‹ La lithographie à Rouen; avec un portrait à l'eau-forteChapitre 2 sur 9 · PREMIÈRE PÉRIODE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PÉRIODE

'art de la lithographie qui avait mis quinze années au moins à se préparer à comparaître devant l'Académie des Beaux-Arts de Paris et à conquérir droit de cité dans la capitale, ne mit pas moins de trois nouvelles années à franchir les trente lieues qui séparent Rouen de Paris. Les pièces lithographiées par les trois artistes composant la Commission de l'Institut portent en effet la date de 1816, et ce n'est qu'en 1 8 1 9 que nous voyons apparaître dans notre ville les premières épreuves lithographiques.

A cette époque existait à Rouen un imprimeur, M. P. Périaux, qui, ainsi que sa famille, a laissé parmi nos compatriotes les meilleurs souvenirs. M. P. Périaux, qui n'avait certainement pas été sans entendre parler de l'invention de Senefelder, voulut se rendre compte des nouveaux procédés, les exploiter et les propager à Rouen, si cela était possible.

Dans ce but, il fit venir de Paris un ouvrier lithographe, nommé Lacroix, qui devait l'initier, ainsi que son fils, aux

premiers éléments de cette branche d^ndustrie. En effet, dès cet instant, bien que jeune encore, M. Nicétas Périaux, qui devait plus tardsuccéderàsonpèreen continuant les bonnes traditions de la maison, donnait un concours actif à l'exploitation et à la direction de l'établissement paternel ; et nous verrons bientôt qu'il s'était préoccupé de l'adoption des nouveaux procédés et que c'était surtout en lui que Lacroix avait trouvé un élève, disons même un aide attentif et zélé.

M. Périaux père essaya donc dUnstaller à Rouen, dans son imprimerie, un atelier de lithographie. Pour cela, il eut à lutter contre de grandes difficultés, car tout était à créer. Tous les matériaux, tous les outils, tous les ingrédients nécessaires pour la mise en train et l'exploitation du nouvel atelier, on ne les avait pas sous la main ; il fallait les faire venir, à grands frais, ou d'Allemagne ou de Paris ; quelquefois, il fallait aller soi-même les choisir. Enfin, l'atelier se trouva tant bien que mal organisé, et pierres et presses n'attendirent plus bientôt que le concours des artistes, qui ne se fit pas plus désirer que s'il se fût agi d'une œuvre de charité. Nous sommes, en effet, heureux de constater que, dès qu'il est question d'un progrès intéressant l'humanité, d'une bonne œuvre à faire ou d'une misère à soulager, jamais on ne fait en vain appel à la coopération de nos artistes rouennais.

Aussi MM. E. H. Langlois, Brevière et Le Carpentier s'empressèrent-ils à l'envi d'accourir à l'imprimerie Périaux pour y prendre crayons, plumes, encre et pierre lithographiques qui, on le pense bien, ne leur furent pas refusés.

Chacun de nos trois artistes donna carrière à son talent et bientôt la première épreuve lithographique imprimée à Rouen vit le jour. Ce fut Brevière qui inaugura le tirage. En mai 1819, il apportait à l'impression trois pierres dont

nous allons donner la description, carelles ne sont pas sans présenter un certain intérêt à causede leur histoire et de leur rareté. Observons en passant, et pour n'y plus revenir, que les premières lithographies furent tirées sur papier de fil vergé, mais que bientôt on ne fit plus usage que du papier de coton, dont la surface lisse est plus favorable au tirage des épreuves.

Sur la première planche se trouvaient quatre croquis à la plume rappelant bien la manière sèche et froide de l'époque. On remarque : — En haut ù gauche, une tête antique laurée, vue de trois quarts et rejetée en arrière ; — Au-dessous, un buste de vieillard nu vu presque de face, bien que la tête soit de profil dirigée vers la gauche ; il tient un bâton de la main gauche; — Sur la droite, un buste de femme vu par derrière et drapé à l'antique; la tête est de profil dirigée vers la gauche et les deux mains ouvertes sont à la hauteur de la poitrine : — Le bas de la pierre est occupé par des fabriques telles que celles que Ton remarque dans les paysages historiques ; ces maisons ne sont séparées d^un étang qui occupe toute la droite que par un mur bas et une petite bande de terrain. — Sous l'étude de femme on lit : Brevière à Rouen i8ig, et sous l'étude de paysage : Lythographie de P. Périaux a Rouen. — Cette planche n'est pas circonscrite par un trait carré, et elle mesure sur les points extrêmes : en hauteur o™i8i et en largeur

