SB BB RANGER
Béranger se mit à rire, et me promit de parler à an chef de division. Voici une lettre de lui que je retrouve ; je n*ai pas besoin d'ajouter qu'elle amena la nomination de la personne recommandée :
« Mon cher Thaïes^ j*ai vu hier M. Rieublanc, le chef le plus influent de la Préfecture. 11 m*a promis de la manière la plus formelle de s'intéresser à votre ami, dont il a pris les noms et qu'il doit faire appeler.
Comme j'ai dit connaître M. Mathieu, il serait prudent que vous me Tamenassiei un de ces matins. En attendant^ engagez-le à soigner son écriture.
« Tout à vous.
« BiRÀKGBR.
«13 noTembre 1846. *
L'illustre chansonnier n'était pas toigours aussi coulant. Il avait, en quelque sorte, le flair des gens qui pouvaient lui convenir.
J'en retrouve la preuve, en feuilletant sa correspondance, dans une lettre qu'il m'adressa, au sujet du poète Leconte de Lisle,
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qai venait d'arriver à Paris, et que je désirais présenter à Passy. Rien qu'en voyant les vers, alors phalanstériens^ deTauteur des Poffmes antiques, Béranger avait deviné un rival dangereux.
« Je vous remercie de votre bonne intention pour moi, mon cher Thaïes, mais ne me présentez votre jeune homme que s*il le désire fort. Ce n'est pas là un jeune homme de mon régiment ; il lui faut du Hugo ou du Lamartine et non un chansonnier. Je ne vous en ferais pas Tobservation, si je pouvais lui être utile ; mais vous savez que j*ai plus de bon vouloir que de crédit. Or, mon désespoir, c*est de voir des personnes que je voudrais servir et pour lesqudles je ne puis rien. J'ai assez de ces chagrins-là, chagrins plus vifs que ne se le figurent ceux qui les causent : il n*est donc pas besoin d'en angmetter le nombre sans nécessité l
« D'ailleurs^ laissez M. Leconte agir; après avoir frappé aux portes des grands seigneurs de notre littérature, il fera comme
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ont fait tant d'autres, qui sont descendus des lords Byron jusqu'au vieux chansonnier, dont la porte s'ouvre beaucoup plus facilement que celle des salons de nos grands hommes. J'aime à voir votre enthousiasme pour cette belle muse égarée dans notre capitale. Vous avez un noble cœur, et c'est pour cela que je vous estime tant.
« A vous.
«( BiRAXGER.
« 19 féyrier 1846. >
Je parlerai maintenant d'une petite mystification dont nous nous occupâmes pendant huit jours, k la suite d'une longue conversation sur Ghénier. Béranger prétendait que ce poëte n'existait pas, et soutint que tous ses vers avaient été écrits par Benri de Latouche. Mademoiselle Judith demanda alors comment il se faisait que les inspirations publiées sons le nom de Latouche lui-même fussent si médiocres. J'ajouUi que j'avais vu la Jeune Tarentine imprimée dans un almanach poétique, antérieur à la grande ré-
TOlution. Béranger se ficha, il soutint son système pendant plusieurs heures, avec une incroyable ténacité. Quelques jours après, it recevait par la poste une lettre signée d*un nom inconnu. Le rédacteur de cette épttre affirmait qu^en faisant des recherches en Angleterre, dans la bibliothèque Gottonienney il avait retrouvé une poésie de Chénier, un ïambe, dont il envoyait à Béranger la copie exacte. Il ajoutait que Chénier avait sans doute écrit ce morceau en Anglelerre, pendant son voyage avec M. Tiudaine, et qu'il serait temps de le publier dans ses œuvres, en dépit de quelques imperfections. Béranger nous fit yoir celte éloquente imprécation qui mérite d*étre conservée ici: