CHAPITRE VI
Bavière , Prusse , Autriche , Belgique , Hollande y Angleterre , Italie et Espagne .
Nous avons touché très brièvement, dans notre premier chapitre, à une circonstance douloureuse dans la vie d’Aloys Senefelder; c’est lorsque, ayant épuisé son crédit, un peu aussi la bienveillance de ses commettants, il rentrait à Munich en 1808 et trouvait son atelier entre les mains d’Hermann-Joseph Mitterer. Ses deux frères, las de lutter, désespérant de vaincre les résistances, ayant perdu l’espoir de voir l’empereur Napoléon s’intéresser à leurs travaux, avaient cédé leurs procédés, leurs presses et leur maigre clientèle à l’État bavarois, moyennant une petite pension de 700 florins. L’État avait chargé un professeur de dessin au Gymnase, un innovateur, un fort habile homme, de tirer tout le profit moral de l’invention en faveur des écoles dont il avait alors la direction supérieure. Cet Hermann-Joseph Mitterer reçut des frères Senefelder l’établissement complet, avec son dépôt de pierres et les presses, encore bien rudimentaires; il comptait en produire au meilleur compte les modèles nécessaires
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aux classes , sans rêver pour la lithographie, encore bégayante et enfantine, de plus grandes destinées.
Mitterer était avant tout un professeur, dont les efforts s’étaient portés depuis plus de quinze ans sur renseignement graphique dans les écoles. On lui devait l’installation de cours populaires ouverts le dimanche pour les artisans, une classe d’apprentis (1792), des conférences spéciales réservées aux ouvriers du bâtiment (i8o3). Technique à la fois et historique, l’enseignement de Mitterer devançait à trois quarts de siècle nos écoles d’art décoratif; mais il manquait encore d’un moyen commode et économique pour la diffusion des modèles. Réduit à la gravure en taille-douce d’un prix élevé, il se heurtait à des difficultés énormes, empêché d’aller aussi loin qu’il l’eût souhaité dans la multiplication des exemples. On dit qu’il pesa très vite le mérite encore méconnu de l’invention lithographique. Il avait pu savoir, l’année d’auparavant, l’aventure du général Lejeune; même par les productions purement commerciales des Senefelder, il avait soupçonné les progrès réalisables dans la gravure sur pierre. Il partit donc sous la protection du roi de Bavière, et quand Aloys Senefelder, tout enchanté d’une nouvelle commandite, reprenait le chemin de Munich, croyant n’avoir qu’à relever son installation d’autrefois et à l’augmenter, il trouva Mitterer en bonne et due possession, protégé et défendu par l’État, maître enfin de la situation en Bavière.
L’atelier officiel de Mitterer va ne chômer guère dans la période de 1808 à 1 8 1 5 . Ses premiers ouvrages furent des fleurs d’ornements dessinées par Mayrhoffer,
puis la flore de Munich, par le même; des mammifères, par les frères Schmidt; des tableaux bibliques, de l’imagerie religieuse, des têtes d’après Raphaël, des paysages, de la géométrie (1809), toutes choses utiles au but poursuivi par le professeur et nécessaires à ses leçons. Mais il serait injuste de lui reporter l’honneur de ces œuvres. Longtemps avant qu'il eût pratiqué la lithographie, d’autres artistes allemands l’avaient tentée, comme une curiosité un peu, un sport nouveau, un moyen facile d’écrire une idée. J.-M. Mettenleiter, qu’on avait vu autrefois parodier Chodowiecki en de petites vignettes à l’eau-forte, et qui même s’était avisé, bien avant Senefelder, de graver sur la pierre comme sur le métal, Mettenleiter fut des premiers à user du moyen. On raconte d’ailleurs de lui cette anecdote que, s’étant abouché avec Senefelder, celui-ci ne lui dévoila qu’une partie de ses secrets, laissant Mettenleiter deviner pour son compte et réinventer la moitié des choses. Il y a probablement encore de la légende en ceci, car si Mettenleiter date quelques lithographies assez nettes et déjà fort avisées de l’année 1808, Winter, l’animalier, en avait produit d’aussi définitives dès l’année i8o5. La pièce à laquelle nous faisons allusion représente une biche et son faon dans un paysage; elle est exécutée très crânement au crayon gras et porte la signature, malaisément tracée à l’envers, Raphaël Winter, i8o5. C’était le moment précis où le duc de Montpensier, exilé en Angleterre, dessinait, d’après les conseils de Senefelder, son portrait et celui de son frère. Il n’y a donc guère à penser que l’inventeur, d’ordinaire si bavard et si porté à divulguer ses secrets, se fût plus
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gardé de Mettenleiter que d’André, que de Johannot, quedeWinter ou du duc de Montpensier; Mettenleiter en savait tout autant que le colonel Lomet ou que le
Lithographie par J.-M. Mettenleiter, avant 18x2.
(Recueil de M. Doorten de Breda, au Cabinet des estampes, Ad 65. y
général Lejeune, et • il le prouve dans son Teutobachs luttant contre les soldats de Marius, ou dans son entrevue de César et d’Arioviste, deux estampes publiées in
der lithographische Anstalt in München , probablement sous la direction de Mitterer1.
On a trop souvent blâmé, en France, la belle insouciance des conservateurs anciens de nos musées au regard des inventions nouvelles et des oeuvres non classées encore dans la hiérarchie artistique, pour que nous manquions d’en relever ici toute l’injustice. Si la plupart de ces incunables allemands de la lithographie nous sont parvenus, nous le devons à M. Joly, le garde des estampes de la Bibliothèque impériale. Sans doute, Vivant Denon, alors directeur des Musées, revenu de Munich éclairé et convaincu, avait pu donner un conseil dans la circonstance, mais, quoi qu’il en puisse être, l’acquisition de ces pièces, aujourd’hui introuvables, fut résolue et faite par Joly en 1 8 1 3 , deux ans avant que Lasteyrie eût implanté la lithographie chez nous et qu’elle eût pris rang entre la taille-douce, l’eauforte ou la gravure sur bois. Le recueil où ces estampes sont renfermées toutes provient de M. Doorten, de Breda, et porte au Cabinet des estampes la cote Ad 65. On y trouve une tête lithographiée d’après l’archange saint Michel de Raphaël (atelier de Mitterer), une scène du xvie siècle, par J.-M. Mettenleiter (atelier de Mitterer); deux bas-reliefs de style Empire, signés £\, et représentant des femmes grecques portant des fruits; des paysages, très largement traités, dont l’un montre les bords de l’Isar et les rochers d’où l’on tirait les pierres lithographiques; des vues d’Italie; une chaumière, signée Waagenbauer , 1807 ; une suite de mam-
1. Il y a aussi Joseph Hauber, de Munich, qui donne des lithographies tirées à deux tons, une sainte Madeleine, entre autres.
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mifères, du même; et, successivement, des cerfs, par Winter (datés i8o5 et 1807), des plantes (atelier de Mitterer); puis des arabesques signées P., le tout au