‹ La Linite Plastique Gastro-IntestinaleChapitre 21 sur 33 · IV. — Formes avec noyau métastatique du rectum · texte numérisé non relu

IV. — Formes avec noyau métastatique du rectum

Dans certaïns cas le toucher rectal révèle, nous l’avons vu, l’existence d’un noyau sous-muqueux du rectum et c’est là, avons-nous ajouté, un signe presque pathognomonique de l'affection. Aussi l'existence de ce noyau secondaire imprime-t-elle à la linite gastro-intestinalé un aspect particulier qui permet de ranger dans un même groupe tous les cas où le cancer secondaire du rectum a été constaté.

L'importance diagnostique de ce cancer sous:muqueux du rectum tient à deux faits. D'une part il n’a guère été observé que dans le cancer de l’estomac. Il n'existe en effet que deux cas dans la littérature où le cancer secondaire du rectum n’était pas le témoin d’un néoplasme gastrique : dans l’un, cas de Schnitzler, la tumeur primitive siégeait au niveau du pancréas ; dans : l’autre, observé et rapporté par Bensaude, la tumeur

primitive siégeait sur l'intestin grêle, éncore Bensaude

fait-il des réserves étant donné qu'il n’y eut aucune vérification ni opératoire, ni nécropsique.

D'autre part les travaux de Bensaude et de ses élèves ont montré que dans la plupart des cas de métastases intestinales el rectales, en particulier du cancer de l’es-

tomac il ne s'agissait pas d’un néoplasme quelconque, :

mais d’une forme toute particulière, d'un cancer à forme linitique.

Ainsi la découverte, au cours d’un examen, d’un cancer secondaire du rectum autorise à soupçonner l’existence d’un néoplasme gastrique et toutes les présomptions sont en faveur d’une linite cancéreuse de l'estomac avec noyaux multiples étagés le long du canal intestinal.

Nous ne reviendrons pas sur les caractères que nous avons décrits de ce cancer sous-muqueux du rectum.

- Nous en soulignerons seulement l’importance, car ce sont ces caractères particuliers qui en font toute la valeur diagnostique. Nous verrons cependant au chapitre du diagnostic de queiles erreurs il a pu être l’origine, et en particulier la confusion que certains auteursiont faite avec le cancer primitif du rectum.

L'observation de Bensaude que nous reproduisons ci-dessous est particulièrement instructive sur la valeur de ce signe. Le toucher rectal y montre l’existence d’un néoplasme du rectum que l'examen négatif au rectoscope démontre secondaire, chez un malade où le diagnostic était hésitant entre un ulcère, un ulcéro-cancer ou un cancer de l'estomac. Et sa constatation rend des plus probables le diagnostic de linite qui fut alors porté et qui ne put être vérifié, le malade ayant été perdu de vue.

= Obs. 9. — BensauDe ({nternat. Beiträge z Pathol. u. Therapie der Ernährungsstürungen).

«+. Homme, 29 ans. Serrurier. Vient consulter à la clinique médicale de l'hôpital St-Antoine le 29 janvier 1909. Ses pa-

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rents vivent et sont bien portants. Il n'a pas eu de maladie antérieure, est marié et a une enfant bien portante.

Maladie actuelle. 11 y a 5 ans, étant à bicyclette, il heurte un timon de voiture qui l’atteint au creux de l'estomac, il tombe, a des vomissements alimentaires abondants mais pas d'hématémèse et reste pendant deux heures dans un état syncopal. Durant les deux mois qui suivent il est obligé de garder un régime sévère et prend surtout du lait et des œufs ; puis peu à peu il reprend son alimentation normale.

Ce n'est que deux ans après l'accident, c'est-à-dire il y a 3 ans, que les digestions deviennent pénibles ; il a des sensations de lourdeur après les repas et des vomissements alimentaires se produisant principalement le soir après le diner et quelquefois le matin à jeun.

Des douleurs très vives se produisent parfois, qui s’atténuent ou disparaissent à la suite des vomissements. A cette époque il aurait remarqué plusieurs fois dans ses vomisse-

- ments des aliments ingérés parfois 2 jours auparavant. Plusieurs fois il a introduit ses doigts dans la bouche pour se faire vomir.

