LE VERTIGE
Ils ne s'ai-iètèrent que dans la chambre qui précédait le boudoir.
- Tous deux étaient pâles , bouleversés , comme ces voyageurs égarés qu'une main rapide vient de repousser à quelques pas du précipice vers lequel ils marchaient et dont ils ont alors mesuré la profondeur.
Âmab était tombé sur un siège , anéanti , incapable d'un effort quelconque... Tous deux gardèrent le silence...
Léona l'observait
Elle se demandait si elle avait assez brisé l'énergie de cet homme pom' lui demander ce qu'elle voulait véritatleraent de lui...
Enfin Amab regarda à son tour Léona... Elle se détourna... Il s'approcha et s'assit près d'elle... elle pleui-ait.
— Léona, qu'avez-vous? lui dit-il.
— Rien, reprit-elle d'une voix douce et résignée... je pleure... sur moi...
— Doutez-vous de votre pouvoir maintenant ?
— Oh! non, reprit Léona en se mettant à genoux devant Victor, je n'en doute plus... Pardonnez-moi... pardonnezmoi..,
— Oh ! dit Amab , dont la sombre agitation ne s'était pas encore épuisée... ce crime... je l'aurais commis...
— Avez-vous donc cm que je le voulais?
— tjuoi ! . . . ce désespoir. . . ces menaces. . .
— C'était une épreuve , Victor...
— Une épreuve... reprit-il avec colère... Ainsi, quand ma main tenait ce poignard... quand.., j'allais frapper...
^ométkz irauquille... vous regardiez railleusement... le maladroit automate que vous faisiez marcher.
— î<on, sur mon âme, lui dit Léona avec un accent de sÎDcérité ; j'ai fait ceci comme je fais toutes les actions de ma vie, au hasard... et en souriant d'abord à cette pensée comme à un jeu facile. . .
Mais i*avais à peine vu dans votre regard luire comme un éclair la pensée de ce crime , à peine vous ai-je vu frémir et chanceler dans le délire où je vous précipitais que le vertige m'a prise aussi, et j'ai trouvé possible et juste la pensée abominable que vous acceptiez comme juste et possible.
— Est-ce vrai ? dit Amab.
— Et c'est vrai comme il est vrai que je t'aime, dît Léona,
Oui, il y a eu im moment où j'ai pris ce poignard avec la volonté de tuer cet homme, et je te l'ai laissé prendre dans l'espoir que tu le tuerais.
— Et sans toi je l'aïu^ais fait, Léona.
— Oh î merci, mon Dieu ! s'écria Léona en joignant les mains et en levant les yeux au ciel avec une sainte conviction ; merci de l'éclair de raison que vous avez fait luire à mes yeux dans ce moment d'égarement.
Oh ! non, non, Victor, ce n'est pas moi, moi qui t'aime^ qui voudrais jamais flétrir tes mains d'un meurtre, vouer au remords cette noble existence promise à la gloh*e; non, tu DC Tas pas cru; pardonne-moi.
Léona se reprit à pleui^r, et ajouta d'une voix désolée :
— Pardonne-moi et fuis-moi; trop de passion bouillonne dans mon cœur; je ne voudrais pas le mal, et je le ferais peut-être! 11 peut venir une hernie où le rayon qui nous a sauvés tous deux ne luira pas à mes yeux, et maintenant, maintenant que je sais que tu m'aimes, maintenant que je sais que tu es faible et qu'on peut t'égarer, je ne veux pas te
laisser ^exposé aux funestes conseils que mon amour on ma jalousie pourraient te donner.
Victor écoutait Léona et s'abreuvait de cette atmosphère enivrante qui environnait cette femme dans les lannes comme dans la colère.
— Va-t'en, va-t'en, lui dit-elle, toi seul m'auras connue tout entière, et toi seul me plaindras peut-être. On m'a fait tant de mal en ce monde, et toi aussi, Victor, tu m'en as fait.
Oh ! tu ne me connaissais pas, et je te le pardonne.
Mais cela fait-il que je ne doive pas souffrir? cela fait-il que je ne doive pas rêver une vengeance ? cela fait-il que cet homme ne soit encore là, près de nous, prisonnier encore, m'appartenant encore tout entier, et qu'il faudra pourtant que je le laisse échapper, car je ne le tuerai pas, moi, et je ne veux pas que tu le tues.
— N'est-il pas un moyen plus noble de le forcer au silence? n'ai-je pas prouvé déjà, dit Victor, que je sais comment on manie l'épée ?
— Un duel ! pour quelle cause ? S'il la comprenait, ne se hàterait-il pas de le dire, et sa mort ne te rendrait-elle pas odieux, plus encore... ridicule? odieux d'avoir frappé l'enfant d'une famille qui est presque déjà la tienne, ridiculo d'avoir vengé ime femme comme moi d'un outrage dont tu étais le premier auteur?
— Il faut pourtant, dit Amab, il faut que cet homme se taise.
— Oh ! reprit tout à coup Léona en s'asseyant près de Victor, j'avais bien pensé à quelque chose.
— Qu'est-ce donc ?
— Non, dit-elle, non , ce serait aussi coupable, quoique aucune loi, ajouta-t-elle, ne punisse de pareils crimes.
Non, voyez-vous, Victor, je raisonne toujours avec l'esprit pervers que m'a fait ma misérable vie, et je ne reconnais l'indignité de mes projets qu'à l'instant oii je veux
TOUS y associer ; oui, c'est là le priyUége de ceux qai n'ont jamais mal fait, de faire ressortir dans toute sa laideur le crime qu'on veut faire marcher côte h côte avec eux ; non, vous dis-je, ne me demandez pas ce que j'avais imaginé, ne me forcez pas à me montrer à vous avec tout ce qui peut me passer d'infâme et de cruel dans l'esprit.
Charles vivra, Charles pourra dire à tout venant que Léona de Gambure s'est livrée à lui comme une prostituée ; ce sera ma punition pom* vous avoir aimé.
— Mais je ne le veux pas, moi, dit Amab, mais je le forcerai à se taire.
— Le pouvez-vous? dit vivement Léona; avez-vous contre lui un de ces secrets avec lesquels on fait un échange de silence?
Pouvez-vous lui dire :
« Si tu parles jamais, je parlerai à mon tour. »
Cette famille si obsciu-e est-elle en même temps si respectable qu'on ne puisse la menacer de la rendre célèbre par un scandale éclatant?
Ce père si fier de son fils, n'est-il que ridicule? sa mère, qui a dû être si belle, est-elle irréprochable? cette jeune fille qui vous aime, Victor, qui se laisse aller si follement à un amour que vofis ne paitagez pas, n'a-t-elle pas été entraînée par cet enthousiasme insensé à des démarches innocentes peut-être, mais assez imprudentes pom* qu'on puisse menacer im frère de les révéler?
Ceci n'est pas un crime; ceci, c'est se sei^ir loyalement d'une arme loyale pour se protéger soi-même. Dans tous les cas, c'est celui qui attaque qui est le coupable; car c'est en parlant qu'il autorise à parler l'homme qui ne veut que se taire.
Eh bien, Victor, ne savez-vous rien qui puisse nous proléger?
^ Rien... dit Victor.
