‹ La littérature au Canada en 1890 [microforme]Chapitre 25 sur 34 · MON BIENFAITEUR · texte numérisé non relu

MON BIENFAITEUR

Décédé le 30 septembre 1878.

Tout jeune, voyageur inexpérimenté,

Sur le grand chemin de la vie J’allais je ue sais où. Tout désorienté, Je ne connaissais rien, ni la route suivie, Ni celle à parcourir, même le lendemain, N'ayant, pour me guider, ni jalon, ni repère, Errant sans espérance à l’âge où l’on espère ! Alors un protecteur, ou plutôt un bon père, Vers moi tendit sa main, sa généreuse main, Qui m’indiqua l’écueil où la tempête gronde, Et dirigea mes pas tremblants vers l’avenir.

Regretté bienfaiteur, fu n’es plus de ce monde ; Mais je conserverai toujours ton souvenir,

Car !a reconnaissance en mon cœur surabonde.

Quant à la forme rythmique, nous nous sommes demandé si la rime n’était point parfois trop prosaïque et si la texture du vers était toujours assez vigoureuse. Nous remplacerions

volontiers le titre désespoir, page 41, par désenchantée.

Somme toute, les premières fleurs poétiques de M. Lorrain ont une valeur réelle qui fait bien espérer de sa muse.

La maison Beauchemin mérite des éloges quant à l’exécution typographique ; on ne fait pas 1ieux que cela dans le pays.

Les Hémiptères, par abbé Provancher.

Vol. in-8 de 354 pages, illustré. — Darveau — Québec.

“Ce volume fait suite au second, traitant des Hyménoptères. Comme dans les volumes précédents, l’auteur a borné le champ de ses études particulièrement à la province de Québec, cependant, chaque fois qu’il en a eu l’occasion, il n’a pas hésité à donner la description de tout insecte trouvé dans les autres provinces britanniques, ou même en dehors, lorsqu'il a pu constater que c’était une espèce nouvelle. On trouvera dans ce volume la description d’un grand nombre d’espèces nouvelles, et à chaque famille et chaque genre des clefs systématiques pour faciliter la détermination de ses espèces.”

Prix : $2.00, s’adresser à l’auteur, au Cap

Rouge.

C'est le 3ème volume de la faune entomologique de M. Provancher.

On ne saurait trop encourager ce savant Jaborieux qui ne demande qu’à servir la science

et le pays. LR

Ce qu'il faut à l'écolier d'aujourd'hui pour être l'homme de demain. Discours prononcé au petit Séminaire de Montréal, le 2 février 1890, fête de la Purification de la sainte Vierge, par Mr. l’abbé S. Bourassa, vicaire à St. Joseph de Montréal.

Pour devenir un homme, il faut : le savoir les convictions, l’honneur. Relativement au savoir, l’orateur appuie particulièrement sur Pétude du latin, du grec et de la philosophie, étude que les partisans de l’éducation utilitaire voudraient mettre à l’arrière-plan.

M. Bourassa sait faire du solide. Le style est très soigné.

Nos asiles d’aliénés, par Napoléon Legendre —— Belleau -—- Québec —-- 1890.

Le progrès est une belle chose et il fait plai-

sir de voir que les voyants, de ce côté, ne font pas défaut chez nous.

M. Legendre traite aujourd’hui la question des asiles.

Lisons et notons au fur et à mesure.

M. Legendre se propose de parcourir et d’analyser ( page 4) les cinq rapports annuels de M. le Dr Vallée. Cela tranche déjà plusieurs questions, Une autre manière nous plaîrait davantage.

‘ La médecine a progressé (5). Nos hôpitaux d’aliénés doivent réunir tontes les conditions qui peuvent aider l’homme de l’art à remplir sa mission ?”

st 11 y a progrès chez nous, mais pas autant qu’aux Etats et qu’à Ontario.”

L’anteur tient-il compte des améliorations faites à St Jean de Dieu depuis le dernier incendie ?

Dans le pa:sé, a-t-on pu faire plus que ce qu’on a fait, étant données les circonstances connues ?

‘ Nous ne croyons pas qu’il soit arrivé, une seule fois, qu’une personne ait été internée, et retenue à l’asile, sans d’excellentes raisons.”

Voilà qui répond à propos à un récent ayancé de la Patrie de Montréal.

L’auteur démontre (8) que les sujets que l’on désire interner y sont envoyés d’une façon irrégulière.

Pas d’asiles à 5 étages ( 10 ); des pavillons séparés, et un étage seulement au-dessus du rez-de-chaussée, avec une galerie couverte autour du rez-de-chaussée.

Magnifique.

C’est ce qui existe aujourd’hui à St-Jean de Dieu moins les galeries, mais la reconstruction n’est pas terminée.

Pourquoi l’auteur ne dit-il pasun traître mot de ces amélicrations. Un voyage à la Longue- Pointe n’eut pas été hore de miseïavant d’écrire une brochure sur les asiles.

Dès lors, est-il légitime de dire: “il y a cucore hien davantage à faire ( 6 ) pour mettre nos établissements sur le même pied que ceux de la province d’Ontario ” ?

M. Legendre a-t-il lu ce que M. Taché a écrit de la valeur comparative des asiles de Québec et d’Ontario ? il y a là une conclusion qui diffère de celle de l’auteur.

Où est la vérité ?

Traitant de l’autorité du médecin et de l’administration : “ les aliénés, sont maintenant élevés au rang des malades ; dès lors ils relèvent entièrement de l’action et de la direction du médecin et doivent être soumis à une seule autorité.’ M. Legendre ne vent donc qu’une tête. Pour confirmer sa doctrine, il cite un extrait du rapport du Dr Desrosiers où l’on voit plusieurs tétes ! C’est embrouillé. On lit, à ce eunjet, dans cet extrait, que les sœurs de l’hopital Notre-Dame n’ont le droit d’admettre ni de congédier aucun patient ( aujourd’hui les religieuses de l'asile St-Jean-de-Dieu prétendentelles avoir ce droit ? ); qu’elles ne peuvent prescrire aucun remède ( les religieuses de St- Jean-de-Dieu prescrivent-elles des remèdes ?

Serait-ce un mal si ces femmes, qui en savent plus long que certains médecins, prescrivaient quelque chose dans des cas accidentels ou qui crèvent les yeux ? ); qu’elles ne peuvent ni changer ni modifier aucune prescription (connaîton quelqu’un dans nos maisons qui ait eu la présomption de changer les prescriptions ? )

L'auteur cite le fait que les autorités de l’asile ne veulent pas reconnaître l’autorité du bureau médical sur les congés d’épreuve.

‘ Les autorités de l’asile exigent pour mettre

un malade en liberté un ordre signé par l’hoporable secrétaire provincial ou par son assistant. ”

Pour quelle raison l’autorité de l’asile agitelle ainsi ?

L’auteur ne le dit pas.

Les réponses aux questions susdites sont-elles pour ou contre les propriétaires des asiles ?

L’auteur ne le dit pas non plus.

Il conclut cependant ;

‘“ Nous avons en ce point (autorité du médecin et l’administration) de grandes modifications à faire dans les asiles de notre province.”

Avant de modifier grandement ne serait-il pas à propos de s’assurer un peu plus ?

Le personnel de l’asile doit être choisi par le médecin (24). Comment faut-il entendre ce choix chez les religieuses qui sont chez elles ? Lorsqu’une religieuse ne sera pas da goût du médecin qui la renverra de chez elle? Qui devra la remplacer ?

‘ Les gardiens devraient porter des costumes”. Les gardiens dans nos asiies portent-ils

un costume ?

I] faut un travail réglé (29), rétribué (31), manuel et en plein air, autant que possible (32),

sous la gouverne du médecin (34), et sous la direction des bons chefs d’atelier.

Très bien.

