TRAITEMENT DIÉ TÉ TIQUE
donné écrémé, comme le conseille M. Gilbert, comme je l'ai également toujours fait. Mais s'en tenir à ce lait appauvri, même en l'additionnant de sucre, aboutit à une ration alimentaire insuffisante, les sujets s'inanitient, et je les ai vus souvent maigrir et perdre leurs forces à un degré vraiment inquiétant, plusieurs fois même réveiller, par le fait de cette inanition, des tuberculoses antérieures et latentes.
Chez ces sujets inanitiés par excès de restriction alimentaire, MM. Enriquez et Binet ' ont noté un fait intéressant, conforme aux expériences classiques de Chossat, aux constatations cliniques de A. Mathieu et J.-Ch. Roux : le foie diminue de volume, sa matité sur la ligne mamelonnaire tombe à 7 ou 8 centimètres, et cependant, il reste douloureux à la pression. Si partant de cette notion de douleur locale le régime était encore plus réduit, on voit à quels résultats désastreux on arriverait fatalement.
Je conseille donc de peser les malades, de surveiller de très près leur état général, de ne pas leur imposer des restrictions exagérées au point de vue alimentaire, d'autant que, par peur des crises, les malades n'ont déjà que trop de tendances à ne plus manger. Nous ajouterons donc au lait écrémé du sucre, ce précieux aliment énergétique, quelques fécules, du riz, de la semoule, quelques purées légumineuses, des fruits cuits, parfois un peu de poulet, tout cela sous forme de petits repas, régulièrement fractionnés et espacés.
Ce serait du reste une erreur, je crois, de demander uniquement la suppression des crises au repos et au régime restreint; il faut arriver à maintenir aux malades une
1. Enriquez et M. E. Binet. Inanition et lithiase biliaire. Archives des maladies de l'appareil digestif et de la nutrition, 1907, p. 3ii.
ration alimentaire suffisante, et c'est là où le traitement médicamenteux peut, nous le verrons bientôt, rendre les meilleurs services.
Si cependant le lithiasique maigrit trop, il se trouvera très bien d'une série d'injections de cacodylate de soude. L'arsenic est parfaitement supporté en pareil cas et sous cette forme, et il y a là un traitement latéral, pour ainsi dire, que je ne saurais trop recommander.
3° Chez les cholélithiasiques infectés ou en état d'ictère chronique, nous prescrirons le bouillon de légumes et le lait pour les premiers, le régime hypo-adipeux et hypo-toxique pour les seconds, mais ici le traitement diététique devient très insuffisant pour amener à lui seul la rétrocession de ces complications dont nous connaissons toute la gravité.
Pour nécessaires qu'elles soient, ces indications générales d'ordre diététique et hygiénique sont loin d'épuiser notre part et nos moyens d'action dans le traitement de la lithiase biliaire. Celui-ci reste trop souvent incomplet et insuffisant, et je dirais presque que la cholélithiase est, en tant que maladie, une de celles que l'on soigne le moins; un peu de régime, les cures hydro-minérales, et c'est tout. On se contente de soigner la crise de colique hépatique, on fait peu de chose pour la prévenir. C'est là une erreur de pratique médicale que j'ai signalée dès 1901, et l'expérience n'a cessé de me démontrer la nécessité des traitements intercalaires entre les crises, traitements métho-
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diques et prolongés. Nous devons un peu agir, en présence d'une cholélithiase en évolution, comme nous le faisons dans les cas d'angor pectoris : soigner l'accident paroxystique et nous efforcer d'en prévenir le retour.
Les médications de la cholélithiase sont trop nombreuses et trop diverses pour je prétende en donner une histoire complète. Je me bornerai à signaler celles dont l'observation clinique m'a démontré l'utilité.
A la première place, je crois que nous devons placer la médication salicylique. Sur ce point, physiologistes et médecins ont fait mêmes constatations; d'après les expériences classiques de Rutherford, de Levaschew, de Prévost et Binet, de Rosenberg, l'acide salicylique ingéré s'élimine par voie biliaire, agit à la fois comme un cholagogue fluidifiant, comme un analgésique, comme un antiseptique biliaire.
Les recherches plus récentes de P. Cartier ' ont également démontré que le salicylate de soude est un agent de sécrétion biliaire de premier ordre. Qu'on l'emploie par voie intraveineuse, digestive ou sous-cutanée, il augmente la sécrétion biliaire, non seulement au point de vue de sa dilution et de sa quantité totale, mais aussi en tant qu'élimination d'extrait sec, de sels biliaires et de graisses. L'action médicamenteuse est rapide, débute une demiheure après l'ingestion et atteint son maximum d'effet dans les deux heures : d'où l'indication des doses fractionnées et répétées.
C'est le plus souvent le salicylate de soude que nous emploierons, seul, ou associé au ben\oate de soude, comme je
i. Polain Cartier. Le salicylate de soude dans les affections du foie. Bulletin général de Thérapeutique, 8 juillet 191 2, p. 28.
l'ai proposé en iqoi. Les doses seront faibles, bien éloignées de celles que l'on donne dans le rhumatisme articulaire aigu. La formule que j'emploie le plus souvent est la suivante :
Salicylate de soude 10 gr.
