‹ La Linite Plastique Gastro-IntestinaleChapitre 30 sur 33 · EI · texte numérisé non relu

EI

courbure et dans toute la moité pylorique, On ne saurait mieux dépeindre cet état de la muqueuse qu'en la comparant à la surface d'une étoffe très irrégulièrement capitonnée. Nous insisterons sur l'absence certaine de toute trace d'ulcération ou de cicatrice. Il n'existe au voisinage de l'estomac et du pylore aucun ganglion hypertrophié.

Foie, petit 300 gr. périhépatite évidente mais pas suffisante pour masquer complètement la couleur brune de l'organe. A a coupe aspect muscade irrégulier, et par place travées blanches triangulairés ou ovales, répondent à des zones de selérose située autour des vaisseaux portes d’un certain volume.

Voies biliaires perméables. Petit épiploon raccourci et épaissi dans son ensemble de sorte que le bord de l'estomac est comme accolé à la face inférieure du foie.

Péritoine : nous renvoyons à ce qui a été dit à propos des divers organes pour les détails. Nous insisterons seulement sur les faits suivants : il n'y a dans la grande séreuse péritonéale aucune trace d'inflammation exsudative ou adhésive. Pas une fausse membrane, pas une soudure ni même un accolement d’anses intestinales. Aucun aspect dépoli ou granuleux. L'intestin se déroule régulièrement sans une adhérence anormale. Il n’existe même pas de retropéritonite calleuse à proprement parler. L'arrière cavité des épiploons est close, effacée mais les parois stomacales n’adhèrent en arrière à aucun tissu de néoformation et s’isolent immédiatement après section des points d'attache Tout ce qu'il y a c'est de l’épaissisement, du raccourcissement de: tous les mesos, avec un aspect laiteux. plante lisse et vu de toute la séreuse.

Un liseré blanc épaissi suit le bord mésentérique de l'intestin et ne cesse d'être apparent que sur la partie inférieure de l’iléon où les plaques se fusionnent. D'innom-

brables petits nodules blancs laiteux couvrent l'intestin et. confluent en placards de plus en plus étendus à mesure

qu'on se rapproche de la valvule ileo-cæcale. Ces nodules sont plats, lenticulaires, lisses, larges les placards rappellent absolument de vieilles plaques laiteuses du péricarde. Le péritoine pariétal est particulièrement épaissi dans la région sus-ombilicale droite. Il n'y a aucune adhérence de l'intestin avec la paroi abdominale.

Les autres organes ne présentent aucun intérêt spécial.

3° Lésions du péritoine

Elles sont constantes et se présentent avec deux aspects différents suivant que l’on considère le péritoine des parties sus et sous-ombilicale de l'abdomen.

Très souvent tout le péritoine sus-ombilicale est transformé en une masse blanchâtre, soudant en un seul bloc l'estomac, le pancréas, le grand épiploon, et même le foie et la vésicule biliaire. Cette masse est dure, résistante et le couteau a peine à séparer de ce bloc les différents organes. Il semble que toute la région gastrique ait été injectée d’une substance coagulable et durcie donnant l'aspect de la paraffine. C est larétropéritonite calleuse dont la description Der été donnée par Hanot et Gombault.

Dans certains cas toutefois cette rétro- -péritonite peut |

manquer ou tout au moins être à peine ébauchée. Il en “est ainsi dans le cas du Curtis dont nous venons de reproduire l’observation.

Le péritoine de la région sous-ombilicale présente presque constamment un aspect blanc laiteux, nacré el comme glacé. Les mesos sont raccourcis, rétractés, ont un aspect fibreux et lamellaire. Ils sont couverts

La

de nodules blanchâtres indurés, de plus en plusétendus. Par place même ils s’épaississaient en constituant des placards d’aspect scléro-cicatriciel, point de départ d'adhérences et de brides. De telles brides peuvent agglomérer l'intestin grêle autour de son attache mésentérique en paquet serré, indéroulable et qui figure une véritable rose-pompon (Cain et Tran-Nhu- Lan). :

Pariois Sur le bord mésentérique de l'intestin on rencontre un liseré blanc dur, épais, véritable bourrelet continu qui peut courir tout le long de l’attache mésentérique de l'intestin depuis le duodénum jusqu'au rectum. A la coupe le bourrelet est triangulaire à sommet mésentérique, à base intestinale, débordant un peu de chaque côté de l’attache mésentérique. « L'aspect des lésions rappelle celui d’un pneumatique avec sa-jante intimement accolée à lui comme l’est la bande néoplasique à l’attache intestinale» (Carnot

et Bauffle).

