‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 107 sur 161 · D'après le P. Picart · texte numérisé non relu

D'après le P. Picart

regrettèrent toujours de n'avoir pu conserver les sublimes paroles ('). Thomas Becket quitta le monastère, et, seize mois après.l'Europe épouvantée apprenait le meurtre sacrilège de saint Thomas de Cantorbéry. Ce fut en effet le nom qui lui fut sur-le-champ imposé par l'acclamation des chrétiens, et Alexandre III ne fit, pour ainsi dire, que confirmer une canonisation populaire quand.dans les premiers jours de mars 1 173, il inscrivit ce nom glorieux sur la liste des Saints.

Cependant l'indignation qui avait soulevé la chrétienté à la nouvelle de ce meurtre n'avait nulle part été ressentie aussi vivement que dans le cloître de Saint-Victor. Les religieux se souvenaient de ces traits amaigris,de cette noble parole,de cette douce et énergique tristesse qu'ils avaient pu admirer de si près. Adam, qui avait vu l'illustre martyr de la discipline de l'Église et qui avait été plus ému peut-être que ses frères aux accents de cette bouche éloquente, Adam fut peut-être aussi le premier qui composa sur le nouveau saint, à défaut de tout un office,la partie la plus poétique et la plus originale de cet office. Il avait rarement été aussi heureusement inspiré : et bientôt on chanta, le 29 décembre, en un certain nombre d'églises, l'admirable prose : Gaiide, Sion, et lœtare{^), qui est tout à la fois un chef-d'œuvre de versification et de poésie.

YI.

NOUS en arrivons maintenant à cette prose : Salve, mater Salvatorù, la plus célèbre au moyen âge de toutes celles d'Adam, et sur laquelle il convient de nous ar-

1. « Anno 1169. — Thomas Cantuariensis, dum exulem ageret in Gallia Senonensi, hoc anno, pridie nonarum septembris, quse est octava sancti Augustini, venit in ccenobium Sancti-Victoris Parisiensis, » (R. P. Picart, Bibl. nat. lat. 14660).

— Anno 1 171, (!) mense augusto, cum sanctus Thomas, Cantuariensis archiepiscopus, Lutetiam Parisiorum advenisset, utgrates qua posset ratione Ludovico, Francorum régi, referret pro humanissimo sibi in terris suis exhibito hospitio, circa initium septembris in domum nostram Sancti-Victoris venit et in ea honorifice et humaniter susceptus fuit, et in octava sancti patris nostri Augustini quae erat ipso anno feria sexla, die quarta septembris, in capitulum nostrum admissus, sermonem habuit, sunipto themate ex versiculo psalmi 75 : In pacefactus est locus, ut habetur in manuscripto bibliothecae nostrae : sed utinam integer ille sermo descriptus fuisset, et coUoquia illi tanti prsesulis cumRichardo priore nostro scriptis consignata fuissent !» ( Vita Richardi, en tête de ses œuvres. Cette vie est de Jean de Thoulouse.)

2. « Anno 1174, magister Adam de Sancto Victore cecinit carmen quod incipit : Gaude, Sion, et lœtare, in honorera sancti Thomœ Cantuariensis tune in divos relati ab Alexandre tertio. »(R. P. Picart, Bibl. nat. lat. 14660, p. 18.)

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210 UN POÈTE AU XIl^ SIÈCLE.

rêter, puisqu'elle fut pour lui l'occasion d'un honneur singulier, disons le mot, si blessant qu'il soit pour notre siècle, d'un miracle.

Un compilateur de légendes, né en 1201, qui, après s'être fait chanoine de Saint-Augustin dans l'abbaye de Cantimpré, entra en 1232 dans l'ordre de Saint-Dominique, Thomas, dit de Cantimpré, à cause du premier monastère où il vécut ('), nous a transmis le récit de ce miracle dans son grand ouvrage intitulé : De apibiis, seu de bono tiniversali. Il était venu à Paris et avait en particulier consulté les chanoines de Saint- Augustin sur les faits merveilleux qu'ils pouvaient connaître. C'est d'après leur récit, comme il le dit lui-même, c'est appuyé sur Vaiitorité de toute V abbaye qu'il raconte ce qui arriva à notre Adam pendant qu'il composait à l'honneur de la Vierge la séquence dont nous avons plus haut donné le premier vers. Il est vrai que nous voudrions ici des preuves plus saisissantes et des témoignages plus scientifiques; mais nous ne pouvons donner que ce que l'histoire nous fournit, et le donnons en toute sincérité, en toute foi.

Adam, lorsqu'il composait ses proses, aimait à venir chercher l'inspiration au pied de ces autels et sous ces voûtes mêmes qui devaient retentir de ses mélodies triomphantes.il y avait dans l'église abbatiale une crypte consacrée de toute antiquité à la Mère de Dieu (2), ornée de son image qui était appliquée contre un des piliers, et que sa demi-obscurité autant que sa consécration particulière devait rendre chère à un poète chrétien. Il paraît qu'Adam s'y cachait quelquefois quand il voulait écrire à la louange de la Vierge quelque prose nouvelle, et il en écrivit ainsi plus de vingt.

Un jour qu'Adam s'était retiré dans cette chapelle sou-

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