23c! LA LIONNE
Ainsi le poison coulait doucement dans Toreille d'Amab : aussi chercha-t-il avec anxiété dans sa mémoire ime action ou im mot dont il pût se servii- contre Charles ; mais rien ne lui vint en aide, et il finit par s'écrier avec colère :
— Non, c'est impossible, ils sont invulnérables.
— Ah ! fit Léona, avec ime amère expression, il y a des gens heureux.
*- Oui , reprit Amab , le bonheur accompagne quelquefois la vertu.
— Sans doute, i^prit Léona, et ce n'est pas leur bonheuique j'envie : c'est cette vertu qui ne leur appartient même pas.
— Que voulez-vous dire ?
— Eh ! mon Dieu, fit Léona brusquement et en se levant, cette jeune fille si pm'e, si invulnérable dans son innocence, si, au lieu d'adresser son amour à un honune qui a longtemps fermé les yeux pour ne pas le voir, à im homme qui, forcé enfin de le reconnmtre, s'en est éloigné avec fermeté; si, au lieu de s'adressera vous, qui avez compris les devoirs de la vie dans ce qu'ils ont de plus sévère, elle eût rencontré, je ne dis pas im de ces misérables comme celui auquel vous m'avez jetée , mais im de ces hommes comme ils sont presque tous * dont la vanité ne peut résister à l'attrait de l'amour qu'ils inspirent, à un de ces hommes, enfin, pour qui une fenune ne compte que pour un plaisir qui a un nom différent du plaisir de la veille...
Oui, ajouta Léona avec une sourde colère... oui, si elle s'était adressée à un autre qu'à vous; oui, cette jeune fiUe, encore si pure, serait déjà une fille perdue, et si son secret était entre vos mains, vous feriez taire son frère.
Mais vous l'avez respectée, ajouta-t-elle avec dédain, et il faut que ce soit moi qui souffre, moi seule. Eh bien ! soit, je souffrirai.
LA LIOMKE 233
— Léona, dit brusquement Amab^ est-ce donc une lâcheté, au lieu d'un crime, que vous me proposez ? Voulezvous donc que je séduise cette enfant?
— Oh ! non, dit Léona avec une fierté superbe, vous vous trompez, monsieur, je ne veux rien, je ne demande rien ; et puis, ajoula-t-ellc en haussant les épaules, vous êtes fou.
A quoi vous mènerait une pareille lâcheté?
— A vous venger, peut-être.
— Et quelle récompense en attendriez-vous ?
— N'ai-je pas été sur le point de commettre un crime pour vous obtenir?
— Et vous viendriez dans mes bras, dit Léona, en sor- Unt des bras de cette femme, et vous me demanderiez mon amour, et je vous le donnerais ?
Oh ! vous ne me connaissez pas, Victor. Non, non, je n'ai point ces incommensiu'ables passions de roman qui absorlïent dans leur violence les puérils préjugés de Tamour.
Je ne sais pas séparer, comme certaines âmes, l'esprit de la matière. Je veux qu'on m'aime comme une reine, mais je suis jalouse comme une portière.
Je suis faite ainsi, bizarre, pleine de contradictions si vous voulez; mais enfin je n'en fais soulfrir personne ; vous ne me vengerez ni par la mort du frère, ni par le déshonneur de la soeur; je vivrai avec ma honte, et je m'y ferai peut-être, puisque vous seul, qui poiuiiez m'en sauver, vous ne trouvez que des moyens coupables dont je ne veux pas, et que vous repoussez.
^ Mais conunent voulez-vous qu'on vous serve ? s'écria Amab : je vous écoute, et j'épie dans vos paroles un mot tpii me mette sm* la voie que je dois suivre; car, à mon toui-, je vous connais aussi, Léona, vous voulez votre vengeance...
— Oui, je la veux !
Zîl4 LA LIONNE
— Et peat-étre déjà ne la cherchez-vous plus, seulement vous n*osez pas me la du'e.
Léona lui montra du doigt le boudoir qu'ils venaient de quitter, et répondit : ^
— Après ce qui s'est passé là, vous dites que je n*jose pas? -^ Eh bien donc ! une fois au moins... parlez clairement,
répliqua Victor, ne tentez point mon intelligence, ditesmoi ce que vous avez imaginé, et je vous dirai franchement si je peux ou si je veux le faire.
— C'est qu'en vérité , dit Léona , ce serait une si mièvre intrigue, après les tragédies que nous venons de jouer, ce serait un si misérable moyen dans une si fatale position...
— Mais enfin, dit Amab, de quoi s'agit-il ?
Léona avait ce grand art de savoir se faire arracher mot à mot ce qu'elle brûlait de dire; elle savait aussi, selon ses projets, donner ou ôter de l'importance à la révélation qu'elle allait faire.
Aussi répondit-elle encore :
— Non, non, Victor, si vous me refusiez, vous m'himiilieriez, et si vous ne me refusiez pas et que le succès nous échappât, vous ne me pardonneriez pas de vous avoir fait fah:e une si sotte démaixhe.
— Dites-la-moi du moins, pour que je puisse la juger.
— Ne m'avez-vous donc point comprise tout à l'heure, reprit Léona, quand je vous demandais si cette jeune fille avait fait une action, non pas coupable, mais seulement imprudente, et quand j'ai ajouté que s> on pouvait la prouver, ce serait assez pour forcer son frère au silence ?
Ainsi, faire sortir cette jeune fille de chez elle , à l'insu de sa mère, pour un rendez -vous où vous n'iriez pas, ce serait plus qu'il n'en faudrait.
Léona, qui épiait l'effet de ses paroles, s'arrêta.
Amab ne parut point persuadé de l'excellence de ce moyen, et répondit d'un ton assez froid :
— Tant de circonstances pourraient faire avorter une pareille Intrigue^ qull serait peut-être maladroit et imprudent de la tenter.
— Je vous le disais bien, reprit Léona en se mordant les lèvres, cela n^est pas possible, vous ne deviez pas vouloir vous y prêter, et, dans tous les cas, cela ne devait pas réussir. N'en parlons donc plus.
Cependant ma position devient insupportable : Fabsence de monsieur Charles Thoré peutenûn éveiller Tattention de lapolice,qui ne se contenterait peut-être pas, comme sa famille, des assurances que vous lui apportez tous les jours.
n faut que ce jeune homme soit libre.
Léona s'arrêta encore, et, reprenant la sombre expression qui avait épouvanté Âmab, elle s'écria :
— Oui, il faut qu'il soit libre... ou qu'il disparaisse.
— Qu'osez-vous dire ? s'écria Amab.
— Oh ! monsieur, fit Léona avec hauteur, ceci ne regarde que moi.
Seulement, ajouta-l-elle avec dédain, puis-je compter qu'en cas de malheur, je ne vous trouverai point parmi les témoins qui pourraient contribuer à me faire condamner ?
— Mais vous aviez horreur d'un pareil crime, dit Amab avec un nouvel effroi, c'est vous-même qui m'avez arraché des mains le poignard que vous m'y aviez mis ; faut-il tpie cette funeste pensée se présente encore à vous !
— 11 faut, s'écria Léona en se levant avec un nouveau transport de colère, il faut que je sorte de l'affreuse position où je suis. Finissons-en, Victor...