La deuxième pierre ne reproduisait que deux sujets : — Celui du haut, dessiné au crayon, représente une reine assise tournée vers la droite. Elle est coiffée d'un voile et d^n diadème ; la main gauche est appuyée sur un bâton de commandement et la droite sur une table. Au-dessus du trait qui sépare cette composition de la suivante, on lit ces mots : Brevière a Rouen. — Le paysage qui occupe

la partie inférieure de la pierre est fait à la plume. Il représente une sorte de tour ronde, surmontée d'un toit pointu et contre laquelle sont adossées quelques petites constructions. A gauche se trouve une rivière. — Au milieu du bas la signature : Brevière , et dans la marge : Imprimerie Lithog. de P. Périaux a Rouen. — La planche est à claire-voie et mesure aux points extrêmes : en hauteur 6^1 53 et en largeur o'"i22. — Elle fut parfois tirée à part au moyen dMn cachelettre, ainsi que le prouve Pépreuve que possède l'Académie et qui lui fut offerte le 4 juin 18 19 par M. Périaux. Du reste, le tirage est très-pâle et gris, si on le compare à Pépreuve que nous possédons. Celle-ci est sur papier vergé, tandis que celle de TAcadémie est sur papier fort, mais non vergé.

Comme on le voit par la nature même des compositions dessinées sur ces deux pierres et par le caractère de croquis qu^elles affectent, l'artiste n'a pas eu la prétention de faire autre chose que des essais, et nous devons dire, pour être dans le vrai, que ces deux pierres dont les sujets ne nous Xprésentent aucun intérêt, sont précisément celles dont le ^tirage s'est effectué avec le plus de succès. Les épreuves (au moins celles que nous avons entre les mains) sont en effet très-bien venues et d'un beau noir.

Tout à l'heure, au contraire, quand nous aurons à parler de pièces plus importantes par la dimension et plus intéressantes par le sujet, nous devrons constater des résultats moins heureux, quelquefois même presque négatifs, et cependant ces pièces porteront la signature soit de Brevière, soit de Le Carpentier, soit de Hyacinthe Langlois. Les épreuves seront grises, boueuses et mal venues. A qui la faute devra-t-elleen être imputée? A l'artiste qui tâtonnait dans ses essais ou à Touvrier lithographe qui n'était pas encore maître de ses procédés ? A tous les deux, croyons-

nous^ mais surtout au dernier qui n'avait pas encore ce qu'on appelle, en style d'atelier, le tour de main pour effectuer sûrement le transport sur pierre. Toutefois il est juste de reconnaître que, dès cette époque, MM. N. Périaux et Lacroix avaient pratiqué le transport direct sur la pierre d'épreuves d'imprimerie typographique, procédé que l'on crut nouveau dix-sept ans plus tard, en i836. Les pierres, sur lesquelles La Porte du Bac et la Marée Montante (compositions dont nous aurons bientôt à parler), avaient été dessinées, se cassèrent accidentellement et on les fit revivre en transportant, sur d'autres pierres, les épreuves qui en avaient été tirées. Le même procédé fut appliqué à d'anciennes feuilles d'impression et réussit également. Tout cela constituait un succès sérieux et une application nouvelle de la lithographie.

La troisième composition que Brevière faisait passer sous les presses de l'imprimerie P. Périaux était plus importante que les deux premières. Elle représentait VElevation de la porte du Bac, du côté de la ville. Elle est à clairevoie et mesure : en hauteur o"', 178, et en largeur, o"",! 12, non compris l'inscription suivante qui se trouve dans la marge : Elévation de la Porte du Bac, / du Côté de la Ville. I Cette Porte construite en 161 5 fut démolie en 1816 I Brevière, a Rouen, del. — Lith. de Périaux, à Rouen. — La première épreuve a été offerte à l'Académie le 4 juin 18 19, par M. Périaux.

Le tirage en avait présenté quelque intérêt, car ce fut, comme nous venons de le dire, le premier essai tenté à Rouen d'une épreuve tirée d'une première pierre et transportée aussitôt sur une seconde pierre, par suite de la cassure de la pierre originale. Les épreuves tirées en dernier lieu sont ordinairement grises. Cette planche n'est d'ailleurs qu'un dessin architectural plein de froideur et n'ayant

rien d'artistique. En dehors de la particularité de son tirage et du souvenir qu'elle conserve d'un monument disparu, elle ne mériterait pas de retenir longtemps Tattention d'un amateur.

Une autre estampe de Brevière, moins belle, mais plus rare encore que la précédente, et qui fut aussi un des premiers essais lithographiques tirés à Rouen, est celle que l'ouvrier Lacroix appelait La Charrette, dans une lettre dont nous parlerons bientôt. Cette pièce, dessinée sèchement au trait, devait accompagner la brochure de quelque inventeur qui avait trouvé le Moyen de relever une charrette chargée lorsque le cheval s'est abattu. Elle représente un banneau chargé, dont le cheval est tombé. Un charretier a fixé au bout des brancards l'espèce de levier qui doit le relever; un second cheval est attelé et tire sur ce double levier qui, placé obliquement d'abord, doit se dresser verticalement sous les efforts de tirage du cheval et par suite remettre la charrette dans sa véritable position en dégageant le cheval abattu. Dans le fond, à droite, une autre charrette non attelée, mais garnie de l'appareil adapté le long des brancards. La marge contient l'inscription que nous venons de citer avec ces mots audessous à droite : Lith. de Periaux — Dimensions : Largeur o^^iyi, — Hauteur : o^^ioo sans la marge. Sans entrer dans la discussion de cet ingénieux moyen de relever les charrettes chargées, nous dirons simplement que le dessin est à la hauteur de l'invention et ce sera ne faire l'éloge ni de l'un, ni de l'autre.