‘ Et, sur ce point encore, nous devons constater qu’avec le mode ordinaire d’aifermage, il est bien difficile, pour ne pas dire impossible d’avoir une bonne organisation du travail. La position des propriétaires d’asiles n’est pas assez stable pour qu’ils fassent les frais nécessaires à cette organisation. [ls ont un contrat pour un certain nombre d’années ; qui leur assure qu’il sera renouvelé ? I] y a dans ce mode de direction des asiles un caractère de non permanence, de transition, de non confiance, qui frappe de prime abord et qui déteint sur tous les services. Il y aurait donc de sérieuses améliorations à faire, sous ce rapport, dans nos maisons de santé.”

Pourquoi le propriétaire ne pourrait-il pas faire les frais en question ? La remarque de l’auteur ne prouve pas. Nous lisons dans sa brochure p. 34 (il cite le Dr Vallée): “En définitive ces dépenses relativement faibles seraient bien vite compensées par les bénifices réalisés par le travail des malades ” !

Des qu’une maison donne satisfaction, n’eston pas moralement certain que le contrat re sera renouvelé ?

Les communantés religieuses n’ont-elles pas la stabilité que demande l’auteur ?

Il faut débarrasser l’asile, des infirmes d’esprit qui ne sont pas curables. “Jusqu'ici, dans notre pays, l’assistance de l’idiot a été confondue avec celle de l’aliéné” Dr Vallée, R. de 1887.

Faut-il entendre aussi que les idiots et les aliénés étaient pèle-mèle dans les mêmes salles ?

M. Legendre ajoute ( page 47 ): ‘“ Notre étude est basée sur des rapports officiels qui constatent qu’en Europe, aux Etats-Unis et dans Ontario on : fait des progrès considérables dans cette branche de l’assistance publique, tandis que dans notre province on est encore, à peu près partout, attaché arx vieilles méthodes que tous les pays éclairés ont mises de côté l’une après l’autre. Tous les raisonnements du monde ne réussiront pas à changer ces faits, de même que toutes les récriminations ne nous empêcheront pas de faire connaître la vérité. ”

Une phrase de cette portée, qu’on nous jettera peut-être un jour à la face, devait être mise dans la balance.

Nous avons un étabiissement pour les idiots à St-Ferdinand d’Halifax.

Le gouvernement Mercier a fait passer une loi dans le sens indiqué par l’auteur, les idiots devant être confiés à diverses communautés.

M. Legendre cite le rapport de la commission des asiles où il est dit : Le Dr Bourque de l’asile de St-Jean-de-Dieu a donné ordre de séparer complètement les idiots et les imbéciles des’ sujets périssables.

Est-ce après cela que M. Legendre a droit de nous gratifier d’un certificat d’ignorance et de dire ‘ qu’à peu près partout on est attaché aux vieilles méthodes ? ” Ce n’est pas la science qui a fait défaut ; et si on a eu la science on n’a pas pu avoir d’attachement à un système qui détruisait la science.

L'auteur ajoute, citant le rapport de la commission de 1888 : ‘ jusqu’à présent on n’a tenu aucun compte de l’ordre du Dr Bourque, qui est resté à l’état de lettre morte.”

Voilà une 2ème accusotion nettement formulée. Il faudrait ici d’autres renseignements. 11 faudrait dans tous les cas un bout de critique historique, ce qui ferait voir l’exactitude du fait, s’il y a lieu, et le degré de responsabilité

suivant les circonstances atténuantes ou non.

€ Quand il est question des curables, il faut employer les méthodes qui offrent, les plus

hautes garanties ; et malheureusement, l’affere mage n’entre pas dans cette catégorie.” Puis citant la commission de 1888 : “ ce système a été suivi un peu partout, mais aujourd’hui il est presqu’abandonné p. 51.

Quelles sont les inconvénients de ce système ? C’est un étranger qui va répondre, le Dr. Fallières.

Pourquoi courir si loin ? Pourquoi ne point parler des inconvénients qui existent chez nous, s’il y en a, au lieu d’aller à l’étranger ?

Ecoutous le Dr Fallières : “ Qu’arrive-t-il en effet ? Ces maisonssont fondées dans un but de spéculation, elles entrainent des frais considérables”.

Nous demandons :

Les asiles de la province de Qnébec ont-ils été fondés dans un but de spéculation ?

N'y a-t-il pas autre chose à dire contre le système d’affermage ?

Quand “ même il n’y aurait pas d’exploitation coupable des malades, ajoute M. Dr. Fallières, on est obligé de conctater qu’on est pas en mesure d’exiger de ces établissements les sacrifises nécessaires à l’amélioration des services.”

Et si ces établissements voulaient les faire ces sacrifices ?

M. Legendre ajoute : “Et quand même on

écarterait, comme le dit M. de Falliéres l’hypothèse d’une exploitation coupable il n’en reste, pas moins vrai que ce mode d’assistance ne fournit point aux malales toute la somme et la qualité du traitement auxquels ils ont droit, et ne donne que le mininum des guérisons, ”

S’il n’y a pas d'exploitation, les malades ont nécessairement ce à quoi ils ont droit, la conclusion donc n’est pas logique.

Quand au nombre des guérisons, il n’y a pas ue traitre chiffre.

Nos asiles ont-ils guéri moins d’aliénés, proportion gardée, que les asiles qui leur sont opposés, C’est ce sur quoi nous avons besoin d’être renseignés ? A-t-on peur de toucher ce côté de la question ?

Tout cela se résume en deux mots : faiblesse d’argumentation.

L'auteur se déclare pour les réligieuses comme gardiennes dans les asiles de femmes.

‘ Dans les asiles pour les hommes, les religieux et les laïques, suivant certaines autorités (Qui ?) donnent à peu d’exceptions @rès une égale satisfaction .”

Plus loin (55) M. Legendre dit que les religieux et les religieuses offrent le plus de garanties et cela par ce que, dit-il, à la suite du

Dr Vallée : “ Pour le soin des aliénées, il faut un tact, une patience et un désintéressement que l’on 1”obtient pas toujours à prix d’argent ” (56).

M. Legendre se déclare finalement en faveur du projet de l’Etat propriétaire d’asiles (58). ‘ Nous comprenons, dit-il, qu’il y aurait probablement quelques frais à encourir.” Ce probablement a dû échapper au correcteur d’épreuves.

‘ Mais cette dépense se ferait une fois pour toutes, et la direction des établissements possédés ou controlés par l’Etat re serait pas plus coûteuse qu’elle ne l’est actuellement. ”

Si nous faisions un article sur les asiles, nous en aurions long à dire ici, mais nous ne devons pas sortir de notre rôle de bibliographe.

Qu'il suffise de dire que l’auteur affirme ici purement et simplement, sans appo:ter un mot capable de donner à son avancé le mérite de la

probabilité.

La brochure de M. Legendre a 66 pages, sur og papier. Elle est très bien imprimée.

Cette étude qui, comme on le voit, renferme d'excellentes choses, n’est pas cependant une étude approfondie quant au point de vue qui préoccupe aujourd’hui le pays, et les députés,

pour voter un changement radical dans le système de nos asiles, ont besoin de plus amples renseignements.

Il est vrai de dire que M. Légendre n’ayant voulu que résumer es divers rapports du Dr Vallée, on ne doit point, pour être juste, trop exiger.

Les travaux du Dr Vallée et de M. Legendre ont leur valeur, mais, encore une fois, il est nécessaire que d’autres se mettent aussi à l’œuvre, F. A. BB.

Le Canada au point de vue de l’'Emigration, par M. Herreboudt, Bruges—1190,

Cette brochure a pour but d’éclairer les populations belges, françaises, luxembourgeoises, suisses, etc., sur les avantages que leur offre notre pays au point de vue de la colonisation.

Cet ami du Canada, où il s’est fixé avec sa famille depuis deux ans, est retourné en Belgique au printemps dernier pour y faire connaître les ressources de son pays d’adoption et fonder une société commerciale dont le but serait de coloniser la Gaspésie et d’exploiter les immences richesses naturelles de cette partie de la province de Québec.

