CHAPITRE VI
LES LESIONS VÉSICULAIRES D'ORIGINE LITHIASIQUE
Nous avons étudié le syndrome de la colique hépatique, et essayé de dissocier par l'analyse clinique ses éléments constituants, les réactions douloureuses et fonctionnelles qu'il suscite. Mais de la colique hépatique elle-même nous n'avons donné aucune définition, nous contentant de la prendre dans le sens traditionnel le plus général. Nous ne pouvons nous en tenir là, d'autant que des opinions également absolues et contradictoires ont été et sont encore soutenues sur cette grosse question de physiologie pathologique.
Pour le grand public, pour nos clients, pour beaucoup de médecins, la colique hépatique reste liée à la migration calculeuse ; le calcul biliaire se déplace, s'engage plus ou moins, s'élimine ou retombe dans la vésicule, et c'est cet effort expulsif qui provoque et caractérise la colique hépatique ; d'où l'attente des cholélithes dans les matières fécales, et la déception qui suit souvent l'insuccès de cette recherche. Voilà l'opinion classique et la théorie instinctive à laquelle se rallient toujours les malades.
Mais si pour eux le calcul biliaire est tout, il arrive dans
g 6 LA LITHIASE BILIAIRE.
l'opinion inverse à n'être presque plus rien, et certains médecins, anatomo-pathologistes surtout, ne veulent voir dans la colique hépatique que l'expression clinique des réactions inflammatoires portant sur la vésicule et sur le péritoine sous-hépatique et périvésiculaire. La lithiase est à l'origine du processus infectieux, mais la migration calculeuse ne joue plus qu'un rôle très effacé, exceptionnel, presque nul. Riedel en Allemagne, et R. Tripier en France, se sont faits les défenseurs de cette opinion que je considère comme très exagérée. C'est aller contre l'évidence des faits que de contester le rôle pathogène de la migration calculeuse. L'élimination fécale des cholélithes après les crises reste constatable dans certains cas, nous verrons lesquels, et d'autre part les interventions chirurgicales ou les autopsies ont permis plus d'une fois de saisir sur le fait le déterminisme des accidents, de surprendre les calculs en voie d'engagement pendant la colique hépatique, et en dehors de toutes lésions appréciables de cholécystite ou de péritonite sous-hépatique. C'est dans des faits opératoires de ce genre que Guéniot ' a pu trouver histologiquement la vésicule saine, et moi-même, dans un cas de mort subite * auquel j'ai déjà fait allusion ici, j'ai pu faire les constatations nécroscopiques les plus concluantes.
Sans revenir sur les conditions très spéciales de mort de cette malade, je rappellerai qu'il s'agissait d'une femme de 47 ans, ayant eu depuis 5 ans quatre grandes crises prolongées avec ictère, et de nombreuses crises plus courtes
i. Guéniot. La lithiase vésiculaire, ses formes anatomiques envisagées au point de vue chirurgical. Thèse de Paris, 1903.
2. A. Chauffard. Mort subite au cours d'une crise de colique hépatique. Société médicale des Hôpitaux, 27 janvier 1899.
A. CHAUFFARD. — lithiase biliaire.