‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 15 sur 161 · VII. — Ronsard · texte numérisé non relu

VII. — Ronsard

EN poésie, le révolutionnaire s'appelle Ronsard. C'est un grand, un puissant, un charmant esprit, qui était digne de transformer notre littérature nationale au lieu de la tuer. Il fut entraîné par un torrent qu'il eût dû contenir. Nul n'a plus naïvement ignoré ou oublié du moyen âge. Je pense qu'en vérité il ne savait pas s'il y avait eu quelque intervalle entre l'antiquité païenne et le règne du christianisme. Il chante si volontiers les dieux antiques, que l'on

peut s'imaginer qu'il y croit. Il a des odes, il a des hymnes, il a des cpodes, des strophes, des antistrophes. Il a même un poème épique. Il faut lirece poème pour savoir quellesontété la largeur, la hauteur et la profondeur de ces idées nouvelles; maison croirait difficilement aujourd'hui que l'on ait pu jadis aller si loin. Cette résurrection du paganisme est si complète, si absolue, si ingénue, qu'on est stupéfié de tant d'audace et surtout de tant de succès. Un jour Ronsard écrivit ces quatre vers qu'on ne saurait trop citer : i

Les Français qui mes vers liront,

S'ils ne sont et Grecs et Romains,

En lieu de ce livre, ils n'auront |

Qu'un pesant faix entre leurs mains (')• j

C'est l'épigraphe naturelle, non seulement de toutes les œuvres de Ronsard, mais de toutes celles de la Renaissance. Il fallait se faire grec ou romain : tout était là. La Franciade est composée tout entière dans ce sentiment : « Muse, entends-moi des sommets du Parnasse, — Guide ma langue et me chante la race — Des rois français issus de Francion, etc., etc. » C'est une très servile imitation du My.viv aitoî Oîa et de VArvia vininiqiie cano ; mais, désormais, tout sera aussi servile, et voilà notre littérature nationale chargée pour trois siècles de chaînes ridicules. Dans l'ancienne épopée, il y avait une invocation à la Muse, des songes, une scène d'amour, une ou deux prosopopées : nous aurons tout cela, nous aussi, et, s'il vous plaît, nous mettrons toutes ces choses à la même place qu'elles occupaient dans le poème épique des Grecs et des Romains. Le mieux, après tout, serait de les traduire, et Ronsard fut sans doute accusé d'irrévérence envers les anciens pour avoir choisi Francion comme héros de son poème, qui, d'ailleurs, ne réussit pas ■ On en vint, on en revint aux héros antiques, qui avaient une bien autre majesté, qui se drapaient avec bien plus de no j blesse et qui portaient des noms d'une sonorité incontestable. '. C'est le théâtre, en particulier, qui souffrit de la tiouvelle réforme. Les amis, les idolâtres de l'antiquité, ne s'aperçurent ,

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