‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 108 sur 161 · V. \ Histoire littéraire, t. XIX, p · texte numérisé non relu

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2. « Jam miraculum sibi a beata Virgine praestitum recenseo: Thomas Cantimpratensis {iibro II Apum scu de Bono universali, cap. XXVili), hrec de Adamo nostro profert ; « Magister Adam, canonicus Sancti Victoris Parisiensis. cum in dictanda sequentia : Salve mater Salvatoris, alium rhythmi versiculum edidisset :

Salve mater pietatis Et totius Trinitatis Nobile triclinium, etc.

gloriosa Virgo, apparens ei, cervicem inclinavit. )> (Bibl. nat. lai, 14375, loc. cit.) — Cf. Miraculorum exempta memorabilium. Douai, 1627, p. 279.

terraine.il s'y sentit comme enivré par l'inspiration et composa avec transport les premières strophes du Salve mater Salvatoris. Jamais son affection pour la Mère du Verbe incarné ne s'était manifestée par de plus poétiques appellations :

Cinnamomi calamum,

Myrrham, thus et balsamum

Superas fragrantia ; Tu cœlestis Paradisus Libanusque non incisus,

Vaporans dulcedinem...

Il en arriva enfin à cette admirable strophe où il montre toute la dignité de la Vierge, qui, comme un philosophe chrétien l'a démontré dernièrement, a fait, en quelque sorte, dépendre de son chaste consentement les destinées de l'incarnation :

Salve, mater pietatis Et totius Trinitatis

Nobile triclinium ; Verbi tamen incarnat!

Spéciale majestati

Prasparans hospitium !

C'est alors, dit Thomas de Cantimpré, qu'eut lieu un des plus beaux miracles de la Vierge Marie. Quand Adam eut achevé d'écrire cette strophe, il vit tout à coup la crypte inondée de lumière, et la Mère de Dieu devant lui, qui lui souriait doucement en inclinant la tête.

Encore une fois, j'avoue que ce miracle n'est pas entouré de toutes les preuves que je lui souhaiterais, et la tradition de Saint-Victor ne saurait véritablement suffire à toutes les exigences de la critique. Les contemporains d'Adam furent moins difficiles et, quand, tout ébloui encore de cette vision merveilleuse, notre poète raconta à ses frères le miracle dont la Mère du Sauveur avait honoré son plus indigne serviteur, il fut cru sur parole. On se réjouit avec lui d'une apparition qui tournait à la gloire de l'abbaye ; on se dit qu'il fallait bien que cette chère maison fût bénie de Dieu et parée de quelques mérites ; on résolut enfin de consacrer à jamais le souvenir de ce grand événement. La crypte était respectée autrefois : elle devint, dès lors, aussi sacrée qu'une relique. On

y aurait voulu enfermer pour toujours l'air qu'avait respiré la Reine du ciel. Un monument s'y éleva bientôt : ce fut une chapelle où l'on sculpta la scène même du miracle. Adam y était représenté à genoux, levant des yeux pleins d'amour vers la Vierge et la suppliant sans doute de ne point le laisser sur la terre, mais de l'emporter avec elle dans le ciel (^).

Ce monument eut ses vicissitudes.Tuisselet,qui écrivit sommairement la chronique de l'abbaye depuis 1303, dit qu'on y enterra, en 1 395, J. Pastourel, ancien président de la Chambre des comptes ; mais en 1520, sous le gouvernement de Bordier, trente-quatrième abbé de Saint-Victor, on détruisit cet oratoire pour le faire plus beau. On plaça au fond, dans une excavation, \xx\ priant: c'était toujours notre Adam au moment de l'apparition. Il appartenait au dernier siècle de gâter ce gracieux travail dont l'architecture ne lui sembla pas sans doute aussi lourde que l'exigeait le goût très lourd du temps. On remplaça donc la statue d'Adam par celle de saint Roch, et, comme on n'osa pas, malgré les beaux progrès de l'hagiographie, anéantir jusqu'à la dernière trace d'une aussi touj chante légende, on fit peindre un tableau sur bois pour rappeler le miracle, et on prit soin de le placer près de la statue de la Vierge (2).

Mais il n'était pas besoin d'un monument matériel pour .préserver de l'oubli un pareil prodige.Les cœurs des Victorins, pendant tout le moyen âge, en gardèrent le souvenir à l'abri de toute atteinte, et quand, en 1524, on remania le missel de Saint- Victor, devant le fameux verset : Salve viater pietatis, on écrivit ces mots : Dum venerabilis Adam sequentiversiculo beatam Mariam virgmcm sahitaret, ab ea resalutari et regratiari nieniit (3).

Cette prose, du reste, était devenue populaire dans toute l'Europe, et c'est peut-être la seule de notre Adam qu'on

1. « Locum [Thomas Cantimpratensis] minime désignât quem ex majorum non tantum relatione.sed veneratione cerli sumus fuisse cryptam inferiorem ecclesire nostra; eideni Virgini, Dei matri, ab antiquo consecratam. In cujus namque miraculi monumentum, majores nostri, ante efïigiem ejusdem Virginis, juxta coluninam ejusdeni partis altaris proximam, oratorium lapideum cum effigie R. P.Adam deprecantis construxerunt. » (Bibl. nat. lat. 14375. '"'^- <^^'-)

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