Vous ne pouvez rien pour moi, rien, n'est-ce pas ? eh hien ! laissez-moi agir à ma guise.
— Mais que voulez-vous, enfin ? dit Amab, dont la raison chancelait au milieu de ces attaques, qui l'assaillaient de tous côtés.
■^ Ce que je veux ? rien... ce que je voulais...
236 LA LIOKHE
Mais, monsieur, je ne tous demandais qu'un mot, une lettre, un billet, qoe je n^auiais pas enyoyé peut-^tre... Ce que je voulais ? rien... c'était seulement de paraître vouloir me Tenger ; mais rien, rien, ajouta-t-elle en frappant du pied avec fureur... Rien, je n'obtiens rien...
Ôk bien^ soit, monsieur, seulement ne tous plaignez pas si je prends un parti violent, vous Taurez voulu.
— Mais, dit Victor, ce billet même, si je consentais à récrire, n'obtiendrait pas Teffet que vous en attendez ; Julie ne se rendrait pas à un rendez-vous que je lui donnerais.
— Vous doutez de vous, fit amèrement Léona ; vous doutez de vous vis-à-vis de mademoiselle Thoré : c'est une modestie que vous n'avez pas eue avec moi ; mais la question de savoir si elle viendrait est inutile à discuter, car vous ne voulez pas écrire. *
— Mais que lui écrire, et comment demander un 1*60(162vous à une jeune fille à qui jamais je n'ai adressé un mot d'amour ?
— Je vous assure, monsieur, que cela ne serait ï>as embarrassant du tout.
— Mais comment vous y prendriez-vous ?
— Ah ! mon Dieu ! dit Léona avec indifférence, il suffîitiit de ceci :
tt Mademoiselle,
» Par le plus étrange événement, événement qu'il m'est défendu de vous expliquer, vous seule pouvez sauver votre frère de la position oii il se trouve.
» Si vous avez le courage de venir le demander demain soir, dans la maison où vous êtes allée avec moi pour savoir ce qu'il était devenu , votre frère vous serait rendu à rinstant même. »
— Mais ce billet même, si je le lui écrivais, dit Amab, h
défendrait contre une calomnie, en expliquant à tous la cause de ce rendez-vous.
— Oh ! fit Léona, à tout et toujours des objections ; je joue i^-aiment un rôle trop misérable, monsieur. Je me fais l'effet de ce malheureux qui va demander cent mille écus à emprunter à un usurier, et qui descend ses prétentions de refus en refus jusqu'à mendier cent sous qu'on lui refuse encore.
Tenez, Victor, ime fois pour toutes, écrivez ce billet- là tout de suite ; il est stupide, inutile, je le sais. Vous ne le remettrez pas...
Je Fanéantirai quand vous voudrez ; mais enfin écrivezle, écrivez-le, mon Dieu !... Ecrivez-le pour que j'aie obtenu quelque chose, quoi que ce soit.
Léona avait eu taffl de soin de dire à Victor qu'elle était folle, qu'elle se laissait aller à des impressions soudaines, à des volontés capricieuses, que Victor se crut quitte à bon marché des exigences de Léona en satisfaisant ce dernier caprice, et d'ailleurs, ne se réservait-il pas au fond de l'àmc de prévenir Julie contre l'envoi de ce billet ?
11 l'écrivit donc.
Puis, quand il eut fait cette petite lâcheté, il se tourna vers Léona, et lui dit en le lui remettant :
•— Êtes-vous contente ?
— Oui, reprit-elle avec son plus gracieux sourire, en prenant le biÙet qu'elle cacha dans Son sein, et en contemplant Am$b de ce regard caressant et farouche de la panthère rassasiée qui veut encore jouer avec les restes de sa ^ctime.
— Mais enfin, lui dit Amab, que décidez-vous du sort de ce malheureux Charles?
Une de ces idées extravagantes qui sm*gissaient si souvent dans la tête de Léona la lit aloi-s rire aux éclats, et elle répondit à Amab :
•— Si je le forçais à m'époiiser^ ce serait le meilleur iiio]fen de le faire taire.
— Ce ne serait pas le moyen de k pmiir^ dit Amabd'un air tendre; car il voulait avoir enfin le prix de sa complaisance.
— Vous avez tort de vous moquer de mon idée, lui dil sérieusement Léona ; il n*y a que deux hommes qui puiir • sent m'épouser de manière à. me justifier : lui ou vous.
— Moi? dit Amaby qui frissonna malgré Im à cette paix>le9 et dont lous les désirs reculèrent à cette pensée.
— Oui, vraiment, reprit Léona du ton le plus simple et le plus naturel , car jamais personne ne voudrait croire à une aventure comme la mienne, lorsque^ vous qui devez la savoir mieux que qui que ce soit, vous consentiriez à me donner votre nom. •»
Amab était horriblement embarrassé de cette atroce plaisanterie.
Léona lui dit amèrement :
— Il paraît que de cette dernière façon , je punirais cruellement Fun des deux hommes à qui j'ai le droit d'en vouloir.
Ah ! vous ne m'aimez guère, monsieur Amab, ajoutat^Ue en souriant*
•— N'abordez jamais un pareil sujet, répondit Victor d'une voix sombre«
— Soit, dit Léona, je ne vous en parlerai plus jamab, et je crois que nous ferons bien d'en rester où nous en sommes.. . Qui sait? peut-être un jour est-ce vous qui me demanderez à m'épouser . . .
Qu^en dites-vous?... Pourquoi ne répondeZ-voUs past*.
*»• C'est qu'en vérité, s'éciia Victor avec violence, je ne 1 sais ce que vous voulez de moi ; c'est que je me peids à vous stiivre dans les caprices incertains de votre e^rit et 1 de votire cœu!*. '
LA LIOMNE 23î)
Ètes-vous lioime ? êtes-vbus méchaute ? m'aiinez-vous ? ne m'aimez-Yous pas? suis-je un instrument dont vous;, vous servez pour un projet inconnu , ou suis-je celui que vous m'ayiez dit attendre comme un amant ?
Je suis entré ici le cœur ivre d'espérance , et j'en sors honteux et humilié.
Eh bien ! je vous Tavoue, Léona, j'ai peur de vous ; j'ai peur de mon amom* ; vous m'avez trop montré où vous pouviez le mener : je cix)yais vous avoir comprise , et j'ai voulu lutter avec vous :*je m'avoue vaincu; chassez-moi si vous voulez; mais ne me rappelez pas pour des scènes pareilles à celles que vous m'avez forcé de subir^ je n'am-ais plus la force de les supporter ; j'ai le corps rompu^ l'esprit hrisé ; je n'en puis plus.
Léona écoutait Amstb d'un air triomphant ; elle semblait se demander s'il n'y avait pas un côté par où elle pût encore le blesser.
Sans doute elle le découvrit, car elle se prit à rire tout has, et dit à Victor :
— Ah çà , est-ce que vous croyez maintenant un mot de ce que vous avez vu et entendu cette nuit? Mais vous êtes fou, mon bon ami^ et je vous assure que vous étiez fort amusant.
# J'avais promis la comédie à Charles , et je la lui ai don* ûée, si ce n'est que je crois qu'il a eu peur quand il vous a vu prendre si sérieusement votre rôle d'Egisthe.