Le cas de « cancer en jante » rapporté par Lehmann dans sa thèse nous paraît être un cas typique de linite gastro-intestinale. Nous en reproduisons ci-dessous l'observation intéressante tant au point de vue clinique qu’au point de vue anatomo-pathologique. Nous

reproduisons également le cas rapporté par Carnot

et Bauffle. Il s’agit dans ce dernier cas, non pas d’une linite gastro-intestinale mais d’une linite vésiculo-intes-

tinale; la linite intestinale y est associée à une linité

de la vésicule biliaire. Mais les;lésions intestinales sont identiques.

Obs. 21. — Lenmann (Thèse Paris, 1913)

Marie Mor..., âgée de 78 ans, femme de ménage, meurt le 9 novembre 1912, de cachexie cancéreuse et hépatique.

L'étude des antécédents ne décèle rien de spécial, sauf toutefois l'existence d'un catarrhe chronique réapparaissant chaque hiver depuis de longues années.

Le début des accidents remonte à cinq ans. Sans cause ap parente, l'abdomen grossit. 11 n'existe ni troubles gastriques, ni constipation, ni diarrhée. L'état reste stationnaire jusqu'en mai 1912. La malade perd l'appétit ; elle souffre de douleurs vives au creux épigastrique, douleurs intermittentes dont on ne peut faire préciser le moment d'apparition. En même temps, le ventre devient sensible ; la malade supporte difficilement le contact de ses vêtements. Les selles sont maintenant étroites, effilées, aussi minces que le petit doigt. Constipation. Pollakiurie et polyurie.

Les troubles s’exagèrent progressivement. En septembre 1912, les vomissements apparaissent et se manifestent immédiatement après l'ingestion des aliments. OEdème des jambes.

En octobre 1912, à l'examen, on trouve la malade dans un état effrayant de maigreur. L'alimentation est difficile à cause de l’anorexie : mais la patiente ne vomit plus et ne soufire guère. La constipation est modérée ; les selles sont - moins étroites. L'ascite, qui est considérable, gène l’examen du foie et de Ja rate ; ces organes ne paraissent pas être augmentés de volume. Dans la région xyphoïdienne, on voit se dessiner la contraction en masse de l'estomac,

La malade tousse et crache un peu. L’auscultation du poumon décèle des signes de sclérose pulmonaire et que ques râles de bronchite.

Pas d'albumine dans les urines.

Il n'existe pas d’ictère ni de pigmentation anormale de Ja peau, |

La malade, qui ne s’alimente pas, s’affaiblit progressive ment, Quelques jours ayant la mort, un. œædème considérable mou et indolore, envahit les membres inférieurs. La Circulation collatérale devient considérable : les veines forment de gros cordons tendus au-dessus et surtout au des- Sous de l'ombilic et elles se jettent dans les veines iliaques en soulevant le pli de l'aine. La mort survient dans le coma. :

Autopsie. — Ascite citrine. Foie petit, dur, granuleux, roux, présentant tous les caractères de cirrhose de Laënnec. L'atrophie du foie est telle que le lobe carré a presque entièrement disparu et qu'une petite languette de parenchyme hépatique est reliée au foie par un pédicule fibreux, large et mince.

La rate est de volume moyen (elle n'a pas été pesée), elle est dure et résiste au couteau. |

Les poumons sont parcourus par des travées scléreuses.