Cette société, au capital d’un million de piastres, est aujourd’hui fondée et n’attend que la coopération du gouvernement, sous forme de construction d’un chemin de fer de coloni- . sation dans la Gaspésie pour commencer ses opérations. |

Le peuple belge est laborieux, économe, sobre, travailleur, bon catholique et le Canada-français ne peut désirer une meilleure immigration que celle qui lui viendra de ce côté.

5 déc. 1890. L’ Etendard.

Nos Ecoles, par Napoléon Legendre — 100 pages — Darveau — Québec — 1890.

M. Legendre passe en revue l’enseignement primaire (écoles élémentaires, écoles modèles, académies ) l’enseignement secondaire ( collèges), et l’enseignement spécial (écoles normales, etc.) Il parle de l’organisation des études, des méthodes et de l’hygiène.

Il y a dans cette brochure du faux, du contestable et beaucoup de vrai.

L’Enseignement primaire.

Ecoles élémentaires.

Nous n’admettons pas que l’école primaire soit au Canada obligatoire (page 11), même

d’uue façon atténnée. La raison en est que la rétribution mensuelle de 40 centins pèse sur toutes les têtes et qu’elle n’a pas, par suite, le caractère d’une pénalité. Nous tenous de fait à ce qu’il ne soit point dit que notre l’égislation est entachée de la lèpre gouvernementale qui à nom instruction élémentaire obligatoire.

L’auteur a raison de dire que le salaire des instituteurs et des institutrices n’est pas assez élevé.

La dissection de la phrase, du mot, son origine, con histoire, ses trausformations successives, ses affinités, ses parentés, sont un quelque chos: de trop fort pour l'intelligence bornée des enfants dans l’école primaire (17). Ii faut donner peu à la fois à l'intelligence de l'enfant

Il est vrai de dire qu’il ne faut pas énseignuer le français à la manière des langues mortes.

M. Legendre dit de bonnes choses sur la surcharge que l’on impose trop souvent à la mémoire, il exagère cependant en sens opposé (22). Il cite M. Jules Simon qui voudrait ‘ que l’on cessât prerqu’entièrement de faire apprendre des règles par cœur. ? Il y aurait beaucoup à distinguer dans tout cela.

Ce qu’il faut donner à lenfant ce n’est pas le meilleur absolument c’est le meilleur relativement ; ce meilleur, c’est avant tout l’a. b. c., l'élément de chaque chose.

L’instituteur ne remplit pas une charge de l'Etat, il n’occupe pas un emploi de l’Etat, comuwe il est dit, page 26.

L’instituteur est le suppléant de la famille et non le représentant de l'Etat. La raison en est que ces instituteurs ne tiennent pas de PEtat leur mission et leurs pouvoirs. Ceci, on ne saurait le répéter trop souvent. Soutenir le contraire est une erreur formelle,

M. Legendre dit avec raison, du bien, du Recueil de devoirs de M. Lippens, mais il semble croire, p. 30, que les exercices de ce genre ne sont pas en usage dans un grand nombre d’institutions. Il aurait tort de le croire.

Enseignement elementaire

Académies, Couvents

M. Legendre veut ici un enseignement pratitique p. 31. Nous en sommes dès que lon s’entend sur le sens du mot pratique. Beaucoup de personnes ont des idées fausses sur le sens de ce mot en matière d’éducation. Plu-

sieurs veulent qu’un enfant soit un homme au sortir de l’école,

L'enseignement donne non pas le savoir mais le pouvoir : c’est la clef pour ouvrir.

Enseignement n’est pas synonymie d’encyclopédie.

‘ Le programme de nos académies qui comprend aussi l’école modèle et l’école primaire, est rédigé avec beaucoup de soin, et l'élève qui le suit en son entier doit être apte à remplir un grand nombre d’emplois honorables,” p. 31. Plusieurs songent cependant à modifier ce programme, Ne disait-on pas en chambre deruièrement qu’on enseigne beaucoup de choses inutiles dans nos écoles ?

Dieu nous garde cependant de donner tort à auteur. Notre programme est bon ; il peut être perfectionné, voilà tout.

Nous croyons avec l’auteur, p. 32, que certains éléments de vie publique pourraient être introduits avec fruit dans quelques classes.

Pour notre part, nous enseignons l’a. b. c. de l’économie politique aux finiesauts du cours commercial et aux philosophes, au collège Joliette, et nous avons lieu de nous en féliciter. Il va, sans le dire, qu’il faut toujours se proportionner à l’enfant, et laisser l’accessoir au second plan. [L'important n’est pas de con-

naître toutes les lois, l’important c’est d’apprendre à obéir à la loi !

Quant à la gymnastique, “ il en faut ”” p. 22, mais pas trop. Plus, un peu, que ce que nous avons.

M. Legendre a tort lorsqu'il dit, p. 37, que dans la plupart des couvents le cours n’est pas du tout adapté au genre de vie qui attend la grande majorité des élèves. Il faudrait ici préciser.

On reproche souvent aux religieuses d’enseigner le piano à un trop grand nombre d’élèves.

Lorsque l’on veut creuser un peu, on se trouve ici en face de la volonté du père ou de la mère. Nous en savons quelque chose,

Enseignement secondaire

Collèges

Monsieur Legendre fait erreur lcrsqu’il met le latin, p. 42, dans l’accessoir. Dans nn cours classique, cet enseignement fait partie du prèncipal. L’auteur, disonsle pour être juste, e’amende un peu p. 46. Ilne contredit pas à la conclusion qu’il tire des opinions diverses : ‘ En somme, on semble être d'accord pour

couvenir que l’étude du latin est nécessaire. ”

La vérité, c’est que le grec et le latin ne sont pas encore suffisamment enseignés chez nous, et cela en plus d’un endroit. C’est surtout par cette étude que se fortifient les études classiques.

La méthode américaine sourit à l’auteur :

‘ retarder de quelques années l'étude des langues mortes et la renvoyer aux classes plus avancées. ” La majorité de nos professeurs ne pense pas ainsi, Croyons-nous. Les classes avancées sont déjà suffisamment encombrées et supposent du reste la connaissance du latin.

Pouranoi ne rien dire de la philosophie ?

Pourquoi ue formuler aucun désir sur son compte ? Voilà l’étude qui nous donnera des hommes et de la force.

Pourquoi ne pas déplorer aussi la facilité qu’ont les élèves des écoles normales de se présenter aujourd’hui à l’étude de la médecine, au détriment des fortes études classianes.

Pourquoi ne pas reprocher aux médecins de rendre facultatives au choix des aspirants deux des études suivantes : la physique, le grec, la philosophie ?

Enseignement speclal

Ecoles normales.

Ce que l’auteur dit des écoles normales est vrai à priori.

Quant à leur utilité pratique, tous ne sont pas d’accord. Il y a des esprits distingués des deux côtés.

M. le docteur Meilleur reconmandait, dans son rapport de 1851, “ de faire donner l’ensei- ‘ gnement normal, dans nos institutions d’édu- ‘ cations secondaire, aux personnes des deux ‘ sexes qui serait disposées à se consacrer à ‘ l’enseignement primaire.”

Si ces institutions avaient reçu, dans ce but le un million, cent onze mille, six cent soixante et dix piastres($1,111,670)dépensées pour les trois écoles normales laïques de 1856 à 1880, les résultats ne serait-ils pas supérieurs ?

En 1880, 7 par cent seulement des instituteurs et des institututrices étaient sortis de ces écoles normales ; 93 par cent venaient d’ailleurs.

De 1856 à 1880, les écoles normales ayant été fréquentées par 5,784 élèves, il se trouve que le gouvernement a donné $192,00 d’aide par élève.

