PRISONNIERS RUSSES ET AUTRICHIENS EN FRANCE
Dessiné sur pierre française et imprimé a l’établissement de C. de Lasteyrie, lithographe du Roi.
et bientôt Lasteyrie, Engelmann, Delpech auront relégué la pierre française dans les ateliers d’impression courante.
Pour recevoir le travail de l’artiste, le calcaire ne se débrutissait et ne se polissait que d’un seul côté; l’envers, à peine bouchardé, demeurait fruste. Chacune des planches se taillait à une épaisseur courante de cinq à dix centimètres et se polissait de la manière suivante :
Deux pierres sont placées l’une sur l’autre, leurs faces à polir se touchant; on verse sur celle de dessous un mélange de grès et d’eau, et l’on frotte celle de dessus contre l’autre en tournant et en passant sur les angles avec le plus de soin possible. L’opération dure tant que les deux surfaces présentent des rugosités ou des saillies. Pour juger leur état, on applique sur chacune d’elles une règle de fer, qui ne doit laisser aucun jour et adhérer de partout. C’est le débrutissage.
Le grainage est plus délicat; au lieu de grès, on emploie du sablon jaune tamisé et débarrassé de ses petits cailloux pleins de traîtrise. On mouille le sablon avec de l’eau, et l’on reprend les frottements en évitant de rester au milieu, ce qui creuserait la surface. Quand les deux pierres ont tendance à rester jointes et collées l’une à l’autre, c’est que le grainage est terminé. Pour plus de finesse, on termine l’opération par la promenade d’une molette de verre sur la surface polie; ceci est d’usage pour le portrait ou les œuvres de précision. Cependant, on peut également obtenir deux grainages différents sur la même planche; mais les artistes du milieu du siècle ne s’arrêtèrent guère à ces recherches et les abandonnèrent.
LA TECHNIQUE
Tous ces moyens de grainage se doivent reprendre lorsqu’il s’agit d’effacer un dessin sur une planche usée ou abandonnée. Faute d’y apporter les mêmes soins, un. second dessin réappliqué à la surface paraîtrait comme un palimpseste, et les anciennes esquisses non complètement anéanties viendraient contrarier les nouvelles. Une ou deux lithographies de Devéria sont dans ce cas; c’était besogne à refaire et le plus joli croquis du monde à poncer.
En général, les meilleurs matériaux sont d’un gris uniforme, point blanchâtres ni jaunes. Le gris dénote une plus grande densité du grain et une résistance supérieure. Et puis les dessins y ont plus d’assiette ; ils s’y écrivent mieux et fournissent par elles une plus grande quantité d’épreuves satisfaisantes.
Nous avons ci-dessus parlé du stone-paper sur lequel Géricault dessina quelques pièces à Londres» L’invention était de Senefelder. Il l’avait publiée, avec figures à l’appui, dans un opuscule-album dont le titre est tout le texte :
« Nouvelle invention de M. Aloys Senefelder. Portefeuille lithographique ou recueil de sujets de divers genres dessinés et imprimés sur planches lithographiques, nouvellement inventées pour la multiplication de tous dessins, écritures, cartes et plans topographiques, œuvres de musique, etc.
« M. Aloys Senefelder, inventeur de la lithographie, frappé des divers inconvénients attachés à l’usage des pierres qui sont volumineuses, pesantes, difficiles à transporter, à manier, à conserver, de plus sujettes à casser par l’action de la presse, du froid et de la cha-
leur, s’est, depuis plusieurs années, appliqué à y substituer un autre produit qui réunit tous les avantages de la pierre, sans en offrir les inconvéniens; ses persévérantes recherches ont enfin obtenu un plein succès. Il a trouvé une masse pierreuse qui. portée sur un carton, ou mieux encore sur une planche métallique, remplit parfaitement son objet et a donné à ses planches le nom de planches lithographiques. Elles sont : i° minces et légères, par conséquent faciles à transporter, à manier et à conserver; 2° propres à être imprimées par toutes les presses et de préférence par celles en tailledouce; 3° on peut les avoir de toutes les dimensions; 40 leur impression est facile et elles ne sont pas sujettes à casser; 5° leur prix est très modéré, environ le cinquième de celui des pierres.