Enfin, la dernière pierre qu'apportait Brevière, était une Jeanne-d'^Arc. — La pierre mesure : Hauteur o'"243, — Largeur : o^^iBS. — A claire-voie. — Jeanne-d'Arc est debout, armée de pied en cap et dans une pose sculpturale. De la main droite, elle tient son épée et de la gauche, sonéten-

dard. Au fond, une muraille crénelée. — A ses pieds, une balle de biscaïen. Dans la marge : Breviére à Rouen, fec.

Isannt-i'^xc

On vit briller en elle,

Un courage au-dessus d'une simple mortelle. Qui sauve son pays est inspiré des Cieux..,. Lith. de Pénaux à Rouen, iSj^.

Offerte à TAcadémie le 1 1 juin 1819, par M. Périaux.

Hyacinthe Langlois avait déjà essayé de dessiner sur pierre; il avait publié Tannée précédente, en 18 18, à Paris, une planche intitulée : rExilé et qu''il avait crayonnée en collaboration avec un artiste nommé Garnier. Cette composition, dont les épreuves ne sont d'ailleurs pas trèsrares à Rouen, ne manque pas d'un certain mérite, étant admis le genre froid de Tépoque. Aussi H. Langlois ne se fit non plus attendre que Breviére ; s'il se présenta à la porte de Tatelier avec un bagage moins nombreux, la qualité remplaça la quantité et nous pouvons affirmer que les deux pierres qu'il soumit à la presse lithographique furent les deux premières lithographies sérieuses publiées et tirées dans notre ville.

La première, que nous trouverons signalée avec éloge dans la lettre du lithographe Lacroix, est une Vue de la Fontaine de la Croix-de-Pierre. Elle mesure en hauteur : o'"2i3 sans la marge et en largeur : 0^162. — Sous le trait carré on lit : — à gauche : E. h. Langlois^ — à droite : Lith. de Périaux, à Rouen. — Et dans la marge : fontatn* île la Crois-lir-pierrc (dans son état actuel), à Rouen. — La vue est prise en venant de la rue Saint-Hilaire.

A la Fontaine de la Croix-de- Pierre succéda une Vue du Donjon du Vieux-Château de Rouen, prise dans les jar-

dins de la Communauté des Ursulines. Ce donjon qui est actuellement restauré et connu sous le nom moderne de Tour Jeanne-d'Arc, est à la gauche de Testampe et se relie avec une autre tour en ruines qui se trouve au premier plan du même côté. A droite, un mur délabré ; au fond, des maisons, et sur le devant deux personnages visitant ces vestiges des fortifications de Rouen. Cette planche qui mesure o'"2i5 de largeur sur o™i63 de hauteur, présente deux taches grises, c'est-à-dire deux défauts d'impression dans la partie ombrée de la tour. On lit sous le trait carré, à gauche : E. H. Langlois i8 1 g — à droite : Lith. de Périaux, à Roiie?i, — et dans la marge : DONJON DU VIEUX-CHATEAU DE ROUEN, construit par Philippe-Auguste. — Offert à TAcadémie, le 4 juin 18 19.

A part les deux petites défectuosités que nous venons de signaler, cette planche, ainsi que la précédente du reste, ne manque pas d'une certaine vigueur et accuse beaucoup moins de sécheresse que les eaux-fortes du même artiste.

Les lithographies de E. H. Langlois présentent certainement encore un travail maigre, des hachures froides et désagréables, une absence complète d'effet, mais nous les trouvons supérieures à ses eaux-fortes, qui sont tracées d'une pointe froide et minutieuse. L'architecture ne comporte pas absolument un dessin sec, composé uniquement de tailles parallèles. On peut représenter des monuments, quelqu'en soit le style, d'une façon large et brillante. BoNiNGTON l'a bien prouvé dans ses lithographies rouennaises. Mais Langlois ne connaissait pas ce qu'on appelle aujourd'hui l'effet. Du reste, Bonington et lui n'appartenaient pas à la même école, malheureusement pour celui que nous considérons comme notre compatriote.

Il n'y a pas d'ailleurs de parallèle à établir entre ces deux artistes qui n'ont rien de commun, puisque l'un est peintre

dans la véritable acception du mot, tandis que Tautre est surtout archéologue, et a rendu comme tel des services incontestables.

Le contingent de Le Carpentier, le professeur de dessin, ne fut pas moindre que celui de ses confrères. Il envoya à Fimprimerie Périaux cinq pierres, dont quelques-unes étaient d'une dimension relativement considérable pour répoque.

Ces dessins représentaient :

1° Une première Vue des Côtes de la Seine-Inférieure .

— Largeur : o"*234; — Hauteur : o'"i82 — Un rivage accidenté. Adroite : une falaise percée à jour, sous laquelle

passe un pêcheur. — Au fond, la mer et des bateaux A

droite, la signature C. L. C. R. f. 1819. — En haut, à droite : N» i. — Dans la marge : Côtes de la Seine-Inf'^e.