Lestomac nest pas dilaté. Au pylore siège un cancer typique envahissant la région antrale, d'une part, le duodénum, d'autre part ; mais le néoplasme n'oblitère pas complètement l'orifice pylorique. Les ganglions des chaînes pylorique et gastro-épiploïque sont très gros et, à la coupe blancs et juteux. :

L'intestin est assez étroit et présente un aspect tout à fait particulier. Tout le long de l'attache péritonéale, depuis le duodénum jusqu'au rectum, un petit triangle induré coifte l'intestin. Il apparaît bosselé, irrégulier, rougeâtre et couvert de petites varicosités vasculaires. La masse néoplasique est, en effet, formée par la coalescence de petits n0° dules, tantôt presques isolés, tantôt réunis en grappes ; cette dernière disposition est la plus fréquente En remontant vers la racine du mésentère ‘la limite est frangée, car ces nodules cancéreux se font rares et plus petits.

Les généralisations Cancéreuses s'étendent d'une extrémité à l'autre de l'intestin presque sans interruption. La

bande néoplasique, par suite de son bossèlement, déborde un peu de chaque côté de l'attache mésentérique ; l'aspect des lésions rappelle assez celui d'un « pneumatique avec sa jante ». Le terme imagé de MM. Carnot et Bauffle est tout à fait exact.

A la coupe, l'intestin ne parait pas cancéreux : mais la «jante » a l'aspect caractéristique d’un tissu néoplasique.

Les ganglions intestinaux ont un volume variant entre celui d'une noisette et celui d’une noix et ils sont transformés en une masse Carcinomateuse. Parfois une trainée de petits nodules remonte le long des pédicules vasculaires mésentériques.

Le grand épiploon est intact et le rectum est beaucoup moins lésé que l'intestin grêle.

Examen histologique. — Le cancer lui-même ne présente rien de spécial. Il s’agit d'un épithélioma glandulaire duodéno-pylorique ; les métastases intestinales et ganglion- : naires sont de mêrné type ; mais une coupe de l'intestin montre des détails très particuliers.

La muqueuse intestinale, bien qu'intacte à première vue, apparaît sous le microscope envahie par des cellules néoplasiques disséminées. Des traînées et des grains néoplasiques relient le cancer de la muqueuse intestinale aux noyaux de l’attache mésentérique ; les muscles paraissent intacts, mais les espaces conjonctifs sont infiltrés de cellules cancéreuses. $

La «jante » elle-même a une structure particulière ; un tissu fibreux parsemé çà et là de cellules cancéreuses et contenant d'énormes masses néoplasiques qui donnent à l'œil les bosselures décrites plus haut : on a l’impression qu'il s'agit là de petits ganglions hypertrophiés et cancérisés. | |

Les vaisseaux. mésentériques semblent intacts.

Le foie contient: un certain nombre de tout petits noyaux cancéreux. La sclérose périportale est très marquée : de

minces trainées fibreuses, colorées en rose par le van Gié- Son, dessinent la sclérose péri-trabéculaire ; autour des veines sus-hépatiques, le tissu fibreux est peu abondant. Le pédicule plat que nous avons signalé contient, au milieu d’un tissu de sclérose dense ou lâche, des vaisseaux et de gros canaux biliaires qui relient au foie la petite languette de parenchyme hépatique, à peu près aussi lésée que la masse principale.

Le rein présente les lésions typiques de la néphrite interstitielle.

En résumé : cirrhose du foie et néphrite interstitielle ; cancer de l'estomac et cancer secondaire de toute l’attache mésentérique intestinal.

Obs. 22. — Carnnor et BaurrLe (Société Médicale des Hôpi- : taux).

Il s'agit d’une femme de 76 ans, entrée dans notre service quelques jours seulement avant sa mort et dans un état de cachexie profonde. Elle se ‘plaignait de douleurs abdominales diffuses siégeant plus spécialement au creux épigastrique, survenant par crises, avec nausées, éructations et vomissements (syndrome solaire). Elle aurait, d'autre part, un syndrome d'occlusion intestinale chronique caractérisé par une constipation extrême entrecoupée de quelques débâcles diarrhéiques. Elle était arrivée à un état d’émaciation et d'anémie extrêmes, mais sans avoir jamais présenté d’ictère. : S

A l'examen, le ventre était ballonné, globuleux, avec ascite, mais sans circulation collatérale ; on y sentait une série de masses dures, très fixes, inégalement réparties, s'échelonnant principalement en barre transversale. Le foie était très volumineux, dur, immobile, présentant de multiples nodosités : deux surtout à la face antérieure, une au niveau du point vésiculaire, l'autre au niveau de l'ombilie.

