GEO. LEMAY
La Région du Lac Saint-Jean, premier de la province de Québec —- guide des colons — rédigé pour la compagnie du chemin de fer de Québec et du Lac Saint-Jeau, par A. Buies, Québec, 1890,
Cet ouvrage — 45 pages et plusieurs belles gravures — se donne sur demande au burean de la compagnie, à Québec ; s’adresser à M.
A. Hardy.
C’est une bonne page de renseignements et une belle page de géographie.
Les Canadiens ignorent le Canada.
Lisons cette brochure.
Les Hommes du jour. C’est le titre d’une publication qui va marcher 2, 3 ou 4 ans,
sinon plus, sous la direction de M. L. H. Taché. C’est une galerie de portraits contemporains. L'ouvrage comprendra 40 livraisons. Chaque livraison est de 50 centins, et le montant de souscription est de $20.00,
Chaque biographie est accompagnée d’un portruit ; c’est ainsi que le premier fascicule nous donne le portrait et la biographie de Sir John A. Macdonald et de l’hou. Wilfrid Laurier.
Les portraits sont magnifiques et l’ouvrage In-4o est imprimé avec luxe.
C’est une louable entreprise, et il faut espépérer que M. L. H. Taché la mènera à bonne fin. Cette galerie cependant n’aura de valeur que si les biographes mettrent de côté les fausses louanges pour ne se préoccuper que de la vérité.
Disons un mot des susdites biographies ;
Sir John À. Macdonal, par John Francis Waters.
La lecture de cette biographie laisse sur son auteur une impression très favorable. M. L.
F. Waters n’est pas un penseur ordinaire. Il n’a pas, sans doute, le brio de M. Fréchette,
mais, quelle pondération de jugement, qu’elle richesse de réflexions heureuses, et que de substance en peu de mots! Un homme gagne beaucoup à avoir un biographe de ce genre.
L'auteur trouve beaucoup de ressemblances entre Sir John et Benjamin Disraeli, comte de Beaconsfield.
Contentons-nous de citer le portrait qu’il fait de Sir John, au point de vue de la parole :
‘ Sir John Macdonald n’est pas un oratenr dans le sens ordinaire de ce mot ; et cependant peu d’orateurs savent captiver nn auditoire et commander l’atteation de la chambre d’une manière aussi absolue, aussi magnétique, qne le premier ministre. Sans doute beaucoup de cette attention est due au fait que c’est Sir John ” qui parle, chacun voulant savoir ce que le vieux chef va dire : mais il y a en outre l'attrait de la forme, caractéristique chez Sir John, et la précision de Pidée, qu’il exprime toujours avec le mot propre Voilà ce que Jui fait un genre à part dans lequel il excelle et que nul autre dans notre parlement n’a su approcher ; c’est un genre plus en faveur dans le parlement impérial que dans le nôtre. Sir John n’a pas d’abondance de parole ; au contraire il cherche souvent le mot, probablement à dessein; il se barne plutôt à dire exactement qu’à orner son discours de fleurs de rhétoriqne, ce qui fait qu’il n’est jamais embarrassé. L’esprit et l’humeur abondent dans ses discours sans en exclure 1a sagesse. L’anecdate y trouve
toujours sa place et ne manque jamais de provoquer les applandissements de la chambre.
Personne mieux que lui n’est habile à analyser rapidement le discours d’un adversaire en en faisant ressortir, avec sarcasme ou faveur, les parties remarquables ou faibles. Sa voix n’est pas forte, mais elle s’élève avec son sujet et se fait entendre jusqu'aux coins les plus reculés de la chambre ; quand les circonstances sont solennelles, elle prend parfois, comme lors du débat de la question des Jésuites, un ampleur qui étonne et impressionne vivement, Presque toujours, Sir John a l’air de plaisanter, souvent même quad tont le monde se laisse emporter par un sentiment exagéré de l’importance d’une question ; mais, dans les occasions où de grands intérêts sont en jeu, la gaieté fait place à l’émotion et le tremblement de sa voix, autant que sa tenue, ne laisse pas de place au doute sur la sincérité de ses convictions. Disons, en terminant ce portrait, que, dans ses premières années, Sir John fut un des orateurs populaires les plus actifs et les plus aimés du pays. ”
* x + Vilfrid Laurier, par L. Fréchette.