Dans le même espace de temps, 16 collèges

classiques et 85 autres institutions ( académies surtout ) ont reçu du gouvernement $801,035, 00. Ces 101 institutions ayant été fréquentées par 461,035 élèves, il se trouve que le gonvernement a donné $1.73 d’aide par élève !

Si maintenant on compare les 16 collèges classiques et les à écoles normales, pour la même époque, il se trouve que les écoles normaies ont reçu 28 fois plus que les collèges ! ceux-ci ayant été fréquentés, de 1856 à 1880, par 50,460 élèves, et n’ayant reçu du gouvernement que $344,652,00.

Il est à noter de plus que les instituteurs sortis des écoles normales abandonnent en grand nombre, après trois ans seulement d’enseignement, pour encombrer ensuite les professions

libérales.

Dieu nous garde de contester le mérite d’hom-

mes tels que M. l’abbé Verreau, et M. l’abbé touleau. IIS ne sont pas en cause, c’est le système qui est en cause.

Les écoles normalesont-elies fait mieux depuis 1880 ? Nous ne sommes point prêt à le dire. Qu’on nous le fasse voir et nous serons

des preniers à applaudir.

Quoi qu’il en soit,il faut des écoles normales,

et d’excellentes écoles normales, et des écoles

normales fréquentées.

Ca et La

Que les règles de l’hygiène ne soient pas suffisamment observées ( 68 ), nous en sommes vingt fois convaincu.

Que les élèves soient parfois trop resserrés ( 70 ), la chose est possible, mais c’est au directeur de chaque établissement, règle générale, à juger de cette affaire.

Qu'il soit mal de faire baiser le plancher (75 ), c’est vrai dans beaucoup de cas.

Quant aux coups de férule, il importe assurément (76) qu’on n’en abuse pas ; quant à les faire disparaître complètement, ce ne serait pas sage. Le Saint-Esprit s’est prononcé sur cette question.

L’éducation physique laisse à désier (78), gardons-nous cependant de soigner moins l’âme que le corps. Pas d’exagération.

Que la propreté du corps soit entretenue par lPnsage des bains (81), c’est ce qu'on ne saurait trop répéter. De ce côté il y a immensément à désirer.

‘ Que l’on s’applique à lire et à dire ” (56).

Tout le monde est d'accord sur ce point,etilya du progrès un peu partout, pas assez cependant.

L’idée de ::ettre les dortoirs au rez-de-chans- ,sée (91) n’aboutira point.

Quant à la nomination d'inspecteurs spéciaux chargés de visiter fréquemment nos pensionnats, au point de vue de la sécurité contre les incendies (p #2), il est à propos de dire que le mot fréquemment est de trop. Nos pensionnats ne sont pas dirigés par des enfants et les divisions ne sont pas changées tous les huit jours.

La sécurité dont il est parlé est nécessaire, mais la nomination d’inspecteurs spéciaux n’est pas nécessaire.

M. Legendre n’aime pas que l’on tutoie les élèves (93), il a raison.

La fin de la brochure de M. Legendre est un peu décousue.

La rédaction est excellente. M. Legendre à bonne réputation de ce côté. Ajoutons que si la certicude ne règne pas toujours dans “Nos Ecoles” toujours y règnent la bonne foi et ia dignité. F. A.B.

Etudes et Récits, par P. J. Bédard, In-12 de 212 pages— 50 centins- G. A. et W. Dumont, 1826 rue Ste-Catherine, Montréal —

M. Bédard, voulant donner un parrain, à.

son petit livre. a fait appel à M. Rémi Tremblay.

Ces pièces détachées méritent considération.et le parrain.à juste titre fier de son filleul, n’a pas tort d'y voir “ un esprit observateur ‘“ un fonds considérable d’érudition, de phi- “ losophie chrétienne, de poésie contemnla- ‘ tive et de ce respect pour la saine morale “ qui est la qualité la plus précieuse de l’é- “ crivain. ” Tout cela s'y trouve, assurément.

M. Bédard a fait montre d’un talent sérieux, qui commande le respect, qui justifie l’espérance des amis er qui mérite l’encouragement. Nous ne dirons pas pour cela que son livre est exempt d'imperfections. L'esprit est encore en marche vers la maturité, et des écarts d'imagination amènent quelquefois des inadvertances de pensée. Par exemple, lorsque M. Bédard écrit que “ la gloire, ‘ c’est le jugement de l’humanité sur un de ses membres,” il émet une proposition évidemment contestable. Voudrait-il nommer gloire le jugement de ’humanité sur Caïn,

sur Néron, sur Caligula ? Et l'humanité n’est pas toujours unanime ni constante dans ses jugements. Elle méprise quelquefois au cours d’une époque ce qu’elle a admiré dans les âges précédents.

‘ De nos jours, on a donné de la gloire à ‘ des hommes qui ne méritaient que la ré- ‘ putation ou la célébrité.” La gloire n’est donc pas le jugement de l’humanité sur un de ses membres. Elle décorile de ce jugement, lorsqu’à bon droit ce jugement honore l’homme qui en est l'objet, et l’impose à l’admiration.

Si la brochure de M. Bédard appelle quelques reproches, elle mérite d’autre part

beaucoup de félicitations.

(L'Association)

Ce livre nous plaît dans son ensemble; ce n’est pas à dire qu’il soit parfait.

Les 32 sujets traités par l’auteur devraient être groupés, le livre aurait par là plus de corps. 11 faut viser de bonne heure à cet esprit de synthèse qui est le véritable esprit philosophique, parcequ’il saisit ce qu’il y a de commun dans les idées diverses.

Certains sujets ne sont pas assez développés; d’autres ne sont pas assez approfondis, plus

particulièrement l’étnde anr la révolution française.

L’aunteur a beausoup lu et :l a su lire, on en a une preuve frappante dans ce qu’il nous dit de ia littérature an XIVe, au XVe. au XVIe, au XVIIe siècle.

Certains articles peu étendus sont trop écrasés par leur titre.

M. Bédard écrit avec une facilité et une correction qui sont certainement au-dessus de la moyenne. |

Les passions littéraires chez lui sont tranquilles et l’enthousiasme est pondéré. Il doit cultiver son penchant pour les études sérieuses. Il doit se livrer à des études philosophiques ‘suivies, à cette condition nous lui promettons Poriginalité souvent et le succès dans la majorité des cas.

L’auteur de Etudes et Récits a des principes et il n’a pas honte d’en faire parade.

Somme tonte son livre nous donne des espérance et nous rappelle dans une mesure ce que nous espérions de Chs.Ducharme à la lecture de Ris et Croquis, bien que lé genre soit ditférent : Chs Ducharme était tait pour la guerre, M.

Bédard est fait pour la paix,

On fera donc bon accueil au livre de M. Bédard. Nous le recommandons aux maisons

d'éducation comme livre de récompense. On ne lira pas sans profit les appréciations données de Erupes ET RéciTs, par Rodolphe Brunet ( MONDE ILLUSTRÉ, 6 décembre 1890 ), et par Jules St-Elme dans l‘Erupranr de janvier 1891. F. A. B.

x" x ( Le Monde )

Quand une lecture vous élève l’esprit, a dit excellemment La Bruyère,et qu‘elle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez pas une autre règle pour juger de l’ouvrage : il est bon.

Cette pensée, qui doit être une règle absolue pour les critiques, m’est revenue en mémoire en lisant Etudes et Récits.

Il peut y avoir dans l'ouvrage du jeune auteur, quelques digressions nuisant à des sujets plus poétiqués, plus agréables à lire et qui retardent l’explorateur dans les récits entrevus; il! peut y avoir même des hors d'œuvre, des divisions peu tranchées; les sujets vus trop de profil peuvent, parfois, manquer d’ampleur, mais tout ce qu’on y lit vous instruit et surtout vous élève l’esprit et suscite les sentiments généreux.