-^ Quoi ! dit Amab pâle de colère, Charlesi..
"* Charles, dit Léona en ricanant, est ici depuis quinze jours, et il demeure avec moi, et il ne paraît pas s'y ennuyer.
"* Et il a entendu tout ce que vous m'avea dit ?
■* n le savait d'avance*.;
— Tout ce que je vous ai dit?
-^ Vous avési ti^peu patlé.
*iiO LA LIONKE
— Oh ! dit Amab^ malheui* à lui, mallieur à vous ! vous .vous êtes vengée sur moi, je. me vengerai sur lui.
— Je vous en défie, lui dit Léona.
— Adieu, madame, dit Amab, vous me reverrez plus tôt que vous ne pensez.
— Je l'espère bien ainsi, répondit-elle avec un 5ourii"e gracieux.
Revenez bientôt.
— Oli! madame, c'est trop d'insulte, dit Amab hors de lui et qui sentait sa mison prête a l'abandonner. Adieuadieu, pour toujours, fit-il en cherchant à ouvrir la porte qui résistait à tous ses efforts.
Puis il ajouta :
— Prétendez-vous aussi me retenir comme votre prisonnier?
— Oh! non... non, Victor, dit tristement et sérieusement Léona, non, quittez-moi avec la pensée que j'ai voulu me l'ailler de vous... allez-vous-en en pensant de moi que je suis la plus audacieuse comédienne qui soit au monde, je le veux bien ; je viens de me donner à moi-même le dernier mot de votre caractère.
Ainsi, je vous ai dit une chose incroyable, impossible, je vous ai dit que j'avais voulu vous rendre ridicule aux yeux de Charles, je vous ai dit... mais en vérité c'est une si ab* sm'de plaisanterie, que je l'ai déjà oubliée... et vous y a\oz cru sur-le-champ, sans discussion, sans étonnement; à défaut de votre raison, votre cœur ne m'a pas défendue; j'ai été pour vous ime femme qui joue avec la honte que vous lui avez value.
Allez, monsieur, allez, je ne vous retiens pas; je sais de vous tout ce que je voulais savoir; c'est encore l'heure où vous pouvez sortir mystérieusement de chez moi. Je ne veux pas vous exposer à rougu-, si l'on savait que vous y êtes venu.
LA LIONNE 24i
Lëooa ouvrit elle-même, en la touchant seulement du bout du doigt, la porte qui avait résisté à tous les efforts de Victor.
— Adieu, monsieur, lui dit<-elle, adieu.
Amab fut pris d'un vertige inouï.
La porte ouvei^te, il regarda Léona,/iit un pas vei*s elle qui souriait, recula tout aussitôt avec épouvante, et, la tête perdue, l'esprit boulevei'sé^ il s'échappa aussitôt en s'écriant :
— C'est à en devenir fou !...
Léona, en le voyant partir^ répéta encore le mot qu'elle avait dit à chaque fois qu'U était sorti d'avec elle :
— 11 y viendi^a.
La journée qui suivit cette nuit se passa pour Amab dans une sorte de vertige qui était la suite des violentes secousses qu'il avait éprouvées. Livré à lui-même et à ses réflexions, il cherchait le sens de ce qu'il avait vu et entendu, et ne pouvait le trouver.
Quelquefois même il doutait de la réalité des faits et^e demandait si cette nuit ne s'était pas passée pour lui dans un rêve fantastique, impossible, insensé, et dont le souvenir ébranlait encore sa raison. 11 lui fallait, pour ainsi dire, le témoignage matériel de son absence de sa maison pour ne pas croire qu'il avait été chez lui-même en proie à une fièvre poussée jusqu'au délire.
Alors il se rappelait tout, chaque parole, chaque geste, chaque regard,, chaque intonation^ et quand il se replaçait en face de tout cela, sa raison recommençait à flotter, incertaine de ce qu'il devait croiie, du but que Ton avait voulu atteindre^
Il essaya d'écrife, et sa letti-e achevée, il n'osa l*envoyer à Léona.
11 voulut l'etouiiier chei elle, et pi-êt à partir, il recula (levant l'idée de se f émettre en face de ce fantôme chan-
geaiit el lioiupeur, de ce démon railleiu- et cmel qui avait pris l'enveloppe d'une femme.
Ce fut après s'être encore épuisé dans cette lutte ayec ses souvenirs, qu'il prit une résolution décisive, soudaine, irrévocable : celle de ne jamais revoir Léona.
11 ne voidait plus s'exposer à la tentation infernale que cette femme portait en elle ; et pour se maintenir dans cette sage résolution, il résolut de mettre entre lui et Léona une barrière que son honneur lui défendrait de franchir.
11 se résohit à demander formellement la main de Julie.
STRATÉGIE. — MARCHE SECRÈTE DE l'eNISEMI.
Avant de comqiencer le récit de la scène qui eut lieu chez monsiem» Thoré et des aventures qui en fui-eut bi suite, nous prions ceux qui nous lisent de vouloir donner u^ peu d'attention aux indications précises des heures.
Les événements que renferme cette nuit s'y trouvent casés dans un espace si précis, que quelques minutes de différence dans leur combinaison eût pu les faire tous échouer.
Mais une volonté ferme et une audace incroyable les arrangèrent si bien que chacun y trouva sa place.
Qu'on s'imagine un savant général qui a prévu la bataille, qui distribue ses corps d'armée, qui arrête l'heure de chaque attaque, qui en trace la marche et qui prévoit une victoire infaillible.
Telle était Léona à l'heiu-e où nous l'avons laissée.
Et qu'on suppose maintenant que le savant général soit soudainement averti qu'au lieu d'accepter le combat, l'ennemi s'apprête à fuir et à se réfugier derrière des forts inexpugnables.
Aloi-s l'habile capitaine sort tout à coup de ses conibi-
liaisons savaiunieiil calculées, il les remplace pai* de soudaines attaques, des marches hardies, des mouvements rapides inspires, minute à minute, pai* les circonstances, et il ressaisit la victoire près de lui échapper.
Telle fut Léona dans cette nuit où tout parut perdu pour elle.
Le lendemain de ces luttes imprémes, il se trouve des juges qui découvi'ent, dans la combinaison de la veille, mille endroits par où elle devait périr : là, se trouvait un poste dégarni^ là, un passage par où Ton pouvait échapper. II résulte 'enfin de tous les commentaires du lendemain, que le vainquem* a été un imprudent et un fou : et ces gens-là ont raison.
Seulement l'impmdent reste un homme de génie, car quoi q[u'on dise, il n'y a pas de plus sûre couronne que le succès.
Il était sept hem'es.
La famille de monsieur Thoré se trouvait réunie' dans l'appartement du premier : contre l'ordinaire, monsiem* Vil- Ion était absent, car, depuis la disparition de Chaînes, le jeune commis était admis plus intimement dans les habitudes de la famille.
Quand le malheur entre dans une maison, il ferme d'une main la porte aux indifférents, et l'ouvre de l'autre aux cœurs véritablement dévoués.
