‹ La lisette de Béranger; souvenirs intimes. EauforteChapitre 8 sur 11 · A L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

A L'ANGLETERRE

Parmi les nations que sur ce globe immonde

Dispersa le souffle de Dieu , Il est un peuple vil, ùcumé sur le monde,

Et couché dans un sombre lieu,

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Où l'air manque aux poumons et le pain aux entrailles.

Dans un repaire infect et creux, Où l'on entend rugir les liideuses batailles

D'hommes qui se mangent entre eux !

Ce peuple est un lépreux dont l'aspect blême olTraie,

Quels que soient ses riclies abords, Et le flot incessant qui vient laver sa plaie

Porte la [leste aux autres bords !

C'est un lâche sans foi, que son orgueil enrage.

Qui ne frappe que dans le dos Ceux qui fuient effrayés la face de l'orage.

Et mouillent l'ancre dans ses eaux.

Gorgé de l'or qu'il vole aux quatre bouts de l'onde ,

Il paye ou vend chaque forfait, De sorte qu'il n'est pas un crime ignoble au monde

Qu'il ne conçoive ou qu'il n'ait fait.

C'est un père sans cœur, un égoïste infâme,

II est jaloux de ses enfants !

Fou féroce, il les broie avant qu'il les diffame

Du poids de ses pieds triomphants, Et plus Dieu leur a fait présent de dons célestes,

Plus il étoile leurs beaux fronts, Plus ce père damné couvre et salit leurs restes

De la bave de ses affronts I Or, ce cancer vivant, que de sa morne haleine.

Entretient un vent empesté, Ce mal honteux qui ronge et jette la gangrène

Dans le sein de l'humanité.

Ce peuple de malheur, exécré de la terr« ,

Ce vautour hors du nid pencha', Le voili'i, voyez tous, frères, c'est l'Angleterre , Fille du dialilc et ihi péché !

Debout, et que le fer morde et creuse la pierre,

Pioidis tes bras, pâle ouvrier !

Presse ce cœur qui bat! détourne ta paupière

Du fils que la faim fait crier.

Va ! le travail est là qui hurle sans relâche,

Car c'est un travail rude et fort , Il s'agit de tailler en quelques coups de hache

Un large trône pour la Mort !

Debout, soldat ! choisis un bon glaive qui tue,

Et cloue à la gorge les cris , Et fasse d'un corps d'homme une informe statue

Dont l'oiseau ronge les débris ; Puis, dans ton autre main prends une torche rouge,

Qui consume vivant et mort.

Comme on fait sans pitié, retranché dans son bouge.

D'un chien enragé qui vous mord .

Deboul, puéte, aussi! voici l'heure de fête.

L'heure du combat tout-puissant; Si tu veux exhaler un hymne de prophète ,

Trempe ta lyre dans le sang !

Toi, qui pétris le bronze, ô grave statuaire

Cesse d'emplir les Panthéons,

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Et fais, au lieu de dieux, surgir du sanctuaire,

L'airain qui se torde en canons !

En bons canons bien lourds, dont la gueule soit largr ,

Le ventre de poudre infesttf, Bt qui puissent fouiller une sanglante marge

Dans le livre d'humanité !

Debout, enfant ! debout, noble fille du brave !

0 mère du brave, debout !

Allons! dressez-vous tous, courez comme la lave

Qui jaillit du vokan qui bout !

Race héroïque, allez ! la peur avec le crime

Sont là cachés dans l'Océan, Mais il s'entr'ouvrira quelque chemin sublime

Devant votre courroux géant, Et lorsque l'hydre aura de ses raille vipères

Rassemblé l'essaim voyageur.

Sur la mère et ses fils, couchés dans leurs repaires,

Faites peser un pied vengeur I Grands exterminateurs que le monde a pour maîtres.

Rugissez donc, ô mes lions.

Et balayez d'un coup l'antre hideux des traîtres,

Comme la paille des sillons !

