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TÊTE DS FEMME

Lithographie originale par Rothenstein, extraite de l 'Estampe originale (Marty, éditeur).

vaux et qui mettent une certaine coquetterie à chanter de vieux airs. D’ailleurs, ni orientation déterminée, ni tendances nettement définies;* les uns traduisent, les

autres portraiturent, ceux-ci fantaisisent. Il y eut, en Manet, un peintre tourmenté de billevesées, sorte d’Edgar Poë, volontairement maladroit et qui bâclait ses lithographies comme ses tableaux, au rebours des sentiments reçus, non sans audace. Fut-il le précurseur de nos modernes décadents, et mit-il le premier le dessin sur pierre au service des insomnies volontaires et calculées qu’Odilon Redon exploite aujourd’hui en des noirs veloutés? On le peut croire. Redon promène son rêve fantastique et indéterminé à travers mille petites planches qui ont un public spécial d’admirateurs. Je me sais très incapable de comprendre et je ne m’en prends qu’à mon insuffisance. A feuilleter ces albums apocalyptiques, il vous passe des ressouvenirs du charmant conte d’Andersen, les Habits du grand-duc ; ce grand-duc, à qui deux malins avaient fait accroire qu’il portait une robe d’une finesse prodigieuse et qui, pour ne pas paraître plus bête qu’eux, se promenait tout nu dans les rues, croyant s’être revêtu de l’étoffe mystérieuse. La confiance du grand-duc me manque et elle paraît manquer, en ce qui concerne M. Redon, à nombre de pauvres esprits de par le monde. Ces yeux ouverts dans le firmament , ces plantes de marais pâlies , ces corps bizarres et contournés relèvent des rêves fiévreux et ne servent en rien à la lithographie. Il en est de ceci comme de la littérature déliquescente, où quelque nonchalance de pensée se dissimule sous l’excentricité calculée de la forme.

M. Fantin-Latour, un excellent peintre cependant, un artiste doué, s’est imbu de Wagner comme Manet ou Redon d’Edgar Poë. Fantin-Latour a mis les

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épopées du grand musicien en lithographies particulières, poussées au noir, relevées au canif de traits

capilliformes, qui les font ressembler à des tableaux funèbres fabriqués en cheveux. Les amoureux de ces choses nébuleuses prétendent retrouver en elles le génie de Wagner, et même sa musique! Le fait est

par F A N T I N - la t O u R , extraite de l'Estampe originale (Marty, éditeur).

qu’un certain sentiment romantique se dégage de ces estampes; c’est un peu Louis Boulanger, ou Célestin Nanteuil, Tevenus parmi nous avec leurs compositions du temps de Louis-Philippe. Mais de musique savante ou de Wagner, pas qu’on voie ! Nous avons égaré le sens de ces divagations mystiques, nous sommes mal préparés à deviner le talent caché des romantiques renaissants, et la musique dessinée nous échappe encore.

Le genre fantasmagorique serait, à n’en pas douter, impuissant pour ressusciter la lithographie, si nous n’avions que lui à mentionner ici. Heureusement, d’autres talents surviennent, qui, pour n’être point toujours admis ni compris de tout un chacun, parlent de sujets moins inintelligibles. C’est Raffaelli, un brutal, un cruel même, occupé du monde misérable des travailleurs ou des vagabonds, une manière de Millet sans tendresse; c’est Degas, traduit par Thornlev, mettant à leur jour vrai de filles de la populace les danseuses de l’Opéra aux attaches canailles, aux figures flétries et insolentes. A dire vrai, sont-ce là des lithographes, ou plus simplement des fantaisistes ayant adopté le procédé le plus commode? Rien ne subsiste en eux de la grâce jolie des estampes sur pierre d’auparavant. Leurs croquis amalgamés naïvement de traits, construits de maigres lignes, eussent tout autant valu à l’eau-forte ou à la plume. C’est par genre qu’ils ont adopté le dessin au crayon gras sur pierre, par sport, pour se singulariser.

Et qu’on en écrive ce qu’on voudra, c’est pour l’instant se singulariser que de lithographier. Lorsque

AFFICHE DE J. CHERET POUR <1 l’ARC-EN-CIEI »

certains se mettent à dessiner sur pierre, ils ont l’air de faire une farce. Ils revêtent un travesti; ce n’est plus de jeu. Sans doute, 41s ont encore de la grâce sous ce masque, mais ceci ne prouve guère qu’une chose, c’est que la lithographie est restée le mode le plus facile et le plus personnel de « dire ce qu’on a dans le cœur », et qu’on arrive à la quasi-perfection à peu près de prime saut.