L'aristocratie marchande de monsieur Thoré avait changé en habitude journalière les rares exceptions où il daignait admettre monsieur Villon à sa table ; et quoique madame Thoré fût plus persuadée que jamais que l'amom* du jeune commis ne serait jamais qu'un ennui pour sa fille, elle aimait à voir monsiem* Villon près d'elle, monsieur Villon loujom-s prêt à écouter ses plaintes, toujom^ prêt à croire
à î5a moindre espérance, toujours prêt à se mettre en campagne, à l'appai'ence d'une découverte possible.
Il est vrai de dire que, ce ioiu'-là, monsieur Villon avait annoncé qu'il se croyait enfin sur les traces de Charles.
On l'attendait avec la plus grande anxiété et on n'attendait rien que de lui, car Victor avait tant de fois trompé les espérances de la famille ea promettant des nouvelles plus certaines, que déjà l'on commençait à considérer sa prétendue intervention comme une excuse à ses visites assidues.
Cependant, Victor arriva comme de coutume ; mais, ce soir-là, il avait un air solennel, mystérieux, empressé, el après les premiers moments toujom*s employés à des pait)les d'autant plus inutiles qu'elles sont convenues d'avance; il dit à madame Thoré :
— Madame , je suis venu ici pour vous dii'e des choses et vous révéler mi secret que toutes les oreilles ne doivent pas entendre, serez-vous assez bonne pour ra'accoi*der, ainsi que monsiem* Thoré, un moment d'audience ?
Madame Thoré dit un mot à Julie qui se retira avec la plus vive émotion, et qui devina, aux regards que lui lança Victor, qu'elle était probablement le principal sujet de l'entretien qui allait avoir lieu.
A peine fut-elle sortie que Victor prit la parole.
— Madame, dit-il en s'adressant plus particulièrement à madame Thoré, il est temps que la position pénible dans laquelle vous vous trouvez, que la position fausse dans la quelle je suis maintenant, cessent à la fois.
Je sais où est votre fils, madame, et peut-être est-il en mon pouvoir de le délivrer.
-^Peut-être, dites- vous,' s*écria madame Thoré; est-il donc compromis dans quelque afi*ah*e politique, car je ne comprends pas quel autre pouvoir que celui du gouverne*
ment pourrait le retenir, du moment où vous savez où il est?
— Madame, reprit Victor, quand je vous aiu'ai expliqué les circonstances qui ont amène la dispailtion de Charles, peut-être ne trouverez- vous pas si facile de désarmer la vengeance dont tous mes efforts n'ont pu que suspendi'e les coups jusqu'à ce jour.
— Mais pourquoi ne pas nous avoir avertis plus tôt ?
— C'est que chaque jour j'avais l'espoir de la délivrance (le Charles, et que c'est lui que je voulais chaiger de vous exprimer formellement un vœu que mon assiduité vous a fait comprendre, je l'espère.
—Je vous prie de croire, fit monsieur Thoré avec toute la dignité paternelle et toute l'importance dont il était capable, je vous prie de croire que si je n'avais compris ainsi les visKes fréquentes dont vous nous honoriez, je vous aiu'ais supplié de les rendre plus rares.
— Vous avez raison, dit vivement madanie Thoré> et monsieur Amab me permettra de ne pas lui répondre en ce moment relativement à une demande qui nous honore ; mais il s'agit de mon fils, il s'agit de Charles, il s'agit de son salut, et j'avoue que ce que vient de nous apprendre monsieur Victor nn'alarme trop, pour que je ne le prie pas de vouloir bien se hâter de nous dire par quelle démarche, pai* (pielle mesure nous pourrons arriver à la délivrance de Charles.
— C'est très-bien, fit gravement monsieur Thoré, avec un ^ir de tète tout à fait impérial ; mais il était bon de faire comprendre à monsieur Amab que le chef de la famille dans laquelle il désire entrer sait ce qu'il doit aux convenances et fe qu'il se doit à lui-même.
Maintenant, monsieur Amab peut continuer.
Madame Thoré frémissait d'impatience, et elle dit d'une voix suppliante :
— Parlez, monsieur, parlez!
Victor allait commencer la conûdcnce qu'il avait résolu de faire à la famille de Charles, lorsque la porte du salon s'ouvrit tout à coup, et l'on annonça monsieiu* le comte Gustave de Monrion.
Cette visite fort inattendue eût étonné la famille Thoré dans toute autre circonstance ; elle panit aussi intempestive qu'inconvenante au moment dont nous parlons.
Monrion fut accueilli par un de ces saints qui disent volontiers à celui qui arrive qu'il eût l)eaucoup mieux fait de ne pas venir.
Monrion, accoutiuné à la déférence bienveillante de cette famille , comprit parfaitement qu'il troublait un entretien de la plus haute importance; il s'excusa en disant à madame Thoré :
— Pardon, madame, de ma maladresse ; je ne serais pas venu' si j'avais pensé trouver ici monsieur Amab, qui doit, je l'espère, vous avoir donné des nouvelles plus certaines que celles que je venais vous apporter.
Le cœur d'ime mère s'ouvre à tout ce qui vient lui parler du sujet de son inquiétude, e! ce fut elle qui dit vivement à monsieur de Monnon :
— De quelles nouvelles voulez-vous pai'ler, monsieur? — ' Je sais de la façon la plus formelle , dit Gustave, que
monsieur votre fils a été vu aujourd'hui dans Paris ; monsieur Amab peut vous en dire beaucoup plus que moi, car on m'a affirmé que monsieur Charles s'était présenté chez hii, et lui avait même écrit.
— Monsieur le comte se trompe, dit Victor, je n'ai point vu Charles chez moi, et je n'ai reçu aucune lettre de lui.
Victor avait fait cette réponse du ton le plus troublé, car les paix)les de Monrion lui avaient rappelé dans quelles circonstances il avait vu Charles , et il ne savait pas jusqu'à quel point Gustave pouvait être infonné de cette cirron-
staiice,soit par des avis secrets, soit par Léona elle-momo.
Tout ce qiii touchait à cette femme rëpoiivantait.
Si, d'up autre côté, Ton veut bien se rappeler que le comte de Monrion venait chez monsieur Thoré avec la pensée que Victor avait séduit Julie, et que c'<?tait pour échapl>er à la vengeance de Charles qu'il l'avait fait disparaître, on doit comprendre que le trouble du jeune peintre dut venir en aide à la prévention de monsieur de Monrion.
— Êtes-vous bien sûr, dit-il du ton le plus sévère, êtesvous bien sûr, monsieur, de ne point avoir vu aujourd'hui monsieur Charles Thoré, ou du moins de ne pas avoir reçu une lettre de sa main ?
— Partout ailleiu^ qu'ici, monsieur le comte, reprit Victor avec hauteur, je me dispenserais de répondre à ime pareille question; mais en présence d'un père et d'une mère que vos paroles peuvent alarmer, en présence d'ime famille 'i laquelle je désire appartenir, je ne veux pas laisser un doute sur la droiture de ma conduite dans cette affaire, et je jure siu* l'honneur que je n'ai pas vu Charles chez moi, t't que je n'ai reçu aucune lettre de Charles.
A son tour, monsieur de Monrion panit fort emlwrrassé, non pas tant de ce qu'on venait de lui dire, que des souvc-. nirs (jui se présentaient à lui.
