CHAPITRE III
Les Caricaturistes politiques.
Les Peintres de mœurs. — Les Portraitistes.
Les Lithographes peintres d'histoire et de voyages.
Les Traducteurs.
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Ceux qui entreprendront la véridique histoire de la monarchie de Juillet ne sauront donc en distraire la lithographie, ni méconnaître son influence sur la politique au jour le jour. Elle devient tout à coup le commentaire inséparable des événements, la cause quelquefois des bouleversements; elle a quitté en la compagnie de certains artistes les spéculations d’esthétique pure, pour devenir une arme de combat. Un peu étourdie par son succès, la monarchie populaire de Juillet i83o a compté sur vie qui dure, comfne nous disons, et n’a point prévu la licence. Et s’il ne lui a pas été désagréable de rencontrer cette alliée graphique des jours de lutte occupée à porter les derniers coups au régime légitimiste, si elle a ri des charges de Decamps, d’ailleurs jolies, représentant Charles X sous la forme d’un soliveau, et salué de cette légende maligne : « Le pieu
monarque », elle ne soupçonne point les suites inévitables, les retours méchants,
... Quid rides r mutato nomine de te
Fabula narratur.
Ce fut presque tout de suite et sans transition, chez les artistes combattants, un besoin de retrouver une tête de Turc. Les motifs n’en furent point longs à chercher, car les hommes au pouvoir éternisent de semblables raisons de critique. C’est pour le débutant, quelquefois, un singulier attrait de dessiner des choses qui auront un débit assuré parmi les mécontents, parmi ceux que tous les régimes lèsent et agacent. La plupart des jeunes dessinateurs que nous voyions tout à l’heure arrêtés aux scènes de moeurs abordèrent franchement la charge politique. Les nouveaux venus du règne étaient à peine installés que, déjà, leurs moindres défauts avaient fourni aux exagérations de la lithographie un thème malicieux sur lequel on brodait sans vergogne.
Le plus acharné fut Jean-Ignace-Isidore Gérard dit Grandville, compatriote de notre immortel Callot, venu chercher fortune à Paris, et d’abord destiné à la miniature. Né en i8o3, Grandville avait, à moins de dix-sept ans, fréquenté chez Mansion, un des miniaturistes en renom du temps, et s’était peu à peu insinué dans les bonnes grâces de Vernet, de Picot et d’Hippolyte Lecomte. Nature bizarre, incroyablement timide, et comme tous les craintifs capable des pires escapades et des plus rudes audaces, Grandville avait de bonne heure compris que son avenir n’était pas dans la