‹ La lithographieChapitre 29 sur 55 · JUILLET · texte numérisé non relu

JUILLET

ces rigides qui ne faussent jamais le

l’empereur.

Croquis au lavis sur pierre par Raffet.

vrai, et que les plus habiles ne peuvent mettre en contradiction avec eux-mêmes.

Sans doute, entre ses premières œuvres et les dernières, la différence est sensible, mais elle ne porte guère que sur la manière d’écrire. La phrase a changé, le fond est resté le même. Lithographe, Raffet a suivi les transformations de la pratique. Il a été plus rude, moins policé au début, parce que la science du dessin sur pierre est naïve encore et bornée. Qu’il se produise une découverte, il est toujours prêt à la tenter; son esprit ne s’arrête point. Il ne restera pas comme Gavarni hypnotisé sur les mêmes idées, parce que, chez lui, la légende passe après le reste. D’année en année, il élargit son champ de manœuvres, il perfectionne, jusqu’à cette note définitive et complète qui fut l’apogée de la lithographie en France, presque le point culminant de notre art national au xixe siècle.

L’armée et le soldat français se sont incarnés chez nous dans ce petit bourgeois parisien; il fut leur poète dans le sens le plus élevé; sans avoir jamais manié l’arme, sinon dans la garde citoyenne, il en sut mieux que nul définir le rôle grandiose, et en précisa l’importance. Il fut un des apôtres inattendus qui, par leur faiblesse même et leur peu de compétence apparente, contribuèrent le plus à répandre la bonne parole. On n’imagina point de lui qu’il embellît les choses par esprit de caste, et ses récits n’en eurent que plus d’autorité. Aussi bien, la sincérité séduit-elle toujours lorsqu’elle s’affirme. On comprit bien vite que Raffet, tout artiste qu’il fût, se complaisait à ne dire que le vrai, celui-ci fût-il parfois cruel à l’amour-propre; il ne chantait pas que les victoires.

Né en 1804, Raffet avait eu les débuts très rudes

des enfants du peuple; obligé de gagner sa vie de bonne heure, il avait été engagé en qualité de tourneur de bâtons de chaises chez un ébéniste. A vingt ans, il était parvenu par son énergie à se tirer de ce médiocre état, et, sans guide, s’était lancé dans le dessin et la

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