DU XIX-^ SIECLE
Louis Veuillot.
Écrit en janvier 1860, le jour de la suppression de D Univers (').
N écrivain s'est rencontré dans notre temps dont le seul nom passionne les esprits et provoque la lutte. Il sort du peuple, et n'a d'autre éducateur que lui-même. Jeté sans armes au milieu des sophismes et de l'incrédulité de son temps, il sent que son très honnête cœur ne pourra jamais se prendre à de telles amorces. Le voilà saisi d'un invincible dégoût à l'endroit de son siècle ; voilà cette grande âme qui cherche autour d'elle une cause à défendre, dont la noblesse corresponde à celle de ses aspirations. Il cherche, mais il cherche mal, et ne trouve point. La Providence l'arrache alors à cette torpeur d'une funeste indécision : elle le prend par la main, et le conduit le plus près possible de ce grand soleil qui éclaire ici-bas tous les yeux, de ce soleil qui est l'Église. C'est là qu'il est un jour appelé à connaître ce que tant d'autres chrétiens ont éprouvé avant lui, ce tonnerre, ce renversement, cet éblouissement de Paul sur le chemin de Damas. Notre honnête homme se convertit à Rome : il a vingt-quatre ans. Notez que c'est l'âge des perversions, plutôt que celui des conversions : on ne manquera pas cependant de lui reprocher d'avoir vu si tard la lumière. Hypocrita, ejice privmm trabem de oculo iuo.
Mais si heureux qu'ait été ce retour, sera-t-il entier, serat-il durable ? Le jeune converti, pour ne pas risquer de se
j I. Ces lignes, qui devaient paraître dans une feuille catholique en février 1860,
] sont restées inédites. Sauf quelques corrections de détail, nous les reproduisons ici telles qu'elles ont été écrites il y a plus de trente-trois ans.
La littérature caih.
perdre en tant d'abîmes, s'attache désormais et, d'une main qui ne lâche pas, se cramponne au Siège inébranlable de Pierre. Il sera ultramontain, il continuera De Maistre, et tous ses ouvrages ne seront à l'avenir que la suite éloquente de ce maître-livre intitulé : Le Pape.
Voilà ce que se proposait cette intelligence de vingt-cinq ans, et elle a tenu parole. PLlle s'est formée à l'école des génies catholiques, elle a grandi. Cette plume a acquis l'expérience, cette prose est devenue << un mâle outil », cette main est devenue le ferme instrument de la plus ferme des volontés. Et quand un journal s'est fondé, dans le seul but de défendre, au-dessus de toute politique et en dehors de tous les partis, la liberté de l'Église « qui est ce que Dieu aime le plus ici-bas, » le converti de Rome s'est trouvé presque involontairement à la tête de ce grand parti catholique qui est encore et demeurera toujours l'impérissable honneur de notre siècle.
Désormais, plus de repos. Contre le journal catholique s'ameute une foule qui rugit ; tout ce qui a lu Voltaire, tout ce qui cherche à en imiter bassement l'inimitable bassesse, se rassemble contre cette jeune et vaillante école. Nouvelles attaques tous les jours : mais, tous les jours aussi, nouvelle et héroïque résistance. Oui l'eût cru ? Tout l'esprit n'est pas du côté de Voltaire ; certains catholiques ont l'audace de rire et de faire rire aux dépens de leurs adversaires stupéfaits. Pratiquant rigoureusement pour eux-mêmes le conseil de Jésus-Christ, et tendant volontiers l'autre joue, ils se lèvent indignés contre ceux qui soufflettent l'Église et ne pardonnent point aux souffleteurs : « C'est notre mère qu'on attaque, s'écrient-ils avec un courroux qui fait reculer l'ennemi. Nous l'avons défendue, nous la défendons, nous la défendrons. » Ainsi ont-ils fait.
Leurs prétentions généreuses ont été couronnées de nobles victoires. Après dix ans, ils ont, avec leurs pères les évêques, conquis la liberté de l'enseignement, et nulle conquête ne saurait, aux yeux de Dieu comme aux yeux des hommes, se comparer à celle-là. Nul n'a plus fait dans cette œuvre difficile que celui dont nous racontons la vie. Une révolution éclate : il lui demande de respecter et de servir l'Église. Une