IX. — Mystères du troisième degré
LA versification a déjà gagné du terrain, et c'est à quoi l'on reconnaît les mystères du troisième degré, dont les types les plus remarquables sont le Massacre des Innocents et V Adoration des Mages, d'après le manuscrit de Saint-Benoîtsur-Loire qui est aujourd'hui conservé à la bibliothèque d'Orléans sous le no 178 (i).
Ici, ce ne sont plus deux ou trois petits cantiques introduits tant bien que mal dans un Office préexistant: non, c'est une composition ORIGINALE, moitié vers, moitié prose. Les vers ne sont plus seulement destinés à être chantés en chœur ou par plusieurs voix: non, ils sont mis plus d'une fois sur les lèvres d'un seul personnage. Dans les Innocents, Hérode se rend coupable d'un hexamètre, et Rachel s'exprime en beaux léonins très sonores : Heu ! teneri partiis laceros qjios cernimus artus. Heu ! diilces nati,sola rabie jugulât i, etc. Il y a dans le seul fait de ces monologues en vers toute une révolution qui se fera bientôt très vivement sentir et qui renouvellera la face de nos drames. Dans l'Adoration des Mages, les mêmes faits se produisent, et des chœurs y sont chantés comme dans les Mystères du degré précédent ; mais il est facile de voir que ces chœurs ont été spécialement composés pour la circonstance :
Agno sacrato, pro nobis mortificato, Splendorem Patris, splendorem virginitatis Ofterimus Christo, etc.
Si nous avions donc à préciser en quelques mots les caractères distinctifs de ces trois premiers degrés, de ces trois premières transformations de notre Drame liturgique, nous dirions, en façon de conclusion, que les Mystères du premier degré ne contiennent qu'une prose sincèrement liturgique ; que ceux du second renferment une ou deux pièces de vers, pour plusieurs voix, intercalées dans une prose préexistante ; que, dans ceux du troisième, enfin, la versification a déjà conquis presque la moitié du terrain, que des vers y sont