‹ La littérature catholique et nationaleChapitre 151 sur 161 · II. DOiM GUÉRANGER · texte numérisé non relu

II. DOiM GUÉRANGER

en 1840, et calculez le nombre des diocèses qui la suivent en 1893 ; puis, tirez la conclusion.

II ne s'agissait pas seulement de faire connaître la liturgie romaine : il fallait la faire aimer. Les Institutions liturgiques étaient surtout un livre de polémique, et la polémique n'engendre pas l'amour. C'est pourquoi l'abbé de Solesmes, fatigué de ces luttes, et, en quelque sorte pour se reposer, se prit à écrire cette Année liturgique dont nous voudrions exposer le plan avec une lucidité qui en fît souhaiter la lecture. Le grand Bénédictin nous offre pour chaque jour du cycle ecclésiastique l'Office romain magnifiquement élucidé et commenté par lui. Dans les Institutions, on n'avait admiré, pour ainsi parler, -que l'entendement de dom Guéranger ; dans \ Année liturgique, o\\ sent son cœur. Ce cœur se répand en belles et amoureuses effusions pour interpréter chacune des paroles de l'Église romaine. Comme aucune étroitesse n'est possible dans l'esprit vaste et généreux de l'abbé de Solesmes, il a ajouté aux prières de la mère Eglise celles de toutes les autres Églises de la catholicité. Il nous a fait entendre les voix de toutes les liturgies, voix qui sont d'accord et forment un beau concert. C'est ainsi qu'après avoir lu X Année liturgique, le plus humble chrétien connaîtra les plus beaux fragments des liturgies grecque, gallicane, mozarabique, ambrosienne ; les plus riches nouveautés que le zèle un peu excessif de nos pères avait jetées en France sur l'austère tissu de la liturgie romaine ; nos plus belles proses nationales, les hymnes du moyen âge qui méritent d'être retenues et d'être aimées; tout ce que les liturgistes orthodoxes de tous les temps ont jusqu'ici produit de plus parfait. Notez que ces admirables fragments sont traduits, et que nos femmes et nos filles peuvent se donner la joie de cette lecture, puisqu'elles ont le malheur de n'être pas initiées aux beautés originales de la langue liturgique. Chaque volume est précédé d'une belle Introduction où l'on étudie tour à tour « l'historique, la mystique et la pratique » de toutes les périodes de l'année liturgique. A mesure qu'on lit ces pages simples et ardentes, la lumière se fait. Ceux qui se défient de la liturgie romaine seraient aisément convertis par un demivolume. Les plus hostiles ne résisteraient point à la lecture

du volume tout entier. Encore un coup, ce livre produit l'amour.

L'intelligence , comme le cœur, y est éclairée des meilleures clartés. L'ignorance en matière de liturgie est plus grande au milieu de nous qu'on n'oserait le penser. On ne sait même plus les noms de ces livres liturgiques dont l'Eglise place les textes vénérés entre les mains de ses enfants. Le symbolisme, est-il besoin de le dire ? n'est plus saisi d'aucune intelligence. Les esprits les mieux disposés n'ont souvent à l'égard des rites sacrés qu'une sorte d'admiration vague et presque honteuse. C'est cette ignorance qu'il importait de dissiper. Dom Guéranger a appelé à son aide l'histoire et l'archéologie. Il ressuscite avec puissance les cérémonies et les rites des vieux siècles, sans jamais perdre des yeux nos cérémonies et nos rites qu'il s'est proposé de mettre en lumière. Il est tout à la fois archaïque et actuel. Nous pensons avoir déjà confessé plusieurs fois, nous confessons encore aujourd'hui fort volontiers qu'avant de lire V Année liturgique, nous n'avions point l'intelligence de cet admirable office du Samedi saint, la plus longue et peut-être la plus importante fonction liturgique de toute l'année. Tout à coup une grande lumi'jre s'est faite dans notre esprit : nous avons tout compris, nous avons tout vu. Nous venions de lire les admirables pages que dom Guéranger a consacrées à cet office dans/« Passion et la Semaine saijite. C'est là qu'il établit, avec une éloquence imagée et savante, que l'office actuel se célébrait autrefois durant la nuit de Pâques, et qu'il a gardé fidèlement toute sa physionomie primitive et jusqu'à ses antiques rubriques. De là les cérémonies du cierge pascal qui éclairait jadis les ténèbres bénies de cette nuit incomparable ; de là les douze lectures qu'on faisait aux heureux catéchumènes, pour qu'ils attendissent avec patience l'instant désiré de leur baptême ; de là cette procession aux fonts qui avait lieu jadis de la basilique au baptistère, et qui conduisait tant de néophytes à l'innocence et à la béatitude sacramentelles ; de là ce retour des nouveaux baptisés à la basilique illuminée par les premières clartés du jour. Dom Guéranger a su ressusciter tout ce rituel merveilleux. Il lui a réellement donné la vie. Il nous prend par la main vivement

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