PLURALITÉ DES SYSTÈMES LINGUISTIQUES
prouve que la seconde hypothèse est la vraie. Si l'homme n'eût acquis cette faculté, conséquence des progrès de son organisation, que d'une manière unique, le langage fût resté sensiblement le même dans sa descendance, ou du moins on trouverait dans toutes les langues des traces de cette origine commune. La diversité extrême des langues et de leurs procédés prouve qu'elles ont été créées indépendamment les unes des autres, et probablement à des époques très différentes. Comme, en outre, les principales familles irréductibles de langues correspondent d'une manière générale aux grandes races de l'humanité, nous admettons que le langage a pris naissance d'une manière indépendante chez diverses variétés distinctes de ce que Frédéric Mûller appelle Yhomo primigenius, de ce que les anthropologistes français appellent les précurseurs de l'homme. »
La linguistique apporte ainsi aux polygénistes un argument capital. Leur arsenal était déjà bien fourni, il s'enrichit d'une arme nouvelle.
La langue étant un produit de la nature elle-même, étant la fonction d'un nouvel organe, il est évident que deux systèmes linguistiques irréductibles entre eux indiquent deux organes producteurs différents.
L'histoire nous apprend qu'un grand nombre de familles linguistiques se sont éteintes sans postérité ; cela est le fait de la concurrence vitale qui s'applique à la nature entière, partout et toujours. Plus nous remontons dans le cours des âges, plus nous trouvons de familles linguistiques indépendantes. C'est également le fait des races humaines.
Nous pouvons soutenir sans témérité que le primate précurseur de l'homme a dû acquérir sur bien des points à la fois ou successivement la faculté du langage articulé qui devait l'élever à la condition d'homme.
La linguistique nous conduit, en effet, à ce résultat,
en nous enseignant la multiplicité des systèmes linguistiques irréductibles (1).
3. Dans la vie historique, les langues peuvent ne plus correspondre aux races.
On comprend ainsi, nous l'avons dit déjà, que dans la période historique de l'humanité il ne puisse plus naître de nouveaux systèmes de langues. L'origine du langage, l'acquisition de la faculté du langage articulé.étant identique avec la formation des premières races humaines, il s'ensuit que, le précurseur de l'homme une fois éteint, la formation de nouvelles familles linguistiques est absolument impossible. Tout effet nécessite une cause, et, la cause disparaissant, il n'y a plus 'd'effet possible.
Mais, lorsqu'elles sont entrées dans la période historique, les langues peuvent disparaître, comme peuvent disparaître les races.
Une foule d'exemples se présentent ici, parmi lesquels nous n'avons que l'embarras du choix.
On sait que les Finnois et les Lapons appartiennent à deux races essentiellement différentes ; pourtant le suomi, que l'on parle en Finlande, et la langue des Lapons, font partie d'une seule et même famille.
En Asie, nous voyons les différentes langues du groupe hindou acceptées par des populations se rattachant à une ou plusieurs races parfaitement distinctes de la race qui leur apporta leur système linguistique.
En Asie encore, et en Afrique, l'arabe est la langue courante, la langue maternelle d'un grand nombre de peuples qui ne font point partie de la race sémitique.
En Afrique, le système bantou est parlé à l'est par
(1) Sayce, Traduct. franc, p. 79, 95, 103.