Puis, sur le sol sanglant oii vécut l'Angleterre,

Comme sur les os d'un bandit.

Écrivez franchement en face de la terre :

« Ici dort un peuple maudit ! »

Naturel Icmetil , il ne pouvait pas èlvf question d'attribuer à André Chénier un

morceau qui porte à un si haut point le caractère de la facture moderne, et qui contient même une allusion à Byron. CUacun fil ses conjectures ; l'un de nous crut reconnaître , dans le manuscrit , une sorte d'écriture usitée en Bretagne, et, en effet, la profondeur de haine exprimée dans cette malédiction sauvage ne pouvait venir que de l'un de ces ports de mer où règne une aversion invétérée contre les Anglais ; mais toutes nos conjectures furent inutiles, et, sans oublier cet ïambe vigoureux, nous finîmes par ne plus chercher le nom de l'auteur.

Comme on l'a déjà vu , nos soirées n'étaient pas purement littéraires , on s'y occupait aussi du prochain, et j'ai servi plus d'une fois d'intermédiaire à Béranger, pour ses dons charitables , dont mademoiselle Judith réglait la mesure, ce qui était sage, car le bon chansonnier aurait donné toute la maison. « Courez à Ville-d'Avray, me dit-il un jour, dans la rue de Saint-Cloud,

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au numéro 20. Il y a là un poëte hongrois qui doit mourir de faim. Il ne m'a rien demandé, mais vous le forcerez à accepter les cent francs que voici. » Je fis la commission. Le poëte hongrois refusa, et Béranger remit l'argent dans sa poche, avec autant de mauvaise humeur qu'un autre aurait mis à l'en tirer.

Quand on connaît de pareils traits, on comprend le mol de M. Cousin : « En quittant la vie, Béranger m'a édifié ; sa mort ;i été celle d'un saint. »

Les l'éunions de la rue Vineuse ne reslè rent pas longtemps ce qu'elles avaient été. Un événement déplorable vint les attrister, en nous enlevant notre plus aimable compagnon. Henri Laurent alla mourir à Douai d'une fièvre typhoïde. Tous ses amis le regrettèrent amèrement, car son intelligence promettait de produire de beaux fruits, et, pendant bien longtemps, Béranger, Lamennais et moi, nous nous entretînmes de sa mort comme si elle n'eût été qu'un rêve.

Voici les deux lettres que je reçus, dans cette circonstance, de mes deux illustres amis. La teneur de chacune d'elles peint le caractère de l'écrivain.

« Mon cher Thaïes, « Nous sommes aussi surpris qu'affligés de la triste nouvelle que vous nous donnez , et qu'un billet de faire-part nous a encore confirmée peu d'heures après votre lettre. Quelle était donc la maladie de notre pauvre jeune ami ? Rien n'avait pu faire présager une fin si prompte. Combien sa famille doit être dans la douleur ! Car ses qualités, son caractère aimable, les espérances qu'il donnait, tout doit concourir à augmenter les regrets qu'il laisse et que je ressens bien vivement, je vous assure, moi, qui pourtant suis habitué à voir mourir. Mais mourir si jeune! Mourir quand on a tant à faire pour les autres qu'on a eu à peine le temps d'aimer. C'est aux gens de mon âge de déguerpir. Nous ne sommes plus bons à rien; le monde a tiré de nous tous les services qu'il

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pouvait en attendre. Mais vous autres enfants, que d'espoir repose sur vos têtes! Si vous remplissez tous les devoirs qui vous sont imposés, c'est tout au plus si vous aurez le temps de nous mettre en terre : vivez, vivez donc, et essuyez vos larmes qu'un ami vous coûte,

« Je vous croyais à Meudon , mon cher philosophe ; mais votre lettre m'apprend que vous êtes souflVant à Paris. Avant de retourner à la campagne, où je vais passer quelques jours, j'irai savoir de vos nouvelles. « A vous de cœur,

« BlÎRANGER.

