PARENTE DES LANGUES
tique aucune les mots qui servent à l'exprimer dans les langues en question
Tout d'abord les celtomanes n'ont pas manqué de trouver au mot français un une origine celtique, grâce au gallois un, au comique un, à l'armoricain eun. A leurs yeux, ces formes diverses se rapprochent plus du mot français dont il s'agit que ne s'en rapproche le latin n n h s : un celtique, un français c'est, disent-ils, un seul ot même mot ; c'est du celtique et non du latin, que provient donc le français. Rien n'est plus inexact. Le celtomane, en effet, néglige ici deux facteurs importants. L'un de ces facteurs, c'est la forme antique du français un. Au onzième siècle, dans la langue française à deux cas, le nominatif du mot en question était uns. Est-ce le celtique un, eun qui expliquera la sifflante qui se trouve à la fin de ce nominatif uns ? Assurément non. C'est le latin unus qui pourra seul en rendre compte. Un autre facteur, avons-nous dit, a été également négligé dans le rapprochement du mot celtique et du mot français. Avant de parler d'un celtique un, il s'agissait de comparer le gallois et le comique un au gaélique 6in et il fallait ramener ces deux formes à une forme commune. Mais le celtomane n'a que faire des procédés méthodiques de la linguistique. Le celtomane n'est qu'étymologiste, et s'il n'était étymologiste il ne serait pas celtomane.
N'a-t-on pas rapproché aussi l'anglais one « un » et le malayâla onn" ? Il suffisait cependant, pour éviter ce rapprochement imprévu, de comparer d'une part la forme du malayâla aux autres formes dravidiennes, et de se rappeler le thème gothique aina-, au nominatif ains.
Nous devons beaucoup sans doute aux missionnaires qui songent à rapporter des pays peu connus qu'ils ont visités des séries de mots et de phrases, des essais de
grammaire, ces essais fussent-ils (comme c'est presque toujours le cas), absolument dépourvus de méthode ; mais que dire de la manie étymologique qui les tourmente à peu près tous sans exception ? Ils n'hésiteront jamais, par exemple, à comparer des mots polynésiens, des mots cafirs, des mots américains à des mots latins ou français. Que le français et le latin aient une histoire, un long passé, cela leur est complètement indifférent ; que l'américain soit agglutinant, que le latin possède une flexion véritable, cela leur importe peu. Ils prennent les mots tout faits, au hasard, sous leur forme actuelle et décident sans plus tarder de leur identité.
L. Adam a très justement dit, au premier Congrès des américanistes, où l'on rapprochait sans critique aucune le basque, le bas-breton, l'algonquin et bien d'autres langues encore : « Dans l'intérieur d'une même famille les rapprochements de mots sont légitimes et concluants, à la condition d'être opérés en conformité avec les règles de la phonétique et de la dérivation, sans le respect desquelles l'étymologie n'est qu'un art puéril, indigne d'occuper l'attention des vrais savants. Quand, après de fortes études préparatoires, un linguiste sachant son métier aborde la texicologie d'une famille de langues, qu'il se renferme dans ce domaine et qu'il opère scientifiquement, c'est-à-dire d'après des règles certaines, les rapprochements qu'il fait ont toujours chance d'être fondés. Que si, au contraire, il entreprend de passer d'une famille à une autre, ni la science acquise, ni les règles ne lui serviront à rien, et il aboutira fatalement à des résultats sans consistance. » Op. cit., t. II, p. 40.
C'est en termes non moins explicites que J. Vinson répondit à ces mêmes rapprochements du basque et des langues américaines : « Pour déterminer la nature et la place naturelle d'un idiome nouveau, le linguiste doit tenir compte des particularités qu'il présente dans cha-