‹ La Lithase Du Cholédoque: Sans IctèreChapitre 17 sur 54 · OBSERVATION IX · texte numérisé non relu

OBSERVATION IX

Calcul enclavé à l'extrémité du canal chotédoque, faisant saillie dans l’ampoule de Vater. — Abcès du foie. — Cachexiz sans ictère. — Mort.

(Léon BERNARD, Bull. Soc. Anat., 1896, p. 510.)

B... J.-M. âgé de 80 ans, entre le 2 juin 1896, à l’Infirmerie de l’Hospice des Ménages, se plaignant de douleurs au creux ‘épigastrique. Ses antécédents donnent peu de renseignements; il affirme n'avoir jamais eu de maladies; une seule fois, il y a deux ans, il entra à l’infirmerie, où il resta un mois, souffrant de douleurs abdominales; à la suite de deux hématémèses qu'il eut dans le service, M. Œttinger, à cette époque médecin de la maison, crut à un néoplasme de l'estomac. Il y a trois mois, nous avons eu l'occasion de le voir pour un prurigo.

Depuis ce moment, le malade est très amaigri, son visage est jaune, sans présenter le teint caractéristique des cancéreux. L'appétit a entièrement disparu, avec dégoût de la viande; il se nourrit d'un litre de lait par jour; ni nausées, ni vomissements; la langue est blanche et saburrale. La palpation la plus

attentive de l'abdomen ne permet pas de découvrir la moindre tumeur; le foie ne dépasse pas le rebord des fausses côtes; mais cet examen est pénible pour le malade, qui accuse une douleur très nette, très vive, et très circonscrite dans la région pylorique. La rate semble de volume normal. Ni diarrhée, ni constipation ; jamais de sang dans les selles qui ne sont pas décolorées.

L'examen du cœur ni des poumons ne révèle rien d’anormal

dans ces organes; le pouls est dur, athéromateux. Les urines

contiennent des traces d'albumine, et sont rares (un litre au plus par jour) de couleur jaune. On n'a pas dosé l’urée de l'urine, ni compté les leucocytes du sang.

Le malade n'a jamais eu de fièvre; mais la faiblesse et la cachexie sont croissantes, et font présumer un cancer latent. Pas de phlébite nulle part. Mais dans les derniers jours, on remarque une teinte subictérique des conjonctives sans que la peau soit pigmentée; les urines contiennent des pigments biliaires et de l'urobiline décelée au spectroscope. À ce moment on perçoit dans la région pylorique une tuméfaction rénitente, régulière et arrondie. Enfin le malade meurt le 18 juin, à 11 heures du soir.

Autopsie, faite le 20 juin au matin. Le cadavre est très maiere; à l'ouverture des cavités splanchniques, aucun liquide ne s'écoule. Les rapports des organes abdominaux sont normaux, et l’on aperçoit pas de tumeur. Mais en soulevant le foie, et prenant son pédicule, on découvre bientôt un vaisseau blanc, presque nacré, à parois aplaties, d'aspect artériel, e£ large d'un travers de doigt. La dissection permet de reconnaître le canal cholédoque, considérablement dilaté et épaissi. Les organes qui l’entourenf sont normaux : pas de lésion du petit épiploon, ni de la tête du pancréas. Ce canal conduit d'une part à une vésicule très distendue, grosse comme deux fois son volume normal, et où la palpation ne perçoit aucun calcul. D'autre part il s'enfonce dans le duodénum, au niveau d’une éminence grosse comme l'extrémité du pouce, très dure, conique, dont le sommet, vu de cet intestin ouvert, présente un orifice dilaté et complètement obturé par une substance jaune, pierreuse. Sa dureté ligneuse à la palpation fait d’abord penser à du cancer, mais une section faite dans son épaisseur montre

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