« 29 juin 1844. »

« J'étais bien loin de m'attendre , mon cher monsieur, au cruel événement que vous m'annoncez. J'espérais beaucoup , au contraire, pour notre pauvre jeune ami, du repos, de la belle saison et des soins si doux d'une mère. Mais Dieu avait marqué son terme. II l'a enlevé à bien des maux, et les

plus à plaindre ne sont pas ceux qui s'en vsnt de bonne heure. Tâchons du moins , avant de partir, de nous faire un pécyle de voyage, d'actions, de travaux utiles à nos frères , de bons désirs , si nous ne pouvons mieux. Je vous recommande le courage : il en faut dans la vie , mais c'est la foi qui le donne. Venez me voir quand vous pourrez disposer d'un moment, et croyez toujours à ma tendre et sincère affection.

« V. Lamennais.

» Samedi, 29 juin 1844. »

Celte mort cruelle apporta un changement dans nos habitudes chez Déranger. Je cessai de venir m'asseoir à sa table, où les convives gardaient la même gaieté, bien qu'un d'entre eux fût absent. Ce rapide oubli des morts me remplissait de tristesse.

« Je ne vous accuse pas, dis-je un jour à Héranger, vous avez vu trop de gens disparaître pour ne pas regarder la mort comme une des conditions nécessaires de la vie ; luais donnez-moi une heure à laquelle je

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puisse vous visiter sans rencontrer d'étrangers entre vous et moi. On ne peut plus vous aborder. "Votre maison est une tour de Babel (jù entre qui veut.

« Je redoute encore plus que vous, me répondit Déranger, les gens qui m'assiègent. Je ne parle pas de ceux qui ont besoin de ma bourse, elle leur sera toujours ouverte ; mais ceux qui fréquentent ma maison par vanité me prennent mon temps et m'empêchent de travailler. Ne me rendez pas visite dans la matinée ; ces heures sont réservées pour ma correspondance et pour recevoir Lamartine qui vient tous les jours. Mais venez me prendre dans l'après-midi, vers une heure , Judith vous introduira incognito, et nous nous sauverons à travers champs jusqu'au bois de Boulogne. Ne craignez pas de me déranger ; j'aime, comme vous, les longues courses ; elles me sont nécessaires. »

Profitant de la permission qui m'était (hinnée, je venais cherclier Béranger deux ou trois lois par seiisainc, et nous nous

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rendions le plus souvent à la Mare d'Auleuil, sur un des bancs de laquelle s'asseyait Déranger pour parler à son aise. Ce sont là . les plus heureux moments de ma vie.

La conversation de Béraiiger offrait un charme inexprimable. Elle était à la l'ois spirituelle et instructive. Comme il avait connu tout le monde, il avait une foule d'anecdotes à raconter, et eu même tem|)s sa grande expérience de la vie lui Taisait entremêler (le maximes morales les satires qu'il lançait contre la société. J'aimais surtout it le faire parler sur la philosophie et sur la poésie, afin de voir comment un homme privé d'éducation classique pouvait se rendre compte des procédés de l'intelligence. Doué d'une éloquence intarissable, il causait de toutes choses, mêlant les paradoxes aux vérités, jugeant les écrivains et les hommes politiques, racontant sans cesse les événements de sa vie et sautant d'un sujet à un autre, sans que je songeasse à me plaindre (lu défaut (le transition. En me souvenant

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du charme de ces entretiens, je pense que la nature devrait bien, puisqu'il lui faut une certaine somme de mortalité, enlever de la terre tant de créatures inutiles ou stupides qui l'encombrent, et prolonger à leurs dépens l'existence des grands hommes pendant deux ou trois générations. Mais les plaintes sont inutiles : le monde n'est qu'un vaste cimetière où les hommes tombent tour à tour frappés par la mort, soit qu'ils aient végété comme de vils animaux, soit qu'ils aient rempli une noble lâche, et le torrent de l'oubli les entraîne vers le néant, laissant à peine surnager quelques noms, qui disparaîtront à leur tour, quand la terre elle-même verra venir son heure et se dispersera dans l'espace.