•* Pardon, dit-il à madame Thoré, monsiem* Amab déi'ûe appartenir à votre famille, a-t-il dit?
^ Oui, monsieur, dit madame Thoré, très-siirprise de ce débat auquel elle ne comprenait rien ; monsieur vient Je nous faire tout à l'heure connaître ses intentions.
•^ Tout à l'heure, dit Monrion en ricanant; alors je comprends tout.
Puis il se retourna vers Amab et lui dit avec un parfait «dédain :
— Je comprends, monsieur, qu'il y ait des messages qu'un
' beau-frère futur n*a jamais dû écrire^ et qu'un futur époux n*a jamais dû recevoir.
Ces paroles^ inexplicables pour tout le monde^ ayaient trait à cette lettre où Charles accusait Amab d'avoir séduit Julie et lui demandait compte de Thonneur de sasœur^ lettre que Léona avait eu le soin de faire supprimer par Jean après que celui-ci l'eut montrée à Gustave.
Monrion connaissait la lettre; mais Amab^ qui ne l'avait pas reçue, demeura fort surpris du ton et des paroles de Gustave, et lui dit sèchement :
— Monsieur le comte, je vous serai obligé de m'expliquer vos énigmes.
— Je pense que vous me comprendrez, lorsque je vous aurai dit qu'en demandant la main de mademoiselle Julie Thoré, vous avez pris le parti à la fois le plus prudent et le phLs honorable.
En prononçant ces paroles, Monrion salua pom* se rotirov; mais Amab l'arrêta vivement en lui disant :
— Monsieur le comte, vous avez dit que monsieur Charles s'était présenté chez moi, que j'avais reçu une lettre de lui; j'ai jiu-é sur l'honneur que ce n'était pas vrai.
Pourriez-vous maintenant me dire,. vous, comment vous avez été informé de ces prétendues circonstances ?
L'embarras de Monrion fut grand à cette question ; il ne s'agissait pas moins que d'avouer qu'il avait donné mission à son valet de chambre de surveiller les démarches d'Amab, et que c'était par l'entremise de cet espion qu'il avait a|> pris l'apparition de Charles à la porte de Victor et l'existence du billet dont le secret lui avait été llyré,
Gustave eut mi moment d'hésitation; mais il était de ces hommes qui acceptent courageusement la mauvaise action qu'ils ont faite, et il répondit :
— J'avoue que ces. renseignements me sont airivés par une voie peu honorable, peut-être.
— Et qui devrait vous faire douter de leur exactitude^ dit Victor, qui ti^mblait de colère, si vous connaissiez parfaitement la main qui a pu vous les fournir.
Ce fut seulement à ce moment que Gustave se souvint que c'était sui* le conseil de Léona qu'il s'était adressé à Jean pour s'éclaii*er sur le compte d'Amab : il se demanda tout aussitôt s'il n'était pas le jouet de cette femme, dont mieux quii personne il connaissait l'audace et l'astuce, et il dit à Victor :
— Avez-vous quelque raison de penser que ces renseignements puissent avoir été inventés, qu'on a eu quelque intérêt à me les faire croire?
— Connaissez-vous, dit Victor d'un ton de mystère, quelqu'un qui ait le droit de se venger de vous? Ce quelqu'un est-il une femme? et cette femme s'appelle-t-elle par hasard madame...
— Léona de Cambure, s'écria vivement madame Thoré, (fii acheva à la fois la parole d'Amab et la pensée de Monrion, en exprimant la crainte que lui avait toujours laissée l'appaiition mystérieuse de cette femme dans sa maison.
—Madame de Cambm^! répéta Monrion stupéfait d'entendre ce nom prononcé par une bouche à laquelle il devait être parfaitement inconnu ; madame de Cambure ! reprit-il encore; mais en quoi et conunent peut-elle être mêlée à la disparition de Charles?
— Dispensez-moi de vous répondre à^ ce sujet, monsiem* le comte, dit Amab avec embanas...
Madame de Cambure pourra vous informer de l'intérêt qu'elle a dans tout ceci, si toutefois elle le juge à propos.
—Soit, monsiem*, dit le comte, et je vais m'en informer...
Et tout aussitôt Monrion se retira, la pâleur sur le front, car il soupçonnait quelque infamie où on lui avait fait jouer un rôle ridicule et odieux.
Kt maintenant, qu'on veuille bien accorder à Victor U?
temps de raconter à monsieur et à madame Thoré la plupart des événements de ce récit, et cela avec toutes les circonlocutions qui devaient pallier à leurs yeux le cynisme de Taventure, et le montrer, lui Amab, comme un ami dévoué, qui n*avait accepté, depuis la disparition de Charles, les impudiques agaceries de Léona que pour arriver à la délivrance de son ami; qu'on calcule que Victor était entré à sept heures chez monsieur et madame Thoré, que le comte de Monrion y était arrivé à sept heures et un quart, qu'il en était sorti à sept heures et demie ; qu'on mesure le temps qu'il fallait à Victor pour faire comprendre à monsieur et madame Thoré la vengeance de Léona, et les incroyables intrigues par lesqueUes elle avait voulu l'assurer, et voyons l'emploi que les autres personnages de cette histoire firent de ce temps.
ATTAQUE IMPRÉ\TE.
A sept heures précises, et au moment où Amab enti^ail dans la maison de monsieiu* Thoré, monsieur Villon se présentait chez madame Léona de Gambure.
Le brave commis avait déjà essayé de pénétrer pi-ès do la belle dame, en se chaperonnant du nom de sa maison de commerce. On l'avait renvoyé avec une impertinence qui lui montra qu'il avait choisi la plus mauvaise des recommandations.
Une autre fois, et sous un autre costume, il s'était présenté en s'annonçant comme un envoyé du comte de Monrion ; cette fois, on avait bien voulu le laisser attendre, dans l'antichambre, la réponse de madame, et on lui avait donné rendez,- vous, pour Je lendemain.
LA LIONNE 2o1
Mais les projets de monsieur Villon demandaient une entrevue plus prochaine.
Villon essaya d*un troisième nom d'introduction et d'un troisième costume, et s'annonça de la part de monsieur Victor Amab.
Cette fois, les portes lui furent toutes grandes ouvertes, car Lëona avait dit à ses gens ;
— Si monsieiu* Amab se présente, ou si quelqu'un vient de sa pai't, vous ferez entrer sur-le-champ.
Léona n'avait pas douté un moment que Victor ne revînt près d'elle pour lui demander compte de tout ce qu'il avait vu, de tout ce qu'il avait entendu, et pour apprendre enfin la suprême volonté de cette fée aux transfigurations les plus bizarres, et qui depuis si longtemps se jouait de lui.
Léona avait remis à cette entrevue sa dernière -sictoire sur Amab, et peut-être avait-elle réservé sa propre défaite au succès de cette suprême victoire.
La simple arrivée d'un envoyé d'Amab n'étonna point Ldona-: elle n'attendait pas plus du désordre où elle avait laissé le jeune peintre ; c'était assez pour elle qu'il lui mit dans la main le fil pai* lequel elle devait le ramener à ses pieds.