Cet biographie est avant tout l’éloge de l’o-
rateur :
“Chose rare chez les orateurs à parole facile et nombreuse, son éloquence ne s’abandonne jamais à la fougue. Elle vous intéresse plutôt qu’elle ne vous secoue. Elle ne vous fait
pas toujours passer le frisson dans les cheveux, mais elle vous berce, vous gagne, vous convainc. L’enthousiasme qu’elle provoque est raisonné. Point de périodes on d'images ne visant qu’à letfet littéraire ; nulle recherche d’esprit ni d’expressions sonores ; jamais d’appels exclusifs aux sentiments ou aux passions de lauditoire ; rien que du bon sens, de l’honnêteté, de la logique ; la vérité toute belle.et toute pure, dans une langue correcte, savante, abondante, mélodieuse au possible, et pleine d’une énergie virile, devinée plutôt que sentie, sous la nervosité d’une phrase limpide comme Peau de roche.”
Il dit du chef de parti :
“Renseigné sur tous les points, toujours prêt à la riposte, jamais découvert, d’une prudence sans pareille dans ses mouvements, ne laissant rien au hasard, charmant ses amis par sa crânerie, désarmant ses adversaires par sa loyauté courtoise autant qu’il les étourdit par ses brillantes charges à fond de train, il ne fait jamais une fausse manœuvre, ne se laisse jamais prendre au dépourvu ; et, s’il n’écrase pas l'ennemi à chaque rencontre, au moins est-il bien rare qu’il ne couche pas sur le champ de bataille.”
Il dit de l’homme lui-même :
«C’est le patriotisme servi par le libéralisme, Patriotisme avancé, c’est-à-dire large, éclairé et sachant regarder l’avenir en face ; libéralisme restreint, c’est-à-dire délivré de toutes
les exagérations et de tous les rêves utopiques dont il s’enveloppe souvent dans certains pays d'Europe.”
M. Fréchette manie bien la plume. Il est souple, rapide, coloré.” L’enthousiasme l’emporte bien un peu, mais on le lui pardonne, car on sent que c’est le cœur, ici, qui écrit.
Cette étude bien qu’irsuffisante en profondeur et en étendue, mérite cependant avec raison de titre de très gracieuse.
Puisque nous en sommes à Monsieur Fréchette, nous tenons à noter que nous ne lui pardonnons guère la pièce de vers qu’il a faite à l’occasion du cinquantenaire d’âge de l’hon. H. Mercier. Ce genre n’a pas l'air de lui convenir. Il y a là des choses d’un goût douteux et des vers é[ curiens qui ne font pas honn ur à l’auteur. Nous aimons à croire que c’est l’improvisation hâtive qui a joué ce mauvais tour à l’auteur de la Légende d’un peuple. Nous n’aurions rien dit si ces vers n’avaient pas reçu une aussi grande publicité.
Quant à sa pièce de vers, à l’occasion des noces d’or de M. le curé Boucher, nous tiendrons un langage différent. C’est une des plus jolies choses qui soient sorties d’une tête canadienne-française, et qui ferait grand honneur à
n’importe qu’el'e plume. Nous citerions cette
pièce en entier si nous avions quelque peu plus d’espace. Nous en conseillons fortement la lecture.
Le Vieux Lachine et le massacre du 5 août 1689, par Désiré Girouard -- brochure In-120 de 76 pages,— Berthiaume — Montréal
Ce n’est qu’à la dernière minute que nous nous sommes aperçu que cette brochure datait de 1889 ; nous avions toujours lu 1890 ! Tant pis pour nous |
Voilà encore une publication sur laquelle il n’est pas facile de mettre la main: elle n’en est sans doute que plus précieuse. Ecoutons M. Benjamin Sulte, dans Pages d'histoire du Canada, pages 309 et 310 :
M. Girouard a l’amour du passé. S’il rappelle les souvenirs de ce temps là, c’est pour stimuler notre ardeur patriotique. L’orgueil du sang est un ressort qu’ii ne faut pas laisser affaiblir. En nous racontant les malheurs et les exploits de nos pères, il fait plus que de verser un million de piastres dans nos poches.
Dans sa brochure la disposition des matières n’est pas aussi claire qu’il le faudrait; cela est dû à certaines pièces qui n’ont été trouvées qu’au moment où la matière de toute la brochure était composée ; néanmoins tout y est et le lecteur n’éprouvera aucune peine à grouper les faits dans sa mémoire selon qu'il le ‘igera à propos.