« M. Aloys Senefelder a aussi inventé une nouvelle presse portative appropriée à l’usage des planches lithographiques, ainsi qu’à l’usage des pierres et des planches gravées en taille-douce. Cette presse forme une presse à copier parfaite..., etc.
« (A Paris, chez Al. Senefelder et Compagnie, rue Servandoni, n° i3, 1823.) »
Malheureusement, les stone-paper de Senefelder ne donnent dans cet album d’essais que des épreuves fort médiocres. On y voit des paysages, des fleurs de Jensen, un petit Savoyard de Rochat, une montreuse de marmotte par Bœhn, des animaux, une lettre d’Henri IV, un trompe-l’œil à la plume; mais ces œuvres semblent usées et frottées. On sent l’énorme distance qui les sépare des dessins exécutés sur pierre de Solenhoffen.
LA TECHNIQUE
Les Encres et les Crayons.
Lorsque nous parlons de ces choses, il va de soi que nous nous reportons de préférence au beau temps de la lithographie; les procédés que nous indiquons furent ceux des maîtres français travaillant sous la Restauration et le règne de Louis-Philippe. Aussi bien les moyens ont-ils peu changé de nos jours; les résurrections récentes ont retrouvé les pratiques primitives et les appliquent sans grands changements.
L’encre a dans les travaux lithographiques une importance considérable ; c’est par elle que le crayon d’origine se transmet aux épreuves ; dans les tirages, le crayon joue un rôle d’entremetteur, si j’ose dire; il n’est qu’un indicateur et l’encre parle pour lui. Il est donc nécessaire de tenir celle-ci dans une gamme voisine du crayon; les gens du métier accordaient leur préférence à l’amalgame suivant ;
Noir de fumée calcinée 3 onces.
Cire et suif fondus et brûlés ensemble durant 4 minutes.. 2 gros.
Bleu d’indigo pulvérisé 1 gros 1/2.
On broyait le bleu avec un peu de vernis, et petit à petit on ajoutait la cire et le suif préalablement amalgamés; le noir de fumée venait après. La meilleure formule employée dans les ateliers français, notamment chez Engelmann et chez Delpech, s’obtenait en broyant du noir de fumée de résine avec un vernis, en y ajou-
tant de l’indigo en poudre suivant la proportion d’un gros d’indigo (soit 3 grammes) pour deux onces (soit 21 grammes) de noir de fumée.
Seulement, ces matières avaient leurs nerfs; on ne parvenait aux fusions complètes et réussies qu’en procédant sur de petites quantités. On broyait jusqu’au moment où l’encre prenait assez de consistance pour n’être plus facile à couper avec le couteau. L’ouvrier chargé de celte besogne s’y devait consacrer de tout cœur, et ne s’arrêter qu’après l’amalgame définitif, en écrasant la substance à broyer au moyen d’une molette de verre.
Indépendamment de ces encres plutôt artistiques, on fabriquait d’autres produits destinés à l’écriture ou au dessin sur pierre. Ce sont celles dont usait Henri Monnier dans ses croquis à la plume, et avec lui Grandville pour ses charges animalières publiées dans le Charivari ou la Caricature. En voici les principales recettes :
Suif de mouton épuré.. 2 parties.
Cire blanche pure 2 —
Gomme laque 2 —
Savon marbré 2 —
Noir de fumée non calcine. .. . 1/6
On procédait en faisant d’abord fondre en un vase de cuivre sur charbon de bois le suif et la cire jusqu’à liquéfaction ; puis on y mettait le feu durant trente secondes. Le feu éteint, on ajoutait le savon divisé en petits cubes et l’on remuait avec une spatule de fer ou de verre jusqu’à nouvelle liquéfaction. On allumait une deuxième fois le mélange en faisant réduire, et l'on
LA TECHNIQUE
mettait la gomme-laque après avoir éteint le feu. Le noir de fumée passait en dernier lieu, et la spatule