II. DOM GUÉRANGER
de son livre : SiDias pontificii juris et sacrœ liturgiœ traditiones LAHE:scente.S confovcre. Ce terrible /cr/^^j-^é'/z/^j n'était que trop exact. La Liturgie n'était plus connue clans cette France où les liturgies abondaient. Chaque diocèse avait son rite, et même il est tel diocèse que nous pourrions citer, où s'épanouissaient trois liturgies à la fois : végétation vraiment trop luxuriante ! Quelques églises étaient demeurées fidèles au Missel et au Bréviaire romains : elles passaient pour arriérées. Cette liturgie, qu'on ne connaissait pas, on l'aimait moins encore. Quelques esprits, d'ailleurs corrects, subissaient leur bréviaire plus qu'ils ne le goûtaient. On consentait à admirer certains rites \.oMc\\d,x\\.'5,, poétiques : mais cette admiration à la Chateaubriand n'avait rien de profond ni de substantiel. Quant à trouver une vraie beauté aux collectes et aux postcommunions du Missel, aux antiennes et aux répons du Bréviaire, on en était à mille lieues. On ne comprenait plus,on n'aimait plus la règle, l'expression, le langage du culte catholique. Et ce fut alors que dom Guéranger osa publier le premier tome de ces fameuses Institutions dont le retentissement fut si grand.
La /'r^c^ de cet excellent livre en indiquait fort nettement toute l'utilité et en exposait le but. Dès la seconde page, l'ardent apologiste des rites romains posait la question pratique : « Qu'est devenue, disait-il, cette unité de culte que Pépin et Charlemagne, de concert avec les Pontifes romains, avaient établie dans nos églises ; que nos évêques et nos conciles du XVI^ siècle promulguèrent de nouveau avec tant de zèle et de succès ? Dix Bréviaires et dix Missels se partagent nos églises, et le plus antique de ces livres n'existait pas à l'ouverture du XYIII^ siècle. » Voilà ce qui s'appelle entrer dans le vif d'un problème et prendre généreusement la responsabilité d'une belle et téméraire entreprise. Je ne veux pas aborder ici le récit de tous les orages que soulevèrent ces quelques lignes de l'illustre Bénédictin, que souleva tout son livre. Il est inutile, en plein soleil, en plein calme, en pleine joie, de raconter péniblement les antiques tempêtes ; il est inutile, en temps de paix, de réveiller inutilement les vieilles querelles endormies. Dom Guéranger se contenta de vaincre : il eut trop de modestie pour triompher.
Il nous sera permis de parler plus longuement du plan de ces Institutions liturgiques, et de leur mérite littéraire. L'auteur suit l'ordre chronologique. D'un bond rapide il ne craint pas de s'élancer jusqu'à Jésus-Christ, et de Jésus- Christ jusqu'à Adam. Il montre dans la liturgie originelle l'ébauche de la liturgie mosaïque, et dans celle-ci l'ébauche de la liturgie catholique. Ses doctrines rendent le même son que celles de l'abbé Rohrbacher, qui fut suscité vers le même temps pour élever à tout jamais le ton de l'histoire. L'auteur de X Histoire de V Eglise avait fait voir dans Adam le premier catholique romain : dom Guéranger fait voir dans l'homme originel le premier de tous les liturgistes ; « Dieu daigna lui révéler les formes de la liturgie, comme il lui donna la pensée, comme il lui donna la parole (^). » Et l'abbé de Solesmes nous fait assister à cet incomparable spectacle du premier homme, les mains tendues vers le ciel, les yeux pleins d'une beauté suppliante, et laissant échapper de ses lèvres le lyrisme impétueux de ses premières prières. La liturgie mosaïque est plus clairement indiquée et analysée dans les saints Livres : dom Guéranger n'a donc eu qu'à commenter le Le'vitique, et à le commenter rapidement. Il a hâte, d'ailleurs, d'en venir au centre vivant du culte universel, à Jésus-Christ, prêtre et victime, dont « la vie n'a été qu'un grand acte liturgique (2), » dont je sacrifice est le fondement ou plutôt l'essence même de la liturgie, et qui, avant de remonter au ciel, a investi officiellement ses apôtres du pouvoir liturgique. Ces admirables doctrines sont exprimées en un style clair, animé, brillant, solide. En lisant ces pages, l'âme et le corps lui-même prennent une attitude plus digne. On sent dans ces premières pages le noble et délicieux parfum de la théologie romaine ; on est fier d'être homme, et d'être chrétien.
Ce n'est pas ici le lieu de résumer toutes les Institutions liturgiques. Une seule pensée, une maîtresse pensée relie entre elles toutes les pages de ce livre, et cette pensée est celle de l'unité liturgique. Un désir ardent de l'unité, une vivante et énergique aspiration se fait chaudement sentir