Malheureusement, ces promenades charmantes devaient peu durer. Béranger, constamment assailli par les visiteurs et les parasites, ne savait comment se préserver d'eux. Judith faisait bien sa grosse voix pour défendre la porte ; mais le poète, qui

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avait un faible pour ses admirateurs,, les laissait rentrer par la l'enètre. Comme il voulait cependant travailler à son DicHon~ nuire biographique, d'une manière assidue, il imagina de se retirer à Versailles, rue de l'Orangerie, n" 10, en faisant louer l'appartement sous le nom de Judith (mademoiselle Frère). Il voulut bien me permettre de le visiter dans celle retraite, où il jouissait avec bonheur de la campagne et de la solitude.

Quelquefois j'allais prendre Lamennais ; lo'.it le tempsque roulait le chemin de fer, le célèbre écrivain et moi nous disputions avec acharnement sur la philosophie de l'histoire : Lamennais, qui ne pouvait soulfrir la contradiction, entrait en fureur ou tonibail dans un silence acharné ; mais je m'embarrassais peu de sa mauvaise humeur, et je ranimais la conversation pour tirer un profit intellectuel de ces relations bizarres. C'est à ce moment que j'ai pu juger à fond .M. de Lamennais. Jusqu'alors j'avais ressenti pour

lui cette vague admiration qu'éprouvent les jeunes gens pour les hommes consacrés ; lorsque je l'étudiai de plus près, je vis que c'était un écrivain passionné, mais sans idées. Il est vrai que, pour le juger, j'avais un point de comparaison qui lui était très-défaforable, car je passais à ce moment toutes mes soirées avec le philosophe le plus éminent du xixe siècle, Auguste Comte, dont l'athéisme n'est qu'une folie sans liaison avec sa doctrine scienlifique, mais ne doit pas empêcher de rendre justice à ses prodigieuses facultés.

Dès notre arrivée à Versailles, Déranger nous emmenait soit dans le parc, soit dans le bois de Sa tory. Je choisissais pour rôle le silence, me plaisant à voir les deux vieillards s'acheminer côte à côte, pendant que les arbres agitaient sur leur tête leurs larges ombres. Auprès de Déranger, je l'ai déjà dit, Lamennais était un autre homme. La douce philosophie du chansonnier, l'influence bienfaisante de la nature le transformait; il

oubliait son rôle de fiévreux pamphlétaire, el son regard prenait une expression d'un mysticisme étrange. C'était le Lamennais avorté qui renaissait alors en lui, le Lamennais fait pour aimer et penser, et non l'athtlèle sauvage qui évaporait sa force en inutiles clameurs. « Vois, me disais-je en marchant derrière mes deux amis, combien l'homme et la nature dill'èrenl; la vieillesse a llélri ceux-ci de sa main pesante, elle a couvert leur front de rides et obscurci leur regard, tandis qu'elle, au contraire, est toujours jeune et belle ; plus heureux que l'homme, l'arbre retrouve sa fraîcheur avec chaque printemps; lors même qu'il va mourir, il est beau encore. Mais aussi la nature suit toujours une même voie ; ces transformations se répèlent impassibles sans subir de changement dans le cours des siècles, tandis que l'homme, cette créature faible et misérable, bouleverse à son gré les gouvernements et les empires; la plus violente éruption n'aboutit qu'à jeter dans la mer

quelques quintaux de lave, pendant qu'une ligne d'un Luther ou d'un Lamennais change la l'ace du monde. »

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Béranger revint bientôt à Paris, en dépit de son Dictionnaire biographique, et la vérité est qu'on n'a rien perdu, en ne possédant pas un semblable ouvrage; car, dès l'année 1 856, c'est-à-dire un an avant sa mort, l'illustre chansonnier avait déjà la tète un peu en désordre , et il est impossible que ses manuscrits n'aient pas oftertla trace de ce dérangement intellectuel.