Le diagnostic de néoplasme avec généralisations multiples au foie, à l'intestin, au péritoine, s’imposait ; rien ne permettait, par contre, d'affirmer un point de départ vésiculaire.

A l'autopsie pratiquée le 21 mai 1941, l'ouverture de l’abdomen donne issue à une assez grande quantité de liquide. Le grand épiploon se, présente immédiatement, renflé en boudin: à son extrémité libre. Les intestins sont refoulés contre la colonne vertébrale par un mésentère rétréci, induré à son attache intestinale ; enfin, le foie très volumineux adhère aux organes voisins (duodénum, côlon transverse) présentant une tumeur. volumineuse au niveau de la vésicule et une série de noyaux saillants en difiérents points. ;

La tumeur hépatique est précisée quant à sa topographie par une coupe antéro-postérieure de la masse. Le centre de la tumeur apparaît alors constitué par la vésicule dont la paroi supérieure très épaisse se confond avec la masse néoplasique. du foie. La cavité de la vésicule apparaît irrégulière, présente des saillies et des çryptes néoplasiques qui constituent autant de logettes : cette cavité contient une centaine de çalculs.biliaires, de tailles différentes ; les uns libres et flottants à facettes juxtaposées, d’autres plus volumineux emboutonnés dans. les eryptes de la vésieule cancéreuse. La situation même des calculs permet de leur attribuer un rôle important d'irritation dans le développement de la prolifération néoplasique (ainsi qu'il est d'ailleurs de règle dans le cancer vésiculaire).

Tout autour.de la vésicule et sur une étendue de plusieurs centimètres le parenchyme hépatique.est transformé en un tissu blanchâtre, induré, qui rappelle l'infiltration néoplasique de la vésicule elle-même : il. y a donc eu par conti: guité, large extension cancéreuse périvésiculaire avec production d'une vaste tumeur hépatique centrée autour de la vésiçule. Dans le reste du foie on retrouve de multiples

lésions des nodules néoplasiques blancs, tous de dimen-: sions variables, du tissu de sclérose réparti irrégulièrement par larges bandes découpant des ilots restants de parenchyme hépatique.

L'extension du néoplasme au tubeinterstitiel présente.des particularités fort curieuses. En décollant la tumeur de ses adhérences à l'intestin et en enlevant le paquet intestinal lui-même, on constate que les anses d’intestin sont rétractées vers leurs racines mésentériques ; de plus d’une extrémité à l'autre de l'intestin se sont. produites presque sans interruption des généralisations cancéreuses siégeant au niveau même de son attache mésentérique.

En effet, si l'on coupe transversalement l'intestin à diftérents niveaux, on constate que, tandis que la partie flottante de l'intestin reste libre, extensible et perméable sans sténose annulaire, son attache mésentérique au contraire, est représentée par une large bande épaisse et indurée, rigide à la coupe, bombant vers la lumière qu'elle rétrécit en partie ; cependant il n'y a vers la muqueuse aucune solution de continuité et celle-ci est simplement refoulée, coiffant la masse néoplasique mésentéro-pariétale.

De fait, on ne-voit d'ulcération intestinale qu’au niveau du rectum, plusieurs nodules néoplasiques développés: dans l’attache vasculaire ayant envahi la paroi, détruit la muqueuse et fait irruption dans la lumière rectale elle-même.

Partout ailleurs, sur l'intestin grêle et le gros intestin, les noyaux sont contigus, sans ulcération de la muqueuse sousjacente n’entourant la musculeuse que par places et constituant une bande néoplasique juxta-intestinale qui déborde de chaque côté l’attache mésentérique. L'aspect:des lésions rappelle celui d’un pneumatique avec sa jante intimement ‘accolée à lui comme l’est la bande néoplasique à l'attache intestinale. ;

