‹ La lionneChapitre 30 sur 39 · GRANDES MANOEUVRES · texte numérisé non relu

GRANDES MANOEUVRES

— Vous souvient-il, Gustave, dit Léona en fronçant ses noirs sourcils, vous souvient-il de ce jour où il me prit fantaisie de vous demander une tasse de porcelaine qui est encore sur l'étagère de votre salon ?

— Parfaitement.

— Vous souvient-il de la scène qui suivit ce' refus et du deiTiier mot que je vous dis ?

— Parfaitement. Ce fut une menace.

— Vous vous trompez. Je vous promis une leçon.

— Soit, ne discutons pas sur les mots; c'est donc cette leçon qui fut le point de départ de ce qui va se passer?

— Vous avez deviné.

Je voulus vous prouver qu'il était des hommes prêts à me donner plus que vous ne me refusiez.

— Si vous mettiez le passé en ligne de compte, dit amèrement Gustave, vous auriez beaucoup à obtenir d'eux avant de pouvoir me les comparer. . .

— Apprenez ceci, Gustave, repartit Léona avec un sou- I ire dédaigneux : dès qu'un homme invoque le passé pom* défendre le présent^ c'est qu'il n'a plus rien dans son cœur

OU dans sa caisse, selon la monnaie dont il paye ramuui' qu'il veut garder.

« Après tout ce que j'ai fait pour vous, pouvez-vous douter de mon amour? »

Est une phrase qui veut dire exactement :

« Vous avez eu de moi tout ce que vous pouviez en attendre. »

Or, j'ai jugé que j'en étais là avec vous, et je n'ai pas voulu accepter cette position.

Je ne sais comment l'histoire de monsieur Âmab et de la passion qui lui avait inspiré son chef-d'œuvre m'a été racontée à cette époque, mais j'ai désiré vous la faire connaître, j'ai voulu vous montrer quel prix un honune peut attacher à son amour. Je vous ai demandé ce tableau^ et je vous ai envoyé chez monsieur Âmab pour que vous puissiez vous assurer par vous-même de quel sacrifice un homme est capable pour la femme qu'il aime , un homme pauTre^ entendez-vous , et à qui vous apportiez une fortune. Vous vous rappelez le peu de succès de vos tentatives.

C'est alors qu'à mon tour j'ai tenté moi-même cette illustre conquête, et que j'ai écrit à monsieiu* Amah une lettre dont il ne me convient pas poiu* le moment de vous dire les conséquences, mais qui m'a donné la preuve que je n'aurais pas plus de succès que vous.

— Ah ! fit Monrion d'un ton ravi , on vous a refusé , à vous , ce qu'on avait refusé à mes cent mille livres? C'est humiliant.

— Plus humiliant que vous ne pouvez croii*e. Et, comme je voulais vous punir de votre refus, j'ai voulu aussi punir monsieur Amab du sien.

— Peste ! dit Monrion, voici qui se complique... Continuez.

Si quelqu'un eût observé froidement Léona, c'eût été seulement à ce moment qu'il eût pu croii'e au désir qu'elle

avait d'égarer la raison de MoDrion par une autre puissance que celle de son esprit ; elle lui versa quelques gouttes de vin d*im air distrait^ et reprit affectueusement :

— Oui, mon any... j'ai eu un moment de dépit indicible... et je me suis adressée à vous pour me venger. Je vous ai prié d'enlever à monsieur Amab ce modèle adoré dont rien au monde ne pouvait lui arracher l'image.

J'ai été encore battue de ce côté... vous avez déserté lâchement ma cause... C'est alors que j'ai voulu punir ce monsieur par \m autre côté.

Les moyens illicites s'étant trouvés tout à fait impms* sants, je me suis tournée vers la morale ; j'ai commis pour cela une très-bonne action : j'ai dénoncé à monsieur Charles Thoré l'intrigue de mademoiselle sa sœiir avec monsieur Amab.

On n'est pas plus malheureuse que moi. Le jour même où ma confidence devait porter ses fruits, monsiem» Charles Thoré disparait miraculeusement, enlevé pai* je ne sais qui.

