‹ La lithographieChapitre 6 sur 55 · MADAME PERREGAUX · texte numérisé non relu

MADAME PERREGAUX

Croquis sur pierre exécuté, à Virry, par Horace Vernet, en 1816. (Un des onze exemplaires tirés.)

nationale : « Mnies Lallemant, Moreau, Perregaux, Raguse, Ricamier (sic)\ MM. Delessert, Denon, Fréville,

Hulot, Perregaux et Vernet (H.), sont les seules personnes qui possèdent la gravure lithographique du portrait de Mme Perregaux, fait à Virry, le 24 novembre 1816. »

Toutes ces récréations, comme on disait en ce temps, rencontraient en Lasteyrie un éditeur obligeant, qui sentait au mieux l’appoint fourni par les gens du monde à son entreprise. Mais il n’abandonnait ^point pour cela les profits industriels de l’œuvre ; il se vouait à la reproduction de vases grecs, en deux tons, rouge et noir, à l’imitation de planches sur bois, à la parodie du burin ou de l’eau-forte, à des confections de cartes à jouer, des lettres de part, à des partitions de musique, à tout ce qui constitue encore, pour l’instant, la lithographie commerciale. Engelmann, par contre, s’élevait d’un échelon, visait plus particulièrement à cette heure les besognes artistiques, cherchait à entraîner les dessinateurs, et, dès le 27 août 1816, il déposait à la Bibliothèque royale diverses planches, dont l’une, le Cosaque à cheval , était empruntée à Carie Vernet, les autres à Régnault, à Mongin, par lui-même, Engelmann, devenu, pour la circonstance, interprète sur pierre des maîtres français.

Il ne semble pas que Lasteyrie eût beaucoup payé de sa personne aux débuts de son installation; non qu’il fût inférieur à Engelmann en dessin (car la Bibliothèque nationale conserve de lui des croquis, portraits et paysages, faits à Munich), mais parce qu’il eut de suite assez d’hommes du métier près de lui pour l’aider. En 1817, on voit passer chez lui des gens tels que Vauzelle, Demarne, Gros, Thiénon, Hippolyte Lecomte,

L’IN VENTION DE LA LITHOGRAPHIE. 4j

Bourgeois, Carie Vernet, Horace Vernet, Mlle Lescot. De son côté, Engelmann provoquait, dès 1 8 1 6, la nomi-

Lithographie exécutée par Lasteyrie, en 1816.

nation d’une commission chargée d’expérimenter son procédé, et le peintre Pierre Guérin esquissait sur pierre

ces trois fameuses planches du Paresseux , du Vigilant et de l’Amour couché, qui, jusqu’à un certain point, peuvent être réputées les véritables incunables artistiques de la lithographie. Le mouvement était donné, qui ne devait plus s’arrêter pendant un demi-siècle. Engelmann parait bientôt tenir la corde, parce qu’il est plus jeune, plus entreprenant et qu’il a derrière lui une commandite capable de réaliser des progrès en chaque chose. Un fait certain, c’est qu’au temps où les conservateurs de la Bibliothèque royale inscrivent, un peu dédaigneusement encore1, sur leur registre d’entrée, les lithographies déposées par l’un ou l’autre des concurrents , ils les mentionnent comme « gravées à la manière de M. Engelmann ». (Décembre 1 8 1 6.) Tout officiel qu’il fût, Lasteyrie s’était laissé distancer par son rival dans le dépôt légal au Cabinet des estampes; il n’y songe que le i3 janvier 1817, quand, depuis plusieurs jours, Engelmann avait remis aux gardes quatre figures d’après MIle Auzou , sans compter le dépôt du mois d’août précédent.

Si peu suivis et si dépourvus de sanction pénale qu’aient été les dépôts légaux à cette époque, il nous a paru bon d’étudier ici la marche de la lithographie en France dans les registres de la Bibliothèque nationale. Faute de moyens, le Cabinet des estampes ne s’enrichissait qu’au prorata des bonnes volontés ou des intérêts, comme aujourd’hui encore. Il va de soi que

1. Joly, garde des Estampes de la Bibliothèque impériale, avait pourtant acquis de M. Doorten, de Bréda, en i8i3, un recueil d'essais lithographiques exécutés en Allemagne avant 1 8 1 3. (Voir ci-après, chapitre vu.)

L’INVENTION DE LA LITHOGRAPHIE. 4s

Lasteyrie avait publié de nombreuses planches avant

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