PLURALITÉ DES SYSTÈMES LINGUISTIQUES
indo-européennes, des cas véritables, des suffixes personnels véritables ; et nous pouvons ajouter que ces différences capitales ne sont pas les seules (1).
Bopp s'était fié malheureusement à des rapprochements lexiques (qu'expliquaient d'ailleurs fort bien de nombreux emprunts faits à l'Inde par les Malais), et cette sorte de rapprochements, nous ne saurions trop le répéter, n'a de valeur qu'autant qu'ont été résolues la question de la phonétique et celle de la formation même des mots.
§ 2. Pluralité originelle des systèmes linguistiques.
On a cherché souvent à rapprocher l'un de l'autre le système des langues indo-européennes et celui des langues sémitiques : on a voulu leur trouver une origine commune, les ramener à des formes communes. On a toujours échoué dans cette entreprise. Le sanskrit est aussi distinct de l'arabe et de l'hébreu qu'il l'est du tagala et du javanais. Non seulement il n'y a point d'identité grammaticale entre le système des langues sémitiques et celui des langues indo-européennes, mais ces deux systèmes, ainsi que nous l'avons dit plus haut, comprennent la flexion d'une manière toute différente. Leurs racines sont tout à fait distinctes, leurs éléments formatifs sont essentiellement divers, et il n'y a nul rapport entre les deux modes de fonctionnement de ces éléments L'abîme n'est pas seulement profond entre les deux systèmes ; il est infranchissable.
t( Quand deux langues peuvent-elles être scientifiquement tenues, dit H. Chavée, pour deux créations radicalement séparées ? Premièrement : quand leurs mots
(1) Rcisc àcr œsterf. Frégate Novara um die Erde. Linguisticher Thcil. p. 273. Vienne. 1868.
simples ou irréductibles à des formes antérieures n'offrent absolument rien de commun, soit dans leurs étoffes sonores, soit dans leur constitution syllabique. Secondement : quand les lois qui président aux premières combinaisons de ces mots simples diffèrent absolument dans les deux systèmes comparés (1). »
C'est le cas des langues sémitiques et des langues indoeuropéennes, c'est le cas d'un nombre considérable de systèmes linguistiques. La conséquence de ce fait est grande.
Si c'est la faculté de langage articulé qui est la propre et la seule caractéristique de l'homme, ainsi que nous l'avons dit dans notre chapitre second, et si les différents systèmes linguistiques que nous connaissons sont irréductibles, ils ont pris naissance isolément en des régions bien distinctes. Il en résulte que les premiers êtres qui furent en voie d'acquérir la faculté du langage articulé ont gagné cette faculté en différents lieux à la fois et ont donné naissance ainsi à plusieurs races humaines originellement distinctes.
« Les anthropologistes français, dit le général Faidherbe (2), étaient généralement convenus que, la parole articulée distinguant seule radicalement l'homme des animaux, les précurseurs de l'homme ne devaient pas être désignés par le nom d'hommes, lorsqu'ils ne possédaient pas encore cet attribut. On comprend que ce n'est là qu'une affaire de mota, de convention. La seule chose importante, c'est de savoir si, chez cet être, qu'on l'appelle homme ou non, le langage a pris naissance sur un seul point, en une seule fois, ou bien d'une manière multiple, sous le rapport des lieux et des temps. Or, l'irréductibilité des langues humaines à une seule souche
(1) Les Lannurs ri 1rs Rnrrs, p. 13. Piri?. ISO?.
(2) Essai sur In lanqur poule. Pnris, 1S7.">.