‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 150 sur 161 · II. DOM GUÉRANGER · texte numérisé non relu

II. DOM GUÉRANGER

dans toutes les lignes, dans tous les mots de ces trois volumes, que l'on pourrait intituler: Histoire des tendances à Vunité liturgique. Durant les premiers siècles, il se forme dans l'Orient et dans l'Occident plusieurs centres liturgiques : Jérusalem et Antioche, Alexandrie et Constantinople, d'une part ; et, de l'autre, Rome, qui tient lumineusement le premier rang ; puis, enfin, la Gaule et l'Espagne. Personne mieux que Dom Guéranger n'a démontré la profonde ressemblance de tous ces rites, où la forme seule est variable. Les Mystères sont partout les mêmes, et l'ordre dans lequel se succèdent les différentes parties du Sacrifice est presque toujours identique. Partout des lectures de l'Ancien et du Nouveau Testament sont faites publiquement devant les fidèles qui sont assemblés dans la basilique ; partout l'offrande du pain et du vin s'accomplit pieusement après ces utiles préliminaires ; partout le diacre invite les cœurs à se tenir en haut, et le sacrifice mystique se consomme partout avec les mêmes paroles de consécration, accompagné des mêmes prières universelles pour tous les besoins des vivants et des morts. L'Eglise romaine fut dès lors le centre de la liturgie, et les autres prétendus centres s'évanouirent l'un après l'autre. Les Grecs, je le sais, ont gardé leurs rites propres, que les hérétiques de tous les siècles, et surtout les monophy sites, ont de plus en plus corrompus ; mais, grâce au génie de Pépin et de Charlemagne, la liturgie romaine fut énergiquement établie dans les Gaules, et, grâce au génie de saint Grégoire VII, les rites mozarabiques cédèrent la place aux rites romains sur tout le sol de l'Espagne chrétienne. Pendant plus de cinq cents ans, la liturgie romaine a donc retenti sous les voûtes de nos cathédrales françaises. Elle y subit d'importantes, de nombreuses additions : on l'attifa, on la para de vêtements gracieux, de nouvelles hymnes, de tropes, de proses et d'offices nouveaux, et c'est avec une grande justesse que Dom Guéranger a inventé, pour qualifier ce mélange de rites, le nom de liturgie roviano-française; mais, somme toute, le fond du culte était toujours romain, et c'est ce qui nous permet d'arriver, sans trop de colère contre tant d'innovations, jusqu'à la réformation du Bréviaire et du Missel romains par le pape saint Pie V. Nous saluons avec

bonheur cette belle tentative d'unification et, si nous ne connaissions pas la triste histoire des deux siècles suivants, nous nous laisserions aller à croire que les brefs de Pie V, de Grégoire XIII et de Clément VIII ont mis fin à tout problème, à toute discussion liturgiques. Hélas ! il n'en fut rien. Alors qu'on pouvait croire tout fini, tout recommença. Un amour étrange pour une liberté périlleuse, pour une élégance trop conforme aux règles de la rhétorique, détermina en France, au dix-septième et au dix-huitième siècle, un mouvement regrettable. De nouvelles liturgies furent partout fabriquées avec je ne sais quelle fièvre de mauvaise indépendance, et les vieux rites romains furent abandonnés aux diocèses rétrogrades. Nous ne voulons pas envenimer ce débat, et nous saurons ne pas nous indigner contre ces nouveautés. Le livre de dom Guéranger est fort complet sur une aussi grave matière : c'est la partie la plus remarquable des Institutions liturgiques. L'auteur est dans le véritable élément de son talent et de son érudition : il est vif, il est entraînant, il est spirituel sans cesser d'être savant ; il est savant sans cesser d être aimable. Il déterre les vieux livres oubliés des docteurs de Sorbonne ; il exhume les dissertations gallicanes et romaines ; il nous fait assister aux escarmouches et ?ux batailles des liturgistes Il ne dédaigne pas l'Art, et réclame pour sa chère liturgie romaine le noble privilège de la beauté. Il compare le Bréviaire romain aux autres bréviaires : il oppose les hymnes aux hymnes, les répons aux répons; il attaque, il combat, il frappe, il avance, il triomphe. Il est peu de lectures aussi vivantes. Joignez à cela une bibliographie complète de toutes les sciences qu'étudie notre auteur; une nomenclature fort précieuse de tous les liturgistes qui ont écrit depuis le premier jusqu'au dix-huitième siècle, et l'indication de tous leurs travaux; une appréciation rapide et saine de toutes ces œuvres; des résumés clairs ; une philosophie de l'histoire qui rappelle les doctrines de Joseph de Maistre,et ce style plein de sagesse et de fougue qui est l'un des caractères de cette vive intelligence. Bref le livre est excellent, et son influence a été encore plus considérable que son mérite. Dressez plutôt la liste des églises de France qui suivaient la liturgie romaine

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