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RAFFET LITHOGRAPHIANT SUR PIERRE

Lithographie de Bry, d’après un dessin de Théodose Burette.

de peau de veau, la chair en dedans et touchant à la flanelle. Avant que de servir aux travaux artistiques, ces rouleaux subissent un stage dans les ateliers d’écriture. Lorsqu’ils ont servi, on les débarrasse de l’encre et on les fait sécher sur une planche forée où ils se plantent comme les fiches d'un jeu de solitaire.

Restent les godets d’eau pure, les éponges, les torchons et beaucoup d’autres ustensiles dont l’énumération pourrait paraître oiseuse. Il suffit de dire les choses essentielles.

Un bon ouvrier imprimeur produit environ quatrevingts épreuves par jour avec la presse à moulinet; aussi, malgré les transformations apportées par les presses à vapeur, les artistes s’en tiennent-ils encore au vieil instrument, comme on en est resté, pour l’impression des livres de bibliophiles, aux outils de Gutenberg, tout primitifs et tout simples.

Le T ii' âge.

L’impression d’une planche lithographique exige une multitude de soins, de petits travaux menus et délicats qui constituent un art véritable. L’ouvrier qu’on en charge doit justifier de qualités morales et physiques dont bien peu d’artisans sont doués; la routine ordinaire, possible et suffisante en beaucoup de cas, est ici le pire défaut. Nerveuse et fantasque, soumise à mille accidents inattendus, la pierre lithographique a besoin d’être traitée en coquette, tenue sévè-

LA TECH N IQUE

rement et reprise, dans ses écarts. Tout praticien ordinaire, capable de tirer convenablement des épreuves sur une planche sans défauts, hardie de dessin et de pierre excellente, restera désemparé au moindre accroc. Or ces accrocs sont nombreux, ils tombent à l’improviste, et l’ouvrier qui les surmonte est autre chose qu’un manœuvre.

La pierre ayant été acidulée, puis gommée comme nous l’avons dit, est remise au tireur, qui la place sur le chariot de la presse et la cale. Une fois l’aplomb vérifié, il ajuste le râteau et dispose le châssis. Ce châssis est garni de sa peau de veau, la chair en dessus, tendue au plus possible par des vis, arrangée pour approcher de la pierre à une distance de quelques centimètres sans la toucher. L’énergie de pression se détermine par le porte-râteau, qu’on abaisse de façon à faire porter les biseaux du râteau sur le bord de la pierre sans contact avec les parties dessinées. Suivant qu’il en est besoin, on ajoute ou on retranche à la pression par un régulateur logé sous la culasse du porterâteau.

La pierre attend maintenant son encrage, opération délicate d’où va dépendre le succès. Et, d’abord, l’ouvrier jyrépare son encre en mélangeant du vernis à l’encre d’impression, au moyen d’un couteau, sur la palette dite palette au noir. L’amalgame une fois obtenu, il charge au couteau la surface du cylindre destiné à encrer la planche; puis il roule celui-ci sur la palette, afin d’obtenir un enduit parfaitement homogène, ni cotonneux ni collant.

Reste à enlever la gomme préservatrice ; l’opération

s’en fait avec une éponge, très fine et très propre, trempée dans une eau filtrée et parfaitement pure. Puis, le dessin apparaissant mouillé encore, on prend une autre éponge, imbibée de térébenthine, que l’on promène sur le dessin en évitant d’appuyer et de laisser trace du crayon. Il se produit cette particularité alors que la pierre semble effacée et détruite; il ne subsiste sur la surface que de rares et nuageux grainetis à peine sensibles. Pour terminer, l’ouvrier sème sur le dessin disparu quelques gouttes d’eau ; il repasse une troisième éponge à peine humectée, et il prend son rouleau d’encre.

Après un ou deux repassages sur la palette pour uniformiser l’encre et la bien étaler, on vient appuyer le rouleau sur la pierre de haut en bas, de droite à gauche, uniformément, sans pression trop forte. Aussitôt les parties graissées par le crayon lithographique accrochent l’encre, et le dessin effacé reprend ses vigueurs noires ; un coup d’éponge à l’eau encore et de nouvelles passes du rouleau, tant qu’à la fin, les valeurs étant revenues, il ne reste qu’à faire jouer la presse.

Une feuille de papier, humectée et destinée à recevoir l’épreuve, est mise à même sur le dessin, çelui-ci occupant juste le milieu. Sur le papier, on dispose une autre feuille, une maculature sèche choisie, autant que faire se peut, sans grains et sans défauts. Puis le châssis est ramené sur le tout, on abat le porte-râteau, on échelonne sa pression par le collier. Le chariot mobile qui transportera la pierre sous la presse a été préalablement réglé dans sa course : il n’ira pas plus

LA TECHNIQUE

loin que les limites fixées. Pour le faire mouvoir, Pouvrier met le pied sur la pédale, saisit les branches

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