.

Il ne semble point que les noms de « Germain », de <( Germanie », de « germanique », soient d'origine allemande ; on a cherché souvent à les expliquer, mais cela a toujours été en vain. Le véritable nom appelé à remplacer celui de « germanique » serait sans doute le nom de tudesque. Celui-ci n'est autre que l'allemand moderne

deutsch, l'ancien haut-allemand diutisc, correspondant à une forme plus ancienne thiudisks, adjectif dont le sens primitif était celui de « populaire, national ». Toutefois, le nom de « germanique » est trop accepté, trop usuel, pour que Ton puisse songer à le remplacer par un autre. Les Allemands eux-mêmes, qui protestent contre cette appellation et aiment à employer leur nom national, ne donnent point aux langues indo-européennes le nom dïndo-tudesques, mais bien celui d'indogeniKiniques. C'est là une inconséquence assez singulière.

Le système des langues germaniques se divise en quatre branches distinctes : la branche gothique, la branche Scandinave, la branche bas-allemande, la branche haut-allemande.

Avant de porter notre attention sur chacune de ces branches en particulier, nous devons jeter un coup d'œil sur l'ensemble du système.

La grande caractéristique du groupe germanique consiste dans la façon dont il traita les explosives de la langue commune indo-européenne « k, t, p ; g, d, b ; gh, dh, bh ». Il les renforça toutes. Là où l'indo-européen commun avait une explosive aspirée, il mit une explosive non aspirée ; là où l'indo-européen avait une explosive faible, il mit une explosive forte. Quant aux explosives fortes de l'indo-européen commun, il les changea en sifflantes : « k » devint h, « p » devint / et « t » fut remplacé par la sifflante th dur des Anglais ( le th de « three, thank », non pas celui de « they, the »).

Lors donc que le sanskrit, fidèle aux explosives primitives, dit bhrâtâ « le frère », le gothique dit brôthar, changeant l'aspirée en non aspirée, et la forte en sifflante ; tandis que le sanskrit dit ajras « le champ », le grec iypo;, le latin ager, le gothique dit akrs, changeant l'explosive faible en explosive forte.

Rien de plus simple que cette loi. Ajoutons qu'elle est. constante. Pour qu'elle ne s'applique pas, il faut qu'il se rencontre un empêchement physiologique, il faut que l'explosible, qui devait être renforcée, soit, par exemple, précédée de « s ». En ce cas elle demeure telle quelle; c'est ainsi qu'au sanskrit asti « il est », au lithuanien esti, correspond le gothique ist.

Cette loi du renforcement des explosives primitives, cette grande caractéristique du système germanique pris en général fut, par la suite des âges, étendue, complétée, mais elle demeura la base même du système tout entier.

En dehors des nouvelles sifflantes /, h, th dur, th doux et z, les vieilles langues germaniques n'ont guère augmenté le tableau des consonnes de la langue commune indo-européenne. Par contre, elles ont perdu les tmis explosives aspirées « gh, dh, bh », dont elles ont fait, ainsi que nous venons de le dire, trois explosives simples. En ce qui concerne les voyelles, les idiomes germaniques sont moins purs ; ils les ont singulièrement modifiées et ils possèdent une grande richesse de dipththongues. Leur ancienne déclinaison, moins bien conservée que celle de la plupart des autres idiomes indo-européens, est cependant assez fidèle en bien des points ; mais la conjugaison a éprouvé des pertes considérables, celle, par exemple, de la plus grande partie des temps organiques.

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