III. Bas-allrmand
Cette branche des langues germaniques est divisée en un assez grand nombre de rameaux. Elle aurait donné naissance tout d'abord ù deux celle du
LANGUES ÛERMAHIQUES.
saxon et celle du frison ; la première de ces tiges aurait produit ensuite, plus ou moins directement, une demidouzaine d'idiomes.
On s'accorde, pour l'ordinaire, à dresser le tableau que
voici :
fAnglo-saxon. Anglais.
I Saxon. j i Bas-allemand proprement dit.
Bas- (Vieux saxon. * Hollandais
allemand. / ( Néerlandais. \ et flaniand
'Frison.
Nous ne pouvons savoir directement ce qu'était la forme commune du bas-allemand, au sens général du mot, non plus que ce que pouvait être la forme commune saxonne d'où devaient sortir l'anglo-saxon et le vieux N'ixon. Quant à ces deux derniers idiomes, ce sont des langues historiques fort bien connues.
Le vieux saxon était parlé du Rhin à l'Elbe, au sud du frison, qui occupait les pays allemands du Nord. Nous possédons du vieux saxon un monument important, le poème chrétien du Sauveur (Hêliand), conservé dans deux manuscrits qui datent du neuvième siècle.
I. Anglo-saxon remonte au septième siècle, au moins en Angleterre, et lui aussi a son épopée, le poème de IVovulf, que l'on rapporte à cette ancienne époque.
La langue de ces deux vieux idiomes bas-allemands n'était pas fort différente, mais elle présentait cependant une certaine quantité de divergences très caractérisées, notamment dans la phonétique. Le système des voyelles du vieux saxon est de beaucoup plus simple que celui de l'anglo-saxon ; ce dernier est véritablement assez compliqué et son écbelle vocalique est très chargée.
On divise l'anglo-saxon en deux périodes : l'une, celle de l'anglo-saxon proprement dit, ou du vieil anglo-saxon, s'étend jusqu'au commencement du douzième siècle; la seconde, celle du demi-saxon, jusqu'au milieu du treizième.
La période do l'ancien anglais est également longue d'un siècle, elle va de Tan 1250 à l'an 1350 environ ; avec elle commence une décadence rapide des formes de la langue : il ne reste plus des anciens cas que le seul génitif, et encore ce cas est-il remplacé maintes fois par l'emploi de prépositions. Au milieu du quatorzième siècle s'ouvre la période du moyen anglais, qui doit durer deux cents ans, et qui continue, d'une façon plus marquée encore, l'œuvre de la période précédente. Lorsqu'apparaît enfin le nouvel anglais, l'anglais moderne, au milieu du seizième siècle, la langue est presque entièrement analytique. Les dialectes sont nombreux, mais on peut dire qu'ils en sont tous arrivés au même point de simplification grammaticale. Au demeurant, il reste encore assez de grammaire chez eux tous, aussi bien que dans la langue littéraire, pour témoigner du caractère essentiellement germanique de l'anglais. D'ailleurs, l'introduction considérable de mots français dans la langue anglaise (1) n'affecte en rien sa grammaire, comme on a pu le croire et le dire ; l'anglais n'est point une langue mixte, c'est une langue foncièrement germanique, dont les formes ont eu à souffrir plus que celles de tous les idiomes de la même famille.
Nous revenons à la seconde branche du saxon, au vieux saxon. Son système de voyelles, avons-nous dit, était beaucoup plus simple que celui de l'anglo-saxon, il connaissait beaucoup moins de voyelles que ce dernier, et ses rejetons contemporains ont, eux aussi, une échelle vocalique beaucoup moins compliquée que ne l'est celle de l'anglais. Il a donné naissance à deux rameaux frères, le rameau du bas-allemand proprement dit et le rameau néerlandais.
(1) Thommerel. Recherches sur la (itsion du (ranco-normanA el de l'anglo-saxon. Paris, 1841.
Le bas-allemand proprement dit, ou « plattdeutsch », est la langue populaire des basses régions de l'Allemagne du Nord. Le bas-allemand a gagné considérablement vers l'est sur des régions où se parlaient autrefois des idiomes slaves et même des idiomes lettiques (le vieux prussien et le lithuanien), mais il ne s'est pas élevé à la condition de langue littéraire, et le haut-allemand moderne, l'allemand, a rendu pour jamais infructueux les essais que l'on pourrait faire en ce sens.
La seconde branche du vieux saxon est le néerlandais, qui se divise en deux langues fort rapprochées l'une de l'autre, presque identiques, le hollandais et le flamand. Ce dernier est souvent regardé comme un dialecte du hollandais ; rien n'est plus inexact. Flamand et hollandais doivent être placés sur un pied d'égalité, et ils sont si rapprochés l'un de l'autre, que l'on a pu dire, avec assez de raison, qu*il n'y avait entre eux qu'une simple différence de prononciation. Le flamand est parlé aujourd'hui par deux millions quatre cent et quelques milliers d'individus ; quant au nombre des personnes parlant hollandais, on peut l'évaluer approximativement au chiffre de trois millions et demi, ce qui donnerait comme nombre total des individus de langue néerlandaise le chiffre de six millions, y compris les Flamands français du département du Nord. Certains auteurs vont jusqu'au chiffre de six millions et demi.