Tout, dans ce volume que j'ai eu un extrême plaisir à lire, est vibrant et la pensée virile ou grâcicuse, est nettement exprimée.

Voilà ce que je loue hautement dans l’ouvrage de M. P.J. Bédard.

Il y a, d’ur bout à l'autre d'Etudes et Récîts, une certaine grâce, une légèreté d’allure, une façon de pensée capricieuse et paradoxale qui dénotent chez l’auteur le

poète et l’écrivain de race.

Dans certaines parties, Mon Pays, L’Amitié, la Musique et la Poësie, et surtout dans Elle et Lui, on peut dire que c’est un livre d'âne. Ii s’ancre en nous, et son charme est tel, à ce petit livre, qu’on le reprend, après lavoir lu, pour le relire.

C’est plutôt un album qu'un livre, à vrai dire,un album dont la rêverie d’un chawmant écrivain tourne les feuilles ; c’est un appel, sans ordre, à des souvenirs qui s’en viennent vers vous, un à un, évoqués par l'histoire de la patrie ; ce sont enfin les méandres d’une âme aui s'est repliée sur elle-même, dans les méiancolies du passé.

J'aurais voulu que dans l’Amitié, M. P. J.

Bédard creusât un peu plus son sujet.

Dans Musique et Poésie on ne lira pas sans plaisir les pages consacrées au Rôle de la

Poésie ; c’est peut-être là ce qu’il y a de plus complet, de mieux étudié dans louvrase où, pourtant, les belles choses ne manquent point.

Le parallèle entre Homère et Virgile est fort bien fait et très bien pensé. Il prouve que l’auteur a soigné ses études classiques.

Quel que soit celui qui lira Etudes et Récits, savant ou ignorant, il finira par y prendre goût et il dira ce que l’auteur aurait pu dire de Virgile on d’'Homère : “ C’est un compagnon dont on a grand peine à se séparer ! ”

J.-B. DE LORDES.

Resterons-nous Français ? par M. Faucher de St. Maurice. — Québec —— 1890.

Le nom de l’auteur, déjà si avantageusement connu du public q'". aime à lire, le sujet plein d'actualité qu’il traite, sont autant de motifs qui nous ont poussé à parcourir d’un bout à l’autre ce nouveau voiume.

Nous n’avons certainement pas perdu notre :

temps. Dans la première partie de son ouvrage, M. Faucher de St Maurice s’occupe de ia langue française. Il nous la montre, depuis son implantation sur le continent américain, en lutte à toutes les haines et à toutes les atta-

ques. Elle y est restée ce qu’elle est encore aujourd’hui ‘ l’interprète le plus habile de l’esprit et de la pensée humaine.”

Avec la seconde partie, nous rajeunissons de vingt ans, c’est beaucoup porr quelques-uns, aussi les jeunes ne liront-ils pas sans une profonde émotion ces pages qui ret:acent les évène , ents de 1870-71. Elles sont pleines de la France, ces pages, et à chaque mot, à chaque phrase, on sent que l’anteur témoin oculaire de ce qu’il raconte, veut faire passer dans l’esprit de ses lecteurs un peu de l’amour qui l’anime pour la mère-patrie, un peu du désespoir qui assombrissait les Canadiens quand ils apprenaient une nouvelle défaite de l’armée fre nçaise.

Voilà vingt ans que ces évènements là ont ont eu iieu. Ilest bon de ne pas en perdre le souvenir. Aussi M. Faucher de St. Maurice a-t-il fait une bonne œuvre en ressemblant dans quelques pages des documents aussi importants.

Ce n’est peut-être pas sans intention qu’il a mis côte à côte, dans son ouvrage, le récit de la guerre faite à la langue française au Canada et celui des sympathies rencontrées en ce pays par la France dans une année de terribles épreuves. Ces deux études se tiennent en effet par plus d’un point, elles se complèrent l’une

par l’autre et font le plus grand honneur à lenr antenr.

Le Courrier de St-Hyacinthe.

On fera bien de consulter sur cette brochure : Le “ National,” nov., 1890, article étendu, de M. P. M. Sauvalle ; La VÉRITÉ, 31 octobre 1890 ; La PRESSE hebdomadaire, 13 octobre 1890, article de J, Ansermoz ; Le MonpE IL- LUSTRÉ, 18 oct., 1890, article de Léon Ledieu; La PRESSE heb., 13 nov. 1890.

Rapport du Surintendant de l’instruction publique de la province Québec — pour 1889-90.

Nous extrayons de ce rapport les statistiques suivantes, qui ne manquent pas d'intérêt pour ceux qui suivent de près le monvement de l’éducation dans notre pays. Voici le nombre de nos écoles dans toute la province :

Ecoles élémentaires...............…. dires 4859 Ecoles modèles... ....................... 481 TT ET Te

Ecoles ons: PR ER 3 Collèges FRE us: sambe = ES Collèges protestants... se. 6

ne e.ooore ..000: {

Ecoles des sourds-muets et des aveugles. 5 Ecoles des arts et manufactures... 10

Total... nie isede RE

Le rapport nous donne ensuite le nombre des élèves qui fréquentent ces écoles :

Ecoles élémentaires, élèves catholinee terre 154,949 Ecoles élémentaires, élèves protes- PS nine eccsmmesssee TI Ecoles modèles, élèves catholiques 46,217

. . vd protestants 3,415 sadémies, élèves catholiques... 25,233 #3 # « protestants 4,955 Ecoles normales, élèves catholiques 194 - - protestants 86 Collèges, élèves catholiques... 4,590 = # sé protestants 250 Universités, élèves catholiques si 660 7 . æ protestants 844 Ecoles des sourds-muets et des aveugles, élèves catholiques... Lean 447 Ecoles dos sourds-muets et des aveugles, élèves protestants... 42

Ecoles des arts et manufactures, US ti es cms à 1,223

Total... sense: cessosensse secs 269,104

Nous comptons 9,238 professeurs pour toutes ces institutions.

Combien nous coûte l’instruction publique dans cette province ? Le rapport du Surintendant nous renseigne suffisamment sur ce sujet.

Les subventions ordinaires et spéciales payées par le gouvernement ont atteint le chiffre de $386,835. Si l’on ajoute à cela les sommes votées pour venir en aide aux institutions littéraires et «scientifiques, $19,650, on arrive à un total de $106,485 votées par la législature pour l'instruction publique.

A ces subventions du gouvernement il faut encore ajouter Jes sommes payées par les contribuabies et qui se répartissent ccinme suit : Taxes annuelles ................ ..….... $815,313.00 Taxes epéciales....….............……. …. 87,495.00 Rétributions mensuelles... 244,972.(0 Sommes dépensées par les institu-

tions d’éducation supérieure... 1,292,617.06

En réunissant toutes ces sommes, on constate une dépense totale de $2,516,882 pour les fins de l’éducation.

Le Surintendant termine ses considérations générales par l’invitation suivante :

Le succès marqué obtenu par votre exposition scolaire à Londres, en 1886, malgré le temps très limité qui avait été donné aux

membres de la commission chargée de lu préparer, engageront peut-être votre gouvernement à prendre part au grand concours international scolaire qui fera certainement partie de l’exposition qui doit se tenir à Chicago au printemps de 1892. Le Canadien.

Pages d'Histoire du Canada, par Benjamin Sulte, 480 pages — $1 00 — Chez Granger Frères, libraires, éditeurs, Montréal—1890.

Cette fois M. Sulte ne nous donne pas une histoire suivie mais bien plutôt une mozaïque composée de différents points d'histoire ; et lorsque ces trois ou quatre volumes auront paru ils formeront une petite bibliothèque facile à consulter puisqu'il y a un index alphabétique attaché à chaque volume.

