Et gradientes per m.onasierhun
3° Agnus ex improvisa veniens, crucetn portans, antecedat hue et ilhic,
40 Intérim, armiger quidam offerat Herodi sedenti sceptrum suum..
A toute mise en scène des Mystères on donne en général le nom d'Ordo: Incipit Ordo ad representanduin Herodeni.
Les personnages se préparaient d'avance, soit dans la sacristie : Très Marie de sacrario ventant aptate, soit dans un autre lieu convenable, in conipetenti loco. Quand un Ange doit se faire entendre d'en haut, il monte à la tribune, au triforium. On a préparé la crèche, si c'est Noël ; le sépulchre, si c'est Pâques. Si l'on joue les Pasteurs, on a disposé une étoile dorée au bout d'un fil. Pour les Innocents, un siège est réservé à Hérode. C'est tout.
On peut, d'ailleurs, diviser en trois époques principales l'histoire de la mise en scène de nos Mystères. Et nous les appellerions volontiers « l'époque liturgique, l'époque semiliturgique, l'époque laïque ».
Durant la période liturgique, les rubriques ou les didascalies sont des plus simples ; elles sont empruntées au Rituel et ont pour caractère je ne sais quelle austérité magnifique : Prœlatus, aliquibus sibi adjunctis, Corpus doniinicuni et crucein a sepulchro tollant cuni devotione et reverentia, aspergentes et adorantes eani, et canentes sub silentio responsoriujn: Surrexit pastor. Deinde très psalnios cantant. Quelle majesté ! et ne croyez-vous pas voir passer devant vous cette procession incomparable du Jeudi-Saint, quand on porte l'hostie consacrée à ce reposoir qu'on appelle si bien un Paradis ?
Tous les Offices dramatiques de Rouen, comme tous ceux de la même période, ont ce même style, ce style profondément liturgique dans toutes leurs didascalies, dans toute leur mise en scène. Et remarquez-le bien, LE CENTRE DE
50 Interea Angélus, super prœsepe apparens, moneat Joseph fiigere in Egypium cum Alaria.
6° Interea Innocentes adhuc gradientes post Agnum...
7° Subtrahatiir Agtius clam
8» Jacentibus infantibus. Angélus ab excelso moneat eos, dicens : Vos qui in pulvere estis, expergisciniini et clamate.
90 Infantes jacentes \dicant'\: « Quarerion défendis sanguinem nostrum fit
10° Tune inducatur Racket et due consolatrices, et stans super pueros plangat...
11° Angélus de supernis dicat antiphonam que sequitur : Sinite parvulos.
12° Ad vûcem Angeli surgentes, pueri intrent chorum.
13° Dum hec fiunt, tollatur Herodes et substituatur, in loco ejus, filius ejus Archelaiis.
14° Intérim Angélus admoneat Joseph in Egyptum etc.
150 Tum Joseph revertatur cum Maria et puero. . .
LA MISE EN SCÈNE A CETTE ÉPOQUE, C'EST L'AUTEL. Dans les plus anciens Mystères, tout se passe à l'autel même. A Sens, un enfant devant un pupitre chante, habillé en ange, le fameux verset : « Qucm quœritis » ; les trois Maries répondent : « Jesum crucifixum Nazarenum, o cœlicola » ; l'Ange relève un peu le tapis de l'autel « tanquam respiciens in Sepulchrum », et s'écrie: « Non est hic ». On chante alors le Victimœ Fasc/ia/i, et c'est la fin de tout le drame. Dans tous les Offices du Sépulchre et de la Nativité, le point de départ, le lieu de réunion des Mages, des Pasteurs, des Maries, c'est l'autel. Sans doute, la crèche et le tombeau sont disposés ad introituui navis ccclesiœ. Nous le savons d'après vingt didascalies ; mais c'est de l'autel que l'on part, et c'est à l'autel que l'on revient.
Tout ce que nous venons de dire s'applique exactement aux quatre premiers degi'és de nos drames.
Mais avec les drames du cinquième et du sixième degré commence l'époque des Liidi qui se jouent en dehors de l'église. La mise en scène va changer, et changer complètement. Les didascalies précédentes ressemblaient aux prescriptions du Rituel, et les rubriques des Ludi ressembleront à celles de nos vaudevilles et de nos drames (i).
Vous le voyez : la scène ne se passe plus dans l'église. Le Mystère se représente désormais soit sur la place de l'église, soit dans un cloître, soit ailleurs, si l'on trouve un lieu plus commode. La mise en scène ne consiste plus en de simples évolutions liturgiques, en des processions réglées par le
I. Voici, pour prendre ici un exemple décisif, la première didascalie du Fils de Gefron :
« Ad represeiifanduin qjiomodo sanctus Nicolaus Geiroti Jilium de manu Ma7-mo- « rini, régis Agarenonim, liberavit, paretur in competenti loco, cum ministris suis « armatis, rex Marmorinns in alla sede quasi in regno suo sedens. Paretur et in alio « loco Excoranda, Getronis civitas, et in ea Getron cum consolatoribus suis, uxor ejus « Eiiphrosina et Jilitis eorum Adeodatus. Sitque, ab orientali parte civitatis Exco- « rande, ecclesia sancti Nicholaï in qua puer rapietur ».
La rubrique initiale de la Conversion de saint Paul est encore plus curieuse :
<L Ad representandum conversionem beati Pauli aposloli , paretur in competenti loco « quasi Jérusalem quedam sedes, et super eam prinreps sacerdotum. paretur et alia t sedes, et super eamjuvenis quidam in slmilitudinem Sauli. Ex alia vero parte, « aliquantulum longe ab his sedibus, sint parate quasi in Damasco due sedes : in « altéra quarum sedeat vir quidam notnine Judas et in altéra princeps synagoge « Damasci. Et inter lias duas sedes sit paratus lectus in quo jaceat vir quidam in « similitudine Ananiœ ».
La littérature calh. 17
Rituel. Non. Sur remplacement adopté, on dispose un certain nombre de petits estanx. Ces estaux (ô naïveté) désignent parfois des villes,et l'on pourrait mettre un écriteau au-dessus de chacun d'eux: « Ceci représente Damas ; ceci est Jérusalem» : procédé fort grossier, nous l'avouons, mais dont on s'est longtemps servi pour la représentation des drames de Shakespeare. Alors, un grand silence se fait, et l'on introduit, l'un après l'autre, tous les personnages du drame, comme le dit précieusement la première rubrique du drame de Munich: « Primitus producatur Pilatus et uxor sua cum militibus in locum suum; — Deinde, Herodes cum militibus; — Deinde Pontifices ; — Tune Mercator et uxor sua ; — Deinde Maria Magdalena ». Ils s'asseoient tous. Puis, celui qui doit parler le premier se lève et débite son petit rôle. C'est primitif
Parmi ces estaux, l'usage prévalut d'en faire certains plus élevés que les autres. Les Anges, et Dieu surtout, étaient assis plus haut que les hommes ; si le Démon avait un rôle, il était relégué au-dessous des autres sièges. Notez (et c'est un point très important), que ce fut là le trait d'union pour en arriver à la mise en scène si connue des Mystères français aux XV^ et XVP siècles. La Passion du manuscrit 902 est précédée d'une didascalie en vers romans qui donne une idée fort nette de cette époque de transition (i).
Une fois arrivé là, on devait fatalement aller plus loin et inventer cette fameuse superposition, ces eschaffaux, ces étages de nos grands Mystères où Dieu le Père se voit en haut et où l'Enfer est rejeté au rez-de-chaussée. On