JULIE
Madame Thoré, qui savait le fol amour de sa fille pour Âmab, crut qu'elle avait cédé à son entraînement; elle ixv tourna la lettre pour voir l'adresse, la lettre était adressée à monsieiu* le comte de Monrion.
ï^ fatal billet lui échappa des mains, le vertige la prit.
elle n'y comprenait plus rien, elle se sentit devenir folle.
Cependant, au milieu de ce tourbillon de ténèbres et de lueurs contraires, une idée constante, immuable, dominait toutes les autres, et parmi cet orage tournoyant et tumultueux c[ui Tenveloppait de tous côtés, elle voyait planer pour ainsi dire Fimage de Léona qui, pareille au milan, tournait, tournait sans cesse au-dessus de cette famille tremblante , l'enveloppait dans le vertige de son vol circulaire , et qui finissait par se précipiter sur elle le bec et les ongles ouverts.
Cette image s'était tellement emparée de l'esprit de madame Thoré, qu'elle se précipita vers sa fille, l'entoura de ses bras, et s'écria :
— Oh ! viens, fuyons, je te sauverai, moi.
Cependant la lettre de Julie avait été ramassée et jointe au procès-verbal.
Charles, accompagné de monsieur Villon et d'un agent de police, partit en fiacre pour le poste voisin; monsieur et madame Thoré,rentrèrent avec Julie qui ne pleurait plus ; une fièvre afdente, terrible, s'était emparée d'elle.
Ainsi, après la douleur qu'y avait apportée la disparition de Charles, la désolation et le déshonneur venaient d'entrer daiis cette maison; ce père honorable, cette mère si heureuse et si fière de ses enfants, avaient retrouvé leur fille déshonorée et leur fils coupable de meurtre.
Assurément nous pounions expliquer sur-le-champ à nos lecteurs les quelques circonstances encore obsciu-es pom* eux de cette dernière scène ; mais ce serait laisser incomplet le caractère de la femme dont nous avons voulu faire le portrait; ce serait reculer devant le dernier coup de pinceau qui doit la montrer telle qu'elle fut, telle qu'elle est.