Ibid.t loc. cit
trouve, en certains manuscrits, séparée de toutes les autres, et avec la mention, si rare pour ses autres œuvres, du nom de l'auteur (').
LA composition de ses proses ne suffisait pas sans doute à l'activité d'Adam : aussi ne sont-elles que le moins étendu des ouvrages qu'il nous a laissés. Le savant religieux travailla spécialement sur les livres de la sainte Écriture, Il s'était convaincu que, pour les commençants, le texte de la Bible offre de nombreuses difficultés : il voulut les aplanir, et choisit à cet effet la forme du Dictionnaire qui sera toujours, en pareil cas, la plus naturelle et la plus commode. Il s'y donna carrière et s'y livra à une philologie téméraire. Nous avons jadis fait voir quelles étymologies étranges se rencontrent sous sa plume. La Sumnia Britonis seu de difficilibus Bihliœ vocabulis, qui n'est, à vrai dire, qu'une compilation, conquit pourtant une certaine vogue au moyen âge. C'est un des manuscrits qu'on trouve le plus fréquemment dans nos bibliothèques. Dans un testament du XV^ siècle qui a été tout récemment publié, elle forme un legs qui ne semble pas avoir été sans valeur (2).
Après avoir éclairci le texte des Écritures, Adam fixa son attention sur les Prologues de saint Jérôme, qui sont encore aujourd'hui comme l'Introduction naturelle à l'étude des deux Testaments. Il en expliqua historiquement toutes les difficultés, et mit ainsi aux mains des débutants deux livres élémentaires qui complétaient les vastes travaux d'Hugues sur tous les livres de la Bible. Si l'on veut rapprocher ces deux ouvrages de notre Adam des Explanationes de son illustre maître, on trouvera dans cette réunion un cours presque complet d'Écriture sainte, un cours dont les modernes « eux-mêmes » pourraient sans doute profiter.
Mais quel que soit le mérite d'un habile commentateur,
1. Salve mater Salvatoris,magistri Adami de Sancto Victori oratio ad B. Mariant. (Bibliothèque de Bruxelles, 4894, xive siècle, etc. Cf. le Recueil manuscrit du F. J. Brander, Bibl. de St-Gall, 546, p. 344, xvie siècle, etc. )
2. A. T\ietey, Testaments des XI V^ et X V^ siècles enregistrés au Parlement de Paris, Impr. Nation., 1880.
quelque esprit que demande une compilation, un homme de talent ne peut s'en tenir à la gloire de ces études peu originales. Il fallait à Adam un champ plus vaste, un champ où il ne fût pas étroitement enfermé par les exigences d'un texte. Hugues était resté célèbre dans l'abbayë, moins comme professeur d'Écriture sainte que comme professeur de morale et de dogme, et ses Explanationes avaient eu sans doute moins de succès que ses beaux traités philosophiques. La voie était donc indiquée à Adam ; il fallait qu'il fût philosophe à .son tour. Il le fut, et nous devons à ces nouvelles études deux traités qui terminent la série de ses œuvres, une psychologie sous ce titre : De discretione animœ, spiritus et mentis, et le : De instriictione discipidi (').
On voit qu'il y avait dans tous ces ouvrages de quoi remplir la vie d'un homme, si l'on réfléchit qu'ils demandèrent une longue préparation, et que pour la Suinma Britoniset l'explication des Prologues de saint Jérôme, il fallut plusieurs années de lectures assidues à une époque où les livres n'étaient pas si communs que de nos jours ; si l'on veut aussi se persuader qu'un traité de psychologie est, pour le vrai philosophe, le résultat des observations de toute sa vie, et se rappeler que le P, Gratry a consacré près de dix années à sa Connaissatice de l'âme.
PENDANT que la vie d'Adam s'écoulait dans cette église abbatiale dont la liturgie lui était si chère et dans cette cellule où il composait tant de précieux ouvrages, les événements précipitaient leur cours à Saint- Victor. En 1155, Achard avait succédé comme abbé à Gilduin, et cinq ans après, ce même Achard, nommé évéque d'Avranches, laissait l'abbaye à gouverner à Gruïsius que d'autres ont nommé « Ervisius ». C'est ce Gruïsius qui souleva dans son monastère de si vives discordes en voulant adoucir la rigueur de la règle. Il y eut deux camps sous ce cloître autrefois si paisible;
I. Nous ne donnons pas ces attributions comme absolument certaines. Rien n'est plus difficile à préciser, au moyen âge, que la paternité d'une œuvre théologique ou littéraire. On l'a notamment éprouvé pour Hugues de Saint-Victor.
les partisans de l'abbé, d'une part, et, de l'autre, ceux de Richard qui s'était mis à la tête d'une chrétienne et courageuse résistance. On sait l'issue de cette lutte où le pape Alexandre III dut intervenir à plusieurs reprises. Le camp de Richard triompha, la règle demeura intacte, Gruïsius dut donner sa démission, et Guérin lui succéda (ï). Il n'est même pas permis de se demander d'après tout ce que nous savons du reste de sa vie, quel parti dut suivre le très pieux et très austère Adam dans une affaire oij la piété et l'austérité de tout son ordre purent sembler compromises. Il entraîna sans doute par ses conseils et sa légitime influence une partie du monastère, et son nom dut servir autant et plus que celui de Richard au gain d'une aussi noble cause.
L'année suivante, en 1 173, aux environs de Pâques, Richard mourut, emportant les regrets de tous les Victorins. Il semble qu'il ait aussi emporté avec lui l'âme de son ancien condisciple : car depuis cette époque on n'entend plus parler d'Adam. C'est ce qui a fait supposer à quelques-uns qu'il était mort peu de temps après, vers 1 175 (2), le 8 des ides de juillet. Cette dernière date est certaine, mais la première, celle de l'année, paraît fausse.
Une autre opinion fait mourir Adam en 1177 (s): c'est celle des Antiquités de Saint- Victor^ qui n'ont pas suivi en cela la première édition de Jean de Thoulouse, où la mort d'Adam était fixée en 1 192. Ducange a suivi cette date; mais, en cette matière, ce n'est peut-être pas une véritable autorité.
Il est certain que notre Victorin mourut sous le gouvernement de l'abbé Guérin. La Gallia Christiana en a recueilli facilement la tradition : « Sub eodem Guarino decessit Adam de Sancto Victore, oriundus ex Britannia, scriptis clarus. » (4) Mais Guérin fut abbé pendant vingt ans (de 1 172 à 1 192), et il y a place dans cette longue période pour bien des opinions.