Le côté pratique de cet art s’est continué dans les affiches. Après cellesde Raffet,de Daumier,de Nanteuil, de Gustave Doré, sont venues celles de Chéret. Chéret est aujourd’hui un maître spécial, qui est bien près de recueillir près des amateurs la succession un peu tombée des graveurs en couleur du xvme siècle. Des convaincus collectionnent avec fureur, — on ne peut guère employer un autre mot, — les moindres productions de ce virtuose. Les avant-lettres de ses jolies chromolithographies bariolées ont un débit colossal. Il n’est point rare de voir, à la nuit tombée, les amoureux pauvres et honteux arracher péniblement aux murs les épreuves collées dans la journée. Les plus heureux encadrent leurs états et les suspendent dans leurs salons.

Il est certain que l’art lithographique s’est réfugié dans ces besognes et qu’il y trouvait récemment encore le seul débouché réellement artistique qui soit. Chéret , bien que purement décorateur et « tireur d’œil », a su détourner à son profit l’attention des gens sérieux. On a vu, sous les à-plat de couleurs éclatantes, à travers tant de productions soupçonnées hâtives, autre chose que la réclame d’une marchandise vantée. Un

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sentiment de gentillesse gauloise s’y marie à une dextérité merveilleuse de la forme. La Parisienne fin de siècle a rencontré chez Jules Chéret une façon de Debucourt infiniment habile et distingué, dont la phrase reste sincère en dépit de ses exagérations. Le charme de ces images vient surtout de leur liberté d’allures, de leur exécution jetée, des très jolies taches que mettent partout leurs oppositions crues de bleu, de jaune ou de rouge. Et puis, encore que se ressemblant toutes, les affiches de Chéret sont d’un dessin très pur; sous l’indifférence apparente, on devine un artiste absolument maître de sa ligne et de son croquis; à distance, les brusqueries se fondent, s’estompent dans la tonalité générale et font un tout d’une incomparable harmonie. Voici Chéret passé chef d’école ; il a son historien, Maindron, il a ses élèves et ses imitateurs. L'économie de l’affichage a été bouleversée par lui; il a, sur ce fait, créé un genre copié et recopié par les autres.

A l’origine, c’est-à-dire vers 1870, Chéret était imprimeur en chromolithographie. Les affiches signées de lui, vers cette époque, ne laissent guère soupçonner l’artiste qu’il se montrera plus tard. Nous le trouvons, en 1872, confectionnant des prospectus pour le Vauxhall, pour la veloutine Fay, faisant du pur commerce, sans la moindre préoccupation d’art. D’année en année, il s’élève d’un cran dans sa pratique; son affiche pour le bal Valentino, en 1875, n’est plus déjà la chromo rude et maladroite du début. En 1876, il dessine luimême, et assez drôlement, les pantalonnades de trots clowns, les Majiltons , qui débutaient au concert de l’Horloge. Puis, en 1877, il redonne les mêmes acro-

bâtes, sous un autre nom, dans une pancarte destinée aux Folies-Bergère. Ici , c’est encore la lithographie tirée en couleurs, noir sur fond rouge, mais le dessin s’y révèle supérieur; Chéret entre en possession de ses recettes particulières, le galopant de la composition, l’éclat du coloris, l’esprit parisien saupoudrant les figures. Strictement, cela n’est rien ; en place, cela produit un effet énorme. Lors de l’Exposition de 1878, il est maître de son œuvre et définitivement lancé. Le moindre produit pharmaceutique se glisse à la faveur de son patronage; il chante les théâtres, les magasins de nouveautés, les livres récents, les panacées dernières venues. De modestes qu’elles avaient été autrefois, ses affiches s’enhardissent, se mesurent à la taille humaine, souvent la dépassent, se tirent en trois ou quatre compartiments qu’on aboute postérieurement l’un à l’autre, en les fixant aux murs. Peut-être l’invention du dessinateur n’est-elle point très libérale, elle s’enferme dans une donnée, bornée aux petites dames courtvêtues, aux bébés joufflus, affublés d’accoutrements excentriques. Il dit pour les femmes la mode du lendemain, comme autrefois Grévedon, ce qui est un élément de succès assuré dans le présent et surtout dans l’avenir.

Très près de lui, d’autres talents ont surgi, tentés par son incroyable fortune, mais qui ne persistent point. Grasset, par exemple, qui publia, un jour, pour le libraire Monnier, une charmante femme empruntée à Devéria et destinée à lancer une collection d’ouvrages romantiques. Il y a, chez Grasset, plus de finesse et plus de distinction que dans les travaux

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pareils de Chéret, mais incontestablement moins de

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