CHARGE CONTRE LE ROI CHARLES
recherche minutieuse et un peu bornée de la peinture sur ivoire. Quant à la peinture à l’huile, qu’on lui avait d’abord conseillée, elle ne répondait en rien à ses goûts. Tout en se cherchant un débouché plus facile, il avait admiré chez Lecomte quelques-unes des lithographies que celui-ci tentait non sans réussite. Avec le besoin intense de produire, de railler, de critiquer, que Grandville avait hérité de son origine nancéienne, la lithographie s’offrait à lui comme la plus facile écriture, le moyen à la fois rapide et définitif de se camper. De 1820 à i83o, il se tâta, s’affermit, tantôt dans des scènes de mœurs comme le Dimanche d'un bourgeois de Paris , tantôt dans cette Galerie mythologique, trouvaille personnelle, le Voyage pour l’éternité, sorte de danse macabre reprise avec des idées modernes, et que Bulla avait publiée en couleurs. Puis il avait abordé d’autres sujets où les animaux figuraient les hommes, mais qui, au rebours de la croyance ordinaire, n’étaient point de son invention. Longtemps avant qu’il s’essayât dans ce genre, Martinet avait publié des animaux travestis, d’une assez belle allure, qui montraient le chanteur Choron, sous les traits de maître Aliboron, enseignant le solfège à une réunion de bêtes habillées. Grandville fut en cette occurrence un imitateur, mais un imitateur qui laissa vite ses modèles loin derrière. Il eut l’instinct de ces adaptations, non par une étude approfondie des animaux (la légende veut qu’il se soit servi pour ses croquis d’une simple édition anglaise des œuvres de Buffon),mais par une sorte de divination des attitudes, un instinct particulier des physionomies diverses, une
ingéniosité spéciale à tirer parti des moindres choses pour rapprocher davantage la bête ou l’insecte des hommes, ses contemporains. Plus tard, lorsque la
politique, devenue plus pointilleuse, lui aura fait des loisirs, il reviendra à ses moutons et composera ses Animaux peints par eux-mêmes et dessinés par un autre ,