J'ouvre cet inde* au mot /nfluenza lequel me renvoye à la rage 418, où je lis qu'en 1807 l’influenza e*erce des ravages parmi nous durant tout l’été — ce qui montre que cette maladie n’est pas, comme on le croit généralement, une épidémie particulière à la saison d'hiver. La même chose avait eu lieu en Europe et en Amérique, durant les années 1727, 1732, 1764, 1867, et chaque fois le nombre des décès a été très grand.

Avez vous jamais entendu parler du marquis de Miscou ? Quant à moi je n’ai vu son nom nulle part parmi la noblesse du Canada Il y a toute une histoire sur son compte

Mais à part ces bagatelles, le livre est rempli de bonnes études sur le golfe Saint Laurent, les premiers seigneurs da Canada, ls chevaliers de Malte, le combat du Long-Sault, les anciennes industries, nos découvreurs etc. —et le tout est écrit d’un style qui se fait lire car il est vif, direct et chaleureux.

Citons un passage au hasard :

‘1632 s’ouvrit sans règlement de comptes entre les deux couronnes. Il fallut attenare au 29 mars pour voir signer le traité de Saint Germain-en-Laye qui fi cesser toutes les difficultés Le 13 juillet suivant, Thomas Kertk rendit le poste de Québec à Emeric de Caen, et partit emportant une riche cargaison de fourrures ; les années 1629-32 lui en avaient procurées pour des sommes énormes. Les cent associés envoyèrent en 1632. quelques colons, ce qui donna l'espoir que la culture de la terra allait enfin recevoir sa part d'attention. Au lieu de se concentrer uniquement dans le golfe, l’activité des Français devait se répandre sur le continent et réaliser le rêve du fondateur de Québec, car celui-ci n’est grand dans l’histoire

que par les projets qu'il a conçus, sans pouvoir exécuter lui-même. Tout se liguait contre la réalisation de ses plans. Nous ne lui attribuons pas la gloire d’avoir construit la ville de Québec, puisqu'elle n’était encore qu’une bicoquo l’année de son décès, mais c’est lui qui a rédigé, avec un esprit pratique extraordinaire, ces rapports volumineux où il enseigne comment il faut s’y prendre pour fonder une colonie durable, une Nouvelle France. Quelle joie ne devait-il pas ressentir lorsqu'il remit le pied à Québec en 1633 ! Lui qui avait déjà parcouru le territoire de nos deux grandes provinces centrales et de plus l’Acadie, comme il devait être heureux de voir que ces vastes domaines allaient se trouver entre les mains de ses compatriotes. N'’aurait-il pas pu s'écrier alors avec le héros légendaire :

L'avenir ! L'avenir, l’avenir est à moi.

Malheureusement, des circonstances multiples entravèrent son action. Les guerres que soutenait continuel'ement la France, un penchant nouveau chez les armateurs à se porter vers l’Amérique Centrale, la mort de Champlain (1635) et les guerres des Iroquois qui suivirent bientôt, tout se conjura pour paralyser le développement du Canada. A Port-Royal en Acadie, même état de choses; Razilly n’eut pas

assez de secours ni assez de temps à sa disposition pour exécuter l’œuvre qu'il avait préparee ; il mourut, lui aussi, laissant des petits groupes français, isolés les uns des autres, végélant, peu rassurés et nullement aidés daus leurs entreprises. Ils se maintinrent néanmoins dans ces vastes contrées, et posèrent avec patience et longueur de temps les assises d’un empire français dont Colbert comprit la valeur en 1663.”

Voici maintenant, racontées en peu de mots les a-entures de l’un des interprètes de Champlain :

‘“ Etienne Brulé accompagna Champiain av lac Huron en 1615. Tous deux se séparèrent au lac Ontario et chez les Iroquois, vers Syracuse, Etat de New-York aujourd’hui ; Brulé pour explorer les territoires alors inconnus que nous nommons la Pennsylvanie.

Il y rencontra principalement des tribus des Andastes, peuple qui parlait la langue huronneiroquoise. Après avoir suivi le cours de la Susquehanna jusqu’à la mer, il revint par le pays des lroquois, Tsonaanto'ians, aux environs de la ville de Buffalo aujoud’hui, et tomba aux mains de ces barbares, qui lui arrachèreni les ongles et lui promenèrent des tisons

enflammés sur le corps, mais sans parvenir à

vaincre son audace, tant et si bien qu'ils finirent par en avoir peur et le libérèrent dans l'espoir de s’en faire un allié. Notre interprète découvreur, plus courageux que Stanley et Brazza, retourna au lac Simcoe, puis à la baie Geargienne et ne revit Québec qu’en 1618 où il raconta ses aventures à Champlain. Il avait accompli seul et sans autres ressources que son intelligence et son courage, une découverte qui suffirait pour immortaliser le nom d'un homme--mais, le seul souvenir que l’histoire ait conservé de lui c’est que le pauvre Brulé fut rebrûlé pour la dernière fois vers 1634 au pays des Hurons.”’

Juifs el Chréliens, Un vieux livre el un vieux fusil, Les anciennes horloges, et plusieurs autres chapitres, son des recueils de faits intéressants que tout le monde voudra lire. Des notes sur La Verendrye, un article sur l’intendant Bégon, des observations ‘sur l'histoire de Lachine, l’exeman des papiers.du conseil souverain, sont autant de sujets que l’auteur traite d'affection et avec l’entrain qu'on lui connait.

Lisez seulement son chapitre intitulé Les Hisloires du Canada et vous serez désireux de

voir le reste du volume.

DE LÈèrs MacponxaALp.

Ce nouveau volume Je M nas SOUlevé de critiques amères. 50 tres ont été écoulés en très peu de teiags : c’ast chez nous un succès de librairie. Cet ouvrage mérite de fait la consiaération des amis de l'histoire du Canada. C’est écrit avec facilité, si l’on veut, mais cette facilite, l'auteur la doit à la connaissance de son sujet, il la doit non à des recherches patientes, mais à l'attention, nous dirons, comparative.

M. Sulte ne se tue pas à chercher telle ou telle chose. Il lit beaucoup. En lisant, il rapporte ce qu'il apprend à ce qu'il sait déjà ; il note ; et lorsqu'il en possède suffisamment sur un point, il fait son article. Cet article lui-même s’augmente, disons mieux, s'enrichit à son tour, à la suite de nouvelles lectures.

Pour suivre cette méthode il faut ne pas avoir besoin de sa plume pour vivre. Il n’en reste pas moins que c’est une excellente méthode.

Bien que ‘‘ Pages d'hisloire du Canada ” soit une série d'articles distincts, ce n’est pas une série d'articles disparates.

L'auteur nous fait tout d’abord connaitre les “ Histoires du Canada,” c’est une clef qui devrait être dans les mains de tous.

Puis il nous parle d’Hochelaga, de la Pelile

Hermine, ce qui nous porte aux premiers temps du Canada, Une carte du Canada ancien,

trouve ici naturellement sa place, ce qui rous fait faire connaissance avec un récent ouvrage trop peu connu : ‘‘ Les Découvreurs francais,” du XIVe au XVIe siècle, par Paul Gaffarel.

Fait suite ce qu’on peut appeler l'hisloie du golfe St-Laurent.

M. Murray auteur de Lake Champlain and ils shores recoit une lecon qui parait méritée. Puis il s'agit des inlerprèles de Champlain. des Premiers seigneurs du Canada, d’un contrat de mariage le plus ancien dont il est fait mention.

Habilants versus hivernants détinit la signification exacte de vieux mots qui ne doivent pas être confondus.

La légende des Chevaliers de Malte au Canada se rapporte au commencement de la coionie, M. Sulle en parle au long, et en habile critique.

Les autres études sont :

Portneuf el le Cap-à-l'arbre,

Le siège du Long-Saull,

L’expédilion de 1666,

Lachine,

Conseil souverain.

Eæamen crilique du ler vol. “Documents hisloriques ” publiés en 1883-85.

Famille de Sl-Ours,

Pecaudy de Contrecæur,

La Yérendrye, .

La Franee el le Canada.