La ligne qui sépare le français du flamand est, la plupart du temps, assez horizontale. Elle laisse au nord, en pays de langue flamande, Gravelines, Hazebrouck, Courtrai, Halle, Bruxelles, Louvain, Tongres ; au sud, en pays de langue française, Calais, Saint-Omer, Armentières, Tourcoing, Ath, Nivelles, Liège, Verviers.
Nous n'avons parlé jusqu'à présent que d'une seule des branches du bas-allomand, la branche saxonne. L'autre branche es! incomparablement moins irnpnr-
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tante. Elle ne comprend qu« le frison. C'est une langue assez ancienne parlée sur la côte de la mer du Nord, aussi bien sur le continent même que dans les îles qui lui font face. Les Frisons sont loin d'avoir entrepris les émigrations devant lesquelles les autres Bas-Allemands ne reculèrent point ; ils demeurèrent dans les régions où ils étaient établis, et leur langue conserva certains caractères de grande antiquité, malgré l'influence que purent exercer sur elle les idiomes avoisinants, le néerlandais, l'allemand, le danois.
Depuis longtemps le frison n'est plus une langue littéraire ; l'allemand Ta totalement relégué au second rang, comme il a fait, d'ailleurs, au bas-allemand proprement dit.
Plus haut, en parlant de la langue gothique, nous avons dit quelques mots d'un principe de la phonétique germanique qui fut secondaire à la loi générale du renforcement des explosives et qui trouva son application dans les quatre branches de cette famille. Nulle part, avons-nous ajouté, ce nouveau phénomène n'est plus aisément surpris en application flagrante que dans les idiomes qui appartiennent au groupe bas-allemand. C'est ce que nous allons montrer.
Nous savons que, d'après le principe du renforcement des explosives organiques, les « k, t, p » de la langue indo-européenne commune étaient devenus, dans le système germanique général, de véritables sifflantes : /;, (h, f. Le nouveau phénomène dont nous avons à parler consiste en ceci : les trois sifflantes dont il est que<tion ne se maintiennent pas toujours telles quelles, parfois elles se changèrent en g, en d, en b, et cela dans tous les idiomes germaniques.
Ce changement n'eut pas lieu directement ; il y eut un intermédiaire entre h et g, un intermédiaire entiv //( et d, un intermédiaire entre / et b.
C'est ici que les idiomes bas-allemands nous sont d'une utilité capitale : ils nous présentent maintes fois, en effet, coexistant à côté l'un de l'autre, les différents ter- ■ I" cette série. Nous gâtons, grâce à eux, que YitLiCTHïédiaire entre la sifflante dure et l'explosive faible fut la sifflante douce correspondante. Ainsi c'est par l'intermédiaire de v que l'on passa de / à b, c'est par l'intermédiaire d'un h doux que l'on passa de h dur à g, c'est par l'intermédiaire de th doux (celui de l'anglais « they, there ») que l'on passa du th dur (de l'anglais « thick, thirst ») à l'explosive faible d. Cela fit donc trois degrés successifs.
Un ou deux exemples rendront la chose plus compréhensible. Tandis que le gothique sous la forme tha- reproduit le pronom organique « ta », en changeant l'explosive forte en une sifflante th dur, l'anglais, dans son article the, change la sifflante dure en sifflante douce, et le hollandais, poussant l'évolution jusqu'au bout, dit de, tout comme le flamand. C'est ainsi encore que le hollandais doorn correspond au gothique thaurnus « épine », voor à faur « pour », vol à fulls « plein ». Ce n'est pas à dire, d'ailleurs, que l'anglais en reste toujours à la consonne intermédiaire, ce n'est pas à dire, non plus, qu'il atteigne toujours cette même consonne ; assurément non. Les th durs qu'il présente si souvent le montrent encore d?ns la première période : thorn « épine », par exemple, est avec le gothique au premier degré, tandis que le doorn hollandais est déjà au troisième. Mais cela ne fait rien à l'affaire. Nous pouvons prévoir en toute sûreté le temps où tous les th anglais se seront changés en d, comme c'a été le cas pour le hollandais et le flamand. Un certain nombre des dialectes anglais en sont déjà arrivés à cette troisième période ; dans les pays de Kent et de Sussex, par exemple, l'on dit dey « eux », de « le » pour « they, the » de la langue litté-
raire ; à Wight l'on dit vor pour for « pour » ; dans les pays de Dorset, de Devon, de Somerset, même changement de / en v (1). La langue littéraire devra faire à son tour le chemin que parcourent aujourd'hui les dialectes, et elle arrivera à l'état qui caractérise à présent le flammand et le hollandais.