— Vi-aiment? dit Monrion, qui cherchait à combiner les dates de toutes ces tentatives avortées, et qui croyait y découvrir une grande confusion ; mais tout cela me semble bien rapide.

— N'est-ce pas ? Et cependant j'ai été battue de vitesse par ce monsieur. Ah ! Gustave, ce sera votre maitre à tous dans l'art de conduire une intrigue. C'est un esprit toujours prêt à la riposte. Il me restait une dernière ressource; j'allais l'employer ce soir... et ce soir, j'étais déjà vaincue.

— Je ne comprenais guère, dit Monrion; maintenant je ne comprends plus du tout.

— Ce soir, je voulais avertir cette vertueuse famille de l'intrigue qui existait entre Amab et Julie... *Eh bien! ce soir, monsieur Amab la demandait en mariage... C'est vous qui m'en avez apporté la nouvelle, et tous devez vous rap-

peler ma colère et uia stupéfaction quand j'ai appiis cette nouvelle.

— C'est vrai... Mais^ dites-moi^ Léona, pour engager une lutte si acharnée avec monsieur Amal), vous n'aviez d^autre mobile que le dépit de n'avoir pas obtenu cette toile qu'il m'a refusée?

— Je voulms me venger...

— D'un refus?...

— Oui...

— Mais ce refus... vous aviez sans doute lieu de croii-c qu'on ne pouvait pas vous le faire ?

Léona montra sa main à MOnrion :

. — Ne vous ai-je pas dit que le jour où un autre que vous prendrait dans mon cœur la place que vous y occupez, je jetterais cet anneau ?

— Ainsi, monsieur Amab...

— Monsieur Amab n'a pas mis à ce tableau un piix que j'aie eu à lui refuser. De ce côté, il est inabordable. Il aime Julie.

— Peste ! dit Monrion, c'est un terrible amour !

— Ce qui n'a pas empêché monsieur Amab de me trouver belle, de me le dire, beaucoup plus souvent que je n'eusse voulu l'entendre... Mais, quant à payer Tamoiu* de madame de Cambure d'un sacri6ce de quelque mérite, c'est... c'estT>on poiu* les lions de l'espèce de Monrion.

— A4-il dit cela? s'écria Gustave avec colère.

— Non, car je ne suis pas femme à me laisser dire de pareilles insolences ; mais c'est sa pensée , elle parle dans ses façons, dans ses dédains, dans ce je ne sais quoi, qu'on sent, qu'on devine et qui ne peut s'analyser.

Le souper continuait, et dans la préoccupation où Léona avait plongéld onrion, elle avait pu déjà endoi^mir en ^ui la vigilance qu'il voulait apporter à se siu'veiUer lui-même.

Elle lui avait versé souvent à LH)ire... et il en était arrivé

ette limite où Thonime peut encore s'avertir qu'il est » d'aller trop loin^ limite qui^ ime fois dépassée^ ouvre îunt lui un abîme de déraison où il se précipite avec fuir.

Léona mit à profit le mouvement de colère qu'elle était rvenue à exciter chez Monrion et reprit :

-* Oui, mon cher Gustave, nous sommes battus; moi, ' un monsieur à qui je n'aurais pas daigné accorder une nute pour se défendre , et vous , par une petite fille qui us a persuadé de sa vertu séraphique.

- Ma foi , dit Monrion en riant, vous triomphez probaîment plus que vous ne pensez, puisqu'il épouse...

- Eh ! non, lui dit Léona, il n'épouse pas.

-Comment?...

- Il enlève... ou plutôt il fait fuir.

-Quand donc?

-Ce soir même...

-Et cette demande?...

- Un prétexte pour pénétrer une dernière fois dans la TOn.

- En êtes-vous sûre ?

-Voyons, reprit Léona en s'accoudànt gracieusement ' la table, recordons-nous un peu, comme dit Figwo. ez-vous vu Julie, ce soir ?

-Non.

- C'est bien cela ! dit Léona, j'en étais sûre...

- Comment ?

- Continuons^ reprit Léona.

Itasieur Amab, quand vous êtes allé ce soir chez mon- ' «r Tboré, ne faisait-il pas de grandes phrases aux grands rents?