Elle reçut monsieur Villon avec le sourire le plus discret, l'air Iç plus modeste, comme une femme qui s'attend i une grave explication ; mais elle fut très-étonnée, dès '{u'eUe fut seule avec cet envoyé, de le voir décrocher de ^n nez deux épaisses moustaches, et de ses joues, deux ''normes favoris.
—Madame, lui fit le commis de sa plus grosse voix, me lecoHnaissez-vous ?
Léona, épouvantée de cette façon d'agir, courut à une sonnette; mais elle s'arrêta tout à coup devant la crainte de commettre une imprudence, car elle venait de reconnaître le commis de monsieiu* Thoré.
Léona avait cette iacultë qui donne une si grande supériorité poui' rintrigue à certains esprits : c'était de se rappeler exactement les noms^ les lieux et les visages qu'elle n'avait vus qu'une fois, ainsi que la date précise du plus petit événement.
La présence du conunis de monsieur Thoré dans sa maison lui apprit qu'on devait être siu* la trace de Charles^ et elle voulut connaître la valeur des renseignements que pouvait avoir la famille avant de prendie une décision quelconque.
— Oui, vraiment, dit-elle alors, je vous reconnais, monsieur, vous êtes employé chez monsieur Thoré, et je vous prie de m'expliquer pourquoi vous vous présentez chez moi d'une façon si étrange.
— Parce que, dit brutalement Villon, je me suis présenté ici ce matin de la part du patron, et qu'on m'a refusé la porte.
— Je n'ai jamais eu d'autçe affaire avec monsieiu* Thoré que l'achat de quelques porcelaines que j'ai payées, et je n'ai pas besoin qu'on me fasse des offres de service, monsieui*. ' En cas de besoin, je n'ai pas oublié l'adresse de votre maître ; mai^, encore une fois, pourquoi vous présentez-vous chez moi d'une façon si extraordinaire ?
— Parce que, reprit Villon d'un air si mélodramatique, qu'il fit sourire Léona, malgré l'inquiétude cruelle qu'elle éprouvait, lorsque je me suis présenté chez vous une seconde fois, de la part de monsieur de Monrion, on m'a poliment prié de passer demain, et que c'est ce soir que je voulais vous voir.
— Je ne suis pas toujours visible pour mes meilleui^ amis, dit Léona en observant attentivement Villon pour deviner par quel côté on pourrait arriver à tromper ou à enVayer cet homme, s'il en était besoin ; et, ajouta-l-clle.
VOUS VOUS êtes cnfiii^ à ce qu*il pai-ail, présenté sous le nom de monsieur Amab.
— C'est bien à contre-cœur, dit Villon, car c'est un monsieur à qui je ne veux avoir aucune espèce d'obligation. ,
— Vraiment ! fit Léona ; en tout cas, vous lui avez l'obligation d'être arrivé où vous voiiliez, et puisque vous y êtes, vous pouvez vous expliquer : vous n'avez plus besoin de déguisement d'aucune espèce.
— Si j'ai pris celui-ci, dit Villon, c'est que le même homme se présentant trois fois de suite chez vous de la part de différentes personnes, eût excité des soupçons qui m'eussent peut-être fait refuser votre porte.
— C'est parfaitement raisonné, monsieur, et de la paît de quelle personne venez-vous, parmi les trois dont vous vous êtes reconmiandé ?
— De la part d'aucune, dit Villon, qui faisait tous ses efforts pour se maintenir en colère devant cette femme qui lui parlait avec la plus calme politesse, lorsque toute autre, à sa place, eût poussé de*grands cris et l'eût fait jeter pai* la fenêtre : je viens de la mienne.
— Vraiment ! fit Léona qui était restée debout jusqu'à ce moment, et qui alnrs prit un siège, en montra un à Villon, et ajouta, avec un soiu-ire où perçait la plus gracieuse curiosité : Et qu'avez-vous à me dire?
Villon avait arrangé à l'avance l'espèce de réquisitoire qu'il voulait lancer contre madame de Cambure ,- il avait rédigé une phrase où il avait accumulé les faits, en style précis et martelé qui devait anéspitir la coupable.
Au moment -où il fut mis en demem*e par elle d'expli- <iuer ses intentions, il fit comme certains avocats qui, ayant appris leur plaidoyer par cœur, se trouvent obligés, par des circonstances de l'audience, d'en déranger l'exorde, wais qui, au moment où ils rencontrent un joint pour placer les phrases sonores qu'ils ont arrangées à l'avance, se
251 LA LIONKE
posent tout à coup eu Cicérons^ et débiteut leur prose avec une emphase qui fait rire les jeunes juges et qui endort les Tîeux.
Vilkm, désorienté jusque-là par le calme de Léona, venait enfin de trouYer son joint ; il débita donc tout d*uQ trait la catil inaire suÎTante :
— Jusques à quand, madame, comptez-vous retenir le jeune Charles Thoré loin du foyer de sa famille ?
Léona serrit à merreille le mouvement oratoire du commis aux écritures, car elle fit un geste de surprise, et celuici put continuer, en grossissant sa voix et en disant :
— Ne m*interrompez pas, madame, je sais tout ": avaiithier au soir, j'étais, à dix heures^ à votre porte ; je vous ai vue monter en voiture et je vous ai suivie jusqu'à la place de la Bastille, malgré la rapidité de vos chevaux. J'avais un excellent cabriolet de i*égie.
A la place de la Bastille, vous avez pris un monsieur qui, à la lueiu- du gaz, m'a paru vieux et, décore. Vous avez gagné avec lui la rue de Chso'onne, pendant que votre voiture allait stationner au coin de cette rue et du faubourg Saint-Antoine.
Vous êtes entrée par une petite porte de jardin, dans une maison sans numéro.
Une heive après, le monsicm* en est ressorti avec un autre homme ; quelques minutes encore après, ils sont revenus avec votre voiture ; le cocher qui Tavait conduite jusqu'au faubourg Saint-Antoine n'y était plus, et c'est rhomme qui était sorti de votre petite maison qui l'avait remplacé.
La voiture est restée seule à la porte, et ces deux hommes sont rentrés dans la maison ; im moment après, le monsieur en est sorti le premier, puis l'homme inconnu, qui est monté sm* le siège, puis vous et Charles Thoré, lequel est monté dans la voiture avec, vous.
LA LIONNE - T.'il)
Léona écoutait monsieui* Villon avec une attention si calme, que celui-ci conunençait à perdre son assui*ance.
Poui- lui, elle avait Tair de ne pas le comprendi^e, et jamais il ne se fût imaginé que Léona éprouvait en ce moment la plus vive admiration pour Fhomme qui avait su se procurer des renseignements si positifs.
—Comment se fait-il, lui dit-elle, que vous ayez vu tout cela et si bien reconnu les personnes, sans que qui que ce soit de mes gens vous ait aperçu ?
— C'est que je Tn'étais tout simplement caché au-dessus de la porte, à cheval siu* le chaperon, dans une touffe de lilas qui pendent siu* la i*ue.
—Le poste était bon en effet,* dit Léona.
Et après?...
— Après, madame? je l'avoue, je ne vous ai pas suivie^ quand j'ai pu rejoindre mon cabriolet, votre voilure était déjà hoi-s de ma vue ; mais je sais maintenant que vous connaissez la retraite de Charles ; je sais que vous seule le rel«nez captif, que ce sont vos séductions qui l'ont enlevé à sa famille, et c'est en son nom que je viens vous le demander.