Les gravures dont l’ouvrage est orné valent dix fois le prix marchand de la brochure.
Voyez-vous le fort Rémy en 16712? C'est le berceau de la paroisse de Lachine. A côté est le portait de Cavalier de Salle qui le premier porta la civilisatin dans ces endroits. Les vieilles maisons de Jacques LeBer et de Charles LeMoyne, très normandes sont à croquer. René Cuillerier, l’homme aux aventures, à aussi l’image de +a résidence dans ces pages toutes inspirées du sentiment caradien. [L’église de Lachine, bâtie en 1710, au centre du fort Rémy et démolie en 1869, est là tonte droite, avec son air des anciens jours. Puis on voit des cadastres, les plans de tous les terrrains, des listes de colons. C’est la chose qui manque à la plupart des histoires de nos paroisses. Lachine ainsi traitée devient plus historique que Jamais.
M. Girouard a dû faire bien des recherches, car son travail fourmille de renseignements.
Les gravures donnent à l’ensemble un cachet d’antiquité qui fait que cela sent bon !
Le travail de M. Girouard ayant déjà une grande valeur, il importe de lui signaler quelques inexatitudees. Nous dirons la même chose relativement à l’incomparable Dicticnaire généalogique de Mgr Tanguay.
Pour faire ici un léger procès à M. Girouard il faut en faire un à Mgr Tanguay, qui lui a servi de guide.
PE
Bien que l’on nous reproche, avec raison, de trop aimer la discussion, nous nous désistons ici et nous laissons la parole au Révd Messire Florent Bourgeault, curé de La Prairie. Nous avons prié de nous donner les documents nécessaires. Il l’a fait de bonne grâce, bien que cela lui imposât un travail assez long.
Mgr Tanguay suppose, Tome ler de son Dicticnnaire, p. XILT, que le régistre de l'abbé d'Urfe, dont M. Bourgeault lui a donné connaissance, est le plus ancien des régistres de la partie de l’Isle de Montréal qui forme aujourd’hui les paroisses de Lachine, de la Pointe Claire et de Ste-Anne :
‘ La partie supérieure de l’Ile-de Montréa la ‘ été desservie par plusieurs membres zélés du “ Séminaire de Montréal. Les plus anciens actes “contiennent l’origine des paroisses de Lachine,
it —
‘de la ‘“Pointe-Claire et de Ste-Anne. Le régis- “tre, celui de lPabbé D'Urfé manquait: ou ‘ jgnorait ce qu’il était devenu. J’ai été assez ‘ heureux pour le découvrir un jour, perdu ‘ parmi d’autres cahiers, reliés en un seul ‘€ volume et d’une date bien plus récente.”
En quoi, Mgr Tanguay se trompe, dit M. le curé de la Prairie :
‘“ Car les régistres de Lachine sont de plusieur années antérieurs à celui-là.”
Mgr Tanguay dit : p. XIIT, “Grâce à cette heureuse rencontre ( du régistre de l'abbé D’Urfé) nous avons pu identifier des restes humains trouvés dans la Bzie d’Urfé ”
Il paraît singulier à M. Bourgeault qu’on ait trouvé des restes humains dans la Baie d’Urfé, comme dans les ports des objets qui proviennent d’anciens naufrages.