Sur les coupes-de l’attache mésentéro- intestinale, on voit, aux différentes parties de l'intestin, l’ induration néoplasique

sous forme d'un renforcement triangulaire, épais, blanchâtre, induré, englobant les vaisseaux et les Iymphatiques et cessant à quelques centimètres de l'intestin. Si on étale les anses intestinales avec leur mésentère ce renforcement mésentéro-intestinal constitue une zone indurée formée par la coalescence de petits nodules blanchâtres ronds ou polycycliques parfois étalés en nappe et débordant sur l'intestin. Puis au fur et à mesure que l'on s'éloigne de l'intestin les nodules deviennent plus rares, plus isolés, quelques-uns remontent cependant avec les vaisseaux vers l’attache mésentérique, à ce niveau existe aussi une chaine de noyaux secondaires. Le mésentère est d’ailleurs rétracté et infiltré de graisse jaune, malgré l’état de cachexie extrême de la malade, particularité sur laquelle nous avons insisté ailleurs et qui se voit, somme toute assez souvent. Pareille disposition se trouve sur tout le mésentère.

De son côté le grand épiploon est infiltré de même à son bord libre renflé en un boudin blanchâtre, dur, de la grosseur d’une anse intestinale, mais plein à la coupe, qui s'étend transversalement et adhère au mésocolon transverse rappelant la corde épiploïque de certaines péritonites.

Dans le petit bassin, les organes sont entourés de toute part par une gangue épaisse et infiltrée et sont envahis plus ou moins profondément, du dehors en dedans, par le néoplasme ; nous avons vu que le rectum était même ulcéré par le développement d’un noyau cancéreux para-rectal.

Les autres organes n’ont que peu de particularités à noter ; ily a cependant du liquide hémorragique dans la plèvre avec quelques petits nodules secondaires sous-pleuraux.

: L'examen histologique a porté sur la tumeur primitive de la vésicule, sur les métastases mésentéro-intestinales et épiploo-séminales.

A) Au niveau du cancer primitif de la vésicule : le néoplasme présente l'aspect habituel du cancer vésiculaire: infiltration de cellules:épithéliales dans la profondeur des tissus

à travers la couche musculaire et jusqu’au péritoine ; au milieu d’une gangue conjonctive épaisse, se déposent les éléments épithéliaux, en alvéoles, en corbeilles ou en palissade, suivant une série linéaire. |

Les cellules épithéliales sont allongées, à noyau fortement coloré, formant transition avec l'épithélium biliaire normal ; d'autres éléments se rattachent progressivement aux précédents, volumineux, irréguliers, arrondis ou polygonaux, à noyaux très apparents et fortement colorés, souvent multiples, parfois emboîtés ou disposés en croissant. Leur protoplasme contient très souvent des. vésicules régulières, rondes ou un peu ovales, réfringentes, ne prenant pas la couleur, présentant par contre un très fin réticulum coloré en rouge violacé par le Giemson avec de petits renflements nodulaires aux points de croisement, parfois apparaissant sous forme d'étoile à trois branches ou de vacuoles fortement colorées ; ces aspects donnent l’image exacte de ce que certains auteurs ont décrit comme des parasites du cancer ; pour nous, il est vraisemblable qu'il s'agit là de boules de mucus se rapportant à une évolution néoplasique particulière des cellules muqueuses de la vésicule. -

B) Au niveau des métastases mésentéro-intestinales, on retrouve les mêmes éléments néoplasiques apparaissant au centre du triangle d'insertion sous formes de nodules assez volumineux et diffusant plus loin dans les tuniques intestinales d’une part, dans le mésentère d'autre part, entre les masses adipeuses persistantes, constituant des boyaux allongés qui semblent représenter le moulage de canaux vasculaires sanguins ou lymphatiques.

Les tuniques intestinales sont ainsi pénétrées à partir de leur périphérie : mais rarement on trouve les boyaux épithé-

Jiaux plus loin que les couches musculaires, sauf cependant au niveau du rectum où l'infiltration néoplasique atteint la muqueuse à partir du dehors et aboutit à son ulcération

On retrouve d’ailleurs les mêmes formes cellulaires que

— Mg =

dans le foyer primitif ét notamment les grosses cellules muqueusés à inclusions pseudo-parasitaires.

Au niveau des métastases termino-épiploïqués.,on retrouve, de même un gros boyau continu de tissu néoplasique dont les modes de cohérence au centre d'infiltration à la périphérie rappellent ceux des foyers mésentéro-intéstinaux.

