ESSAI DE LAVIS AU PINCEAU SUR PIERRE
Lithographie par Raflet, chez Bry, en 1842.
dans l’aspect un peu neigeux et terne dont les paysages s’imprégnaient; et puis la figure n’y gardait pas ses qualités brillantes de la chair; elle s’énervait de tons neutres et lourdauds que pas une femme n’eût admis. En résumé, tous ces moyens à côté, qu’ils fussent d’une façon ou de l’autre, lavis d’Orschwiler, photographies sur pierre même, ou manières noires de Tudot, disparurent devant le simple dessin au crayon, autrement artistique et résolu, doux à conduire et éloquent dans ses rendus.
Et, puisque nous avons nommé la photographie sur pierre, disons que son inventeur, Poitevin, avait imaginé de transporter sur pierre l’épreuve photographique obtenue sur platine. Ce procédé laissait perdre beaucoup de demi-teintes aux lavages. Asser etOsborne eurent l’idée de faire un report de cette épreuve qu’on tirait sur un papier chromaté, qu’on encrait, et qu’on transportait ensuite à la presse sur la pierre. La pression forçait l’encre à se déposer à la surface ‘de la pierre, et on était alors en présence d’une lithographie ordinaire, traitée par les mêmes moyens que celle obtenue au crayon ou à l’encre. La maison Lemercier a publié nombre de planches photolithographiques, mais leur prix de revient leur a fait céder le pas à la phototypie.
Acidulation des pierres.
Le dessin ayant été exécuté sur la pierre par l’un quelconque des moyens indiqués, tout n’est pas dit; il
LA TECHNIQUE
paration complémentaire assez délicate dont il faut parler.
Le crayon et Pencre, composés comme nous le disions ci-dessus, renferment une certaine quantité
reste avant la perfection requise pour le tirage une pré-
PAYSAGE EXÉCUTÉ DANS LE PROCÉDÉ EN MANIÈRE NOIRE, Lithographie par Tudot pour l’Artiste.
d’alcali. Si cet alcali demeure , l’encre et le crayon restent solubles à l’eau et souffrent des lavages. En outre, les interstices du grain pierreux ont pu se charger de portioncules graisseuses pendant le travail de l’artiste ; si cette graisse n’est pas éliminée, on court le risque de voir les parties de la surface non touchées par le crayon retenir l’encre et se comporter comme le dessin lui-même. D’où les salissures des fonds, les taches noires aux endroits clairs et souvent un travail à reprendre de point en point.
Pour parer à ces inconvénients, on acidulé la pierre en la lavant d’une solution d’acide nitrique et d’eau à 2 degrés au-dessus de zéro. On la place sur la table en ayant soin de laisser une inclinaison et de maintenir en bas les parties les plus chargées de travaux. Supposez un portrait par exemple, la tête traitée plus finement sera en haut, pour que la solution versée au moyen de l’arrosoir se déverse facilement et aille s’arrêter un instant de plus aux habits poussés en noir. On projette l’eau en nappe pendant environ une minute. S’il arrivait que les marges eussent été salies par le contact des doigts, on poncerait la tache en se servant de l’eau acidulée.
L’opération terminée, on passe de l’eau pure pour chasser l’acide, et, quand l’eau s’est écoulée, on gomme, et on laisse sécher la gomme additionnée de sucre candi pour éviter les craquelures.
Les dessins à l’encre obtenus par le pinceau, la plume ou l’aquatinte (procédé Tudot) s’acidulent par une solution d’acide nitrique à 3 degrés au-dessus de zéro.
LA TECHNIQUE
Tout est de surprises en ces recettes empiriques, tatillonnes, où la chimie scientifique ne fera son apparition que bien plus tard. Ainsi la gomme préservatrice employée dans les chaleurs de l’été peut, si on ne la surveille pas, devenir elle-même un acide en s’aigrissant et communiquer au dessin une préparation inattendue. Les Allemands lui substituaient un suc d’oignons conservés dans l’alcool.
En général, lorsque les anciens imprimeurs se trouvaient en présence d’un dessin de valeur, légèrement et coquettement tracé, ils ajoutaient dans un demi-litre d’eau acidulée à 3 degrés au-dessus de zéro un autre demi-litre de gomme arabique dissoute; on agitait les deux matières afin de les mélanger, et l’on agissait plus sûrement sans autant redouter les mécomptes.
L’Impression ; les Presses.
Lorsque le comte de Lasteyrie introduisit la lithographie en France, il apportait de Munich des presses assez primitives, dites à levier ^ suffisantes pour les impressions d’écritures . et de lettres autographiées. Malheureusement, ces instruments, assez rapides, ne donnaient qu’une frappe inégale, et les dessins tirés par ce moyen souffraient de mille inconvénients. Depuis, on perfectionna le système en s’inspirant des machines usitées pour les tailles-douces, et la presse à tiroir j dite à moulinet à cause de la roue motrice, fut universellement admise.
Elle se présente sous la forme d’un établi à clairevoie soutenu par quatre pieds ancrés sur des patins résistants. Un chariot mobile, installé entre deux traverses, est actionné par une courroie enroulée sur l’arbre. Le moulinet (ou la roue) est fixé à l’arbre; l’ouvrier, tirant les branches du moulinet à lui, enroule la courroie, et le chariot, chargé de la pierre et recouvert du châssis, va recevoir la pression que lui communique une pédale sur laquelle l’ouvrier met le pied. Cette pédale actionne une crémaillère qui met en jeu la barre dite de pression assujettie au collier par une bride en fer. Après chaque opération, le chariot, sollicité en arrière par un contrepoids, vient reprendre sa place et l’ouvrier a loisir alors de recommencer les lavages et l’encrage nécessaires.
Diverses autres presses ont été inventées, une entre autres à engrenage, destinée à soulager l’ouvrier tireur, qui n’a plus alors à appuyer sur la pédale; une simple roue à crans mue par une manivelle supplée à tout. Néanmoins, on releva dans la pratique assez de maldonnes pour que la presse à moulinet gardât le pas. C’est encore elle, un peu perfectionnée, que les imprimeurs d’art préfèrent pour les besognes soignées. Elle est d’un maniement plus long, et les épreuves tirées sur elles reviennent à un prix supérieur, mais elle est moins machine au sens défavorable du mot; l’ouvrier habile a plus moyen de faire valoir son adresse et son jugement. En outre, la presr. n communiquée par la pédale étant moins brutale, on- :oute facilité de hausser ou de baisser les accentuations à son gré.
Outre ce meuble premier et indispensable, l’im-
LA TECHNIQUE
primeur lithographe a tout auprès la table servant à poser la pierre sur laquelle le rouleau à encre se vient charger. Le dessous de cette table est un petit buffet où l’on range le noir et le vernis mélangés; un flacon d’essence de térébenthine pour parer aux accrocs et effa-
cer le dessin; un flacon d’acide nitrique; une petite bouteille de gomme arabique dissoute dans l’eau et tamisée.
Les roule tinés à l’encrage sont fabriqués de
bois dense e. .. terminés par deux moyeux qu’on ajuste à des poignées dans lesquelles ils roulent facilement. Ils sont revêtus de flanelle et sont recouverts