— Lith. de Périaux, à Rouen.

2° Une deuxième Vue des Côtes de la Seine-Inférieure.

— Largeur : o™225 — Hauteur : o'^iyp. — Sur le rivage à gauche, un château-fort en ruines — A droite sur le premier plan, des pieux retenant des filets sont plantés dans Teau. — Des vaisseaux sillonnent la mer. — Dans le ciel, à gauche : N° 2. — Dans la marge: C. L. C. R. i8ig.

— CÔTES DE LA Seine-Inf'^e. — LitJi. de Périaux, à Rouen.

— Epreuves toujours mauvaises.

3° Une Vue du Château d'Arqués qui ne mesure pas moins de ©""Syi de largeur sur o™238 de hauteur. Elle porte les inscriptions suivantes : — Sous le trait carré à gauche : C. Le Carpentier 181 g ; — à droite : Lithog. de Périaux., à Rouen, — et dans la marge : Vile du Château D'Arqués., près Dieppe, j Ou se donna la Fameuse Bataille Gagnée par Henri IV, sur Varmée de Mayenne en i58g. — Plus tard, le même artiste lithographia une

deuxième vue du même château, prise d'un autre côté. 4° Les Ruines d'une Chapelle sur la chaussée de Duclair, dép' de la Seine-In/'^. — Cette pierre mesure o™3oo de largeur sur o™22 5 de hauteur. — On lit dans la marge, outre le titre que nous venons de donner : — A gauche : C L Carpentier del. i8ig — A droite : Lith. de Périaux.

— Offerte à FAcadémie le i6 juillet 1819.

5° Une Vue de Vabbaye du Tréport (Seine-Inf^^') — mesurant o'"227 de largeur suro'"i85 de hauteur et portant dans la marge le titre ci-dessus, et à gauche : Lecarpentier F — et à droite : Lith. de Periaux.

6° La Marée jnontante. — Cette composition représente :

— A droite une falaise dominée par un château-fort, — Au milieu le rivage avec des pêcheurs — A gauche la mer sillonnée par plusieurs bateaux. — Dans la marge : C. Le Carpentier i8ig. — LA MARÉE MONTANTE. — Lithog de Periaux à Rouen. — Elle mesure : Largeur : ©"^SoS, — Hauteur : o™238. — Cette pièce vint très-mal à rimpression par suite de divers accidents de préparation. La planche fut même cassée et réparée tant bien que mal, car les traces de la cassure sont très-visibles sur les épreuves tirées après le raccommodage de la pierre. Ces accidents sont expliqués et racontés d"'une façon naïve, sinon piquante, dans une lettre que l'ouvrier Lacroix adressait de Paris, où il était retourné, à M. Périaux, son ancien patron, le 29 juin 18 19. Cette lettre nous a été communiquée trèsobligeamment par M. Nicétas Périaux notre infatigable confrère, à qui nous devons, du reste, nombre de communications utiles sur le sujet qui nous occupe ^ Il nous a

ï En corrigeant les épreuves de notre travail, nous apprenons la mort de M. N. Periaux; nous ne pouvons que joindre nos regrets bien sincères à ceux qu'a déjà provoqués cette perte qui sera vivement ressentie à Rouen.

paru intéressant de la reproduire dans toute sa longueur et toute sa sincérité. Nous la donnons plus loin.

70 Enfin Le Paquebot anglais. — Cette estampe qui mesure o"'2 26 de largeur sur o'^i/o de hauteur, représente une plage rocailleuse. — Au milieu, un rocher formant voûte. — A gauche, un château sur la falaise. — A droite, des pêcheurs tirent leurs filets sur le rivage. — Sur la mer, du côté de la côte, on voit un brick par le travers. — Sous le trait carré, à gauche : C. L. C. R. del. 1 8 1 9. — Au milieu : LE PAQUEBOT ANGLAIS. — A droite : Lith. de Periaux, à Rouen. — Le tirage de cette planche laissa, comme celui de la précédente, beaucoup à désirer.

Pour rendre hommage à la vérité, nous croyons devoir dire que toutes les œuvres de M. Le Carpentier, que nous venons de signaler et d'énumérer, sont loin d'être des chefsd'œuvre, toute question de tirage mise à part. Cet artiste n'avait qu'un talent médiocre ; il agençait mal ses compositions et ignorait l'art de leur donner du piquant et de l'effet. L'aspect de ses dessins et de ses lithographies est terne. On n'y trouve même pas une certaine habileté du pinceau, de la plume ou du crayon, que sa longue pratique du dessin aurait pu et dû lui faire acquérir. Les personnages qu'il met en scène sont mal dessinés, et, lorsqu'il les prend dans les dernières classes de la société, il ne sait pas racheter la vulgarité du type ou du costume par le brio de l'exécution.