Quant au péritoine pariétal il peut-être indemne. D’autrefois il participe au. processus linitique : cancer en cuirasse du péritoine de Delbet, cirrhose hypertrophique systématique du péritoine de Du Pasquier. — Cas de Curtis.

La description de la cirrhose hypertrophique systématique du péritoine est intéressante par ce fait qu’elle montre combien la linite gastro-intestinale a pu être faussement interprétéeavantles travaux fondamentaux de cès dernières années.

. Obs. 28. — Cirrhose hypertrophique systématique du péritoine. (Du Pasquier. Archives générales de Médecine 1897). Résumée :

Epaïississement du péritoine qui est blanc, nacré et très dur. Les anses intestinales sont agglutinées en une seule masse. — Le foie est entouré d'uné coque fibreusé très résistante. — L'estomac, ratatiné, diminué de moitié, est pour ainsi dire cuirassé de péritoine dur et très épaissi qui l’entouré de toute part. — Une coupe perpendiculaire au côlon transversé qui dépasse un peu le volume du pouce d'un adulte montre une muqueuse intacte, une sous-muqueuse épaissie, les fibres musculaires hypertrophiées et autour une bague épaisse à tissu conjonctif fibreux. — Mêmes lésions d'un dégré moindre sur l'intestin grêle. La couche externe

est formée dé tissu conjonctif lamellaire dont les bandes sont disposées parallèlement les unes aux autres. Petits ilots de cellules rondes avec un. noyau, infiltrant les mailles du tissu. Ce sont là des lésions nettement inflammatoires. Mèmes lésions sur l'estomac.

Les différentes observations que nous avons répro-

duites, plus que toute description sont particulièrement instructives pour l'étude des lésions intestinales et péritonéales. L’observation de Cain et Tran-Nhu-Lan en particulier met bien en évidence l'importance de la péritonite linitique avec ses mésos rétractés et raccourcis, ses brides, ses épaississements en formes de véritables coulées néoplasiques très caractéristiques. On y voit aussi l’appendice englobé dans un foyer de péritonite scléreuse et relié par des brides à un paquet d’anses intestinales agglutinées autour d’un nœud dé fibro sclérose cicatricielle.

2° Aspect microscopique

L'examen des coupes se rapportant à Ce cas nous à permis d'étudier les deux éléments qui constituent les lésions fondamentales dela linite plastique : la sclérose avec son infiltration cellulaire d’une part, les cellules néoplasiques d’autre part.

La sclérose est constituée par des fibres conjonetives du type adulte. Elle sé présente sous forme d’un réseau de fibres collagènes disposées en trousséaux où en fibrilles. On y rencontre peu de noyaux et dé très rares fibroblastes.

RTE

En certains points ces fibres subissent la dégénerescence hyaline et il existe de véritables zones qui ont subi entièrement cette transformation hyaline. En d’autres points on rencontre de gros trousseaux de fibres élastiques réunies en tourbillon : ce sont là des zones de sclérose élastigène.

Dans ee feutrage de cellules conjonctives adultes il existe une tnfillration de cellules embryonuaires: sous forme de petites cellules rondes d’aspect lymphoïdes. Parfois on rencontre également des cellules plasmatiques ou des cellules mononucléées à protoplasme très acidophile. Ces cellules se groupent en zones denses, mais qui ne revêtent que très rarement l'aspect nodulaire. D’autrefois elles se présentent réunies en traînées ; d'autrefois enfin elles sont essaimées sans aucun groupement au sein de la sclérose.

Au milieu de cetenvahissement par le tissu de sclérose les artères sont constamment intactes. En particulier leur tunique élastique ne subit ni modification, ni altération. Par contre les veines sont fréquemment le siège de phlébite, qui revêtent le type d’endophlébite à tendance oblitérante. En examinant plusieurs points d’une même préparation on assiste aux diverses étapes de la formation de cette. endophlébite : d’abord bourgeonnement de l’endoveine, puis envahissement des bourgeons par les éléments fibroblastiques, enfin transformation fibreuse de la lumière veineuse. En certains points on rencontre autour des veines une mince couronne de cellules Iymphoïdes.

2 129 B. — Les cellules néoplasiques.

