C. J. MAGNAN
Journal d'Hygiène Populaire. :
M. F..A. Baillairgé, prêtre, a fait une œuvre patriotique, en livrant à la publicité ce très re-
marquable et très pratique petit livre sur l’économie politique.
Bossuet a dit, en parlant de la politique, ‘ que sa vraie fin est de rendre la vie commode et les peuples heureux.” Tel est aussi le but de l’économie politique.
Ces lectures sur la nature, la race et la santé dans leurs rapports avec la productivité du travail, sont des plus intéressantes et des plus instrnctives.
Nous souhaitons à cet opuscule la plus grande diffusion possible au sein de notre population.
Nous conseillons à nos lecteurs une lecture attentive de cette remarqnable étude sur l’économie.
Nos meilleures félicitations à l’auteur.
* * * L’Hygiène Pratique, de Paris, a reproduit une partie de cette brochure.
Opuscule rempli de bons conseils.
Le Canada- Français.
HS
La Revue Canadienne trouve que la partie qui traite de la santé et du travail n’est pas assez developpée ; la Revue a raison et nous lui donnerons satisfaction si jamais l’occasion s’en présente.
Vie de M. Le Prévost, fondateur de la congrégation des Frères de Saint-Vincent de Paul, 1803 à 1874, par un religieux de la Congrégation, chez Poussielgue, 15 rue Cassette, Paris, 1890.
Il est important de connaître la vie des fondateurs de congrégations. Les Frères de Saint-Vincent de Paul qui s'occupent plus particulièrement des pauvres et des ouvriers, font immensément de bien en France. C’est une congrégation essentiellement adaptée aux besoins du temps par un mélange harmonisé de l’élément laïc et de l'élément religieux. Nous avons un canadien dans cette communauté, le KR. P. E.
Piché. T”..: maison de Frère de St-Vincent de Paul existe à Québec.
La vie de M. Le Provost nous fait assis-
PT ee
ter à la naissance et au développement laborieux de cette congrégation.
Homme de lettres, homme du monde, homme de Dieu, M. Le Provost donne partout l'exemple du travail et de la charité. La douleur le poursuit sans l’abattre ; il marche souvent dans les ténèbres, sans perdre confiance. Sa vie c’est l'amour de Dieu, de ses enfants, de ses frères. La prudence chrétienne trouve en Jui un de ses plus beaux modèles.
Bien que l’auteur ne soit point maître dans l’art d'écrire, son livre a cependant un vrai mérite littéraire. Le lecteur tout :en étant renseigné sur une foule de choses intéressantes voudrait voir dans cet ouvrage quelques lignes sur les progrès de la communauté, et sur son état actuel.
Ce que l’auteur reproduit de M. Le Prevost, sur un sermon où Lacordaire, jeur e encore, s'était montré très inférieur à luimême, peut servir d'instruction et d’encouragement à plusieurs.
Ce livre est un des plus capables de faire comprendre le souffle de charité qui
HG =
amithaït la jeune société française catho:
lique de 1833 et qui devait enfanter avec la conférence de St-Vincent de Paul tant d’autres œuvres de charité. :
Cet ouvrage, in-8° de 428 pages peut rendre des services à MM. les curés qui s'occupent d'œuvres. Il rendra service à tous en leur faisant connaître une des congrégatiors qui font en notre siècle le plus de bien.
Fautes à corriger, par Alphonse Lusignan — In-12 de 180 pages — C. Darveau, Québec — 1890.
De ces fautes on a dit un peu de mal et beaucoup de bien.
L'auteur a biens fait de publiér cet ouvrage, même après ceux qui existent ; et son œuvre sera féconde en résultats.
- On ne saurait revenir trop souvent sur l'importance qu'il y a, particulièrement en ces jours d’antagonisme, de conserver 1ntact le dépôt précieux de la langue natio-
nale, Une langue bien connue et bien parlée maintient singulièrement le sentiment national et vaut une armée bien disciplinée pour tenir.en respect l’orgueil et la jalousie.
On a reproché à l’auteur de n’avoir pas fait un livre assez classique. Si M. Lusignan avait fait un livre classique, on en userait comme on: use d’un dictionnaire ; on le consulterait de loin.en loin,'on ne le lirait pas. Or M. Lusignan veut que son livre soit /z. :
Sa méthode présentait FFE difficultés, il était à craindre qu'il y eut quelque mono-:
tonie, dans la manière de relever les fautes. L'auteur franchit heureusement l'obstacle et met partout de l’aisance et de la variété.
On peut reprocher à l'écrivain un peu de surcharge, et trop de sévérité à l'égard de certaines expressions. L'innovation n’est pas toujours une faute et ce peut être un bien d’aller parfois à l’encontre de l’Académie.
“juant à la cause du #47 de langue / chez nous, nous ne l’attribuons pas exclusivement aux journalistes.
ER er
Si les Français avaient beaucoup d’Anglais chez eux et à la tête des affaires, ils auraient comme nous des anglicismes.
Si les Français entendaient parler défectueusement, dès leur première enfance, il faudrait aussi publier pour eux Fautes à corriger
Les défectuosités de langage, trop souvent ne sont corrigées ni à l’école ni au collège. Le journaliste qi est passé par là ne saurait donner une marchandise autre que celle de ses fournisseurs.
Les journalistes, comme beaucoup d’autres, tombent dans certaines fautes de langage qui sont dues à la négligence, à la paresse et au manque de goût. Cette marchandise est de leur propre manufacture.
Comme le mauvais exemple ici vient de haut et que les conséquences se font sentir au loin on a raison de traiter les journalistes avec plus de sévérité.
