CHÉRET. — STEINLEN. - GRASSET
Trois noms connus de l’affiche, Steinlen en outre comme dessinateur, et Grasset dans la décoration. Au point de vue spécial de la lithographie en couleurs qui nous occupe en ce moment, nous avons peu à glaner parmi leurs œuvres.
Chéret, rénovateur incontesté et maître de l’affiche, n’a point fait à proprement parler d’estampes. Mais s’en rapprochent certaines couvertures de livres, ou vignettes de prospectus, quelques affichettes. On y retrouve les qualités d’entrain et de frais coloris de ses œuvres murales, dont ce sont en quelque sorte des réductions. Quant à l’influence réelle et très large qu’a, selon nous, exercée Chéret sur le mouvement de l’estampe en couleurs, nous l’avons signalée dès le début de cette étude.
De Steinlen également, — bien que par contre ses lithographies en noir soient abondantes et intéressantes, — l’apport est peu nombreux. Nous mettons de côté la production courante dans des journaux quotidiens, matériellement défectueuse et ne pouvant prétendre à un tirage convenable. L’artiste s’est tenu çà et là dans son œuvre à des teintements légers, ainsi cette affichette pour les chansons de Delmet, rehaussée de bistre. Mais Steinlen est un esprit
très adroit , d’inspiration variée et de production féconde , il est très probable qu’il consacrera, dans l’avenir, une bonne portion de ses travaux à la lithographie en couleurs, qui semble devoir être commode à son tempérament.
Grasset a fait un certain nombre d’affiches de petits formats, voisinant l’estampe. De lui, une véritable lithographie en couleurs, la Morphinomane, dans l’album Vollard. Elle manque un peu de légèreté comme tons et comme sujet. Cependant, Grasset par son instinct et sa science de décorateur, son application maintes fois répétée avec succès de la polychromie au papier, soit dans l’affiche, soit dans l’illustration, semble appelé à s’intéresser davantage à la lithographie en couleurs.
LUGE. — SIGNAG. — GROSS.
Les pointillistes se sont essayés dans l’estampe et l’on peut dire gu’ils y ont réussi en une certaine mesure. Sans recommencer ici le procès maintes fois vidé ailleurs (1) de leur mode outrancier, — on constate que dans la lithographie en couleurs comme en peinture, le procédé bénéficie d’une harmonie d’ensemble, ainsi que d’une clarté particulière de coloration. En outre, dans l’estampe le blanc du papier réapparaissant à travers les segments de tons, fait circuler de l’atmosphère et donne de la légèreté.
On ne saurait dire de Luce qu’il soit vraiment pointilliste. Il pratique plutôt une large division de tons. Malheureusement la lourdeur déplait dans cet artiste bien doué du côté de la vision lumineuse. Ce défaut ne se corrige point et choque davantage dans l’estampe. En outre, il cherche à faire un exact fac-similé de sa peinture qui déjà pesante à la toile, écrase le papier. C’est dommage, car il y a chez Luce de la conscience et un vrai tempérament.
(1) Notamment dans Le Mouvement Idéaliste en peinture, précédemment indiqué.
Aussi personnel, mais plus distingué, apparaît Signac. Sa division de tons est accentuée davantage, cependant les tonalités restent fines, et leur agencement harmonieux. En Hollande, une vue de canal par un temps de brouillard, est d’un vaporeux délicat, en même temps que très estampe. L’impression de nature demeure réelle, et l’ensemble est d’un aspect qui charme.
Cross est le plus catégoriquement et formalistement pointilliste, d’un point rond, voulu, sautant à l’œil. Ainsi frappe son estampe de l’album Vollard, où se remarquent néanmoins du décor, une simplicité des couleurs et un arrangement des lignes.