Ce sont là des cellules très atypiques. Petites, irrégulières, contractées autour d'un noyau hyperchromatique, elles ont été souvent confondues avec les cellules inflammatoires embryonnaires. Elles sont arrondies ou polyédriques. Leur noyau se présente pas de figures de caryocinèse. Masson a bien montré que ces cellules présentent presque toujours des enclaves de mucus. Les Colorations par le muci-carmin mettent.en évidence la présence de vacuoles remplies de mucus qui repoussent à la périphérie le noyau autour duquel vient se rassembler un croissant de protoplasme. L'aspect de la cellule devient alors très caractéristique : cellules en chaton de bague.

Si telle est la morphologie de l’élément néoplasique au niveau de Festomac, on rencontre au niveau des métastases des éléments plus gros, cellules volumineuses arrondies ou cubiques, parfois disposées en amas eten plasmoges multinucléés. Ces cellules se colorent également par le muci-carmin.

Le groupement des cellules, comme’ leur aspect, varie suivant les points examinés. Au niveau de l’estomac les cellules sont disséminées, rarement groupées en pseudo-acini et inégalement réparties dans le tissu fibreux. Au niveau des métastases elles constituent plus souvent des acinis creux, ou pleins, dans certains cas même leur groupement peut prendre l'aspect d’un épithélioma glandulaire typique et certains auteurs, in- duits en erreur par cette différence histologique des lé-

MAYRARGUE L 9

sions de l'intestin et de l'estomac ont pu décrire des cas de linite gastro-intestinale comme des cancers multiples primitifs dispersés en différents points du tractus digestif.

La distribution des éléments néoplasiques est très variable. Dans certaines zones l'examen le plus minutieux ne décèle aucune cellule cancéreuse ; il n’y à que du tissu scléreux. Dans d’autres, les cellules néoplasiques forment des coulées qui s’infiltrent dans l’interstice des fibres collagènes. En d’autres points enfin l’infiltration est beaucoup plus dense et les éléments néoplasiques prédominentsur les cellules conjonctives.

En aucun point il n’existe de cellules néoplasiques ayant envahi les artères qui sont toutes remarquablement respectées. En aucun point non plus il n’y a d’embolies veineuses. Par contre au contact des gros paquets vasculaires nous avons constaté des traînées de lymphangite néoplasique. Certains périnèvres sont également envahis par les cellules cancéreuses.

Au niveau du péritoine les lésions scléreuses et néoplasiques s'associent aussi et dans des proportions variables. Les cellules néoplasiques font totalement défaut dans certaines zones ; en d’autres, elles forment des. amas denses et nodulaires.

Le revêtement endothélial du péritoine est partout: conservé. Les amas nodulaires sont sous-endothéliaux. Les fibres élastiques sous-endothéliales sont intactes. L’infiltration néoplasique s’étend en nappe de chaque. côté de l’axe conjonctivo-vasculaire. |

Au niveau des amas nodulaires les veines présentent.

les lésions d’endophlébites quenous avons décrites; mais on ne constate ni embolie veineuse, ni traces de lymphangite et les artères sont constamment respectées.

L'infiltration lymphoïde, l'abondance de fibroblastes, la riche vascularisation suggèrent la notion de péritonite chronique.

Les ganglions sont rarement envahis par la linite. Parfois même nous avons rencontré, entourés de toute part par les éléments scléro-néoplasiques, des ganglions simplement hyperplasiés.

Nous avons étudié particulièrement une coupe de l’appendice. Au milieu de la sclérose et de l’infiltration néoplasique qui avaient envahi et dissocié les tuniques appendiculaires on retrouve trace de la museulature. La lumière est conservée maiselle n’est pluslimitée par la muqueuse quia disparu dans une infiltration dense à la fois Iymphoïde et néoplasique. Il n’y a pas d’hypergenèse ni de néoformation des fibres élastiques.L’appendice est pris dans une nappe scléreuse et néoplasique qui rejoint la paroi cæcale. Celle-ci présente la même infiltration.

Une de nos coupes passait par la valvule iléo-cæcale. Là aussiil yavait une infiltration néoplasique dense mais le revêtement muqueux était conservé et n'avait perdu en aucun point de sa régularité.

Page 1