Les vues prises par lui doivent être très-exactes et l'observation de la nature y est, croyons-nous, scrupuleusement conservée. A ce point de vue, les dessins de Le Carpentier sont précieux, car ils rendent fidèlement beaucoup de monuments de Rouen et de la Normandie qui sont disparus aujourd'hui et que l'archéologue et l'artiste sont enchantés

de pouvoir reconstituer à l'aide de ces documents, quelque défectueux quHls soient sous le rapport artistique. Nous sommes heureux de rendre cette justice à notre compatriote qui avait à d'autres égards tant de qualités et tant de savoir.

Cette première série de lithographies fut imprimée par M. Nicétas Périaux, alors jeune employé chez M. P. Périaux, son père, sous la direction de l'ouvrier Lacroix.

Le dépôt de toutes ces pièces s'effectua à la Préfecture de la Seine-Inférieure, le 4 juin 181 g.

La nouvelle invention fut Tobjet, le même jour de cette même année, d'une communication faite à FAcadémie de Rouen, et nous trouvons dans le Précis des Travaux de cette Compagnie de Tannée 18 19, à la page i32, cette note : « Le secret de la lithographie, ce nouvel auxiliaire de la « gravure n'est plus renfermé dans les murs de la Capitale; « toujours attentif au progrès de son art. M, LeCarpentier, a a fait hommage à TAcadémie de six dessins lithographies, « sortis d'une presse où Tactive industrie de M. Périaux, a « rempli toutes les conditions difficiles d'une exécution « parfaite. Deux autres artistes de la ville, MM. Brevière « et Langlois, ont aussi donné des preuves d'un talent prête cieux dans ce nouveau genre, mais les productions de a M. Le Carpentier ont le mérite particulier d'une inven- « tion secondaire, étant, pour la plupart dans l'espèce de la « marine, à laquelle il ne parait pas que l'on ait encore « appliqué le procédé lithographique. »

« On doit encore particulièrement distinguer, dans les « dessins de M. Le Carpentier, celui qui représente le a château d'Arqués, monument si fécond en souvenirs « chers à la France, et qui l'emporte aussi sur tous les a autres par la beauté de l'exécution. »

Cet extrait du Précis de l'Académie de Rouen est la première et la seule constatation, à notre connaissance du

moins, de rintroduction de la lithographie dans notre ville. D*'après ce que nous venons de dire plus haut, nous n'avons pas besoin d"'a)outer que nous ne partageons pas la manière de voir du rédacteur de la note ci-dessus. Quant aux félicitations qu'il adresse à M. Le Carpentier, pour ce qu'il appelle son « invention secondaire, » c'est-à-dire en bon français, pour avoir le premier, à Rouen, dessiné une marine sur la pierre lithographique, c'est simplement une puérilité. La question n'était pas évidemment de dessiner un paysage, ou une marine, ou un sujet de genre sur la pierre, cela dépendant uniquement des aptitudes particulières de l'artiste qui dessinait; non, le but à atteindre était de faire rendre à la nouvelle invention tout ce qu'elle pouvait donner, et d'obtenir, au moyen de la pierre de Solenbofen, une épreuve qui fît également honneur à l'artiste et au lithographe, c'est-à-dire qui fût remarquable sous le double rapport de la composition artistique et du tirage. Il faut reconnaître que dans cette sorte de concours entre les trois artistes rouennais, les rivaux de Le Carpentier furent plus heureux que lui, sans être toutefois arrivés à la perfection.

En feuilletant les archives de l'Académie, nous trouvons encore parmi les pièces offertes par M. Périaux, le 4 juin 18 19, une pierre sur laquelle un sieur C. Nasset avait lithographie une Corbeille de fleurs et une Belle Gabrielle, le tout aussi mauvais que possible comme dessin et tirage — et une autre pierre sur laquelle un calligraphe émérite, discrètement caché sous les initiales H. D., avait tracé de sa plus belle main une M ornementée de paraphes à faire rêver Brard et Saint-Omer eux-mêmes et destinée à servir d'en-tête à des lettres de bonne année.

Ces essais ne donnèrent, avouons-le, que des résultats médiocres. L'ouvrier Lacroix, qui était venu à Rouen pour

y faire connaître les procédés lithographiques, avait beaucoup trop présumé de ses forces. Il n'était pas aussi au courant de la manipulation des pierres qu'il voulait bien le dire, et la lettre qu'il écrivait à M. Périaux le 29 juin 1819 et que nous reproduisons à titre de document curieux indique bien qu'il ne procédait que par tâtonnements. S'il avait été bon ouvrier lithographe ( comme il y en avait déjà beaucoup à Paris, si l'on en juge par les épreuves qui avaient été tirées dans cette ville avant 1819), tous les accidents que lui signalait M. Périaux, ne se seraient pas produits, et le jeune Nicétas n'aurait eu qu'à procéder couramment au tirage des pierres illustrées par nos artistes. Au lieu de cela, accidents sur accidents se produisent lors du tirage des pierres préparées par Lacroix. C'est à peine si quelques-unes réussissent. M. Périaux lui écrit pour lui annoncer toutes ces mésaventures et lui demander quels remèdes il faut employer pour combattre le mal et Lacroix, répond par la lettre suivante qui indique que son auteur n'était pas suffisamment maître des procédés qu'il prétendait enseianer.

