JOCKO OU LE SINGE DU BRESIL
Une des premières lithographies de Raflet sur un éventail. (Pièce inédite.)
lithographie. Le mouvement militaire, dont nous avons parlé si souvent déjà, l’entraîna ; il y trouvait un moyen de commenter ce que tous les jeunes Parisiens libéraux de l’époque opposaient aux tendances aristocratiques et rétrogrades de la Restauration. On a de lui Y Attaque d’un village , imitation juvénile des productions de Vernet, qu’il avait modestement signée de ses initiales R A. Puis, en 1825, il retraça les scènes d’une pièce de théâtre très populaire alors, Jocko ou le Singe
du Brésil, dans laquelle jouait un acteur saltimbanque affublé d’une peau de bête1. Entré chez Charlet qui l’avait pris en gré, devenu l’élève de Gros pour la peinture, Raffet ne s’était point encore débarrassé des vieilles formules artistiques. Un Triomphe de Bolivar exécuté par lui avait été copié sur des figures de Girodet; il tâtonnait, encore un peu indécis, dérouté vraisemblablement par les commandes excentriques de ses éditeurs. Il lui fallut deux ans pour se dégager et aborder définitivement la doctrine de Charlet, qu’il parodia vite au point de se confondre avec lui, tant dans le dessin que dans la légende. Ses vieux grognards de la Grande Armée, devenus charretiers par les circonstances, qui lèvent leurs verres en regardant autour d’eux pour éviter les oreilles indiscrètes et dont l'un s’écrie : « A la santé de.. . Friedland ! » sont du Charlet de la bonne sorte. Encore un peu du Charlet, cette caricature mentionnée par nous ci-dessus et visant le roi Louis-Philippe. De Charlet ou de Vernet, bien d’autres pochades qu’il serait oiseux d’énumérer ici, et qui sont pour les hommes de race la fameuse version du début, le mot à mot, le b a ha avant de savoir couramment écrire et parler une langue.
Très humble et nullement féru d’idées grandes sur lui-même, convaincu qu’il lui restait beaucoup à savoir encore, Raffet dessinait sans repos, croquait les passants à chaque coin de rue, se meublait la mémoire de scènes vivantes, de poses justes, pour en faire œuvre
i. La pièce inédite et non cataloguée par Giacomelli dans son livre sur Raffet, que nous donnons ici, a été retrouvée par notre ami Auguste Raffet, fils de l’artiste, qui nous l’a indiquée.