‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 135 sur 161 · I. En ceste manere reciton · texte numérisé non relu

I. En ceste manere reciton

La sainte Resurreccion, Premièrement apareillons Tous les lius et les mansions : Le crucifix premièrement, Et puis après le monument.

Une jaiole i deit aver Pour les prisons enprisoner.

Enfer seit mis de celé part Et mansions de l'altre part.

Et puis le ciel, et as estais Primes Pilate od ses vassals :

Sis u set chivaliers aura.

Cayphas en l'altre sera Od lui seit la Juerie ; Puis, Josephe d'Arimathie. Etc., etc.

devait nécessairement créer cette mise en scène qui a été si bien décrite par M. de la Villemarqué : « Qu'on élève une grande maison de bois, sculptée et enluminée, en forme d'hémicycle, à plusieurs étages ou galeries, avec cave et combles ; qu'on divise par des cloisons légères chaque galerie, portant un écriteau ; qu'on abaisse assez la rampe de ces compartiments pour que l'on puisse voir distinctement ce qui se passe à l'intérieur ; qu'on introduise ensuite par un escalier dérobé, ménagé à cet efîfet, divers groupes de personnages, suivant leurs rôles respectifs : Dieu le Père dans les combles, le Démon dans la cav'e ; les hommes aux étages intermédiaires, chacun dans un lieu qu'il ne quittera que quand l'action le demandera ; qu'on dispose ainsi chaque chose, et l'on aura ainsi obéi à toutes les recommandations qui sont précisées en tête des derniers Mystères du Moyen Age. » On voit, ajoute M. de la Villemarqué, que « le théâtre d'alors n'était que le théâtre moderne retourné : les acteurs, au lieu d'être sur la scène actuelle, occupaient les galeries, les baignoires, les loges, l'amphithéâtre et le paradis ». Ce dernier mot est typique.

Si nous jetons maintenant un regard d'ensemble sur le chemin que nous venons de parcourir, nous nous convaincrons aisément que les Mystères ont sans cesse et de plus en plus « tourné le dos à l'autel ».

Les premiers se célèbrent presque uniquement à l'autel ou dans le chœur.

Puis, on s'aventure dans la nef.

Puis, on sort de l'église, et l'on va sur la place.

Enfin, on se transporte jusqu'aux portes des villes, loin de l'autel, loin de l'église.

En deux mots, plus nous nous avançons dans le temps, plus nous nous éloignons du sanctuaire où sont nés nos Mystères, où est né notre théâtre. C'est un symbole frappant. Car plus va le temps, et plus aussi nous nous éloignons de Jésus-Christ et de son Église.

26o ORIGINES DU THÉÂTRE MODERNE.

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