“De fait,” dit M. Bourgeauit :
‘“ Les restes humains découverts par Antoing Caron, dans l’automne de 1865, ont été trouvés non dans la Baie d'Urfé, mais dans la cave de l’ancienne église de St-Louis, aujourd’hui Ste-Anne du Bout de l'Isle, ou comme on dis encore, malheureusement maintenant, Ste-Anne de Bellevue. Dans une excavation de 25 ou 26 pieds sur 36, faite dans cette ancienne cave remplie de terre depuis long-
temps, on a trouvé les restes ‘e 26 personnes au moins, de différentes tailles. ”
Mgr Tanguay ajoute dans À travers les Régistres, page 66 :
‘ Les dix personnes inhumées en ce lieu étaient des Français massacrés en 1687 par Îles Iroqnois et qu’un prêtre missionnaire, M. l’abbé d’Urfé, Sulpicien, avait inhumé proche le lieu destiné pour bâtir l’église St-Lonis du hant de Pile de Montréai. ” (1)
M. Bourgeault poursuit :
Parmi ces 26 squelettes il ne pouvait v en avoir que deux des victimes des Iroquois dont parle le Régistre : savoir celui de Jean de Lalonde, inhunié dans l'enceinte de l’église, et celui de Pierre Bonneau, inhumé dans le lieu desuüné à bâtir l’église. Des huit autres -personnes mentionnées dans le Régistre merveilleux de Mgr Tangnay, deux, savoir Claude Lamothe et Jean Vincent ont été inhumées à la Pointe St-Louis, une, savoir Louis Jets dans le cimetière, une, savoir Jean Baptiste Lesueur dans le lieu destiné pour le cimetière, et quatre, Pierre Pertuis, Henry Fromageau, Jean Petiteau et Pierre Camus, proche le lieu destiné à bâtir Péglise de St-Louis,
Mgr Tanguay suppose que le dit Registre
pouvait seul faire connaître la provenance des estes humains trouvés dans la baie d'Urfé.
(1) La paroisse actuelle de Ste-Anne du bout de l’Ile derait donc en 1687, être sous le vocable de St-Louis, sur les ords du lac qui porte-ce nom. Mgr Tanguay.
M. Bourgeault s’insurge à l’encontre :
Mgr Tanguay prétend que ce Registre pouvait seul faire connaître la provenance des restes humains trouvés à la Baie d'Urfé, c’est en quoi il se trompe grandement, car les Régistres qu'on trouve anx Archives de Sainte Anne, et qui commencent au L8 décembre 1703, mentionnent les sépultures d’un gran. nombre de personnes inhumées soit dans Péglise, soit dans le cimetière de Saint Louis. Notons en passant que la paroisse de Sainte Anne n’a pris ce nom que en 1714 ; jusque là elle s’appelait Saint Louis. Parmi les personnes inhumées à St Louis, et dont les restes étaient dans la cave, dont il a été parlé se tronvent DEMOISELLE DE- GABRIELLE, épouse de feu CLAUDE ROBUTEi, SIEUR DE SAINT ANDRE, morte à Chateauguay.
Je donnerais volontiers à cette personne noble de lPancien temps le crucifir dont Mzr Tanguay à disposé eu faveur d’une des victimes des [roquois.
Mgr Tanguay dira peut-être qu’il ne connaissait pas les Régistres de Sainte Anne, qui donnaient la solution du problême en question.
Mais il ne peut plaider ignorance en cette matière ; car il avait déjà parcouru les Régistres de Sainte Anne avant cette époque, comme le prouvent les citations qu’il en fait dans le Premier volume de son DICTIONNAIRE.
Au pis aller, s’il avait ignoré, en 1865, les faits consignés dans les Régistres de Ste-Anne, et qui devaient conduire à l’édentifiation des restes humains trouvés alors, il ne pouvait plus les ignorer après 1866, car cette année là,
j'ai publié dans l’Echo du Cabinet de Lecture, un travail qui expliquait amplement le mystère de ces restes. ( Voir l’Echo du Cabinet de Lecture. — Huitième année — 1866 — pages 78 —- et 226 ).
Quand donc Mgr Tanguay a publié le Ler volume de son Dictionnaire, quand il a écrit dare les Annales de la SOCIÉTÉ ROYALE DU CANADA, quand il a publié son ouvrage A TRA- VERS LES RÉGISTRES, il devait savoir que les corps trouvés en 1865 n’étaient pas ceux des Français mentionnés sous le Régistre de M.
d'Urfé, intercalé dans les Révistres de Lachine.
Nous demanaons grâce en faveur de Mgr Tanguay. Il avait sans doute consulté les régistes de Sainte-Anne, mais il a pu ne pas remarquer ; il a pu oublier, s’il a remarqué ; il a pu perdre ainsi ses notes. C’est chose si facile lorsqu'un ouvrage demande accumulation de documents.
Voici maintenant que les Iroquois vont donner de la tablature à Mgr Tanguay. Nous laissons la parole à M. Bourgeault :
“Mgr Tanguay affirme que les dix personnes, dont les sépultures sont mentionnées dans son régistre favori, étaient 10 FRANÇAIS MAssa- CRÉS PAR LES [ROQUOIS, mais en cela il fait erreur car le régistre ne mentionne que HüIT personnes tuées par les Iroquois, savoir :