OBSERVATION XVII
Lithiase biliaire. Hydropisie de la vésicule. Calculs cholédociens, avec rélro-dilatation des voies biliaires, sans ictère.
(L. BoucHuT, 1913, inédite.)
Mme T..…., 61 ans, entre à l'hôpital pour troubles gastriques, le 24 juillet 1918.
Elle n'a jamais eu de grossesses ni fausses couches. Dans ses antécédents, on relève l'existence d'une affection oculaire indéterminée pour laquelle elle a dû subir la double énucléation. Réglée à 14 ans. Ménopause à 53 ans. Elle aurait eu deux ictères avec vomissements. Le premier, vers l'âge de 30 ans, aurait duré deux mois ; le second, vers 46 ans.
Depuis le mois d'avril, elle vomit presque tous les jours. Les vomissements sont alimentaires, de saveur amère, sont toujours précédés de douleurs qui surviennent immédiatement après les repas sous forme de crampes, de brûlures, de torsion, de striction violente. La malade rejette ainsi tout ee qu'elle absorbe, même les boissons, Les douleurs ont été surtout vives au début de l'affection. L’anorexie est totale avec dégoût plus spécial pour les graisses. Confinée au lit depuis 4 mois, elle a perdu ses forces. Son poids a diminué de 15 kilos. Elle est constipée. La langue est un peu saburrale. La température est à 37°. Il n'y a pas d'ictère. Les urines ne contiennent ni sucre ni albumine, ni pigments biliaires.
A l’exaæen, on trouve un abdomen souple, avec quelques nœvi à sa surface. Sur la ligne axillaire, on sent le bord du foie qui dépasse les fausses côtes. Plus près de la figne médiane, sous le rebord costal, on perçoit une masse douloureuse à la palpation qui ne descend pas au<dessous de l’ombilie, et dont on ne peut préciser les contours et déterminer la nafure exacte. La matité splénique n’est pas notablement augmentée.
On ne trouve rien d'anormal au eœur, ni aux poumons.
Les réflexes rotuliens sont abolis. Les membres inférieurs sont parésiés.
28 juillet. — Malade pâle, très amaigrie ; semble avoir usé assez abondamment de la morphine depuis quelques mois. Escarre commençante de la région sacrée. Langue sèche, rôtie, soif vive. Incontinence d'urine.
29 juillet. — La malade est morte brusquement. Elle ne vomissait plus depuis son entrée dans le service et ne souffrait pas beaucoup.
Autopsie : 31. juillet. — Cadavre très putréfié. Le pannicule adipeux est très développé, malgré l'état anémique que présentait la malade.
ET re
Foie, 1.150 grammes. Le lobe droit est très développé et pendant ; le lobe gauche, au contraire, est très atrophié. La vésicule est énorme débordant de quatre travers de doigt le bord inférieur du foie. Celui-ci, d’ailleurs, dans la partie qui recouvre la vésicule, est très aminci, réduit à une lame.
L'exploration des voies biliaires, par cathétérisme, démontre la présence, dans le cholédoque, de trois calculs ovoides, volumineux, à la fois cholestériniques et pigmentaires, mobiles dans ce canal. Au-dessus, les voies biliaires, hépatique et ses branches, sont très notablement dilatées et contiennent un peu de bile. La présence de ces calculs ne produisait pas l’obstrustion absolument complète, car, par la pression de l'hépatique, on fait sourdre la bile par l’ampoule de Vater.
La vésicule très distendue, à parois épaissies, est livre d'adhérences. Il existe dans la vésicule, au niveau de l'orifice du eystique, un gros caleul pigmentaire formant clapet, et isolant le réservoir du reste des voies biliaires. D'ailleurs, le contenu de la vésicule est un liquide muqueux, filant, à peine teinté.
Sur les coupes, le foie, dont la consistance n'est pas sensiblement augmentée, présente un aspect de mosaïque, des zones claires jaunâtres alternant avec des points plus foncés, où le parenchyme a sa coloration normale. En outre, les voies biliaires, même de très petit calibre, paraïssent distendues, donnant au foie l'aspect d’une éponge.
Iistologiquement : Foie de rétention biliaire. Les espaces portes sont plus étendus que de coutume et renferment de nombreux éléments inflammatoires qui se trouvent surtout autour des canaux biliaires. Ceux-ci présentent une lumière très dilatée. Cellules hépatiques avec surcharge graisseuse,.
Rien au cœur .Rien aux reins. Rien aux poumons, sauf quelques petits grains de plomb aux sommets. L'aorte est souple et petite. |
Rien sur l'intestin, ni sur le rectum. Les matières contenues dans les intestins ne sont pas du tout décolorées..
Le corps thyroïde est volumineux, 100 grammes. L'hypertrophie porte également sur les deux lobes qui contiennent de nombreux adénomes, les uns, kystiques à contenu colloïde
ou sanguinolent, les autres ayant subi la dégénérescence calcaire.
La rate, 220 grammes, est un peu augmentée de volume, sans-lésions apparentes.
L'utérus est très myomateux, composé de myomes sousmuqueux, interstitiels et sous-péritonéaux.
La moelle, examinée dans toute sa longueur, ne présente rien d’anormal. Il est probable que les phénomènes moteurs notés au niveau des membres inférieurs (faiblesse des membres inférieurs, abolition des réflexes, incontinence d'urine) étaient sous la dépendance de lésions cérébrales : mais le cerveau n’a pas été examiné.