I.A LIONNE . 2-i^i
liments muets jusqu'à cette heui-e , et il répondit d*uu ton sombre et amer :
— Vous vous tix)ii]pez^ Léona, j'y ai pensé bien souvent.
— Est-ce vrai ? lui dit Léona en attachant sur lui un regard palpitant...
— Oui, reprit-il en baissant les yeux devant ce regai'd qui le brûlait ; mais à de pareilles vengeances... il faut un prix que vous êtes trop habile à refuser... poui- que vous ne soyez pas parfaitement maîtresse de vous.
Un gémissement sourd et profond s'échappa de la poitrine de Léona.
— mon Dieu ! fit-elle, je n'ai pas assez fait pour le per* suader... Faut-il donc tout lui dire ?
Eh bien ! Victor, quand vous êtes là, quand vous me paiiez, quand je vous regarde !... je ne vis plus en moi... la fascination qui m*enti*aîne à vous est si puissante, que rien ne m'appartient de mon être, pas même le mystère de mes pensées : je vous dis tout... et quand vos mains pressent les miennes, il me semble que ma vie s'en va pom* se joindre à la vôtre.
— Vous m'aimez ainsi, Léona ? dit Victor qui osa enfin se livrer à ce regard fauve et brûlant dont elle semblait voulou' l'embraser... Vous m'aimez ainsi, et vous n'avez pour moi que dédain, raillerie...
— C'est qu'à l'hciue où je n'entends plus, où je ne vois plus, où je ne sens plus rien de ce qui n'est pas vous, c'est ^'à l'heure où l'amour m'enveloppe assez tout entière pour me séparer du passé, de l'avenir, du monde, de ses devoirs, de la foi jurée à un autre, de la pudeur, pour me laisser seule avec vous ; c'est qu'à ce moment où tout n'est plus '*»en, ou plutôt où tout, c'est toi... c'est qu'à ce moment, Victor... il y a tout à coup un fantôme qui se lève entre vous et moi, qui mè saisit tout éperdue dans ma folie, et qui me
jette froide et glacée dans ma vie dans ma vie comme
vous me l'avez faite.
— Oh ! Léona!... Léona ! ne me dites pas cela...
— Car, reprit-elle avec un de ces désespoirs supcAes qui remuent le cœur avec des aiguillons de feu... l'amoui' m'a pu tout faire oublier... tout, excepté cet homme... U est là... tiens, à côté de toi... il m'insulte, il t'insulte aussi...
Pourqjuoi me regardes-tu comme une folle ! reprit Léona avec ce rire désespéré qui éclate sous les larmes. Oii ! la superbe conquête que vous allez obtenir, mon maîti-e... la belle maîtresse à qui vous aUez vouer voire existence ! le noble amour à qui vous allez confier votre cœur... la fièrc courtisane dont vous avez vaincu l'avarice... la terrible co- ([uette dont vous avez déjoué les manèges...
Oui, reprit Léona, dont la fureur oubliait la phrase coni mencée pour l'achever au hasard... oui, quelle que je sois, à quelque titre que vous m'aimiez... que tu espères en moi la fée aimée et inconnue qui doit protéger ta vie, la compagne dévouée qui doit te suivi'e pas à pas, la mmtresiic éclatante dont tu voudrais te faire un triomphe... toujorn^? eutèndez-vous... toujours... même à l'heure où ma folie me livrera à toi-même comme ime courtisane, j*entepdrai une voix qui te dira :
« Pauvre dupe!., cela ne coûte pas tant de peine.*, je le sais, moi... »
— Léona, taisez- vous... dit Amab avec un sotnbi'e transport.
— Mais je l'entends, moi, reprit-elle avec épotivante et en se pressant contre Amab', qui la prit dans ses bl*as, je l'entends, cette voix : ne l'entends-tu pas ?
— Taisez-vous... taisez- vous...
— Mais c'est elle qu'il faut faire taire... Oh ! c'est à en être folle... le voilà... je le vois... il me poursuit...
Ahl s'écria-t-elle en b'arrachant des bras d'Amab^ ne trouverai-je pas un homme qiii me délivre de ce fantôme?. . .
— Mais où est-il^ ce fantôme? où pui&-je le retrouver? s'écria Victor que ce délire avait insensiblement gagné.
Lëona s'était levée, et pâle, Toeil fixe devant elle, frémissante, elle disait en mots entrecoupés :
— Non... non... partez, fuyez... vous me faites peui*... je ne veux pas... je ne veux pas... être à vous par un crime...
— Léona, je te le jure, je te ingérai.
— Non... non... je me vengerai seule... il est temps.
— Léona. .. où allez-vous ?. . .
— Que vous importe !...
Léona avait Foeil hagard, et semblait privée de sa raison. Elle s'arracha des mains de Victor qui voulait la retenir.
— Afi ! laissez-moi donc, monsiem*... s'écria-t-elle en sortant rapidement du boudoir.
Victor la poursuivit dans le fond de la chambre où elle venait d'entrer.
fl crut voir et vit en effet Charles profondément endormi... C'était comme im rêve ailreux...
Lëona était déjà près de lui. Elle tenait à la main le poignard qu*elle avait pris à sa ceintiu^...
Victor se précipita sur elle et le lui arracha.
— Eh bien ! soit, lui dit Léona en lui montrant Charles du doigt... va, puisque tu le veux... oui.,.
Ama^, poussé par un délire infernal, fit un pas...
Léona se jeta au-devant de lui.
-• Ah ! merci, lui dit-elle ^ en lui arrachant le poignard et en le jetant loin de lui..* je n'en voulais pas plus*.. Suismoi.*: