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II. Langues Scandinaves

L'ancienne langue nordique fut portée en Islande par des colons norwégiens ; grâce au lent développement que reçut la civilisation dans cette île lointaine dont les communications avec le continent étaient difficiles, le vieux nordique s'y maintint bien plus aisément que dans les autres pays Scandinaves.

L'islandais moderne diffère peu en réalité, de cette ancienne langue, et sa supériorité sur tous ses congénères européens, non-seulement sur les langues germaniques modernes, mais encore sur les idiomes slaves, celtiques, novo-latins et autres, serait bien assurée si le lithuanien n'existait pas. Le côté faible de l'islandais moderne, c'est d'avoir subi cette loi de renforcement dont nous avons parlé ci-dessus, mais qui était commune à toute la famille germanique et dont il ne pouvait s'affranchir.

La phonétique de l'ancien nordique est beaucoup plus délicate que celle du gothique. On y compte une vingtaine de voyelles différentes, longues ou brèves, et plusieurs diphthongues. Le nombre des consonnes est également d'une vingtaine. Outre les explosives fortes et faibles, le vieux nordique possède les deux sifflantes f, h, la sifflante 1h dur (de l'anglais « thick ») et sa correspondance douce (anglais « they, the »). Le germa-

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nique se distingue, d'ailleurs, des autres langues germaniques par une plus grande disposition à l'assimilation des consonnes. En somme, la déclinaison est aussi bien conservée qu'en gothique et la conjugaison a éprouvé les mêmes pertes. Il s'y est formé par des moyens factices, par des moyens analytiques, un futur, un conditionnel et un nouveau parfait.

C'est en Islande que furent composés les plus beaux monuments de la vieille littérature nordique, les deux Eddas, recueil d'anciens récits mythologiques. La première est en vers et remonte au onzième siècle ; la seconde, plus récente d'une centaine d'années, dit-on, est en prose : c'est une sorte de complément de la première Edda.

Les langues Scandinaves modernes sont au nombre de quatre : l'islandais, le norwégien, le suédois, le danois. Pour certains auteurs l'islandais seul descendrait directement de l'ancien nordique, et les trois autres idiomes Scandinaves proviendraient de dialectes différents de cette ancienne langue, bien qu'étroitement alliés avec elle. Pour d'autres auteurs, les quatre langues Scandinaves actuellement parlées auraient toutes le vieux nordique pour ancêtre direct. Ce qui semble incontestable, en tout cas, c'est la parenté plus intime de l'islandais et du norwégien, du suédois et du danois. On peut ainsi les diviser en deux groupes assez distincts (1). L'islandais et le norwégien, par exemple, gardent les diphthongues de l'ancienne langue, tandis que le suédois et le danois les changent en voyelles longues ; danois et suédois conservent au commencement des mots certains groupes de consonnes que l'islandais et le norwégien ont perdus ou ne prononcent plus entièrement.

Le norwégien, dont la littérature est uniquement populaire, a perdu beaucoup de terrain. Le suédois, au

(1) Th. Môbius. Dânische {ormenlehre, p. 2. Kiel, 1871.

contraire, en a gagné et possède une véritable littérature. Non seulement il occupe une partie de la péninsule Scandinave, mais il s'étend sur les deux bandes de territoire du littoral finlandais : l'une de ces bandes donne sur le golfe de Bothnie, avec Vasa pour point central ; sa longueur est d'environ une cinquantaine de lieues, sa largeur est fort minime. L'autre bande, un peu plus importante, occupe la partie ouest de la rive septentrionale du golfe de Finlande, avec Helsingfors pour point central. Du côté de la terre ces deux territoires sont enveloppés par les régions où se parle le suomi.

On peut dire d'une façon générale que le suédois a conservé mieux que le danois la physionomie de l'ancien Scandinave. Les consonnes k, t, p, par exemple, s'affaiblissent à la fin des mots dans la langue danoise en g, d, b, tandis qu'elles persistent en suédois. De toutes les langues Scandinaves actuellement parlées, le danois est, en somme, la plus moderne, si l'on envisage ses formes. Il n'est point parlé seulement en Danemark : en Norvège on l'écrit couramment et il est parlé par les classes lettrées, tandis que le norwégien n'est, ainsi que nous l'avons dit, qu'un idiome populaire ; il s'étend également sur la partie nord du Slesvig et comprend la ville de Flensborg. Le danois se divise d'ailleurs en plusieurs dialectes. Ses plus anciens documents remontent au treizième siècle, mais sa forme actuelle semble être née au seizième siècle du dialecte séelandais. On y rencontre un certain nombre de mots étranger.-, empruntés au latin, au suédois, au français et surtout à l'allemand.

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