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Lithographie originale de Jean-Baptiste Isabey.
se continua par les calicots, et créa des types de grotesques bientôt populaires. Quel est celui des caricaturistes d’alors>qui inventa le May eux, cet inénarrable Karageuz, insolent, lascif, impudent, dont la figure con-
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tournée et folle alimenta pendant plus de dix ans la charge parisienne? Mayeux, c’est le fantoche allégorique, le hideux gnome que ses contemporains chargent de tous les vices. C’est auprès des femmes l’abominable drôle, aux phrases sadiques; auprès des hommes, le noué minable qui rachète sa hideur par des injures et sa risible insolence; c’est peut-être bien quelque personnification maligne des gens de l’émigration revenus, et qui pèsent de tout leur poids sur ceux de la Révolution et de l’Empire. On a donné à Traviès l'idée première de ce polichinelle français, sans se douter que, bien avant Traviès, la silhouette bizarre du sire se rencontrait dans des lithographies populacières. Isabey lui-même ne dédaigne point de nous montrer Mayeux, non pas le Mayeux définitif du règne de Charles X, mais un embryon, une chrysalide de celui-là^ avec infiniment d’esprit. On le trouve aussi chez Pigal, sous la forme d'un avorton accoudé à une borne, à peine plus haut que cette borne, et narguant un solide gaillard qui passe : « Qué qui te parle, blancbec? » Puis l’esquisse de cette création passa de main en main, se précisa, prit une personnalité très déterminée, et chez Traviès et chez Grandville se limita au point de paraître avoir vécu, et avoir été un être connu, palpable, tel que sa physionomie n’eût pu être changée sans dérouter la galerie.
Pigal, né dans les dernières années du Directoire, était un très jeune homme à l’époque de la Restauration; mais à l’exemple de tant d’artistes bien doués, il ne se condamna point à la peinture austère qui ne nourrissait plus son homme. Il aborda la lithographie,
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et mit à son service une science réelle du dessin, une belle imagination, une supérieure entente de l’esprit populaire. Ses héros ne se recrutent guère dans les hautes classes; il les choisit plus volontiers parmi les humbles du monde, les ouvriers, les petits marchands, les médiocres bourgeois de Paris. C’est, à sa façon, ce que nous avons appelé depuis un naturaliste, un amoureux du vrai, ce vrai ne fût-il point d’essence polie. Son penchant à enlaidir ses modèles est indéniable; mais il rachète ses fautes de goût par une crânerie particulière dans le groupement des scènes, la très fine recherche du détail et de la note documentaire. Il ne construit rien de chic, et longtemps avant que de donner à ses croquis la forme définitive il les étudie, les perfectionne, les arrange. Sa philosophie n’est ni amère ni cruelle, elle s’accommode tranquillement des choses, sans y rien exagérer; ce qu’il poursuit, c’est moins le côté excessif des défauts journaliers que la sincérité des attitudes, des costumes ou des figures. Il nous montre quelque part une bourgeoise parisienne affublée à la dernière mode, et que des vieilles dames de l’aristocratie croisent dans une rue. Il y a tout un poème de mépris dans le regard de celles-ci pour celle-là, et même le domestique portant un chien en fait sa moue dédaigneuse. « Une marchande! » La marchande! une personne de ce tiers état qui n’était rien avant 1789 et qui est tout depuis! C’est dans un croquis rapide toute une constatation très curieusement nuancée de cet antagonisme des classes réapparu sous la Restauration, une critique habile des émigrés; car, à voir l’allure cossue de la marchande, on devine
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aisément que la sympathie de l’artiste est pour celle-ci contre les autres. D’ordinaire, Pigal ne brille pas par la légende; elle n’est pas chez lui comme elle sera chez Gavarni la partie essentielle; ^ elle accompagne, elle ne prime jamais. Il ne vaut que par la fidélité des types.
Son procédé n’est même pas de premier ordre; c’est le vulgaire croquis au crayon gras, ombré délicatement en vue d’un discret coloriage au pinceau. La plupart des estampes de Pigal nous sont venues ainsi bariolées. Telles elles sont, les voici cependant en passe de prendre la première place parmi les œuvres d’époque au commencement de ce siècle. Elles refont l’histoire des ouvriers parisiens, des bourgeois, des petites gens; elles ont une gaietc franche et de bon aloi que les charges politiques n’ont guère connue.
Dans le même genre, mais avec un esprit moins subtil et une philosophie incomparablement inférieure, Louis Boilly, un vieillard presque, devint un émule de Pigal, et se risqua à la lithographie populaire. Une pointe de ce sentimentalisme naissant, qui devait avoir son apogée sous le règne de Louis- Philippe, se devine dans plusieurs de ses œuvres, entre autres dans les Epoux heureux. datés de 1826. Boilly a plus de soixante ans alors, et ses inventions tiennent quelque peu aux choses de sa jeunesse; s’il a quitté franchement les conceptions héroïques de David pour la charge, il s’emprisonne dans une série de croquis sur les têtes de caractères qui sont une réminiscence de l’école oubliée. On devine en lui le peintre forcé à la farce pour vivre, et qui se raccroche désespérément à de vieilles idées. La série des têtes groupées imaginées par lui, tout en
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témoignant d’un talent de dessinateur très sûr, ne prouve guère en faveur de son imagination. Ses Grimaces doivent d’être regardées, à quelques détails de costume, à l’originalité du groupement ; mais Boilly lithographe ne fera jamais perdre de vue Boilly peintre
UNE MARCHAND e!
Lithographie par Pigal. , — —
de mœurs. La charge est lourde chez lui, quand, bien au contraire, la scène vécue est admirable de simplicité et de grâce. Il la faudrait presque oublier pour ne se souvenir que de ces lithographies très sincères et très bien écrites qui se nomment les Réjouissances -publiques, les Déménagements, encore que le procédé