Paris le 29 Juin 1819

Monsieur Et Cher confrère

Je viens de recevoir votre lettres qui ma fait un sensible plaisir de recevoir de vos nouvelles, ainsi de celles de votre famille, et d'une autres manièrres, sca méfait une peine, de savoir que vous nave\ pas mieux réussi, mais cela n'empêche pas que votre attellier doit marcher, pour

la Charrette c'est moi même qui lest préparée il ne faut pas vous étonner si elle n'est pas mieux venue, et si il y a des parties qui sont venues plus noir les unes que les autres, voila l'explication pourquoi, vous save^ que lorsque nous lavons transporté que nous n'avons pas donner le tems pour laisser tremper le papier, vous save^ que nous lavons oté de suite après lavoir décalquer, et quune parties dessein est resté sur le papier, il ne faut pas vous étonner de la ynauvaise reusite qui a eu lieux, et que cest venue noir voila pourquoi en est la cause, j'ai pri de l'encre lithographe et j'ai retoucher les parties sensibles, aux lieux si j avais passer le crayon ce ne serait pas venue aussi noir vue que la Charette était dessiner aux crayon et l'encre que je me suis servie pour retoucher est la cause ci cest venue aussi noir, je lai fait pour essaier, et en même tems pour faire voir à un monsieur qui est venu dans votre attellier, et cest pourquoi nous n'avons prie de tems pour le bien arranger, il ne faut pas que celavous étonne aucunement, passon a la marrée montante^ vous me marquer que vous nôse\ pas l'imprimer^ nayei aucune inquiétude, cela doit bien venir si vous suive\ exactement les procédés que je vous ait donner, mais crainte que vous ne les eussiez oublies je vous les répettes lorsque vous commencerez lapierre vous metterai leaux sur la gomme, et lorsque la gomme sera entièrrement nétoiyer, vous mettere^ l'huile de lin et vous frotterei légèrement sur toutes les parties du dessiens alors vous le regommere:{ et vous laisserez sécher la gomme, ensuite vous préparer votre couleur comme pour la plume cest à dire mince et vous faites deux ou trois épreuves, ci cela ne venaient pas très bien que cela ne vous étonne pas, lorsque vous aure^ tire\ vos trois épreuves, vous remettrei la gomme et la laisserez reposer jusquau lendemain,

ensuite vous commencer a faire votre tirage, il ne faudra pas vous étonner si les premierres épreuves ne vienent pas bien voila V explication si je ne vous lai pas donnée, comme le crayon est un corps gras et que la couleur d'impressions nest pas aussi grasse cela fait que le craiyon prend plus vite que la transpositions^ mais cela n'empêche pas que la transposition doit prendre de même après avoir imprime un petit nombre d'épreuves, ensuite vous vere:{ que cela ira très bien, cela dépend de mon petit Confrère, en suivant E exactement ce que je lui ais montré, vous me dites que la retouche de Jame d'Arc a disparu, cela ne peut provenir que davoir laver la pierre auparavant davoir tiré suffisament d'épreuves, ou davoir passer votre roullaux trop precepitament sur le dessein, quar il n'est pas possible que cela eut disparut si vite^ si la pierre navait pas été dune bonne qualité^ je pourrai croire que sa proviendra de cela, mais la pierre était très bonnes^ la ré touche Jiaurait pas dues partir; ce ne peut (être) qu'une faute d'impressions, peut être mon petit Confrère na pas suivies exactement ce que je lui ait montrer je croix pourtant qu'il fait tous son possible pour bien faire, parce que je scait par moi même quil a beaucoup de goût et quil na que le désir de bien faire, ainsi je le prie bien davoir attention à tout ce que je lui ait dit et montrer, alors je serait sur que tout ira bien, vous me marquer aussi que vous ave:{ commencer un dessein à M'' Carpentier et quil a bien réussi cela méfait un sensible plaisir, comme cjy sétait pour moi même Soye\ persuader que vos intérêts me sont aussi cher que les miens, je désirerai seulement de savoir cjy sait le Châteaux d'^arc de M'' Carpentier, ci cest lui came fera un sensible plaisir, vous me marquer aussi que vous ave\ imprimer la fontaine de la croix de pierre de M" Langlois je

désire aussi de savoir sil la bien trouver, je pense que sa doit bien aller ^ je vous dirai aussi qua paris tous les artistes qui la voient la trouve très bien,

pour le dessein de M'' Carpentier nouveaux vous me dites quil ne le trouve pas asse{ noir il est très aissées dy remédier vous n'ave^ qua bien faire votre roulleaux et appuier ferme en imprimant vous verre:{ quil viendra suffisament noir, à f Egard du vernis vous ne deve\ pas vous inquiter aucument, parceque sil ne se formait pas une peaux desus il ne vaudrait rien, ainsi Cest un bon signe, lorsque vous prendre^ du vernis pour broier de la couleur, vous aure:{ le soins décarter la peaux et de le prendre dessous et ne jamais ôter la peaux.