Cet état persiste avec des hauts et des bas pendant environ

- 2 ans et depuis un an il s’est aggravé. Le malade a maigri de 16 kilogs, il est affaibli, il a perdu l'appétit, et ne prend que du lait et des purées. Les douleurs sont moins marquées, les vomissements ne se reproduisent plus, le malade n'a pas d'hématémèses ni de melæna. [l a fréquemment des renvois, mais sans odeur ; il est toujours très constipé.

A l’examen de l’estomac on note que celui-ci descend à l'ombilic ; on ne sent pas de tumeur au niveau du creux de l'estomac ; la pression au niveau de la région pylorique est douloureuse ; on ne provoque pas d'agitation péristaltique.

Le malade a un type de «ventre fermé ». IL n'y a pas d'ascite.

Le foie ni la rate ne paraissent pas augmentés de volume.

Le malade se lève plusieurs fois par nuit pour uriner. Il à

des crampes nocturnes et des sensations de fourmillements

ATIL

et de doigts morts. Les urines ne contiennent ni sucre ni albumine.

Rien au cœur. Rien à l'examen de l'appareil respiratoire.

Nous hésitons entre un ulcère, un cancer ou un ulcérocancer de l'estomac, et comme le malade avait présenté autrefois des vomissements contenant des aliments ingérés plusieurs jours auparavant nous pensons qu'il existe un certain degré de sténose du pylore. L'examen rectal vient affirmer l'existence d'une lésion cancéreuse.

Nous trouvons par le toucher rectal sur la paroi antérieure du rectum une masse dure, un peu inégale, non doulou reuse, sur laquelle on ne peut pas faire glisser la muqueuse. Rien à la paroi postérieure. On introduit le rectoscope qui pénètre assez facilement après avoir été un:instant arrêté à environ 5 cm. La muqueuse rectale ne présente aucune altération particulière et la saillie n’est pas nettemenPvisible à l'examen rectoscopique. Croyant avoir été trompé par le premier examen, nous refaisons de nouveau un toucher rectal” qui confirme les premières données.

Ajoutons que le malade n'avait aucun symptôme rectal

L'examen de suc gastrique et des matières fécales confirme le diagnostic de cancer.

L'examen du suc gastrique fait par M. Carrion le 12 fé vrier 1909 donne le résultat suivant :

Caractères du liquide : 20 cem mal émulsionné, épais. Chiffres normaux

SA Acidité totale ere 189 — 0,035 H Acide chlorhydrique libre 0,044 LEA) C Chlore combiné organique 0,168 00 H + C Chlorhydrie.… 0,212 10:99 TÉCHIOrENOMIE EEE 0,321 | — 0,258 HElore mimenales 2 0,109 — 0,219 R HADDor! . SRE 086 — 0,89

Rapport . A de RER S

Era

Peptones : très peu.

Acides gras : acide lactique assez abondant.

L'examen du liquide à jeun n'a pas été fait.

La réaction de Weber est positive,

- Comme le malade ne veut pas entrer à l'hôpital, nous lui prescrivons un régime kéfirique et nous l'engageons à venir tous les deux jours pour se faire faire des injections de cacodylate. Le malade ne revint pas et nous l'avons complètement perdu de vue. :

Mais nous verrons au chapitre du diagnostic que souventce noyau métastatique a été faussement interprété. Il en est ainsi dans les observations de Toyosumi, de Nuthall et Emmanuel ainsi que dans l’observation de Achard, Mouzon et Marchal que nous rapportons cidessous.

Obs. 10. — Linite plastique à foyers multiples : Estomac, iléon, côlon, rectum (ACHARD; Mouzon et MarcHaL. Soc. Méd. des Hôpit., 8 juin 1923). ;

— Mme Cost... , 63 ans, entre le 8 février 1923 dars le service du P' Achard. Cachexie avancée, maigreur extrème et contrastant avec un abdomen volumineux, où l’on constate la présence d’une ascite mobile avec veines dilatées sus et

sous-ombilicales. 3

Signes fonctionnels : depuis plusieurs mois anorexie telle: que la seule nourriture consiste en quelques gorgées de lait’ de tisanes et de limonade. Diarrhée très fréquente.

Jambes légèrement œdématiées, pas d'épistaxis, rien aux poumons ni au cœur. Pas d'adénopathie inguinale ou susclaviculaire. : |

Ascite: liquide’ citrin, limpide, peu fibrineux, quelques

lymphocytes et cellules endothéliales..

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