— Vous avez donc averti monsieur et madame Thoré de Votre découverte? dit Léona en baissant les yeux.
— Non, madame, car j'ai voulu vous éviter un scandale; car monsieur et madame Thoré n'eussent pas daigne s'adresser à une femme comme vous, et c'est la police <[u'ils eussent chargée du soin de redemander leuf enfant
Tout le ridicule de monsieur Villon et toute la prudence «le Léona ne purent Tempêcher de ressentir avec la plus Citrêrae violence la grossièreté de cette injure.
A peine Villon eut-il prononcé le mot de police , que ''éona était debout devant lui, pâle, terrible et le coips ^^eité convulsivement :
— A genoux ! à genoux ! s*ëcria-t-elle avec une telle impétuosité, que Villon recula devant ce geste impérieux et ce regard fulgurant.
A genoux! Et toi, et ton maître et son fils, et v(îus tous, vous périrez pour Finjure que tu viens de ptononcer.
Monsieur Villon était un honuue de courage, mais de ce courage relatif qui ne s'étend pas à toutes les occasions de la vie.
Si Villon eût été soldat, c'eût été un très-brave soldat. Dans la vie ordinaire, une rencontre avec un de ses égaux Feût trouvé parfaitement calme^ comptant sui* sa jeunesse et sur sa vigueur, il n'eût pas non plus reculé dans uiie querelle avec un portefaix."
Cependant, s'il avait eu à se mesiu'er contre un homiiic d'un rang et d'ime fortime qui lui fussent très-supérieui-s, il y eût marché avec moins d'aisance.
Ainsi, dans l'ordre de ses idées, Villon se croyait l'égal d'Amab, et il eût accepté avec joie un duel avec lui, tandis que si la chose eût été possible, il eût été sinon épouvanté, du moins embarrassé d'un duel avec le comte de Monrion.
Mais ce dont il n'avait aucune idée, c'était d'une femme comme Léona, la fière lionne, à l'œil sanglant, qui parlait d'une voix si menaçante de punir une injure par la mort!
Villon avait reculé devant le geste et le regard de Léoiia, il demetu*a confondu et troublé devant ses paroles, et essaya de lui dire i
— *Pardon> madame, vous m'avez mal compris; je n'ai pas voulu vous offenser.
Léona^ qui peut-être se repentait d'avoir cédé à ce mouvement de fureur, couvrit Villon d'un regard du plus souverain mépris, et se remit paisiblement sur le siège qu'elio venait de quitter.
— Ah çà ! monsieur^ reprit-elle, à qui croyez-vous parler? Villon était tout à fait désorienté.
— Me connaissez-vous ? fit Léona.
— On m'a dit... Je sais que monsieur de Monrion... —Est de mes amis, voulez-vous dire; mais monsieur
Charles vous a-t-il jamais parlé de moi?
—Jamais, jamais ! dit Villon avec empressement; je n'étais pas le confident de Charles.
—Est-ce donc monsieur Amab? reprit Léona en laissant passer ce mot confident qui était à la fois une impertinence et une révélation.
— Non, madame, dit Villon qui, au nom de Victor, reprit sa mauvaise humeur ; je ne cause de quoi que ce soit avec ce monsieur.
—Qui donc vous a conseillé de surveiller mes démarches? qui donc a pu vous faire soupçonner que monsieur Charles Thoré était en mon pouvoir ? dit Léona qui profita du trouble de ViUon, pour connaître toute l'étendue des dangers que courait sa vengeance.
— Mais, madame, mille circonstances : d'abord votre visite, ensuite un mot échappé à monsieur Amab, mot qu'il n'a pas-dit à moi, mais à madame Thoré, et qui vous déîiignait comme la seule personne qui pût avoir des nouvelles de Charles.
—Et quand ce mot a-t-il été dit?
"-Le lendemain même de la disparition du fils de la maison, le jour sKme où on vous a envoyé les porcelaines que vous aviez achetées chez nous...
—Et dont mademoiselle Julie m'a fait la facture, fit Léona avec un sourire cruel et satisfait.
—Précisément, madame, et ce sont ces porcelaines emhallées par votre ordre, que vous n'aviez pas voulu qu'on ^'ous expédiât, pour lesquelles vous n'avez pas voulu donner votre nom, que vous aviez envoyé chercher par un
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homme sans livrée^ qui ont ëté reconnues à votre porte par madame Thofé pendant qu'elle y attendait des nouvelles de son fils, ce sont ces circonstances qui ont Cait supposer à madame Thorë, ainsi qu*à moi, que ce mystère cachait quelque chose.
Malgié la gravité de sa position, Léona ne put s'empéchei de rire de la phrase de monsieur Villon et surtout de soi étrange confusion, et elle lui dit :
— En général, monsieur, tout mystère cache quelqin chose; mais vos soupçons, aussi bien que vos découvertes, ne vous rendront pas monsieur Charles Thoré, s'il ne me convient pas qu'il retourne dans sa famille.
— Qu'est-ce à dire, madame ? fit Villon en se redressant.
— Supposez, monsieur, que monsiem^ Charles Thoré soi* amoureux de moi (ne trouvez -vous pas que J'en vaux la peine?); supposez qu'il lui plaise de me voir sans cesse, de rester toujoiu-s a mes cptés ; supposez que pour cela il lu. convienne de demeurer dans la rue de Charonne, ou biei. ici, ou ailleurs, qu'est-ce que la police a à voir là dedans?
Monsieur Charles Thoré a quelque vingt -deux ans, je crois; cela le constitue majeur, maître de ses actions, libre de ga personne, et je ne vois pas de quel droit sa- famille le ferait appréhender au corps chez lui, ou chez moi, comme im mineur détourné.
Aurait-on à se plaindre de sa conduite depuis qu'il a quitté la maison de son père ? Vous a-t-on présenté des mémoire^! non payés et qui annoncent des dépense» exagérées? Je ne le pense pas !
De quoi donc vous plaignez-vous ?
— Madame, dit Villon fort embarrassé du ton de moquerie de Léona, la famille de monsieur Charles a pu craindre qu'il n'ait été victime de quelque atroce guet-apens.
— N'êtes-vous pas là pour attester qu'il se porte h merveille ?
— En définitive, madame, que prétendez-vous?
— Moi, monsieur ? Je ne prétends rien. C'est à vous qu^il faut faire cette question...
Que prétendez-vous? ,
— Eh bien! je prétends rendre Charles à sa famille, et s'il ne veut pas y rentrer, je veux au moins le voir.
— Je ne vous en empêche pas.
* — Veuillez donc me dire oii je pourrai le trouver.
Malgré son assurance, Léona se trouvait poussée dans ses derniers retranchements.
Monsieur Villon, avec sa brutale maladresse, était aiTivc à briser cette trame si habilement ourdie.
Léona prit un parti désespéré : ce fut de supprimer monsieur Villon pendant vingt-quatre heyes comme elle avait fait de Charles pendant quinze jours.
' Elle se leva et répondit à Villon : — Je ne puis vous dire où il est, mais je puis vous y conduire...
Veuillez m'attendre un moment, le temps de passer un autre vêtement.