Benzoate de soude 20 gr.
En 3o cachets. Deux à trois fois par jour, pris entre les repas, chacun avec un verre à Bordeaux de Vichy-Célestins, cette eau ne servant ici qu'à rendre moins irritant pour la muqueuse gastrique le contact du sel salicylique.
Cette médication sera instituée, par exemple, quinze jours le premier mois, dix jours les mois suivants, suivant tolérance et indications.
Si les crises sont fréquentes, si l'intolérance vésiculaire est trop aiguë, il y a avantage à remplacer le salicylate de soude par Yaspirine dont on donnera deux à trois doses de o gr. 5o par jour, mais prises sans adjonction d'eau alcaline.
Enfin, si la muqueuse gastrique supporte mal les composés salicyliques, on donnera le salicylate de soude par voie rectale, ou on recourra au salophène, à la dose moyenne de 1 gr. 5o à 2 grammes par jour, médicament qui a l'avantage de ne se dédoubler que dans l'intestin.
Pendant longtemps, c'est encore par la médication salicylique que j'ai traité les infections biliaires d'origine calculeuse, en associant au salicylate de soude le salol et le bétol, comme dans la formule suivante :
Salicylate de soude \
Salol > ;ïïi 10 gr.
Bétol )
En trente cachets. Trois par jour.
TRAITEMENT DIETETIQUE. 2o5
Mais depuis, j'ai substitué à cette médication celle par Yurotropine, médicament qui me paraît actuellement le meilleur et le plus actif des antiseptiques biliaires.
En 1908, S. J. Growe a montré expérimentalement chez le chien et chez le lapin que l'urotropine s'éliminait par la bile aussi bien que par les urines ; même résultat constaté chez des opérés à fistule biliaire, en même temps que leur bile infectée par le colibacille ou le bacille typhique tendait à devenir stérile. Growe conseillait donc théoriquement, et sans faits cliniques à l'appui, de donner l'urotropine dans les cholécystites aiguës, et pour la stérilisation préopératoire des vésicules infectées.
Chez cinq malades cholélithiasiques à fistule biliaire récente, opérés par mon collègue M. Quénu, j'ai pu faire vérifier par A. Grigaut l'élimination biliaire de l'urotropine ', et nous avons vu que cette élimination est rapide et intense, et par cela même de courte durée ; en 24 heures, les réactions du formol disparaissent.
L'élimination par la bile paraît aussi active que par les urines, et elle doit donc donner mêmes résultats efficaces d'antisepsie glandulaire. C'est en effet ce que démontre l'observation clinique, et pendant ces dernières années, j'ai eu bien des fois l'occasion de constater l'efficacité de la médication urotropinique chez les cholélithiasiques infectés. Sans doute, si la virulence est trop exaltée, l'action antiseptique peut être insuffisante, mais le plus souvent, surtout dans les formes à accès fébriles séparés par des périodes de rémission, la fièvre s'atténue ou tombe, les
1. A. Chauffard. L'urotropine dans le traitement des infections biliaires aiguës et de la fièvre typhoïde. Semaine médicale, 8 mars
2o6 LA LITHIASE BILIAIRE.
accès fébril-es s'espacent, puis disparaissent. Glace, urotropine, diète hydrique, ainsi peut se résumer le traitement médical des infections biliaires d'origine lithiasique.
La dose active minima me paraît être de i gramme, la dose à peu près maxima de 2 grammes, en prises régulièrement espacées de o gr. 5o. Au delà de 2 grammes par jour, les accidents d'intolérance urinaire apparaissent, mictions fréquentes, douleurs de vessie, parfois même hématurie congestive. Je n'ai jamais pu, pour ma part, faire supporter les doses beaucoup plus fortes que M. Triboulet a récemment conseillé d'employer chez les typhiques.
Parmi les autres médications de la cholélithiase, je ne ferai que nommer le classique remède de Durande, qui poursuivait le but un peu chimérique de la solubilisation directe des calculs biliaires dans la vésicule.
Beaucoup plus efficace est la médication par Yhuile d'olive, empirique à ses débuts, mais dont l'expérimentation physiologique a montré l'action cholalogue incontestable. Autrefois, quand j'ai repris l'étude de la médication par l'huile *, j'employais les doses massives de 200 à 3oo grammes données une seule fois le matin à jeun. Depuis lors, il m'a paru préférable de donner pendant quatre ou cinq jours de suite, des doses modérées et progressives de 5o à 60, à 80 ou même 100 grammes, prises le matin à jeun ; le lendemain du jour où la série est terminée, on donne une dose d'huile de ricin, et l'on aura soin de ne pas prendre pour des calculs biliaires les con-
1. A. Chauffard et E. Dupré. Note sur le traitement de la lithiase biliaire par l'ingestion d'huile d'olive à hautes doses. Société médicale des Hôpitaux, 12 octobre 1888.