Décret . lib. 11, epist. 5, cap
i88 l'idée religieuse
rés (ï). » Tel était le premier sentiment du grand évêque d'Hippone. Il en a pris un autre parce qu'il a vu de ses propres yeux, nous dit-il, la contrainte en matière de foi enlever la crainte et le respect humain ; parce que cette contrainte, ajoute saint Augustin, a ramené dans sa propre ville un nombre considérable d'hérétiques (2). Quelle que soit celle des deux opinions que l'on embrasse (et nous ne craignons pas de nous déclarer pour la première), il y a loin des rigueurs conseillées par le grand docteur africain à cet affreux baptême sous peine de mort. Nous ne pensons pas que saint Augustin ait jamais requis la peine capitale contre les païens. Saint Thomas d'Aquin vécut dans un temps où le christianisme était tout-puissant, où il pouvait s'imposer au monde. Il faut s'attendre à trouver quelque sévérité dans les conclusions de ce père des théologiens : néanmoins il est d'une douceur remarquable, et sa raison égale sa miséricorde. « Le gouvernement humain, dit-il avec sa belle élévation,dérive du gouvernement divin et doit l'imiter ; or Dieu quoiqu'il soit tout-puissant et souverainement bon, permet cependant qu'il se fasse ici-bas quelque mal qu'il pourrait empêcher ; mais il agit ainsi de peur d'un plus grand mal, et aussi pour ne pas empêcher un plus grand bien. De même, ceux qui sont investis du gouvernement humain doivent tolérer certains maux pour ne pas empêcher certains biens de se produire, et aussi pour éviter des maux plus redoutables (3). » Le grand docteur conclut enfin qu'il faut tolérer les rites des païens. Notez ce mot : les rites, c'est-à-dire la pratique même, et la pratique publique de leur religion. « Si cette tolérance peut servir à éviter quelque mal, le scandale, par exemple, la guerre et la discorde, il faut encore ne pas
1. « Hase primitus sententia mea erat neminem AD unit.\tem CHRiSTt esse COGENDUM; verbo enim agendum, disputatione pugnanduni, ratione vincendum, ne fictoscatholicos haberemus quos apertos hereticos noveramus. » {Ad l'inc. Donatistam, cap. XLI).