- le l'y ai laissé occupé.

^ Eh bien! fit Léona en se renversant gaiement sur son I ?e> pendant ce temps-là, la jeune fille s'échappait.

— * C'est in^ssible/dit vivement Mooriou; un enlève ment... ou une fuite pareille... mais c'est un crime iprév] par la loi.

— Aussi^ monsieur Amab en sera-t-il parfaitement innc cent; il sait où cacher cette jeune fille , comme il a su oi cacher son frère.

— C'est donc un dëmon ou im forçat libéré que ce moi sieur? i

— Je vous l'avoue, Gustave, cet homme m'a frappa d'admiration ; et lorsque Jean m'a raconté sa dernière cou binaison, j'ai courbé la tête pour vous.

— Jean?

— Ne l'avez- vous pas mis au service d'Amab, pour von assurer de la vérité de ce que je vous avais dit?

— Oui.

— Et puis , ne l'avez-vous pas chassé , pour vous avo| remis une lettre qui vous confirmait l'affreuse vérité?

— C'est vrai.

— Eh bien, il est resté au service de son nouveau mi tre , et il a préparé les choses pour ce merveilleux enlèt ment.

— Qu'a-t-il donc fait? reprit Monrion avec calme.

— Gustave, dit vivement Léona, sur votre honneur, m promettez-vous de ne pas faire une querelle sanglante dec que , dans d'autres temps , vous auriez appelé une exoe lente plaisanterie ?

— Je ne puis vous faire un pareil serment.

— En ce cas, je ne puis rien vous dire.

— Mais si mon honneur est engagé à avoii* raison à procédés de ce monsieur, dit Gustave, dont la tête comina çait à s'exalter, je dois les punir.

— Vous ne pouvez les punir qu'autant que vous les co naîtrez, et alors, je me refuse à vous les dire.

— Je commence à vous comprendre...

Ne m'avez'vous pas dit que je laisserais ici quelque chose de mon honneiu*? Léona... Ldona... Je veux que vous me disiez tout... 11 le faut!

— Oh ! dit celle-ci en se rapprochant vivement de Gustave, avec cet abandon familier qui la rendait quelquefois si persuasive et en lui parlant à demi-voix, si vous vouliez ra'aider à me venger, si vous vouliez vous venger vousmême... non par un duel , cet bonmie ne mérite pas de recevoir une pai*eille leçon de vous, mais conmie on se venge de ces Céladons d'atelier, comme on se venge de ces Célimènes de boutiques; mais non... vous ne le voudriez pas... Vous n'êtes plus capable d'une résolution héroïque,

— Si j'ai été joué, Léona, je m'en vengerai, soyez-en sûre. Seulement, je garde le choix de ma vengeance.

Léona, en proie à la plus violente agitation, s'écria, sans répondre à Monrion :

— Et il y a une fenmie devant laquelle, aussi, moi, il faut que je m'hiunilie. Ah ! Gustave, mademoiselle Thoré fait comme le Cid, elle débute par des coups de maître.

— Âurez-vous bientôt fini vos exclamations !... répondit Monrion brusquement. Voyons, parlez... que va-t-il se

— Monsieur le comte, dit Léona en se plaçant de nouveau devant lui, faisons mieux que de nous venger... prenons-en gaiement notre parti... Et cependant^ reprit-elle en frappant la terre du pied avec rage, être dupes à ce point!... c'est affreux...

Mais que faire? ajouta-t-elle dédaigneusement, avec un homme qui ne connaît plus que cette vengeance stupide du duel, et qui va, joué, bafoué, ridicule, déshonoré (car vous le serez), à un combat où il trouvera peut-être la mort, peut-être une blessure qui le défigurera.

— Oh! parlez, parlez, Léona, dit Monrion, dont l'impatience et la colère croissaient à chaque instant. Que signi-

Hent ces demi-mots^ ces lamentations, ces menaces, et en quoi monsieur Jean s*ést-il mêlé en tout ceci ?