Il ya d’excellentes choses dans cette dernière étude ; notre manière de voir difière cependant un peu de celle de l’auteur quant au degré d'influence bienfaisante de la vieille France sur le Canada.

Nous sommes à la page 374. L'ensemble des articles de M. Sulte constitue donc, à sa manière, une hisloire du Canada sons la domin:tion française.

Les articles qui suivent ne sont pas autant en relations : Cantons de l'Est ; Vieilles horloges ; Les centenaires ; Juifs el Chrétéens ; Un vieux livre el un vieur fusil ; De Terreneuve aux Montaynes Rocheuses ; Bégon ; Les inieltes de l’histoire ( poésie.)

On lit ce livre avec plaisir. Le style est bon sans recherche ; le ton gai, l'expression vive, la phrase alerte. La partie typographique est soignée. Bon livre de prix. F. A. B.

Rapport annuel du surintendant de l’aqueduc de Montréal pour 1889.

Les spécialistes liront cette brochure avec plaisir, car elle est faite selon toutes les données de la science. [es analyses de l’eau que l’on boit à Mritréal, par M. C. A. Pfister, ne manquent pas d'intérêt. F. A.B,

Rec” eil de Prières en langue micmacque,

par "gr Chs Guay. — Protonotairc Apostolique

ad instar, — Ancien missionnaire des sauvages Micmacs à Ste-Anne de Ristigouche,

Nous accusons réception de ce recueil et nous otirons nos plus sincères remerciements à l’auteur de ce gracieux envoi.

Les charmes de la langue micmacque nous sont absolument inconnus, et pour présenter au ‘ pt blic ce nouvel ouvrage nous nous permettons seulement de reproduire les quelques lignes de préface signées par l'auteur, et qui en accusent tout le mérite:

“ En entreprenant la publication de ce petit Recueil de Prières, mon unique but est de proeurer la gioire de Dieu, atin que ces pauvres sauvages de Ste-Anne de Ristigouche continuent à prier le Seigneur dans leur belle langue micmacque.

‘ Que l’on fasse les plus grands efforts pour qu’ils conservent leur langue, si l’on veut les conserver dans la foi catholique.

Je prie le Seigneur de bénir ce modeste travail.” La Justice.

Les Grands Drames, par le jnge A.-B.

Routhier — 1ère série, 448 pages $7.00 la douzaine — Beauchemin — Montréal — 1890.

‘€ C’est une étude profonde et pleine d’intérêt des grands dramatistes du monde, et les chefs-d’œuvre du théâtre y sont appréciés au triple point de vue littéraire, moral et religieux.

Le livre s’adresse à tous,. à la jeunesse comme à l’âge mûr, aux lettrés comme à ceux qui ne le sont pas, et il est à la fois, curieux, émouvant et varié.

Original, sans bizarrerie, élégant sans recherche, penseur sans pose, moraliste sans exagération, l'auteur amuse, corrige, élève et instruit, provoquant tour à tour le rire et l’émotion, la critique et l’enthousiasme.

La Presse.

Bien que la couverture de ce volume porte au recto 1889, il n’a vu cependant le jour qu’en 1820.

C’est un ouvrage qui mérite l’attention du public lettré et même non lettré. Les amis du beau jouiront dans cette lecture ; quant aux autres ils s’instruiront et concevront quelqu’amour pour le beau.

Voici la table des matières, dans toute sa simplicité :

AU IINIBUR. evo sstrso ve ceoneodesrnrss ls covos as ee 5 EsCHYLE — Prométhée... .... .…

SOPHOCLE — (ŒEdipe...., ARR ED EE à SP Te SHAKESPEARE — Macbeth ............ soso. ssssessse 99 COR Fou... ue: ocnocrageesvervacs ot 165 CORNE... ide iron cssoesciseuss RE .. 235 PT À ER CU LS PR ie re .. 248 Horace ......... Soit air anse she sie hu 273 CRD nr: Jetnimeaseres es sc 286 Polyeucte......... PT RU Tr pie de 303 MAC :.... spots ne se das MER es unie 329 Andromaque ......... HS LS ess ennui . 336 ENIVÉRIE. 5 rise A FT CT ON PE TT .. 369 Victor HUGO .......... se cadeau 391 Hernani .... RE RO RC de 414 Marion de Lorme........................... 436 Le roi s'amuse... .:...... Se ..°. 440

L'étude sur le Prométiée d’Eschyle est de ia haute apologétique chrétienne. Tont en faisant ressortir le génie collossal du poète grec, l’auteur nous fait voir, 500 ans avant Notre-Seigreur, une image de celuidont Tertullien a pu dire : “ Voilà le vrai Prométhée. ” L’écrivain se trouve en face des grandes traditions ; il croit entendre le roi prophète décrivant à l’avance les traits de l’envoyé céleste.

Une lecture de ce genre est propre à faire grand bien aux erprits revêches qui n’ont de foi que ce qu’il fant pour ne pas être infidèles.

Les âmes éclairées verront là que le pagauisme ne fut pas privé de toute lumière ; elles en béniront Dieu, car ces pâles reflets unis à

l'observation de la loi naturelle ont pu prolnire des effets qui seront peut-être pour nous, dans l’autre monde, un grand sujet de surprise,

Dans l'Œdipe de Sophocle, nous respirons encore dans une atmosphère qu’une révélation véritable a peupié d’ombres grandes et mystéricuses. Prométhée, coupable, attexi sa délivrance, (Eidipe est un pécheur réhabilité, c’est la ditférence.

ML.le juge Routhier nous rappelle iei, par l’ampleur du style et par le ton éleve de l’appréciation, un grand magistrat, et un grand homme de bien, Angunste Nicolas, auteur des Etudes philosophiques sur le christianisme.

Avant de parler de Shakespeare, l’auteur jette un coup d'œil sur la renaissance.

Le poète anglais paraît magnifiquement drapé ; si sa grandeur nous éblouit, lextraordinaire abondance de l’auteur nous frappe aussi : quelle variété de couleurs, quelle richesse d’expressions,

Si l’auteur se plrit dans l’analyse littéraire, il ne s’appiique pas moins à l’analyse psychologique et morale, plus particulièrement dans son appréciation de Gœthe.

Ce n’est pas sans une certaine terreur qu’on

le suit dans la considération de ces sommets intellectuels qui, si rapprochés du ciel sont si loin je Dieu !

Corneille et Racine sont l’objet d’études qui si elles sont longues par le nombre de pages “ont courtes par l’intérêt qu’elles commandent. C’est urie analvse littéraire très alerte, accompagnée de quelques-unes des plus belles pages des deux grands classiques du XVIIe siècle.

Victor Hugo nous apparaît ensuite avec sa subliniité et ses énormités, avec ses chefsd'œuvre et avec ses monstres. L’auteur rend justice au génie, mais il flagelle impitoyablement i’utopiste révolutionnaire et le chef d’école antisocialiste.

«En résumé : ce livre du juge Routhier est

grand et par l’idée et par la forme.

Nous attendons une nouvelle série.

Canadiana. Nous avons reçu une brochure intitulée Canadiana publiée par M.W.J. White, président de la Société Historique de Montréal. Cette brochure renferme plusieurs sujets importants, entre autres : Le mouvement littérai-

re en Canada jusqu’à 1841, par Mlle Blanche L. Macdonell ; Le Tour de Trafalgar, par l’éditeur ; Le Canal Lachine sous le régime farnçais par M. Robert C. Douglass, et nn épisode de lu révolte de 1837-38 par M. W. D. Ligthall.

Toutes les personnes qui s’intéressent à l’histoire de notre pays trouveront dans cet ouvrage des renseignements précieux et propres à jeter de la lumière sur des points qui étaient restéa obscurs jusqu’à ce jour. Nous en conseillons la lecture à tous ceux qui ont à cœur de connaître les évènements que renferme notre histoire politique et littéraire.