la pierre ' que vous ave{ accidulé et gommé, cela peut provenir des anciens roulleaux qui ont graissés nos pierres et cest pour cela que ça nest pas bien venues, vous nave\ qua faire cette Opération vous prendre^, moitier essence de thérébentine, et moitié^ eaux, les deux parties Egales, et vous remure:{ le tout ensemble et vous lavere\ alors votre pierre, jusqua ce que tout Soit disparut afin de pouvoir dégraisser la pierre, et alors vous Vimprimer avec de la Couleur epaise propres pour les Crayons

Et Vous tirerei plusieurs épreuves et vous verrez que ça ira bien et cy cela nallait pas comme vous le désire:(, vous nave\ quà la passer alor lacide nytride aux pareilles de lautre, et regommere^ et laisserez reposer,

pour le desseins fait sur pierre à M'' Quénedi, vous me marque:{ que ça na pas bien été, je ne men étonne pas,

1 II s'agit de la pierre sur laquelle Le Carpentier avait dessiné Le Paquebot anglais.

parceque cest pierres reussise rarement, à paris aucun lithographe ne sen servent, parceque rien ne réussi dessus, comme je vous lait dit, elles ne sont propres que pour la plume

Je vous conceille de ne pas vous en servir pour le Crayon,

Ainsi mon Cher Confrère et ami voila tout ce que j ai à vous marquer pour le présent, de ce qui concerne votre lithographie.

Je vous dirai a lEgard de mon voyage, que je suis arrivé très heureusement a Paris, le seul inconvénient qui mest arrivé, mest affaires ne sont pas encore arriver pour le roulleaux je nen ai pas entendu parler aucunement.

Cest une bagatelle dont je ne devraient seulement pas vous parler, si vous ne mavie\ dit de vous en donner des nouvelles.

Jai vu M"" Adolphe votre aimable fils, nous avons été ensemble faire les Aschats de pinceaux et je lui ait donner le tarif des prix du tirage Cest le même que Celui de M'' Engelman, ainsi que les autres

Jai aussi donné à M'' Adolphe votre fils une plume d'argent parceque nous n avons pas pu trouver la pareille, En ce qui sagit des Cuirs blancs nous nen avons pas encor fait lacquisitionje vais men occuper le plutôt Possible et nous vous enverrons le tout ensemble. Pour les planches de bois mon affaire n'est pas encore terminée, mais je v. us men occuper aux plutôt Possible et aussitôt le Dessein fait je vous enverrai une planches et le desseins de la planche que j aurai tirée, pour les cartons que vous mave^ dit de vous faire passer l'on ne sen serre plus, parceque cela devenait trop coûteux.

Je vous aurais aussi envoyer une molette en verre pour

broyer les Couleurs mais le prix en était trop exorbitant, je vous en enverrez un plus tard lorsque j en trouverais l occasion.

Jattends de vos nouvelles^ et vous prie dagréer mes Salutations respectueuses, ainsi quà m'^'^ votre Epouse, et votre demoiselles ainsi quà M'' Emile, et à M'' Nisitas mon petit Confrère Mon Epouse vous fait biens des Compliments Et vous pris dagréer respects.

Je Suis Pour La vie votre Serviteur ami et Conjrère

Lacroix

A Monsieur monsieur Periaux Imprimeur du Roi demeurant rue de la vicomte n° 55^ a rouen Département de la Seine Inférieure a rouen

Cette lettre, dont le lecteur a pu apprécier le style et Torthographe, n'aurait point trouvé place ici sans Timportance de sa date, qui sera pour nous un élément de décision irréfutable, lorsque nous aurons à examiner plus loin à qui revient Thonneur de Tintroduction de la lithographie à Rouen. On nous pardonnera d'avoir inséré tout au long ce fatigant document; mais la publication nous en a paru indispensable pour appuyer la revendication que nous ferons, au profit de M. Periaux, d'un mérite qui lui a été contesté.

De Tannée 1819 au i5 mai 1 821, date de l'entrée de M. S. Perruche chez M. P. Périaux, l'imprimerie de ce dernier continua à s'occuper des procédés lithographiques, mais dans une mesure très-restreinte. Il s^agissait plutôt, croyons-nous, de donner satisfaction aux goûts du jeune Nicétas Périaux, qui s'occupait spécialement et avec une certaine ardeur de cette branche de Timprimerie, que de faire une spéculation fructueuse. Peut-être aussi les artistes, qui avaient signé les premières planches parues et qui étaient en relations suivies avec M. P. Périaux, continuèrent-ils leurs essais d'accord avec le fils de la maison? Cela est également probable. Quoiqu'il en soit, quelques planches parurent entre ces deux dates, mais elles ne présentent qu'un intérêt secondaire. Nous citerons particulièrement :

En 1820, un portrait en pied du pitre Gringalet avec le tricorne légendaire, devant la baraque des Quatre Colonnes. Ce dessin très-médiocre, mais curieux, est signé Cassart.