— Et que diriez-vous, reprit Léona en se penchant vers lui et en le raiUant du sourire, du regard, de Fimpertinente oscillation de sa tête, que diriez-vous d*une petite personne qui, très-assurée de l'amour qu'elle inspire à mousieur le comte de Moririon, s'est imaginé de se servir de lui pour cacher, non pas seulement ses amours avec un autre, mais encore sa fuite avec cet autre.

— Vous êtes folle, répondit Monrion.

— C'est possible, reprit Léona du même air. Mais que penseriez-vous d'un ancien valet de chambre de monsieur de Monrion qui est venu louer dans ma maison, où monsieur le comte est très-connu, et sous le nom de monisiew le comte de Monrion, im petit appartement destiné à protéger les amours secrets de monsieur Amab?

— Comment! s'écria monsieiu» de Monrion, ce di-ôle se serait permis une pareille infamie ?

— Que diriez-vous, reprit Léona, de monsieur Amab, si, pendant qu'il endort le père et la mère de la jeune personne par de magnifiques protestations, celle-ci s'était fui*tivement enfuie pour gagner le petit appartement dont monsieur Amab a la clef, et, dont monsieur de Monrion a les honneurs ?

— Je vous dis que c'est impossible, fit Gustave, dont la tête se perdait dans ce tissu d'intrigues embrouillées.

— Et que diriez-vous de monsieur de Monrion, reprit Léona en ricanant, si, pendant que tout cela se passe, il venait durement demander, à une femme qu'il a aimée jui^'à la folie, compte de l'honneur de cette chère demoiselle et des tourments de ce bon monsieur Amab ?

•^ Je vous dis que c'est impossible !

— Voulez-vous le voir ? reprit Léona.

— Oui. Et pour que vous ne puissiez préparer quelqii..* indigne tromperie, je veux le voir à l'instant même.

— A l'instant même, soit. Et quand vous l'aurez vu ?

. — J'attendrai cet homme, et il me payera cette insoleiK'j. de sa vie !

— Et moi, dit Léona, qui me vengera? Non, noo, moiîsiem* de Monrion, ce n'est pas ainsi que je l'entends.

— Et que voulez-vous, enfin ?

— Ecoutez, Gustave, reprit Léona, j'ai été insultée, méprisée pai- cet homme et par cette JuUe. Des femmes comme moi ne sont faites que pour des hommes comme vous. Voilà ce qu'ils disent.

Mais, quant à ces précieuses conquêtes, à ces chastes beautés qui crachent au visage des femmes perdues comme I moi, les hommes comme vous les respectent ou les épou- I sent ; car vous y avez pensé, j'en suis sûre.

— Assez de sarcasmes et d'injures, dit Monrion avec co- I lère;^ prouvez-moi que ce que vous m'avez dit est vrai, et j je vous montrerai si je sais me venger !

Le ton dont Gustave avait prononcé ces dernières paroles montrait assez que les sanglantes railleries de Léona avaient porté coup. Son œil était trouble et égaré comme sa pensée.

— El que faut-il que vous voyiez, pour être assm*é que je ne vous mens pas ?

— Une seule chose, dit Monrion, Julie hors de sa maison.

— Vous aurez mieux, dit Léona.

Elle sonna vivement et dit à la chambrière :

— Faites monter à l'instant le concierge.

Une minute après le concierge entra.

— Monsieur Guillaume, lui dit Léona avec vivacité, le petit appartement au-dessus du mien n'est-il pas loué depuis quelques jours ?

— Oui, madame.

— Par qui a-t-il été loué ?

— Mais, madame... fit le concierge embaiTassé, je no sais si je dois...

— Répondez franciiement; monsiem* le comte vous le permet.

— Sans doute, dit Monrion.

— Eh bien ! monsieur le comte, c'est Jean, votre valet de chambre, qui est venu le louer en votre nom, et c'est ainsi qu'il est inscrit sur mon livre.

— Mais jamais, s'écria Gustave, jamais on ne s'est permis paieille insolence ! Et que vous a dit ce drôle ?

— Dame, fit le portier avec embarras, je ne sais si je dois...