Le CuoLTivATEUR.

5 avril 1890.

Récits de voyages, var Arthur Buies — In- 12 de 271 pages — Darveau — Québec — 1890.

Cet ouvrage compréud trois parties distinctes: Sur le grands lacs. — À travers les Laurentides. — Promenade dans le vieux Québec.

On ne ‘se trouve pas tout à conp sur les grands laés: les voyages ont leur préface.

L'auteur part dn Coteau-du-Lac, vrai point de départ pour les pays d'en haut. Il traverse le lac Saint François, s’arrête à Cornwall, parle

de Prescott, dit un mot de Brockville, décrit le passage à travers les Mille-Iles. Alexandria Bay, sur la rive américaine en présence des Mille-Iles n’est pas oubliée. Un chapitre sur Kingstor, puis le lac Ontario, avec Cobourg et Port Hope. Toronto est l’objet du chapitre IV. Suivent quelques mots sur la baie Georgienne et sur le territoire du Muskoka. Nous voilà bientôt sur le lac Huron ; la grande île Maniiouline attire l’attention : elle n’est pas solitaire, en ces eaux, puisque le long des rivages de la baie Georgienne et du nord du lac Huron on a compté 27,000 îles ! Quelques détails eur le sault Sainte Marie, puis le lac Supérieur | celui qui ne le cède qu’à l’océan ! ! L’auteur passe au large de la baie Michipicoten.

‘ Quelques heures après nous arrivons à ‘ Otter Cove ” ( Anse à la Loutre). Nous y entrons ; nous pénétrons dans cette brèche profonde faite aux masses de granit qui étagent leurs lourds et formidables entassements sur toute la côte nord du grand lac. Depuis que cette terrible blessure a été pratiquée dans ses flancs, la muraille de rochers qui surplombe le lac a eu le temps de se couvrir d’une nouvell: couronne de pins, d’épinettes et de mélèzes qui glissent comme une cascade de sourcils, jusqu’au bas des pentes, le long des arêtes et des parois des rocs, et vont s’éparpiller en petits groupes perdus dans les mille anfractuosités et déchirures de la côte. Cette côte est toujours

frémissante d’échos. Tantôt c’est le tonnerre qui promêne ses roulements, comme un galop de chevaux aériens, dans les gorges et sur les cimes retentissantes ; tantôt «’est la tenipête qui précipite les flots du lac sur ce rivage d'airain, Où ils se brisent en jetant dans l’air une écume furieuse ; et tantôt le vent apaisé bLalance les têtes des arbres, dont la longue ondulation rappelle le bruit sourd d’une houle profonde et lointaine.”

Après un compliment aux truites du lac Nepigon, notre voyageur entre dens la baie du Tonnerre au fond de laquelle se dessine Port Arthur, Au-delà c’est le grand Nord-Ouest canadien.

Tout cela se lit avec une jouissance considérable. M. Buies est un grand peintre de la nature. La Providence lui a donné ample provision d’images et de couleurs. Les descriptions sont ravissantes. Nous observerons cependant que l’idée de la divinité ne se reflète point assez dans ces grands tableaux ; aussi, dans plus d’une circonstance, l’auteur voltige plus qu’il ne vole, N'est-il permis de se demander s’il n°y a pas de loin en loin quelques teintes de faux brillant ? C’est si peu que chez un autre il n’en faudrait point parler. Chez notre grand portraitiste cependant nous voulons de ce côté la perfection.

Ce que nous admirons dans le genre de M.

Buies c’est la facilité avec laquelle il donne nne âme et un corps à la nature, il fait vivre et se mouvoir ce qu’il décrit, et cela sans le moindre effort.

Dans à travers les Laurentides, c'est le nord de Québec, le lac St-Jean, et le St-Maurice, qui attirent particulièrement l’attention de l’écrivain, Le genre ici diffère un peu. Le style est plus familier, les détails plus nombreux, le sentiment patriotique plus souvent affirmé. M]. Buies est un grand patriote, un grand ami de l'expansion des Canadiens-français, Aussi applaudit-il avec éclat toutes les fois qu’il constale quelque part un progrès. De jolies descriptions trouvent à propos leur place.

Ce travail ainsi que celui sur les grands lacs constituent une géographie historique et descriptive des plus littéraires.

Il y aurait un parallèle à faire entre M. Buies et M. Routhier, à certains points de vue du moins. Nous n’entreprendrons pas aujourd’hui ce rapprochement, Nous nous contenterons de dire que M. Buies arrive en général à l’idée par l’image tandis que le juge Routhier semble arriver plus souvent à l’image par l’idée. La puissance d'idées est très considérable chez

l’auteur des Grands Drames, la puissance d'images est extraordinaire chez M. Buies. S'il y à plus de peinture à l’huile chez le juge Routhier, il y x plus grande effloraison de dessins chez l’anteur de Récits et voyages.

La Promenade dans le vieux Québec nous dit des choes «connues sans doute, mais sons une idée d'ensemble qui donne au récit de l’intérêt.

L’histoire des vieilles choses de Québec est par elle-même pleine de charmes. Les réflexions originales de l’auteur ne rendent ces pages que plus attrayantes.

Nous n’avons rien dit de la correction du langage et de la propriété des termes. M Buies est sous ce double rapport l’un de nos écrivains les plus remarquables. Quant à la partie typographique, elle fait honneur à la maison Darveau.

Les Bibliothèques populaires, par Eugéne Rouillard — In-12 de 62 pages — Demers — Québec — 1890.

M. Rouillard a fait une étude élaborée,

cie FYE. >

aussi son travail a de la valeur. Il désire que l’ouvrier lise, que l'on mette pour cela à sa disposition des salles et des bibliothèques. Il apporte de bonnes raisons et il cite de beaux exemples, aux Etats-Unis surtout.

Il constate qu’on ne lit pas beaucoup au Canada ; nous croyons que la lecture est un peu plus répandue cependant qu’il ne le croit. Dieu sait ce qu'il se lit de feuilletons. Avouons que ce n’est pas la lecture utile, dans le sens de M. Rouillard. Nous reprocherons à l’auteur de ne rien dire de nos bibliotèques paroissiales ; il y en a des centaines, croyons-nous, dans la province de Québec, et ces bibliothèque ont fait du bien. La bibliotèque du Cabinet de Lecture, de Montréa}, à fait aussi grand bien.

Nous tenons comme l’auteur à ce que l’on fonde’ des bibliothèques, maïs à une condition, c’est que chaque volume devra recevoir l'approbation de l'autorité ecclésiastique.

Les bibliothèques purements laïques nous font peur. Le livre sauve ou damne, il emporte donc que la bibliothèque ne devienne pas une chaire de pestilence. Pas de biblioque laïque, si l’autorité ecclésiastique n’a pas la liberté d’en faire sortir les livres qu’el-

le trouvera bon d’en exclure.

Quant à taxer les électeurs municipaux pour l’établissement de bibliothèques municipales ( page 48 de la brochure) cela ne nous sourrit guère.

Dans tous les cas, nous serons toujours des premiers a travailler à la fondation de bibliothèques qui seront des écoles de moralisation et de saine instruction. M. Rouillard a bien fait d'étudier cette importante question.

Il y a dans sa brochure du soin et de la méthode.

Il est à propos d'ajouter ici qu’à la dernière session, le gouvernement de Québec { bill de l'hon. M. Langelier ) a fait adopter le projet de loi qui donne aux conseils municipaux des villes et des campagnes le pouvoir d'accorder des dons en argent pour la création de bibliothèques publiques.

Cette mesure est-elle bonne ?

Avant cette loi, le code pourvoyait à la création de bibliothèques publiques — voir les articles 2236 et 2237 des statuts revisés de la province.

Jusqu'à présent ce sont les municipalités scolaires qui ont eu le droit d’établir les susdites bibliothèques, de plus, les bibliothè-

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