Mademoiselle Judith fut plus ferme ; elle garda sa tête jusqu'au bout, menant toujours

la maison de Béranger, mais n'ayant plus que quelques amies, parmi lesquelles je citerai madame Dubois d'Avesnes , .madame Falkenberg, madame Redouté, dont le gendre est attaché à la vénerie de TEmperenr, et mon excellente mère.

Nous possédons le seul portrait qui existe de la promise de Robespierre, mademoiselle Éléonore Du Play. Mademoiselle Judith ayant exprimé le désir de voir ce tableau , ne voulut pas me donner la peine de lo transporter; c'est ainsi qu'elle se lia avec ma mère, en lui rendant visite. Tontes <\eux avaient d'ailleurs le même esprit voltairien. Ma mère vint à son tour à Passy, et comme elle brodait fort habilement, ce fui son privilège d'offrir tous les ans à Béranger une calotte grecque pour sa fête, attention que Judith reconnaissait par des paroles affectueuses.

La compagne du chansonnier avait beaucoup de finesse, et étudiait les moindies nuances de l'intérieur. Lorsque je fus char-

gé, en 1855, d'offrir à Déranger Talbum hongrois, publié à Pest par M. Kertbeny, eu annonçant au chansonnier qu'il était populaire dans toute la terre magyare , je le trouvai d'assez mauvaise humeur, deux jours après mon offrande, et j'entrai chez Judith pour m'éclairer.

« — Vous l'avez fâché sans le vouloir, me dit-elle. Bien qu'il ne sache pas l'allemand, en parcourant les notes de l'album hongrois, il a aperçu, en caractères gothiques, le nom de Hugo, celui de Lamartine, celui de Barbier, et il n'a pas vu le sien.

« — C'est une rencontre fortuite , répondis-je; Béranger est aussi connu en Hongrie qu'en France, car la Hongrie possède, avant toute chose, le sentiment national ; elle a déplus, comme la France, un côté jovial dans le caractère, et aime mieux la verve facile des courtes poésies que le galimatias sublime des rhéteurs. »

Traduites en langue magyare par plusieurs hommes de talent , les principales chansons

rie Bélanger ont pénétré dans le sein de la nation , où elles ont éveillé des échos sympathiques.

Un écrivain hongrois, Jean Vajda, a adressé, en 1849, à Béranger un chant politique dans lequel il l'invite à venir vivre sur le sol magyar, le seul qui connût encore la liberté. D'autres poètes du même pays ont honoré Béranger d'une manière différente, en s'inspirant de ses poésies, non pour le fond des idées, mais pour les procédés de composition. Parmi les œuvres d'Alexandre Petocfi, tué à l'âge de vingt-six ans en combattant les Russes , et l'un des plus grands poètes du xixe siècle, on trouve des chansons composées dans la manière de Béranger.

Tous ces témoignages, mis sous les yeux du célèbre chansonnier, charmèrent Judith, qui avait une susceptibilité égale à celle de Béranger.

On se demande pourquoi Béranger, qui la respectait autant qu'il l'aimait , et qui , par un sentiment de convenance, ne la tu-

loyait jamais, ne l'épousa pas dans les derniers temps de sa vie. Sans doute, il craignait que ce thème : Béranger est marié, ne fournît un sujet d'inspiration trop abondant aux chansonniers; mais la profonde estime qu'il avait pour sa compagne , estime visible aux yeux de tous, est attestée publiquement par une lettre au directeur de l' Assemblée nationale, journal qui avait prétendu que Béranger venait de se marier.

A Monsieur le Rédacteur en chef de l'Assemblée 7iationale.

« Monsieur,

« Vous avez Tobligeauce de m'envoyer votre journal depuis le le"" juin ; mais je dois au hasard de lire votre numéro du 30 mai.

« On y assure que je viens de me marier, que j'ai épousé ma servante, et que tout Passy a été l'heureux témoin de la noce.

« Parmi toutes les nouvelles fausses qui enrichissent nos journaux^ il n'en est pas

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