— Eh ! parlez, paiiez, fit Léona, à mon tour, je vous le permets,

— Eh bien ! il m'a dit que monsieur le comte tenait à avoir cet appartement sans que personne le sût, parce qu'il communique à celui de madame de Gambure par un escalier dérobé.

— Vous le voyez, monsieur le comte, dit amèrementj Léona, on nous met en scène d'une manière tout à fait obligeante : vous prenez des appai'tements secrets qui communiquent aux miens ; c'est une précaution si adroite, que voilà monsieur Guillaume qui est tout honteux de l'avouer.

— Mais enfin, reprit Gustave toieux, que s'est-il passé depuis huit jours, à propos de cet appartement ?

— Rien, jusqu'à ce soir... mais ce soir...

— Eh bien, ce soir ?... fit Monrion.

— Deux dames se sont présentées ici. Une vieille et uuo jeune ; la vieille est entrée chez moi et m'a demandé la clef de son appartement loué pour monsieur de Monrion ; elle m'a remis le billet que Jean m'avait annoncé devoû* donner aux personnes qui viendraient occuper l'appartement.

— Et ces dames sont-elles montées?

^- Oui, monsiem' le comte.

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Seulement^ un moment après^ la vieille est redescendue et m'a remis la clef en me disant :

« Si monsieur Amab (un monsieur qui vient quelquefois chez madame de Cambure), si monsieur Amab se présente, vous lui remettrez cette clef. »

— Et, dit Monrion, dont le visagesaltéré annonçait la rage qu'il éprouvait, et monsieur Amab est-il déjà arrivé?

— Pas encore, monsieur le comte. *

— Eh bien ! allez me chercher cette clef, allez... Cet appartement loué en mon nom... j'ai le droit d'y entrer, je le suppose.

— Sans doute, dit le concierge en se retirant.

A peine Monrion et Léona furent-ils seuls , que celle-ci changea tout à coup de ton et de manière ; au lieu de chercher à exciter la colère de Gustave, elle s'approcha de lui d'un air alarmé, tandis qu'il parcourait la chambre avec de longs murmures de rage, et lui dit :

— Et que voulez-vous faire, mon Dieu? Pourquoi voulez-vous monter dans cet appartement ?

— Ma chère Léona, lui dit Monrion en la regardant avec un souverain dédain, je ne suis point la dupe de toutes vos vengeances de vanité ; une femme ne poursuit pas un honune comme monsieur Amab avec l'acharnement que vpus y avez uïis, parce qu'il ne i^e sera pas prêté à satisfaire un caprice?

— Que voulez-vous dire? reprit Léona d'un ton confus . "" Je veux dire que tant de colère ne peut venir que

d une blessure plus cruelle.

Je comprends la leçon que vous avez voulu me donner; cUe ne vous a pas réussi, j'en suis désolé, quoique, après tout, un successeur conune monsieiu* Amab me prouve que ^ous m'estimez bien peu. ^

•^ Pouvez-vous croire, Gustave... dit Léona avec Tac*

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cent d'une femme qui plie la tête sous le poids de sa faute, pouvez-vous croire...

Monrion, à qui ce trouble admirablement joué persuada qu'il avait deviné juste^ Tinterrompit vivement :

— Je vous pardonne 9 Léona, lui dit-il; mais, ce que je puis vous pardonner, je ne le pardonne pas à ce monsieur!...

Ah ! iWous aidait à me tromper d'un côté, et d'un autre il riait sans doute avec sa belle de mes soupirs respectueux. Par tous les diables! fit Monrion avec un sourire forcé, rira bien qui rira le dernier.

£n ce moment Dorothée parut et tendit la clef à sa maîtresse ; celle-ci voulut s'en emparer, mais Monrion la lui arracha.

— Restez, je vous en supplie, restez, lui dit en vain Léona, je ne suis pas coupable, je vous le jiu-e devant Dieuî

— Assea^ assez, madame, lui dit Monrion en la repoussant, vous ne savez même plus jouer la comédie.

Aussitôt il sortit et monta rapidement vers Fétage supérieur.

Un moment après, il était entré dans l'appsLrtement dont on venaât de lui remettre la clef. 11 était alors près de orne heures.

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