En 1 821, quatre compositions de Le Carpentier, savoir:

1° \}nQVue prise à Pont-Saint-Pierre et représentant un petit pont et une fabrique qui existent encore. Sur le pont, deux personnages causent ensemble, ce sont le peintre luimême, beaucoup plus grand que son interlocuteur, et M. Baudry, alors imprimeur à Rouen. Ce dernier possédait à la Neuville-Champ-d'Oisel une propriété dans laquelle il recevait son ami et d'où ils partaient souvent en compagnie pour explorer les environs. Cette estampe est certainement un souvenir d'une de ces excursions.

2° Une Vue de l'église de Pont-Saint-Pierre.

3° Une deuxième Fwe^M château d'Arqués avec les murailles de circonvallation.

4° Enfin Les politiques dieppois.

Au sujet de ces pièces, nous ne dirons qu'un mot, c'est qu'elles ne valent ni plus ni moins que celles que le même artiste avait lithographiées en i8ig. Les deux dernières furent offertes par leur auteur à PAcadémie, et on trouve mention de cette offre dans le Précis de 1822, p. 94.

Cette même année, Hyacinthe Langlois dessinait et faisait tirer sur pierre une Vue de l'abbaye de Saint- Georges-de-Boscherville, prise au moment où la procession effectue sa rentrée.

M"e Espérance Langlois, qui avait, l'année précédente, lithographie quelques détails de sculptures intérieures de cette même abbaye de Saint-Georges, renouvela ses essais et reproduisit un Voltaire en pied d'après un dessin fait sept mois avant la mort du grand écrivain. Ce dernier est debout, appuyé sur sa canne, dirigé vers la droite et coiffé d'une vaste perruque. — Assez rare.

Nous croyons devoir rattacher à cette même période deux pièces ne portant pas de date et qui sont :

1° Un Portrait de Descamps, par Brevière; cette petite pièce est supérieure aux productions que cet artiste avait lithographiées en 1819 ou qu'il lithographia dans les années suivantes. La tête est bien dessinée, le crayon est manié avec habileté et même avec une certaine coquetterie qui fera défaut complètement à une Mort de Napoléon dont nous aurons bientôt à nous occuper ;

2° Un portrait en buste du Cardinal de Cambacérès, dessiné par H. Langlois. On remarque que Tartiste employa dans cette estampe le crayon du lithographe comme la pointe du graveur. Les ombres, au lieu d'être traitées largement avec un crayon gras et moelleux, ne se composent que de petites lignes maigres, juxtaposées symétriquement,

absolument comme elles se retrouvent dans le portrait à Peau forte de Tingénieur Brunel par le même artiste.

Comme on le voit par les explications qui précèdent et d'après la liste ci-dessus, M. Périaux père avait presque renoncé à cette première tentative, qui avait été loin de donner les résultats qu'il avait pu espérer. Forcé de lutter contre de grandes difficultés, obligé de tout créer pour ainsi dire à Rouen, il se voyait entraîné dans des dépenses hors de proportion avec le bénéfice qu'il pouvait espérer d'obtenir de cet accessoire de son établissement.

En présence de cette situation, notre imprimeur allait prendre le parti le plus sage, celui de laisser reposer ses presses lithographiques en attendant un temps plus favorable, lorsque survint à Rouen un nouveau personnage qui vint enrayer pour un temps les dispositions que M. Périaux père allait prendre.

Ici se place un épisode de l'histoire de la lithographie à Rouen que nous devons faire connaître au lecteur et auquel les parties intéressées attachent à juste titre une certaine importance. Il s'agit de savoir qui fut l'importateur delà lithographie dans les murs de notre ville. M. Sauveur Perruche, dont nous aurons à parler tout à l'heure, a revendiqué cet honneur, et la Société Libre d'Emulation de Rouen a cru devoir accueillir sa prétention, tandis que M. Nicétas Périaux dont nous avons déjà raconté les efforts et les tentatives, ne cessa de réclamer avec énergie, en faveur de son père, l'honneur d'avoir le premier installé et fait fonctionner à Rouen une presse lithographique.

Cette question de priorité fut soulevée par ce fait que la Société libre d'Emulation du Commerce et de l'Industrie de la Seine-Inférieure vota dans sa séance du 2 juin 1869, une médaille d'argent grand module à M. Perruche,

comme introducteur de Tart lithographique à Rouen. Cette récompense, qui avait été votée par cette Société sur le rapport oral d'un de ses membres, M. le D^ Le Plé, fut décernée à M. S. Perruche dans la séance solennelle du mois de juin 1869.

Peu après parut dans le Journal de Rouen, à la date du 20 juin i86g, Tarticle suivant que nous reproduisons en entier, bien que la deuxième partie se rapporte à des faits postérieurs sur lesquels nous aurons à revenir; nous tenons essentiellement à éviter le reproche de partialité de quelque côté qu'il vienne ; c'est pourquoi nous donnons cet article in extenso en regrettant, toutefois, qu'il ne porte aucune signature.

Page 1