Nous recommandons l'ouvrage de M.
Lusignan. On ferait bien de le donner aux élèves comme livre de récompense.
Cet opuscule mérite certainement d’être lu. Pourtant, il ne contient à peu près rien de judicieux qui n’ait été dit et répété vingt fois déjà, sous une forme ou sous une autre.
Mais lorsqu'il s’agit de purger notre langage des anglicismes et des barbarismes qui le déparent, il faut revenir souvent à la charge, au risque de paraître copier ses devanciers.
Nous félicitons donc M. Lusignan d’être venu, à son tour, signaler à l'attention de nos écrivains certaines. fautes impardonnables qui se commettent toujours, malgré les efforts que l’on fait, depuis un quart de siècle, pour les bannir de nos écrits et de nos discours. Ce qui gâte le travail de M.
Lusignan, c’est le désir trop apparent de grossir sa brochure. Au lieu de s’en tenir à des fautes graves, incontestables et commises par beaucoup de personnes, il s'amuse à établir des #uances (odorant et odoriférant | ; à nous faire remarquer des choses puériles ; ( évêque prend un accent aigu, archevêque n’en prend pas ) ; à relever des fautes qui ne se commettent jamais, pour ainsi dire (temps »#a/adif, débats /angou-
er 90 de
reux, vieux vétéran, gérer à des affaires, etc ) ; à vouloir introduire des. mots français qui n’ont pas leur raison d’être ici ( dottin pour almanach des adresses }. M.
Lusignan a aussi le tort d’exclure certains mots uniquement parce qu’on ne les trouve pas dans les dictionnaires. Voici un exemple de ce rigorisme excessif.
‘€ On dit correctement : Votre mouchoir sent le magnol'a, et on ne peut pas dire :
Cette pomme goñte la fraise. (C’est bien malheureux, car il existe tant de parité entre les deux verbes, et chacun de nous fait cette faute si naturellement ! On doit dire : Cette pomme a le goût, la saveur de la fraise. Mais la langue se perfectionne, et la faute d'aujourd'hui n’en sera peut-être pas une demain.”
Alors pourquoi vouloir proscrire ce mot P Pour la même raison, pourquoi condamner avocasser employé comme verbe actif?
Sans doute, ce mot doit se prendre toujours en mauvaise part ; mais de ce que les dictionnaires, au mot avocasser, n’enregistrent encore qu’un verbe zeutre, il ne s'ensuit pas que nous devions renoncer au sens actif.
‘ Cet homme avocasse toutes les mauvaises causes,” voilà une phrase qui n’est peut-être pas conforme à ce que l’on trouve dans lés lexiques, mais qui n’en est pas moins française. C’est aussi en vain que M. Lusignan cherche à bannir de notre langage s’ennuyer de quelqu'un ; faute charmante, 1 V'admet.
Eh bien ! puisque le mot est c4armant, il restera, en dépit des dictionnaires et de M.
Lusignan ; et en restant il finira par acquérir droit de cité. Du reste, M. Lusignan avoue que ‘‘ cela se dit en Bretagne comme au Canada. ” C’est plus que suffisant. Peu nous importe ensuite de savoir que ce mot charmant “ n’est pas reçu dans le langage officiel.” Les Français du Canada possèdent, tout autant que les Français de France, le droit d’enrichir notre commun héritage. - Dans l'exercice de ce droit ils n’ont, les uns et les autres, qu'un devoir à remplir :
respecter le génie de la langue française, les règles du bon goût et de la logique.
La Vérité.
Eu,
On pourra consulter :
Le Canada artistique de juillet 1890, article de M. Remi Tremblay.
La Patrie du 3 septembre 1890, article de M. Zéphir Bouchard. Il relève de légères inexactitudes ; il trouve risquée la distinction entre caution et cautionnement, telle que donnée par M. Lusignan.
Le Canada d'Ottawa, 18 et 25 juillet 1890. Il distingue dans le livre de M. Lusignan les fautes réelles, les banales, les anglicismes et les fautes qu’il faut continuer à commettre ; 1l trouve M. Lusignan trop sévère pour la presse et craint que son livre ne nous fasse tort à l'étranger.
Le Progrès du Saguenay, 21 août. Il appelle Fautes à corriger “ livre précieux.” 11 ajoute : Le journalisme est une profession, quoiqu’en dise M. Lusignan.
M. Chs Ducharme reproche à M. Lusignan d’être un trop ardent disciple de l’Académie :
‘“ M. Lusignan osera-t-il prétendre par
exempie que les écrivains de la Xevre des Deux Mondes et du Journal des Débats qui écrivent encore charmans, indigens, font une faute ? que Lafontaine faisait une faute en écrivant moult, maint, et autres archaïsmes ?
Je ne le crois pas.
Alors pourquoi aurions-nous tort d'écrire encore à compte comme l’Académie l’écrivait il y a quelques années, arôme, cime, côteau, etc., avec un accent circonflexe ?
Sommes nous plus tenus de nous prosterner devant l’Académie que les Français eux-mêmes P.........
PE
“M. Legendre (1) aussi déprécie trop notre presse. Nos journalistes vaient mieux qu'il ne le prétend. Nous sommes de son avis que ce sont les-avocats qui maltraitent le plus notre langue, qui commettent le plus d’anglicismes. Cela est dû probablement au fait qu'ils ont constamiment à citer des lois anglaises et à plaider devant des juges anglais. Il y a progrès cependant depuis
(1) Dans sa lettre préface aux Fautes à corriger.