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LES MARAUDEUR

Lithographie par Horace Vernet, plus tard imitée par Charlet.

yeux des vieux officiers de l’ancien régime, perclus, édentés, hors d’usage. Je l’ai dit, l’importance politique de Charlet n’a point été comprise encore. On l’a soupçonnée sans la déterminer à son point juste, parce qu’on n’a point saisi la puissance frondeuse de la pensée sous un croquis d’aspect anodin.

8d LA. LITHOGRAPHIE.

Au strict point de vue de la technique, Charlet fut un virtuose incomparable. Ses dessins sur pierre ont toute la saveur d'une aquarelle soignée où la couleur égale l'ampleur de la composition. Il avait tenté un peu de tous les genres : crayon, plume, lavis au tampon, lavis au pinceau, manière noire. Mais ses crayons resteront ses chefs-d’œuvre, parce que dans ceux-ci tout est définitif et raisonné, et que le sujet s’en arrange mieux, étant données sa simplicité et sa malice. En général, les lithographies au lavis ne convinrent pas à l’étude de mœurs ni à la caricature; elles s’accommodèrent mieux des phrases romantiques, des scènes funèbres, chères à certains. Charlet comprit vite combien il était oiseux de s’attarder à ces procédés détournés; les rares pièces traitées par lui dans ce genre ne sont que des essais curieux bons à recueillir pour les amateurs fanatiques, mais que les gens éclairés dédaignent. Aussi bien très rarement un artiste de cette valeur compte pour plusieurs choses. Charlet, c’est l’Empire vu par le petit bout de la lorgnette le plus séduisant parce qu’il groupe mieux les effets. Toutes ses excursions en dehors de son thème favori sont restées lettre morte; il vaut autant n'en rien dire.

Géricault, le plus illustre peut-être des premiers artistes de la lithographie, devait à Charlet d’avoir tenté l’aventure Né en 1791, Géricault avait un peu moins de trente ans lorsqu’il esquissait ses canonniers de la garde impériale (1818), œuvre de la légende napoléonienne inspirée par le goût du jour. L’année suivante, il peignait le Radeau de la Méduse : morceau de peinture capital où se dégageaient très bien son esthé-

tique un peu brutale et les procédés personnels qu’il devait faire prévaloir dans la lithographie. Celui-là était un tempérament, un vigoureux artiste qui s’affran-

chit peu à peu du côté anecdotique et passablement suranné de ses confrères. A la façon des génies définitifs, Géricault en vint à resserrer ses moyens, à circonscrire son champ, à ne dire que juste sa pensée. Chez nous, le peintre du Radeau de la Méduse béné-

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