‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 99 sur 161 · Vers · texte numérisé non relu

Vers

l'idée religieuse

l'on retrouve, dans le plus grand nombre de nos Épopées nationales, la théorie de la conversion sous peine de mort et du baptême forcé.

S'il fallait donner raison à ceux qui prétendent que les auteurs de nos Romans ont été des clercs, nous serions en ce moment plongés dans une consternation profonde. Il nous serait étrangement douloureux de penser que des prêtres de Jésus-Christ aient pu être les auteurs de ces implacables doctrines. Par bonheur, il n'en est rien. L'Église n'est point responsable de cette barbarie ; son grand cœur est incapable de telles horreurs. Sans doute, elle a poussé tout l'Occident chrétien vers l'Orient infidèle. Sans doute, c'est aux cris de sa grande voix que les nations d'Europe se sont ébranlées et ont marché contre les légions musulmanes. Il y allait de la vie ou de la mort du christianisme, il y allait des destinées mêmes de la civilisation et de la lumière.Sans les croisades, il est très probable que nous serions aujourd'hui musulmans, polygames, fatalistes, énervés et immobiles. Grâce aux croisades, grâce à l'Église, nous sommes encore chrétiens ; nous possédons encore la vie et le mouvement.

Se précipiter sur un ennemi redoutable, le défier et se mesurer avec lui, le chasser du sol chrétien, l'attaquer sur son propre sol afin qu'il n'ait plus la force de renouveler ses invasions, c'est courageux, c'est chrétien, c'est grand, et il y a bien loin de là à ces lâches massacres de tous les infidèles dont nos romans sont pleins. Et nous affirmons que l'Église n'a jamais approuvé ces baptêmes sous la hache.

Un jour, au neuvième siècle, un grand pape et un grand saint, Nicolas ler, fut consulté par les Bulgares, par cette nation dont la destinée singulière est d'aller du schisme à l'Église et de l'Église au schisme. Les questions des Bulgares étaient nombreuses, compliquées. Et il y en avait une qui concernait précisément la question dont nous nous occupons : « Que faut-il faire à l'égard des païens qui ne veulent pas se faire chrétiens ? » Le Pape répondit : « Quant à ceux qui refusent le bienfait de la foi chrétienne, qui immolent aux idoles et plient les genoux devant elles, nous n'avons rien à vous commander à leur sujet, si ce n'est de les convaincre de

DANS l'épopée française. iSy

leurs erreurs par de bons avis, des exhortations, PAR LA RAISON ENFIN PLUTOT gUE PAR LA FORCE (i). »

Qu'il nous soit permis d'admirer sans réserve ces grandes paroles et de les prendre comme l'expression de notre pensée.

Un des prédécesseurs de Nicolas I^^.un autre saint, Léon IV, avait vu les Sarrasins de très près. Sous son pontificat, ils s'approchèrent autant de la Rome des papes qu'Annibal s'était jadis approché delà Rome des consuls. Saint Léon IV fit ce qu'avait fait saint Léon I^r : il sauva l'Occident et l'Église de ces ennemis de la liberté et de la lumière. Ce grand homme, au milieu de tant d'occupations et de tant de périls, composa une belle prière contre les Sarrasins, dans laquelle, néanmoins, il n'est nullement question de ces conversions forcées et de ces baptêmes à contre-cœur que les héros de nos Chansons imposent ignoblement aux Infidèles. « Donnez, ô mon Dieu, donnez, en y joignant votre droite toute-puissante, donnez de la force et de la vigueur aux bras de vos fidèles armés contre les ennemis de la sainte Eglise, afin que de notre triomphe il sorte ce grand résultat : Votre nom, ô mon Dieu, apparaissant glorieux au milieu de tous les peuples (2). »

Et Grégoire IX, longtemps après, n'accordait-il pas aux Juifs (qui étaient partout détestés à l'égal des Sarrasins) la permission de célébrer librement leurs fêtes, comme ils avaient accoutumé depuis longtemps (3) ?

Voilà pour les papes : écoutons maintenant les docteurs.

Saint Augustin n'a pas toujours eu le même avis sur la question qui peut se poser en ces termes : « Faut-il employer la force dans la conversion des hérétiques ? » Il avait d'abord été persuadé, comme nous le sommes, « qu'il ne faut forcer personne à l'unité du Christ ; qu'il faut agir par la parole, combattre par le raisonnement, vaincre par la raison, de peur d'avoir des catholiques hypocrites au lieu d'hérétiques décla-

1. < De iis autem qui christianiiatis bonum suscipere renuunt et idolis immolant, nihil aliud scribere possumus vobis, nisi ut eos Monitis, exhortationibus kt RATIONE POTIUS QUAM VI quod vane sapiant convincatis.» \Nicolai I papœresponsa adconsulta Bulgarorum, cap. XLi, Labbe.viii, 530). Le Pape est plus sévère à l'égard des renégats.

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